{"id":1894,"date":"2015-07-03T10:04:56","date_gmt":"2015-07-03T09:04:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1894"},"modified":"2015-07-03T10:09:05","modified_gmt":"2015-07-03T09:09:05","slug":"padovani-stephane-lautre-vie-de-valerie-straub-2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1894","title":{"rendered":"Padovani St\u00e9phane  \u00abL&rsquo;autre vie de Val\u00e9rie Straub \u00bb (2012)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : Apr\u00e8s la politique, la lutte arm\u00e9e et la prison, vient le silence et celle qui fut Val\u00e9rie Straub. Que lui reste-t-il \u00e0 vivre sinon la bienvenue de quelques mains ouvertes? Mais pour qui gronde encore de haine visc\u00e9rale, sa dette n&rsquo;est pas expi\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : Un petit livre : 115 pages. J\u2019en avais entendu parler et j\u2019ai eu envie de le lire apr\u00e8s avoir lu le livre de Jean-Luc Seigle \u00ab je vous \u00e9cris dans le noir \u00bb (voir commentaire sur le blog). Certes le contexte est diff\u00e9rent, mais l\u2019apprentissage de la vie et le pass\u00e9 qui vous poursuit sont bien la trame du livre. Un parall\u00e8le pour ces deux vies ; les deux femmes vont tenter de vivre une deuxi\u00e8me vie, vont trouver l\u2019amour. Dans les deux cas la fin sera li\u00e9e au pass\u00e9, assum\u00e9e, bien que toutes deux aient pay\u00e9 leur dette. Et pour les deux, les mots, la lecture et l\u2019ecriture sont d\u2019une importance vitale. Et la nature est ressourcement..<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p>Ta m\u00e9lancolie, aujourd\u2019hui, c\u2019est l\u2019arr\u00eat du temps, le pr\u00e9sent isol\u00e9 de ta sortie au monde. Tu marches dans une rue. Chaque pas est le premier et le dernier<br \/>\nTu es dans l\u2019intervalle entre le trop-plein d\u2019Histoire et son effacement. Quel devenir pourrait surgir encore, de fa\u00e7on impr\u00e9visible, entre ces deux blocs d\u2019espace-temps o\u00f9 tu te tiens, fragile d\u00e9sormais, longeant quelques boutiques et des affiches que tu d\u00e9chiffres mal<br \/>\nTu poses tes mains sur le cahier et c\u2019est d\u00e9j\u00e0 trop tard pour le repousser. Les mots grouillent l\u00e0-dessous, bruissent sous la couverture, la craquellent, la grignotent. Ils vont bient\u00f4t monter le long de tes bras comme une arm\u00e9e de coccinelles ou de mouches noires, de fourmis ou de papillons. Tu tournes le cahier en y cherchant peut-\u00eatre une trace de coup, une cicatrice int\u00e9rieure. Tu as peur de l\u2019ouvrir.<br \/>\nNe venez pas me reprocher le vide. Comme si j\u2019avais, \u00e0 force de me taire, engendr\u00e9 une pand\u00e9mie de silence, un virus avaleur de mots, de pens\u00e9es informul\u00e9es, d\u2019histoires, d\u2019infos, une esp\u00e8ce de trou noir \u00e0 rendre les pages blanches, \u00e0 aspirer tout le reste, l\u2019imprim\u00e9, l\u2019impression et jusqu\u2019aux voix qui peuplent l\u2019aujourd\u2019hui.<br \/>\nEst-ce ma faute si les arbres se d\u00e9nudent et se pendent, font des autodaf\u00e9s de leurs feuilles ? Si leurs oiseaux sifflent des chants hitl\u00e9riens ? Si le meilleur film de l\u2019ann\u00e9e a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 par une cam\u00e9ra de surveillance ? Est-ce par hasard ? Ne venez pas me l\u2019imputer<br \/>\nNe venez pas me dire qu\u2019\u00e0 chaque pas que je fais, un vide se cr\u00e9e, qu\u2019\u00e0 chaque mot je risque d\u2019y tomber. Je le sais. J\u2019avance pourtant<br \/>\nMais je ne supportais pas l\u2019id\u00e9e qu\u2019on stoppe ta course, ta cavale disaient-ils, et je prenais ce mot au sens propre, et je t\u2019imaginais cavalant, galopant et sautant au-dessus des haies de flics, au-dessus des murs, des barri\u00e8res de p\u00e9age et des barrages, sans jockey ni toque ni casaque, mais comme un cheval indien, avec sur l\u2019encolure des peintures sauvages que tu te serais faites toi-m\u00eame, aussi invuln\u00e9rable que le cheval de Guernica dans le chaos des bombes, malgr\u00e9 la peur et cette mort partout tomb\u00e9e<br \/>\nQuand la derni\u00e8re porte et le dernier barreau ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s entre toi et la vie, que tout \u00e9tait bel et bien \u00e0 l\u2019arr\u00eat, et pour tr\u00e8s longtemps, j\u2019ai pris la suite. J\u2019ai voulu te donner des mots pour continuer, m\u00eame \u00e0 distance<br \/>\nJe leur laisse la m\u00e9lancolie, qui est justement l\u2019absence de deuil, la possibilit\u00e9 maintenue de la m\u00e9moire<br \/>\nJe te donne ma nostalgie pour que tu la transformes en esp\u00e9rance, en esp\u00e9rance<br \/>\nLes vacances, nada. Autant le savoir. Mais \u00e7a ne veut pas dire qu\u2019on ne fait pas de pause. En fait, souvent, on ne fait rien. On regarde. Il faut savoir regarder<br \/>\nAvoir de la terre sous les ongles n\u2019emp\u00eache pas de tourner les pages. Ma m\u00e8re \u00e9tait une grande lectrice et mon p\u00e8re pas du tout, mais il disait souvent que les plantes et les livres sont faits l\u2019un pour l\u2019autre<br \/>\nTout \u00e0 coup, la vie m\u2019envahit et je ne sais plus comment lui faire de la place<br \/>\nCe n\u2019est pas du temps r\u00e9cup\u00e9rable ni biod\u00e9gradable, mais plut\u00f4t comme ces vieux appareils m\u00e9nagers en train de rouiller dans un bois, sales, moches et inertes, de ces vieilles machines \u00e0 laver qu\u2019on croisait dans les promenades dominicales avec nos parents, largu\u00e9es en douce loin des d\u00e9charges.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J&rsquo;ai lu ce livre apr\u00e8s avoir lu : <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1885\">Seigle, Jean-Luc \u00ab Je vous \u00e9cris dans le noir \u00bb (2015)<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 : Apr\u00e8s la politique, la lutte arm\u00e9e et la prison, vient le silence et celle qui fut Val\u00e9rie Straub. 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