{"id":18681,"date":"2023-07-24T19:22:37","date_gmt":"2023-07-24T17:22:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=18681"},"modified":"2023-07-24T19:55:18","modified_gmt":"2023-07-24T17:55:18","slug":"malfatto-emilienne-le-colonel-ne-dort-pas-rl2022-112-pages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=18681","title":{"rendered":"Malfatto, Emilienne \u00ab\u00a0Le colonel ne dort pas\u00a0\u00bb (RL2022) 112 pages"},"content":{"rendered":"<p><b>Autrice<\/b>: \u00c9milienne Malfatto est une auteure, photo-journaliste et photographe documentaire ind\u00e9pendante fran\u00e7aise n\u00e9e en 1989. \u00c9milienne Malfatto nait en 1989 d&rsquo;origine alg\u00e9rienne qui aime le couscous kabyle. Elle \u00e9tudie en Colombie et en France o\u00f9 elle est dipl\u00f4m\u00e9e de l&rsquo;\u00e9cole de journalisme de l\u2019Institut d\u2019Etudes politiques de Paris.<\/p>\n<p><b>Romans\/ R\u00e9cits<\/b> : Les serpents viendront pour toi (Prix Albert Londres 2021) Que sur toi se lamente le Tigre (Prix Goncourt du premier roman) 2021 &#8211;<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Malfatto, Emilienne \u00ab\u00a0Le colonel ne dort pas\u00a0\u00bb (RL2022) 112 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=18681\">Le colonel ne dort pas<\/a><\/span> (2022) &#8211;<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Editions du Sous-Sol &#8211; 19.08.2022 &#8211; 112 pages<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9<\/b>:<br \/>\nDans une grande ville d&rsquo;un pays en guerre, un sp\u00e9cialiste de l&rsquo;interrogatoire accomplit chaque jour son implacable office. La nuit, le colonel ne dort pas. Une arm\u00e9e de fant\u00f4mes, ses victimes, a pris possession de ses songes. Dehors, il pleut sans cesse. La Ville et les hommes se confondent dans un paysage brouill\u00e9, un peu comme un r\u00eave &#8211; ou un cauchemar. Des ombres se tutoient, trois hommes en perdition se r\u00e9pondent.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Le colonel, tortionnaire tortur\u00e9. L&rsquo;ordonnance, en silence et en retrait. Et, dans un grand palais vide, un g\u00e9n\u00e9ral qui devient fou. Le colonel ne dort pas est un livre d&rsquo;une grande force. Un roman \u00e9trange et beau sur la guerre et ce qu&rsquo;elle fait aux hommes. On pense au D\u00e9sert des Tartares de Dino Buzzati dans cette guerre qui est l\u00e0 mais ne vient pas, ou ne vient plus &#8211; \u00e0 l&rsquo;ennemi invisible et la vacuit\u00e9 des ordres. Mais aussi aux Quatre soldats de Hubert Mingarelli.<\/p>\n<p><b>Mon avis<\/b>:<\/p>\n<p>L\u2019autrice est reporter photographe et elle \u00e9crit avec des mots et de la couleur. Tout est gris et flou\u2026 Pas de lieu, pas de noms, pas de temporalit\u00e9\u2026 On peut sans aucun doute situer le roman dans des dictatures, dans plusieurs parties du monde (Am\u00e9rique latine? Argentine? Irak?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>et dans le contexte actuel, ce terme de reconqu\u00eate me fait \u00e9galement penser \u00e0 la Russie et l&rsquo;Ukraine\u2026) Et m\u00eame si c\u2019est de la fiction, ce n\u2019est pas si loin de chez nous pas si loin de nous ( la citation de Messmer qui fait r\u00e9fl\u00e9chir \u2026)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Il y a en fait quatre personnages: Le Colonel, l\u2019Ordonnance et le G\u00e9n\u00e9ral et les victimes , ici le tortur\u00e9,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>celui qui met \u00e0 mal les certitudes du Colonel, instille le doute en lui et le confronte \u00e0 la peur, le fait basculer en quelque sorte.<br \/>\nLe Colonel est un \u00ab\u00a0sp\u00e9cialiste\u00a0\u00bb de la torture, un type qui fait son \u00ab\u00a0travail\u00a0\u00bb (il qualifie ainsi le fait de torturer sur ordre, ce qui lui enl\u00e8ve la responsabilit\u00e9 de ce qu\u2019il fait) , une r\u00e9alit\u00e9 historique, la violence de la guerre, ce que les hommes sont capables de faire \u00e0 d\u2019autres hommes\u2026 Comment peuvent-ils vivre avec ce qu\u2019ils font ? C\u2019est l\u2019absurdit\u00e9 de la guerre, le massacre command\u00e9\u2026 L\u2019endoctrinement excuse-t-il tout ? Est-ce un monstre?<\/p>\n<p>Le Colonel est gris, il y a juste une touche de rouge sur la casquette de son ordonnance\u2026 ce rouge me fait penser au sang des victimes dans le gris de son univers\u2026 et du dor\u00e9 dans l\u2019univers poisseux et mouill\u00e9 du G\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nLe Colonel va avoir peur d\u2019un homme qu\u2019il torture et qui le regarde tr\u00e8s sereinement, sans haine; il va se rendre compte qu\u2019il est seul face \u00e0 ce qu\u2019il fait\u2026 et il bascule dans une sorte de folie, il se rend compte que c\u2019est lui qui a le pouvoir d\u2019\u00e9craser et non plus qu\u2019il est sous les ordres de quelqu\u2019un.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Ce qui est incroyable c\u2019est qu\u2019on finirait presque par le plaindre\u2026<br \/>\nIl y a deux r\u00e9cits en parall\u00e8le, deux formes d\u2019\u00e9criture; l\u2019autrice utilise le vers libre pour faire parler le Colonel et en le r\u00e9cit de la vie du Colonel est \u00e9crit en prose\u2026<br \/>\nTout est gris, entre le noir et le blanch\u00e2tre ; c\u2019est un roman qui parle de la luminosit\u00e9, de la brume, du flou, c\u2019est en m\u00eame temps iris\u00e9 et opaque, malaisant, le Colonel parle du \u00ab\u00a0carnet noir de son \u00e2me\u00a0\u00bb \u2026 Sa part d\u2019ombre, qui se fond avec l\u2019ombre qui cache les rues, le ciel, la ville\u2026 L\u2019ombre, le brouillard, la brume qui enveloppe tout et rend tout irr\u00e9el. Tout semble \u00e9touff\u00e9\u2026 Tout est ombre et manque de lumi\u00e8re, pluie, grisaille\u2026<\/p>\n<p>Dans la nuit, le colonel devient hant\u00e9 par les fant\u00f4mes des tortur\u00e9s qui le regardent\u2026<br \/>\nC\u2019est \u00e9touffant, tout est sugg\u00e9r\u00e9, il y a peu, voire pas de sc\u00e8nes ruisselantes de sang, cela prend aux tripes et on ne peut que se poser des questions sur la torture et les bourreaux., le passage \u00e0 l\u2019acte, la puissance des ordres et de l\u2019acceptation de faire ce qu\u2019on vous ordonne, le remords.<\/p>\n<p>Et la mani\u00e8re de nous pr\u00e9senter ce personnage est juste exceptionnelle \u2026 Les horreurs de la guerre\u2026<br \/>\nJe l&rsquo;avais entendu pr\u00e9senter son livre \u00e0 La Grande Librairie \u00e0 sa sortie.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>:<\/p>\n<p>C\u2019est cette \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 l\u2019univers se fond en monochrome. Gris le ciel bas, gris les hommes, grises la Ville et les ruines, gris le grand fleuve \u00e0 la course lente. Le colonel arrive un matin et semble \u00e9merger de la brume, il est lui-m\u00eame si gris qu\u2019on croirait un amas de particules d\u00e9color\u00e9es, de cendres, comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 enfant\u00e9 par ce monde priv\u00e9 de soleil.<\/p>\n<p>le colonel ressemble \u00e0 ces hommes qui n\u2019ont plus de lumi\u00e8re au fond des yeux<\/p>\n<p>Lui ne savait pas encore qu\u2019il \u00e9tait pris dans un engrenage qui ne le l\u00e2cherait pas, qui le broierait \u00e0 mesure que lui-m\u00eame broierait les autres, tous les autres, tous ceux qu\u2019on lui ordonnerait de broyer. C\u2019est cela, peut-\u00eatre, qui fit vraiment la diff\u00e9rence. Demandez \u00e0 un militaire de tirer sur une cible, il le fait, c\u2019est le m\u00e9tier. Mais certains ont une limite.<\/p>\n<p>Chaque nuit, dans ce temps suspendu qui pr\u00e9c\u00e8de ses cauchemars (mais ce ne sont pas des cauchemars puisqu\u2019il est \u00e9veill\u00e9) il pr\u00eate l\u2019oreille au fracas de la destruction. \u00c7a fait un bruit terrible, \u00e7a siffle \u00e7a explose \u00e7a frappe \u00e7a crisse \u00e7a d\u00e9vaste \u00e7a d\u00e9combre.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Par un \u00e9trange hasard de la mati\u00e8re, un bombardement a fait choir tous les murs et\u00a0<i>pli\u00e9\u00a0<\/i>les \u00e9tages, le colonel pense chaque fois \u00e0 un ch\u00e2teau de cartes.<\/p>\n<p>Il faudrait inventer un nouveau vocabulaire pour la destruction de la mati\u00e8re, pense le colonel. De nouveaux mots qui rendent la destruction absolue d\u2019une ville, d\u2019un quartier, d\u2019une maison, d\u2019un homme.<\/p>\n<p>La grande rue, par exemple, cette art\u00e8re de la rive gauche que la jeep emprunte chaque jour et qui semble un sillon trac\u00e9 maladroitement, ouvert par une charrue de mort dans un m\u00e9lange de b\u00e9ton, de m\u00e9tal, d\u2019asphalte et de chair humaine, quelque chose d\u2019\u00e9ventr\u00e9, les entrailles de la ville \u00e0 l\u2019air, la terre viol\u00e9e, d\u00e9vast\u00e9e, ici rien ne poussera plus, terre sans bl\u00e9 sans moissons.<\/p>\n<p>Un soldat qui d\u00e9sapprouve \u2013\u00a0m\u00eame en silence\u00a0\u2013 est un danger pour tous.<\/p>\n<p><i>il faut bien distinguer<br \/>\n<\/i><i>entre tuer \u00e0 la guerre<br \/>\n<\/i><i>et tuer pour tuer<\/i><\/p>\n<p>Une faible clart\u00e9 descend des hautes fen\u00eatres. C\u2019est l\u2019heure moutarde l\u2019heure mandarine l\u2019heure ocre \u2013\u00a0mais l\u2019ocre, comme les autres couleurs, a \u00e9t\u00e9 absorb\u00e9 dans la monochromie si bien que le Palais est baign\u00e9 de cette m\u00eame lumi\u00e8re grise, \u00e0 peine teint\u00e9e d\u2019orange, pistil de safran tout de suite aval\u00e9 par la cendre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice: \u00c9milienne Malfatto est une auteure, photo-journaliste et photographe documentaire ind\u00e9pendante fran\u00e7aise n\u00e9e en 1989. \u00c9milienne Malfatto nait en 1989 d&rsquo;origine alg\u00e9rienne qui aime le couscous kabyle. Elle \u00e9tudie en Colombie et en France o\u00f9 elle est dipl\u00f4m\u00e9e de l&rsquo;\u00e9cole de journalisme de l\u2019Institut d\u2019Etudes politiques de Paris. Romans\/ R\u00e9cits : Les serpents viendront pour &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=18681\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":18682,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[35,193,43,12,1635,105,78,192],"tags":[461,300,697,116,281,1830,318,422,665,190,1831,614],"class_list":["post-18681","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-coup-de-coeur-lectures","category-etude-de-societe","category-histoire","category-litterature-france","category-rl2022","category-roman","category-xxeme","category-xxieme-siecle","tag-cauchemars","tag-couleurs","tag-fantome","tag-folie","tag-guerre","tag-insomnie","tag-mort","tag-peur","tag-poesie","tag-politique","tag-responsabilite","tag-torture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18681","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=18681"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18681\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":18690,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/18681\/revisions\/18690"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/18682"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=18681"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=18681"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=18681"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}