{"id":19559,"date":"2024-01-08T14:13:40","date_gmt":"2024-01-08T12:13:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=19559"},"modified":"2026-01-10T17:42:24","modified_gmt":"2026-01-10T15:42:24","slug":"mytting-lars-les-cloches-jumelles-rlh2020-432-pages-trilogie-tome-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=19559","title":{"rendered":"Mytting, Lars \u00ab\u00a0Les cloches jumelles\u00a0\u00bb (RLH2020) 432 pages (Trilogie tome 1)"},"content":{"rendered":"<p><b>Auteur<\/b>: N\u00e9 le 1 mars 1968 \u00e0 F\u00e5vang (Norv\u00e8ge) , Lars Mytting a entam\u00e9 une carri\u00e8re de journaliste et d\u2019\u00e9diteur avant de se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9criture \u00e0 plein temps. Il est l\u2019auteur de quatre romans, tous salu\u00e9s par la critique, ainsi que de L\u2019Homme et le Bois (Ga\u00efa, 2016), qui a connu un succ\u00e8s international.<\/p>\n<p>Chez Actes Sud a paru \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Mytting, Lars \u00ab\u00a0Les Seize Arbres de la Somme\u00bb (2017) 419 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=20205\">Les Seize Arbres de la Somme<\/a><\/span>\u00bb (2017),<\/p>\n<p><b>Trilogie Les cloches<\/b> : \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=19559\">Les cloches jumelles<\/a><\/span>\u00a0\u00bb (2020)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>\u2013 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Mytting, Lars \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9toffe du temps\u00bb (2022) 448 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=23597\">L\u2019\u00e9toffe du temps<\/a>\u00a0<\/span>\u00bb (2022) &#8211; Nuit indigo (2025)<\/p>\n<p>Actes Sud Lettres scandinaves &#8211; 07.10.2020 &#8211; 432 pages \/ Babel, 01.06.2022 &#8211; 560 pages &#8211; <span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Traduit par Fran\u00e7oise Heide<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9<\/b> :<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Dans un village situ\u00e9 au fin fond d\u2019une vall\u00e9e montagnarde norv\u00e9gienne, la femme du propri\u00e9taire de la grande ferme Hekne est morte en couches apr\u00e8s avoir donn\u00e9 naissance \u00e0 des s\u0153urs siamoises. Les filles, soud\u00e9es par la hanche, mais joyeuses et vives d\u2019esprit, ont peu \u00e0 peu manifest\u00e9 un talent hors norme, celui de tisser \u00e0 quatre mains des \u0153uvres somptueuses et d\u2019autant plus appr\u00e9ci\u00e9es que, dit-on, les images et situations qu\u2019elles ont mises en sc\u00e8ne se sont av\u00e9r\u00e9es pr\u00e9monitoires. \u00c0 leur mort pr\u00e9matur\u00e9e, leur p\u00e8re a fait fondre tout le m\u00e9tal d\u2019argent de la ferme pour fabriquer deux cloches dont il a fait don \u00e0 la magnifique \u00e9glise en bois debout du village. Depuis lors, leur chant m\u00e9lancolique et singulier r\u00e9sonne dans la vall\u00e9e pour annoncer le d\u00e9but de la messe ou, parfois, un danger imminent.<br \/>\nPlusieurs si\u00e8cles se sont \u00e9coul\u00e9s lorsque se pr\u00e9sentent au village deux jeunes hommes : un nouveau pr\u00eatre, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 laisser une empreinte de modernit\u00e9 sur son passage, et un chercheur allemand en architecture venu \u00e9tudier le joyau de la vall\u00e9e que constitue l\u2019\u00e9glise en bois debout. Les deux cloches sont menac\u00e9es, tout comme le c\u0153ur d\u2019Astrid, la descendante de la famille Hekne, qui va devoir faire un choix entre les deux pr\u00e9tendants et lutter pour pr\u00e9server l\u2019h\u00e9ritage familial\u2026<br \/>\nDans un sublime d\u00e9cor de glace, Lars Mytting parvient \u00e0 son tour \u00e0 tisser et croiser les fils d\u00e9licats d\u2019un conte nordique tout en finesse et d\u2019un roman d\u2019aventures qui s\u2019\u00e9tend sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, o\u00f9 l\u2019on suit la trajectoire du personnage principal, \u00f4 combien romanesque : cette \u00e9glise en bois debout avec ses cloches jumelles, au centre de toutes les convoitises.<\/p>\n<p><b>Mon avis:<\/b><\/p>\n<p>Ah j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ! Et j\u2019ai aussi d\u00e9couvert l\u2019existence des anciennes \u00e9glises en bois debout qui \u00e9taient d\u00e9cor\u00e9s par les divinit\u00e9s norroises et qui ont presque toutes \u00e9t\u00e9 d\u00e9molies (il n\u2019en reste plus que 28) , pour deux raisons principalement : l\u2019arriv\u00e9e du christianisme et le fait qu\u2019elles \u00e9taient trop petites.<br \/>\nTout commence par un drame suite \u00e0 un accouchement probl\u00e9matique : deux soeurs siamoises. Les petites sont sauv\u00e9es mais la m\u00e8re d\u00e9c\u00e8de. Les deux soeurs sont des tisseuses hors pair qui vont r\u00e9aliser une tapisserie repr\u00e9sentant un mythe ou une l\u00e9gende avant de mourir, le m\u00eame jour. Fou de douleur leur p\u00e8re va faire fondre deux cloches pour les offrir \u00e0 la magnifique \u00e9glise en bois debout du village, qui date du Moyen Age . H\u00e9las, ce sera le d\u00e9but du d\u00e9clin de la famille Hekne, qui sera ruin\u00e9e par la r\u00e9alisation de ces deux cloches qui ont semble-t-il des pouvoirs proph\u00e9tiques. <span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>L\u2019auteur nous fait p\u00e9n\u00e9trer dans une vall\u00e9e recul\u00e9e de Norv\u00e8ge, nous fait d\u00e9couvrir le village de Butangen; nous faisons la connaissance du jeune pasteur Kai Schweigaard , de la famille Hekne (surtout de la jeune Astrid). Astrid , une jeune femme intelligente, ind\u00e9pendante, qui \u00e9touffe dans sa petite existence, est secr\u00e8tement amoureuse du Pasteur. Un jeune \u00e9tudiant des beaux-arts allemand envoy\u00e9 sur place pour s\u2019occuper du d\u00e9placement de la vielle \u00e9glise vers la ville des Dresde, en Allemagne tombera amoureux d\u2019elle. Cet \u00e9tudiant, Gerhard, va nous faire d\u00e9couvrir l\u2019art norrois, va r\u00e9pertorier et dessiner toutes les \u00e9glises en bois debout encore existantes et son travail a \u00e9t\u00e9 une vraie r\u00e9v\u00e9lation. Jamais je n\u2019avais entendu parler de ces chefs d\u2019oeuvre m\u00e9di\u00e9vaux, de ces \u00e9glises d\u00e9cor\u00e9es de personnages de la culture ancestrale, de ces portes d\u2019entr\u00e9e des \u00e9glises si bases que les fid\u00e8les devaient se baisser pour rentrer, rendant ainsi hommage aux divinit\u00e9s en se courbant devant elles. Il faut absolument sauver l\u2019art norrois, un art qui disparait au nom de la modernit\u00e9 et garder trace, physique ou \u00e9crite et dessin\u00e9e des d\u00e9cors, des coutumes, des traditions, des croyances, de la mythologie<br \/>\nLe pasteur est issu d\u2019une excellente famille et il a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 dans ce coin perdu pour gravir plus rapidement les marches de la hi\u00e9rarchie. Il a un caract\u00e8re col\u00e9rique et ce qui l\u2019int\u00e9resse avant tout est de r\u00e9former, de convertir les paysans au christianisme, d\u2019\u00e9radiquer les anciennes coutumes et croyances qui r\u00e8gnent encore dans des coins recul\u00e9s de Norv\u00e8ge, de faire \u00e9voluer le niveau de vie de ces pauvres gens pour que plus jamais quelqu\u2019un meure de froid dans l\u2019\u00e9glise pendant la messe. Mais r\u00e9former ne se fait pas sans attirer la m\u00e9fiance et le ressentiment\u2026 et vouloir remplacer la vieille \u00e9glise (et ses deux cloches) par une \u00e9glise moderne cela ne va pas passer !<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Le roman va nous raconter la vie d\u2019Astrid, du pasteur et du Jeune architecte allemand et nous conter l\u2019histoire des \u00e9glises en bois. La vie d\u2019Astrid est dure, sem\u00e9e d\u2019emb\u00fbches. Le destin du jeune allemand va tourner au drame\u2026 Le destin du jeune pasteur va \u00e9galement se modifier au cours des deux ann\u00e9es qui s\u2019\u00e9coulent pendant ce premier tome. Trois personnages tr\u00e8s diff\u00e9rents dont les vies vont se lier au fur et \u00e0 mesure des \u00e9v\u00e9nements.<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Et les cloches ? Quelle sera la destin\u00e9e de ces cloches jumelles? Pour le savoir, je vous sugg\u00e8re vivement de lire ce roman (et la suite de la trilogie\u2026)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><b>Extraits:<\/b><\/p>\n<p>Au moment de la christianisation de la Norv\u00e8ge, la population de Butangen avait \u00e9rig\u00e9 une \u00e9glise en bois debout, construite avec force c\u0153ur de pin rouge, un chef-d\u2019\u0153uvre orn\u00e9 de d\u00e9coupes en dentelle, de t\u00eates de dragons et de hauts clochetons. Comme on avait assez \u00e0 manger et que personne ne se souciait du temps qui passe, on pouvait consacrer des mois et des ann\u00e9es au laborieux travail du bois et de la pierre. L\u2019\u00e9glise fut achev\u00e9e sous le r\u00e8gne de Magnus V, et l\u2019on grava la date 1170 sur une poutre de soubassement. Pour les pi\u00e9droits et la charpente, on avait utilis\u00e9 les immenses pins qui poussaient alors dans le Gudbrandsdal, et comme le voulait la coutume dans tout le pays, on avait abondamment d\u00e9cor\u00e9 l\u2019\u00e9difice de motifs l\u00e9gu\u00e9s par les vieilles croyances pa\u00efennes, ce qui donnait une sorte de christianisme repeint, fa\u00e7on demeure de chef viking. Il avait fallu aux menuisiers un \u00e9t\u00e9 entier pour sculpter les serpents de mer et autres enjolivures qui avaient fait leurs preuves depuis l\u2019\u00e9poque norroise. L\u2019ext\u00e9rieur du porche \u00e9tait agr\u00e9ment\u00e9 sur toute sa hauteur de figures l\u00e9onines aux longs cous, et un \u00e9norme reptile se contorsionnait autour de la porte d\u2019entr\u00e9e. De chaque c\u00f4t\u00e9 du retable se dressaient des colonnes de bois dont les chapiteaux avaient pris la forme de masques barbus, effigies de vieilles divinit\u00e9s qui roulaient des yeux sans pupilles. Tout ceci avait pour but de d\u00e9fendre la paroisse contre les forces du mal, telles que les Norv\u00e9giens les avaient combattues depuis des centaines d\u2019ann\u00e9es. Les artisans avaient pris soin d\u2019int\u00e9grer tous les dieux \u00e0 leur \u0153uvre et de leur rendre justice \u00e0 \u00e9galit\u00e9, pour le cas o\u00f9 Thor et Odin auraient pu conserver quelques pouvoirs.<\/p>\n<p>Elle lisait et s\u2019emparait du monde \u00e0 pleines mains. Mais une fois le journal lu, quand elle devait retourner \u00e0 son ouvrage, elle ne se trouvait \u00e0 sa place ni dans ce lieu ni dans ce si\u00e8cle, un sentiment plus fort d\u2019un jour sur l\u2019autre, qui avait fini par s\u2019imposer jusque dans son lit.<\/p>\n<p>\u201cLa foi en Dieu, c\u2019est une bonne chose, avait conclu Astrid avant de s\u2019effacer. Mais la faim et la raison seront toujours les plus fortes.\u201d<\/p>\n<p>Il n\u2019ignorait pas que les familles en faisaient beaucoup pour leurs d\u00e9funts. Le probl\u00e8me, c\u2019\u00e9tait cette sauce de traditions et superstitions malsaines qui accompagnait tous les usages fun\u00e8bres. On br\u00fblait la paille sur laquelle avait repos\u00e9 le corps, et la direction prise par la fum\u00e9e \u00e9tait cens\u00e9e pr\u00e9sager l\u2019avenir. Au moment o\u00f9 le cercueil devait quitter la cour de ferme, tout le monde avait les yeux riv\u00e9s sur le cheval attel\u00e9 \u00e0 la charrette ou au tra\u00eeneau. S\u2019il levait d\u2019abord une de ses pattes droites, le prochain mort de la s\u00e9rie serait un homme, dans le cas contraire, tous se d\u00e9visageaient en se demandant quelle vieille allait voir son tour arriver.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>\u201cL\u2019id\u00e9e de conserver les vestiges d\u2019autrefois ne manque \u00e9videmment pas de noblesse, mais elle est souvent plus belle aux yeux des spectateurs que pour les personnes concern\u00e9es par son application. Notre pays vit en ce moment une \u00e9poque tourment\u00e9e, qui n\u00e9cessite une force de r\u00e9flexion\u00a0<i>pleine et enti\u00e8re<\/i>, et le christianisme est la seule vraie lumi\u00e8re qui puisse nous guider dans cet imbroglio. Nous ne pouvons pas nourrir notre foi en Dieu derri\u00e8re des murs de planches tordues qui datent de l\u2019\u00e9poque pa\u00efenne. Et puis, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, cette \u00e9glise est trop petite au regard de la loi. Un point, c\u2019est tout.\u201d<\/p>\n<p>\u201cNous sommes face \u00e0 une situation que l\u2019on peut qualifier d\u2019urgente au regard de l\u2019histoire de l\u2019art, je dirais m\u00eame de la philosophie de l\u2019art, d\u00e9clara Ulbricht. L\u2019apog\u00e9e europ\u00e9en de l\u2019architecture m\u00e9di\u00e9vale en bois est sur le point de voir ses derniers vestiges d\u00e9truits\u2026 et ce intentionnellement ! Je veux \u00e9videmment parler des \u00e9glises en bois debout de Norv\u00e8ge. Cet obscur pays montagneux poss\u00e9dait \u00e0 l\u2019\u00e9poque plus d\u2019un millier d\u2019\u00e9glises de ce type. De merveilleuses constructions, comme on n\u2019en conna\u00eet nulle part dans le monde.<br \/>\n\u2014\u00a0En Norv\u00e8ge ? s\u2019exclama le repr\u00e9sentant du maire. Dans un endroit pareil ? Vous plaisantez ?<br \/>\n\u2014\u00a0J\u2019en ai moi-m\u00eame \u00e9t\u00e9 surpris, la premi\u00e8re fois que j\u2019en ai entendu parler, r\u00e9pondit Ulbricht. Mais \u00e0 pr\u00e9sent, il serait plus exact de dire qu\u2019elles ont exist\u00e9. Il n\u2019en reste qu\u2019une cinquantaine, et la folie se d\u00e9cha\u00eene, on en abat un nombre consid\u00e9rable chaque ann\u00e9e.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Il s\u2019agissait de l\u2019\u00e9glise de Borgund, une magnifique et harmonieuse combinaison de toitures anguleuses, d\u2019ornements, de fl\u00e8ches dress\u00e9es vers le ciel et de t\u00eates de dragons ouvrant grandes leurs gueules. Ce style \u00e9tait aussi \u00e9tranger \u00e0 Gerhard Sch\u00f6nauer que celui d\u2019un palais persan, mais c\u2019\u00e9tait sans conteste de l\u2019art de haut vol, tr\u00e8s diff\u00e9rent de celui des b\u00e2timents et villas de prestige qu\u2019il r\u00eavait en fait de repr\u00e9senter. La vue de cette \u00e9glise toucha n\u00e9anmoins en lui une corde sensible, la plus profonde peut-\u00eatre, celle qui le relierait \u00e0 un univers sauvage et br\u00fblant, \u00e0 une \u00e9poque de l\u00e9gendes, d\u2019\u00e9p\u00e9es qu\u2019on d\u00e9gaine et de feux qu\u2019on allume, cern\u00e9 par les forces de l\u2019oc\u00e9an et de la nuit.<\/p>\n<p>La for\u00eat poussait soupir sur soupir chaque fois qu\u2019un paquet de neige glissait au pied des sapins.<\/p>\n<p>\u00c9glises en bois debout, le terme \u00e9tait si peu parlant, se rendait-il compte aujourd\u2019hui, on e\u00fbt d\u00fb parler d\u2019\u00e9glises \u00e0 colonnades. Des colonnes qui, jadis, avaient \u00e9t\u00e9 des arbres immenses et fiers. Le ch\u0153ur de ces temples pouvait atteindre aux m\u00eames hauteurs que les cimes des pins. Abattez les arbres, disposez-les en rectangle. Reliez-les entre eux par des croix de Saint-Andr\u00e9, posez un plancher, montez des murs, finissez par le ch\u0153ur, le clocher et le d\u00e9bord de toit, en poussant aussi haut que vous l\u2019osez. Les for\u00eats sont infinies, l\u2019effort des hommes ne conna\u00eet pas de limites, ce qu\u2019ils b\u00e2tissent est \u00e9ternel.<\/p>\n<p>Les rumeurs sont les graines d\u2019o\u00f9 sortent les mythes. L\u00e9g\u00e8res, elles s\u2019envolent avec le vent, se dispersent, et sont promptes \u00e0 ger\u00admer. Avant que la v\u00e9rit\u00e9 ne prenne racine, elles ont fleuri depuis longtemps, devenant vraies \u00e0 leurs propres oreilles, car m\u00eame les inventions les plus \u00e9chevel\u00e9es ont pour elles d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 racont\u00e9es par quelqu\u2019un, et le fait de raconter quelque chose est en soi v\u00e9ridique, m\u00eame si l\u2019objet du r\u00e9cit ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p><b>Mythologie<\/b> :<\/p>\n<p>la Nuit du Rascle, version locale du Jugement dernier d\u00e9riv\u00e9e des proph\u00e9ties norroises du Ragnarok sur la fin du monde. Un oc\u00e9an de flammes embraserait les t\u00e9n\u00e8bres, puis, une fois toutes choses consum\u00e9es et l\u2019obscurit\u00e9 retomb\u00e9e, la terre serait aras\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la roche, tandis que d\u00e9filerait la colonne des vivants et des morts, pouss\u00e9e devant le tribunal c\u00e9leste au lever du soleil. La tapisserie fut offerte \u00e0 l\u2019\u00e9glise o\u00f9 elle demeura pendue pendant plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, avant de dispara\u00eetre une nuit derri\u00e8re des portes verrouill\u00e9es.<\/p>\n<p>L\u2019Olympe norrois rel\u00e8ve de la m\u00eame pens\u00e9e que nos grands mythes. Les histoires et l\u00e9gendes qui mettent en sc\u00e8ne les Walkyries, Odin, Thor, Loke, tout ce terreau o\u00f9 le grandiose Ring de Wagner puise ses racines \u2013\u00a0notre commune culture germano-nordique\u00a0\u2013 eut droit de cit\u00e9 dans les \u00e9glises. Naturellement pas \u00e0 titre de message proclam\u00e9, mais en fond de d\u00e9cor. Ces figures assistaient dans l\u2019ombre au spectacle, comme une sorte de religion clandestine ! Elles avaient pris la forme de motifs sculpt\u00e9s, de statues, d\u2019inscriptions cryptiques en runes, de portails richement ouvrag\u00e9s. Dans la plupart des cas, on supprima progressivement ces \u00e9l\u00e9ments norrois. Mais quelques tr\u00e8s rares \u00e9difices, poursuivit-il en prenant un air myst\u00e9rieux, devinrent et sont rest\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 nos jours des temples o\u00f9 l\u2019on c\u00e9l\u00e9brait deux cultes \u00e0 la fois, et constituent, en ce sens, la plus ancienne illustration de l\u2019ancienne religion germanique.<\/p>\n<p>Les reliefs avaient subi l\u2019usure des intemp\u00e9ries et des si\u00e8cles, mais dans le noir, effleur\u00e9s du bout des doigts, ils paraissaient aigus, nets, dessin\u00e9s de neuf. Elle le laissa lui tenir la main et lui faire survoler ces forces primitives, caresser le loup de Fenrir, les corbeaux d\u2019Odin, et Naglfar, le vaisseau des enfers, construit avec les ongles des morts, il la guida au-dessus d\u2019un brasier qui d\u00e9sormais ne br\u00fblait plus, ou n\u2019avait pas br\u00fbl\u00e9 encore, \u00e0 travers le combat du jour et de la nuit, au temps o\u00f9 l\u2019on avait s\u00e9par\u00e9 la lumi\u00e8re de l\u2019ombre, il \u00e9carta les doigts, sentit la main d\u2019Astrid si chaude sous la sienne, et ces puissances qui palpitaient sous leurs mains \u00e0 tous deux. Ils suivirent la forme du serpent, sa longueur interminable dans l\u2019obscurit\u00e9, et les forces du mal fr\u00e9missaient sous leur peau, mais ils continuaient, plus loin encore par ici, puis de nouveau par l\u00e0, emport\u00e9s dans un vol envo\u00fbtant et sans fin.<\/p>\n<p><strong>Traditions<\/strong>:<\/p>\n<p>&#8211; Il n\u2019ignorait pas que les familles en faisaient beaucoup pour leurs d\u00e9funts. Le probl\u00e8me, c\u2019\u00e9tait cette sauce de traditions et superstitions malsaines qui accompagnait tous les usages fun\u00e8bres. On br\u00fblait la paille sur laquelle avait repos\u00e9 le corps, et la direction prise par la fum\u00e9e \u00e9tait cens\u00e9e pr\u00e9sager l\u2019avenir. Au moment o\u00f9 le cercueil devait quitter la cour de ferme, tout le monde avait les yeux riv\u00e9s sur le cheval attel\u00e9 \u00e0 la charrette ou au tra\u00eeneau. S\u2019il levait d\u2019abord une de ses pattes droites, le prochain mort de la s\u00e9rie serait un homme, dans le cas contraire, tous se d\u00e9visageaient en se demandant quelle vieille allait voir son tour arriver.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&#8211; Elle retourna le seau et frappa sur le fond d\u2019un doigt repli\u00e9. Une stupide vieille coutume, pour chasser les esprits du monde souterrain qui pourraient vouloir s\u2019y cacher.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&#8211; \u00c0 pr\u00e9sent qu\u2019on avait abattu le clocher, les vieux gestes destin\u00e9s \u00e0 \u00e9loigner le mal ressurgissaient. Les gens se remettaient \u00e0 poser des \u00e9cuelles de bouillie devant leur porte.<\/p>\n<p>&#8211; La nuit, les gloutons et les chats des for\u00eats se battaient dans les d\u00e9combres de l\u2019\u00e9glise, et des forces d\u2019un autre genre sortaient des grottes et des lits des cours d\u2019eau. Certains hommes d\u2019un \u00e2ge avanc\u00e9 avaient repris la coutume des morceaux de lard pos\u00e9s sur les rochers \u00e9mergeant des rivi\u00e8res, pour amadouer l\u2019ondin, un gnome gris et nu, qui bondissait \u00e0 quatre pattes en suivant les poissons jusqu\u2019aux fray\u00e8res. Mieux valait se ranger du bon c\u00f4t\u00e9, estimaient ces braves gens, ne pas prendre le risque de ne pas y croire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur: N\u00e9 le 1 mars 1968 \u00e0 F\u00e5vang (Norv\u00e8ge) , Lars Mytting a entam\u00e9 une carri\u00e8re de journaliste et d\u2019\u00e9diteur avant de se consacrer \u00e0 l\u2019\u00e9criture \u00e0 plein temps. Il est l\u2019auteur de quatre romans, tous salu\u00e9s par la critique, ainsi que de L\u2019Homme et le Bois (Ga\u00efa, 2016), qui a connu un succ\u00e8s international. &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=19559\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":19560,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[957,651,446,35,583,193,10,71,1223,45],"tags":[197,1577,1959,1213,1025,1960,326,442,1956,1270,270,403,1957,886,1851,314,927,151,768,1273,653],"class_list":["post-19559","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-957","category-allemagne","category-serie","category-coup-de-coeur-lectures","category-coup-de-coeur","category-etude-de-societe","category-nordique","category-norvege","category-rl2020","category-xixeme","tag-amour","tag-architecture","tag-art-medieval","tag-croyances","tag-eglise","tag-enfantement","tag-hiver","tag-legendes","tag-litterature-norvegienne","tag-monde-paysan","tag-mythologie","tag-nature","tag-patrimoine","tag-paysages","tag-portrait-de-femme","tag-rapports-familiaux","tag-rapports-sociaux","tag-religion","tag-roman-historique","tag-saga-familiale","tag-traditions"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/19559","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=19559"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/19559\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":23604,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/19559\/revisions\/23604"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/19560"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=19559"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=19559"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=19559"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}