{"id":2069,"date":"2015-08-13T14:34:32","date_gmt":"2015-08-13T13:34:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2069"},"modified":"2015-08-24T17:39:38","modified_gmt":"2015-08-24T16:39:38","slug":"kerr-philip-la-trilogie-berlinoise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2069","title":{"rendered":"Kerr, Philip \u00ab\u00a0La trilogie berlinoise\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>La Trilogie Berlinoise:<\/strong><\/p>\n<p><strong>Tome 1 : \u00ab L\u2019\u00e9t\u00e9 de cristal \u00bb (1993)<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: V\u00e9t\u00e9ran du front turc et ancien policier, Bernie Gunther, trente-huit ans, est devenu d\u00e9tective priv\u00e9, sp\u00e9cialis\u00e9 dans la recherche des personnes disparues. Et le travail ne manque pas, \u00e0 Berlin, durant cet \u00e9t\u00e9 1936 o\u00f9 les S.A., \u00e0 la veille des jeux Olympiques, se chargent de rendre la ville accueillante aux touristes.<\/p>\n<p>C\u2019est cependant une mission un peu particuli\u00e8re que lui propose un puissant industriel,<\/p>\n<p>Hermann Six : ce dernier n\u2019a plus \u00e0 chercher sa fille, assassin\u00e9e chez elle en m\u00eame temps que son mari, mais les bijoux qui ont disparu du coffre-fort.<\/p>\n<p>Bernie se met en chasse. Et cet \u00e9t\u00e9 l\u00e0, l\u2019ordre nouveau qui r\u00e8gne sur l\u2019Allemagne va se r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 lui, faisant voler en \u00e9clats le peu d\u2019illusions qui lui restent\u2026<\/p>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme un des espoirs les plus prometteurs du roman policier anglais, Philip Kerr a re\u00e7u pour ce premier livre le Prix du roman d\u2019aventures.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Dommage de ne pas lui avoir laiss\u00e9 le titre original \u00ab\u00a0Violettes de mars\u00a0\u00bb avec toute sa signification historique (Les violettes de mars, le surnom que les Nazis attribuaient \u00e0 leurs compatriotes ayant rejoint le parti sur le tard.) mais sinon c\u2019est un livre que j\u2019ai d\u00e9vor\u00e9. Le personnage Bernie est attachant, atypique, l\u2019\u00e9criture fluide et il y a de l\u2019humour, c\u2019est bien document\u00e9 sans faire sentir le poids de l\u2019\u00e9rudition. On plonge dans Berlin, dans les intrigues, on d\u00e9couvre le nazisme, l\u2019histoire, et l\u2019intrigue est de plus int\u00e9ressante et un bon support pour s\u2019instruire. Je continue avec le tome 2<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Je pensais la voir sortir en m\u2019ignorant,\u00a0mais elle me coula un regard et dit\u00a0: \u00ab\u00a0Bonne nuit, qui que vous soyez.\u00a0\u00bb Puis la porte de la biblioth\u00e8que l\u2019avala avant que j\u2019aie pu le faire moi m\u00eame.<\/p>\n<p>C\u2019est un sous-marin juif.<br \/>\n\u2014\u00a0Un quoi\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Un Juif qui se cache.<br \/>\n\u2014\u00a0Qu\u2019a-t-il fait pour devoir se cacher\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0\u00c0 part d\u2019\u00eatre juif, vous voulez dire\u00a0?<\/p>\n<p>Il \u00e9tait si furieux que son visage \u00e9tait aussi rouge qu\u2019une tranche de foie<\/p>\n<p>il fut pris d\u2019une quinte d\u2019une telle violence qu\u2019elle n\u2019avait plus rien d\u2019humain. On aurait dit le bruit d\u2019une voiture qu\u2019on essaie de faire d\u00e9marrer avec une batterie \u00e0 plat.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience m\u2019a appris qu\u2019une femme n\u2019a jamais son content de compliments, tout comme un chien ne se lasse jamais de d\u00e9vorer des biscuits.<\/p>\n<p>Et si elle \u00e9tait pr\u00eate \u00e0 offrir son corps, elle pouvait m\u00eame demander la lune, avec quelques galaxies pour faire le compte<\/p>\n<p>J\u2019adorais cette ville autrefois, avant qu\u2019elle ne tombe amoureuse de son propre reflet et se mette \u00e0 porter les corsets rigides qui l\u2019\u00e9touffaient peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p>Ce sont l\u00e0 des blessures anciennes, et \u00e0 mon avis, il est malsain de toujours les ressasser.<\/p>\n<p>Comme \u00e0 son habitude, il jouerait de sa voix en chef d\u2019orchestre accompli, faisant alterner la douceur persuasive du violon et le son alerte et moqueur de la trompette<\/p>\n<p>L\u2019appartement \u00e9tait de la taille d\u2019un modeste a\u00e9roport, et \u00e0 peine plus luxueux qu\u2019un d\u00e9cor de Cecil B. de Mille,<\/p>\n<p>Une chose est myst\u00e9rieuse lorsqu\u2019elle se situe au-del\u00e0 de la compr\u00e9hension et du savoir humains, ce qui voudrait dire que mon travail est une pure perte de temps. Or cette affaire est une simple \u00e9nigme, et il se trouve que j\u2019adore les \u00e9nigmes.<\/p>\n<p>Mes revenus\u00a0? Ils sont aussi confortables qu\u2019un fauteuil du Bauhaus.<\/p>\n<p>Leur mariage est devenu une simple feuille de vigne, une couverture respectable<\/p>\n<p>\u00c7a n\u2019a pas d\u00e9bouch\u00e9 sur grand-chose. Le pauvre, il aura pass\u00e9 sa vie \u00e0 d\u00e9boucher sur rien\u2026<\/p>\n<p>Quant \u00e0 son sourire, c\u2019\u00e9tait un m\u00e9lange de pr\u00e9-maya et de gothique tardif.<\/p>\n<p>Je veux bien m\u2019arranger, mais uniquement avec les gens qui n\u2019ont rien de plus dangereux dans la main droite qu\u2019un\u00a0verre de schnaps.<\/p>\n<p>J\u2019ai fait l\u2019\u00e9cole de d\u00e9tectives Don Quichotte et j\u2019ai eu une mention bien \u00e0 l\u2019option Noble Sentiment.<\/p>\n<p>Je me r\u00e9veillai l\u2019esprit plus creux que la coque d\u2019une pirogue taill\u00e9e dans un tronc d\u2019arbre<\/p>\n<p>le c\u0153ur battant comme une fourchette qui monte des blancs d\u2019\u0153ufs dans un bol<\/p>\n<p>Quand vous adoptez un chat pour attraper les souris \u00e0 la cuisine, vous ne pouvez pas l\u2019emp\u00eacher d\u2019aller courir apr\u00e8s les rats du grenier.<\/p>\n<p>Quand on attend, l\u2019imagination prend peu \u00e0 peu le pas sur tout le reste, et transforme votre cerveau en enfer<\/p>\n<p>Il existe beaucoup de choses qui peuvent lib\u00e9rer l\u2019homme, mais le travail n\u2019en fait certainement pas partie<\/p>\n<p>Dans cette clinique, la mort est \u00e0 peu pr\u00e8s le seul m\u00e9dicament disponible, vous savez.<\/p>\n<p><strong>Tome 2 : \u00ab La pale figure \u00bb (1994)<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Septembre 1938. Cependant que Berlin attend l\u2019issue des pourparlers de Munich, le d\u00e9tective priv\u00e9 Bernhard Gunther est appel\u00e9 par Frau Lange, une importante \u00e9ditrice, qui subit un chantage relatif \u00e0 son fils, homosexuel. Une d\u00e9nonciation signifierait pour lui le camp de concentration. Au m\u00eame moment, un ami policier propose \u00e0 Gunther une autre mission, difficile \u00e0 refuser : travailler pour les services du tout-puissant responsable nazi Heydrich, qui le lance sur la piste d\u2019un tueur en s\u00e9rie.<\/p>\n<p>Au fil d\u2019un thriller qui nous conduit des cliniques psychiatriques aux coulisses du pouvoir hitl\u00e9rien, l\u2019auteur de L\u2019Et\u00e9 de cristal \u2014 Prix du Roman d\u2019aventures 1993 \u2014ressuscite l\u2019ambiance d\u2019une ville o\u00f9 s\u2019appesantit la folie totalitaire, avec une v\u00e9racit\u00e9 et une pr\u00e9cision saisissantes jusqu\u2019au malaise.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: J\u2019aime toujours autant ses descriptions et son humour\u00a0! Nous sommes en 1938, le roman se passe deux ans apr\u00e8s le tome 1. Il devient de plus en plus difficile de vivre librement dans l\u2019Allemagne nazie. On en apprend beaucoup sur les rapports entre SS, les inimiti\u00e9s, les trafics d\u2019influence. Ca magouille beaucoup et je me demande ce qui est le plus important dans cette s\u00e9rie\u00a0: les crimes ou la description de la vie en Allemagne nazie\u00a0? Pour moi sans conteste la reconstitution de la vie en cette p\u00e9riode noire de l\u2019histoire.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Les adeptes de la pipe sont les champions du tripotage et de l\u2019agitation futile, et repr\u00e9sentent pour notre monde une calamit\u00e9 aussi grave qu\u2019un missionnaire d\u00e9barquant \u00e0 Tahiti avec une valise de soutien-gorge.<\/p>\n<p>Il arborait en effet un appendice nasal protub\u00e9rant comme une aiguille de cadran solaire, qui d\u00e9formait sa l\u00e8vre sup\u00e9rieure en un \u00e9ternel sourire moqueur.<\/p>\n<p>Un nazi tendance beefsteak\u00a0? \u00c7a alors, \u00e7a me la coupe\u00a0!<br \/>\n\u2014\u00a0Brun \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, c\u2019est vrai, dit-il. Quant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, je ne sais pas de quelle couleur je suis. En tout cas, pas rouge\u00a0\u2013 je ne suis pas bolchevik. Mais pas brun non plus.<\/p>\n<p>Elle devait avoir dans les 55\u00a0ans. Peu importe, \u00e0 vrai dire. Lorsqu\u2019une femme d\u00e9passe la cinquantaine, son \u00e2ge n\u2019a plus d\u2019int\u00e9r\u00eat pour personne, sauf pour elle. Alors que pour les hommes, c\u2019est exactement le contraire.<\/p>\n<p>Mais il est vrai qu\u2019il n\u2019y a plus beaucoup de touristes ces temps-ci. Le national-socialisme en a fait un spectacle aussi rare que Fred Astaire en godillots.<\/p>\n<p>leur sens de l\u2019humour para\u00eet cruel \u00e0 qui ne le comprend pas, et encore plus cruel \u00e0 qui le comprend.<\/p>\n<p>\u00catre cynique c\u2019est, pour un d\u00e9tective, l\u2019\u00e9quivalent de la main verte pour un jardinier,<\/p>\n<p>Retournez \u00e0 votre poussi\u00e8re. C\u2019est pas ce qui manque.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Elle n\u2019est pas en tenue pour recevoir des messieurs.<br \/>\n\u2014\u00a0\u00c7a n\u2019a aucune importance. Je n\u2019ai apport\u00e9 ni fleurs ni chocolats.<\/p>\n<p>Les lois ne sont que des arceaux par lesquels nous devons faire passer le peuple, en le for\u00e7ant plus ou moins. Et aucun mouvement n\u2019est possible sans le maillet. Le croquet est un jeu parfait pour un policier.<\/p>\n<p>L\u2019information est le sang qui irrigue une enqu\u00eate criminelle, et si cette information est contamin\u00e9e, alors c\u2019est toute l\u2019enqu\u00eate qui est empoisonn\u00e9e.<\/p>\n<p>On ne peut rien enseigner \u00e0 celui qui ne veut pas apprendre.<\/p>\n<p>Chacun d\u2019entre nous est capable de cruaut\u00e9. Chacun d\u2019entre nous est un criminel en puissance. La vie n\u2019est qu\u2019une longue bataille pour conserver une enveloppe civilis\u00e9e. L\u2019exemple de nombreux tueurs sadiques montre que cette enveloppe ne se d\u00e9chire que de temps en temps<\/p>\n<p>Je pr\u00e9f\u00e8re les tomates quand elles sont encore un peu vertes. Elles sont alors douces et fermes, avec une peau lisse et fra\u00eeche, parfaites pour la salade. Si on les laisse vieillir, elles se rident, deviennent trop molles pour \u00eatre manipul\u00e9es et prennent un go\u00fbt amer.<\/p>\n<p>C\u2019est la m\u00eame chose avec les femmes. Sauf que celle-ci \u00e9tait peut-\u00eatre un peu trop verte pour moi, et sans doute trop fra\u00eeche pour son propre int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p>Dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de Baudelaire pour la violence, dans sa nostalgie du pass\u00e9 et dans sa r\u00e9v\u00e9lation du monde de la mort et de la corruption, je percevais l\u2019\u00e9cho d\u2019une litanie diabolique beaucoup plus contemporaine, j\u2019y distinguais la p\u00e2le figure d\u2019un autre genre de criminel, un criminel dont le spleen avait force de loi.<\/p>\n<p>N\u2019y a-t-il pas des tas de fa\u00e7ons d\u2019\u00e9chapper \u00e0 ce qui nous fait peur, et l\u2019une des plus r\u00e9pandues n\u2019est-elle pas la haine\u00a0?<\/p>\n<p>\u2026 demandez aussi \u00e0 un agent de nous pr\u00e9parer du caf\u00e9. Je travaille beaucoup mieux quand je suis r\u00e9veill\u00e9.<\/p>\n<p>Je pr\u00e9f\u00e8re prendre des notes moi-m\u00eame plut\u00f4t que d\u2019avoir \u00e0 d\u00e9chiffrer ensuite les pattes de mouches d\u2019une forme de vie encore primitive.<\/p>\n<p>la mati\u00e8re grise est aussi rare que la fourrure sur un poisson.<\/p>\n<p>Si vous voulez mon avis, dis-je, nous sommes tous dans la poche arri\u00e8re de Hitler. Et il s\u2019appr\u00eate \u00e0 d\u00e9valer une montagne sur le cul.<\/p>\n<p>Au contraire, il m\u2019a paru avoir le sang-froid d\u2019une couleuvre congel\u00e9e.<\/p>\n<p>Un flic qui n\u2019ob\u00e9it pas de temps en temps \u00e0 une intuition ne prend jamais de risques. Et on ne r\u00e9sout jamais d\u2019affaire sans prendre de\u00a0risques.<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 toute nue, c\u2019est qu\u2019un homme qui se r\u00e9veille le matin seul dans son lit pensera \u00e0 une femme aussi s\u00fbrement qu\u2019un homme mari\u00e9 pensera \u00e0 son petit-d\u00e9jeuner.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce avait quelque chose de typiquement allemand, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s aussi intime et chaleureuse qu\u2019un couteau suisse.<\/p>\n<p>Cet homme avait le sang-froid d\u2019un saumon de la Baltique, et il \u00e9tait tout aussi insaisissable.<\/p>\n<p>Le p\u00e2le ciel d\u2019automne \u00e9tait empli de l\u2019exode de millions de feuilles que le vent d\u00e9portait aux quatre coins de la ville, loin des branches qui leur avaient donn\u00e9 vie.<\/p>\n<p><strong>Tome 3 : \u00ab Un requiem allemand \u00bb (1995)<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : C\u2019est dans le Berlin de 1947 que nous retrouvons Bernie Gunther, le d\u00e9tective priv\u00e9 familier des lecteurs de L\u2019\u00c9t\u00e9 de cristal (Prix du Roman d\u2019aventures 1993). Un Berlin de cauchemar, \u00e9cras\u00e9 sous les bombes, en proie au march\u00e9 noir, \u00e0 la prostitution, aux exactions de la soldatesque rouge\u2026 C\u2019est dans ce contexte que Gunther est contact\u00e9 par un colonel du renseignement sovi\u00e9tique, dans le but de sauver de la potence un nomm\u00e9 Becker, accus\u00e9 du meurtre d\u2019un officier am\u00e9ricain. Mais quel r\u00f4le jouait au juste ce Becker \u2013 que Bernie Gunther a connu quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t ? Trafiquant ? Espion ? Coupable id\u00e9al ? A Berlin, puis \u00e0 Vienne, tandis que la d\u00e9nazification entra\u00eene la valse des identit\u00e9s et des faux certificats, Bernie va devoir prouver que son passage sur le front de l\u2019Est n\u2019a pas entam\u00e9 ses capacit\u00e9s. D\u2019autant qu\u2019il s\u2019agit aussi de sauver sa peau\u2026<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Superbe trilogie. Quelle bonne nouvelle qu\u2019il ait d\u00e9cid\u00e9 de continuer les enqu\u00eates de Bernie. J\u2019ai d\u00e9vor\u00e9 les trois tomes et tout est bon. Et le personnage de Bernie me plait beaucoup.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Les mains tremblantes de fatigue, le cerveau douloureux comme si on me l\u2019avait pass\u00e9 \u00e0 l\u2019attendrisseur, je me tra\u00eenai jusqu\u2019\u00e0 mon lit avec la vivacit\u00e9 d\u2019un b\u0153uf en train de ruminer.<\/p>\n<p>Les gens l\u00e0-bas ressemblent \u00e0 leur ville, dit-il en v\u00e9rifiant sa tenue dans le reflet de la fen\u00eatre. Tout est dans la fa\u00e7ade. Il n\u2019y a que la surface qui para\u00eet int\u00e9ressante. Dessous ils sont tr\u00e8s diff\u00e9rents.<\/p>\n<p>Ce qui s\u2019est pass\u00e9 n\u2019est pas bien. Mais nous devons reconstruire, recommencer autre chose. On n\u2019y arrivera jamais si la guerre nous colle \u00e0 la peau comme une mauvaise odeur.<\/p>\n<p>En ce moment, les seules femmes en qui on peut avoir confiance, ce sont les femmes des autres.<\/p>\n<p>La plus terrible punition qu\u2019inflige la Loi \u00e0 un homme, c\u2019est ce qu\u2019elle d\u00e9clenche dans son imagination<\/p>\n<p>Quelqu\u2019un qui savait s\u2019orienter dans ces ruelles en ruine et qui connaissait bien ces traboules pouvait donner plus de fil \u00e0 retordre \u00e0 une meute de policiers que Jean Valjean \u00e0 ses poursuivants.<\/p>\n<p>Tel un homme qui s\u2019est gav\u00e9 de pruneaux au petit d\u00e9jeuner, je me dis que quelque chose n\u2019allait pas tarder \u00e0 se produire<\/p>\n<p>Le langage bureaucratique \u00e9tait la seule langue qu\u2019un Britannique pourrait jamais parler en dehors de la sienne.<\/p>\n<p>Celui qui d\u00e9sire \u00eatre inform\u00e9 doit d\u2019abord douter de tout. Le doute provoque des questions, et les questions demandent des r\u00e9ponses.<\/p>\n<p>Les Viennois n\u2019aiment rien autant qu\u2019\u00eatre douillettement install\u00e9s. Ils recherchent ce confort dans les bars et les restaurants, au son d\u2019un quatuor compos\u00e9 d\u2019une contrebasse, d\u2019un violon, d\u2019un accord\u00e9on et d\u2019une cithare, instrument \u00e9trange qui ressemble \u00e0 une grande bo\u00eete de chocolats vide munie de trente ou quarante cordes dispos\u00e9es comme celles d\u2019une guitare. Cette invariable combinaison d\u2019instruments repr\u00e9sentait \u00e0 mes yeux tout ce que Vienne avait de faux et de frelat\u00e9, au m\u00eame titre que le sentimentalisme sirupeux et la politesse affect\u00e9e<\/p>\n<p>Je ne pensais pas tomber amoureuse de lui, vous savez.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0On n\u2019y pense jamais avant, dis-je. (Je remarquai que ma main s\u2019\u00e9tait pos\u00e9e sur la sienne.) \u00c7a vous tombe dessus. Comme un accident de voiture.<\/p>\n<p>C\u2019est une des choses que j\u2019ai apprises dans ce boulot\u00a0: quand t\u2019as un doute, fais-le mac\u00e9rer dans l\u2019alcool.<\/p>\n<p>Il avait un tel accent bavarois que ses paroles semblaient surmont\u00e9es d\u2019un faux-col de mousse.<\/p>\n<p>L\u2019Allemagne n\u2019aura peut-\u00eatre plus jamais la primaut\u00e9 militaire, mais elle parviendra \u00e0 la premi\u00e8re place gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9conomie. C\u2019est le mark, pas la svastika, qui soumettra l\u2019Europe. Doutez-vous de mes pr\u00e9visions\u00a0?<\/p>\n<p>Je fouillai dans mon classeur mental. La plupart des fiches \u00e9taient \u00e9parpill\u00e9es par terre, mais celles que je ramassai me rappel\u00e8rent quelque chose.<\/p>\n<p>Vous autres Boches n\u2019avez jamais entendu parler des capotes anglaises\u00a0?<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Les Parisians\u00a0? Bien s\u00fbr que si. Mais on ne les utilise pas. On les donne aux nazis de la Cinqui\u00e8me colonne qui percent des trous dedans et les refilent aux GI\u2019s pour qu\u2019ils chopent la v\u00e9role en baisant nos femmes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2059\">Kerr, Philip S\u00e9rie Bernhard Gunther (La trilogie berlinoise et la suite)<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Trilogie Berlinoise: Tome 1 : \u00ab L\u2019\u00e9t\u00e9 de cristal \u00bb (1993) R\u00e9sum\u00e9\u00a0: V\u00e9t\u00e9ran du front turc et ancien policier, Bernie Gunther, trente-huit ans, est devenu d\u00e9tective priv\u00e9, sp\u00e9cialis\u00e9 dans la recherche des personnes disparues. Et le travail ne manque pas, \u00e0 Berlin, durant cet \u00e9t\u00e9 1936 o\u00f9 les S.A., \u00e0 la veille des jeux &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2069\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2070,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,46,5,77,33],"tags":[],"class_list":["post-2069","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-polhist","category-lecture-polar","category-deuxieme-guerre-mondiale","category-ecosse"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2069","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2069"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2069\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2100,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2069\/revisions\/2100"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2070"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2069"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2069"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2069"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}