{"id":2088,"date":"2015-08-21T12:32:03","date_gmt":"2015-08-21T11:32:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2088"},"modified":"2022-09-16T18:52:32","modified_gmt":"2022-09-16T16:52:32","slug":"gaude-laurent-danser-les-ombres-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2088","title":{"rendered":"Gaud\u00e9, Laurent \u00ab\u00a0Danser les ombres\u00a0\u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Laurent Gaud\u00e9, n\u00e9 le 6 juillet 1972 dans le 14e arrondissement de Paris, est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, qui a obtenu le prix Goncourt des lyc\u00e9ens et le prix des libraires avec La Mort du roi Tsongor en 2002, puis le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta, en 2004. En 2019, il re\u00e7oit le prix du livre europ\u00e9en pour Nous, l\u2019Europe banquet des peuples.<\/p>\n<p><strong>Ses romans\u00a0<\/strong>: Cris, 2001 \u2013\u00a0<em>La Mort du roi Tsongor, 2002 (\u00a0prix Goncourt des lyc\u00e9ens\u00a0et le\u00a0prix des libraires) \u2013 Le Soleil des Scorta, 2004 (prix Goncourt\u00a0;\u00a0 prix du jury Jean-Giono) \u2013 Eldorado, 2006<\/em>\u00a0\u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14714\">La Porte des Enfers<\/a>,<\/span>\u00a02008 \u2013\u00a0<em>Ouragan, 2010<\/em>\u00a0\u2013 Pour seul cort\u00e8ge, 2012 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2088\">Danser les ombres<\/a>,<\/span>\u00a02015 \u2013 \u00c9coutez nos d\u00e9faites, 2016 \u2013<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14233\">Salina, les trois exils<\/a><\/span>, 2018 \u2013 Paris, mille vies, 2020 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16916\">Chien 51<\/a><\/span>, 2022<br \/>\n<strong>Recueils de nouvelles<\/strong>\u00a0:\u00a0<em>Dans la nuit Mozambique<\/em>, 2007 (recueil de quatre nouvelles) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=568\">Les Oliviers du N\u00e9gus<\/a>,<\/span> 2011 ( recueil de quatre nouvelles) \u2013 Essai : Nous, l\u2019Europe banquet des peuples, 2018 \u2013 La derni\u00e8re nuit du monde, 2021<br \/>\n<strong>Th\u00e9\u00e2tre<\/strong>\u00a0:<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13409\">\u00a0Caillasses<\/a>\u00a0<\/span>(2012) M\u00e9d\u00e9e Kali \u2013 Sodome, ma douce (2019)<\/p>\n<p>(les titres en italique non cliquables ont \u00e9t\u00e9 lus avant la cr\u00e9ation du blog)<\/p>\n<p>D\u00e9cidemment, je suis fan de la collection Actes Sud. Que de bons auteurs!<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: En ce matin de janvier, la jeune Lucine arrive de Jacmel \u00e0 Port-au-Prince pour y annoncer un d\u00e9c\u00e8s. Tr\u00e8s vite, dans cette ville o\u00f9 elle a connu les heures glorieuses et sombres des manifestations \u00e9tudiantes quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, elle sait qu\u2019elle ne partira plus, qu\u2019elle est revenue construire ici l\u2019avenir qui l\u2019attendait.<\/p>\n<p>H\u00e9berg\u00e9e dans une ancienne maison close, elle fait la connaissance d\u2019un groupe d\u2019amis qui se r\u00e9unit chaque semaine pour de longues parties de dominos. Dans la cour sous les arbres, dans la douceur du temps tranquille, quelque chose fr\u00e9mit qui pourrait \u00eatre le bonheur, qui donne l\u2019envie d\u2019aimer et d\u2019accomplir sa vie. Mais, le lendemain, la terre qui tremble redistribue les cartes de toute existence\u2026<\/p>\n<p>Pour rendre hommage \u00e0 Ha\u00efti, l\u2019\u00eele des hommes libres, Danser les ombres tisse un lien entre le pass\u00e9 et l\u2019instant, les ombres et les vivants, les corps et les \u00e2mes. D\u2019une plume tendre et fervente, Laurent Gaud\u00e9 trace au milieu des d\u00e9combres une cartographie de la fraternit\u00e9, qui seule peut sauver les hommes de la peur et les morts de l\u2019oubli.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Une fois encore je suis envout\u00e9e par Ha\u00efti. La premi\u00e8re fois que je suis tomb\u00e9e sous le charme, ce fut gr\u00e2ce \u00e0 Jean-Marc Pasquet, \u00e9crivain n\u00e9 \u00e0 Gen\u00e8ve d&rsquo;une m\u00e8re franco-russe, naturalis\u00e9e suisse, et d&rsquo;un p\u00e8re ha\u00eftien et l\u2019un de ses romans \u00ab\u00a0Libre toujours\u00a0\u00bb. Mais quand Ha\u00efti est \u00e9voqu\u00e9 par l\u2019un de mes auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s, c\u2019est juste le bonheur. Gaud\u00e9 une fois encore b\u00e2tit sur le terrain de la catastrophe\u00a0: apr\u00e8s nous avoir entrain\u00e9s dans un \u00ab\u00a0Ouragan\u00a0\u00bb il r\u00e9cidive et nous l\u00e2che en plein tremblement de terre. Il m\u00eale ici la vie et la mort, la joie et la peur de vivre, cherche le sens de la vie, nous prend par la main pour accompagner les morts et les vivants, ceux qui sont partis, ceux qui vont partir et ceux qui hantent les lieux et les esprits. Les croyances vaudoues sont l\u00e0\u2026 et elles font partie du quotidien. Le pont entre les vivants et les morts fait partie de la culture de cette ile. Tout est fort et percutant et \u00e0 la fois baign\u00e9 de grande douceur et de tendresse. C\u2019est un roman sur le basculement des vies..<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>.. vit ses deux yeux noirs comme des \u00e9clats de quartz et elle sut qu\u2019elle avait devant elle l\u2019esprit Ravage, celui qui renverse la vie des hommes, \u00e9croule les existences, celui qui casse les vies et fait pleurer les femmes existences, celui qui casse les vies et fait pleurer les femmes<\/p>\n<p>Seul restait le capharna\u00fcm de la rue. La t\u00eate se mit \u00e0 lui tourner. Elle \u00e9tait assaillie par un d\u00e9luge de couleurs, rouge, jaune, vert, orange, des peintures des voitures, des d\u00e9corations des bus. Abasourdie par le vacarme continu des moteurs, des klaxons, des chauffeurs h\u00e9lant le chaland\u2026<\/p>\n<p>Le vrai luxe, pense-t-il \u00e0 cet instant, c\u2019est d\u2019\u00e9chapper aux regards<\/p>\n<p>le vrai pouvoir, c\u2019est de se soustraire aux yeux des autres. Et de voir<\/p>\n<p>Un quartier comme une plaque d\u2019urticaire en b\u00e9ton qui ronge la terre, la gratte et s\u2019agrandit toujours. Il y fait chaud<\/p>\n<p>Ha\u00efti est l\u00e0. Le sourire d\u2019Ha\u00efti. Celui qui n\u2019a rien \u00e0 offrir qu\u2019un peu d\u2019eau et l\u2019hospitalit\u00e9 d\u2019une chaise<\/p>\n<p>S\u2019il faut mourir, alors autant vivre un peu<\/p>\n<p>Mais pendant toutes ces heures de longues discussions et d\u2019attente, un sourire apais\u00e9 resta sur le visage de la d\u00e9funte et c\u2019est ainsi qu\u2019elle fut enterr\u00e9e, ivre de visions qu\u2019elle n\u2019avait partag\u00e9es avec personne mais qui semblaient lui avoir fait toucher du doigt l\u2019harmonie simple du monde<\/p>\n<p>Son corps est vieux de partout, pense-t-il et il enrage parce qu\u2019il sait que la douleur va l\u2019accompagner longtemps<\/p>\n<p>Ici, rien n\u2019a chang\u00e9. Pour le reste de la ville, cinq ann\u00e9es se sont \u00e9coul\u00e9es, mais ici, tout est intact.<\/p>\n<p>Dans une soci\u00e9t\u00e9 de la survie permanente et de l\u2019exploitation \u00e9hont\u00e9e, la recherche du bonheur est un acte politique.\u201d Elle se souvient de sa voix qui jaillissait avec fra\u00eecheur. \u201cNous ferons jouir nos corps et nos esprits car c\u2019est ce qui est le plus subversif pour nos ennemis<\/p>\n<p>heureuse de cette visite improbable qui vient enchanter le parc d\u2019images du pass\u00e9<\/p>\n<p>Il aime ce regard sur lui. Elle ne juge pas. Elle parcourt du regard ses d\u00e9faites sans oublier qu\u2019elle a les siennes aussi<\/p>\n<p>Elle porte la t\u00eate droite. Les \u00e9preuves de la vie l\u2019ont forc\u00e9e, l\u2019ont enlev\u00e9e \u00e0 l\u2019existence qu\u2019elle avait esp\u00e9r\u00e9e, mais elles ne lui ont pas fait baisser les yeux. Elle est l\u00e0, devant lui, belle de toute sa vie de sueur, sans plainte, sa vie de courage et d\u2019abn\u00e9gation<\/p>\n<p>Elle ne pense \u00e0 rien et cela l\u2019\u00e9tonne<\/p>\n<p>Le sol est poussi\u00e9reux, la peinture au mur cloque et s\u2019effrite \u00e0 plusieurs endroits. Pourtant, il r\u00e8gne ici un calme presque solennel. Comme si ce lieu avait connu tant d\u2019illustres visiteurs, tant de moments m\u00e9morables, qu\u2019il en restait pour toujours de la grandeur accroch\u00e9e aux murs<\/p>\n<p>Il avait peur. Pas de ce qui pouvait arriver \u2013 il \u00e9tait \u00e2g\u00e9 maintenant, et si on lui avait dit que l\u2019existence allait s\u2019achever en ce jour, il en aurait pris son parti \u2013 non, c\u2019\u00e9tait une peur du pass\u00e9 qui surgissait, vieille de quarante ans et qui le mordait avec la m\u00eame acuit\u00e9 qu\u2019un cauchemar d\u2019enfant<\/p>\n<p>Cette vie qui \u00e9tait en elles, depuis combien de temps l\u2019avait-elle quitt\u00e9, lui\u00a0? Il \u00e9tait si vieux face \u00e0 leur gr\u00e2ce\u2026 Il n\u2019en \u00e9prouvait pas de nostalgie, ne les enviait pas mais il voulait juste savoir si cet \u00e9clat les quitterait \u00e0 leur tour. Il esp\u00e9rait que non. Elles \u00e9taient si belles<\/p>\n<p>Il fallait toujours tout recommencer. Mais aujourd\u2019hui, au lieu de l\u2019accabler, cette certitude lui semblait belle. Tout recommencer. Oui. Il avait envie<\/p>\n<p>Parce qu\u2019elle \u00e9tait belle aussi d\u2019une certaine fatigue qu\u2019il connaissait. Parce qu\u2019elle avait en elle un grand silence de nuit et des yeux encore capables de fracas<\/p>\n<p>des hommes de tout \u00e2ge, de toute classe sociale, r\u00e9unis en un \u00e9tablissement qui ne faisait aucune distinction entre les uns et les autres et offrait simplement \u00e0 tous le temps du partage et de la conversation<\/p>\n<p>Elle comprenait que cette soir\u00e9e serait une de celles dont on se souvient toute sa vie, que l\u2019on magnifie ensuite, pour laquelle on r\u00e9invente quelques d\u00e9tails mais qu\u2019on n\u2019oublie pas parce qu\u2019elle marque le d\u00e9but d\u2019une autre existence<\/p>\n<p>La vie serait peut-\u00eatre faite d\u2019\u00e9preuves et de fatigues, mais cela lui allait si c\u2019\u00e9tait \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. La vie serait peut-\u00eatre laborieuse mais cela lui allait si elle pouvait dire son nom. Ils \u00e9taient deux<\/p>\n<p>L\u2019instant, d\u2019accord. Si nous \u00e9tions des \u00eatres sans aucun souvenir, alors, oui. Va pour le bonheur comme une succession d\u2019\u00e9tats de plaisir, de douceur. Mais il y a la m\u00e9moire, mes amis. Pourquoi sommes-nous dot\u00e9s de m\u00e9moire si nous sommes vou\u00e9s \u00e0 l\u2019instant<\/p>\n<p>L\u2019instant, c\u2019est bien beau mais qui peut vivre v\u00e9ritablement comme \u00e7a\u00a0? On ne peut pas s\u2019en emp\u00eacher, je veux dire, de construire, dans sa t\u00eate, des projets, des r\u00eaves, je veux dire, de se rem\u00e9morer aussi\u2026 Le bonheur, le vrai, il est o\u00f9\u00a0? Toujours derri\u00e8re ou toujours devant\u2026<\/p>\n<p>Elle parla, puis, lorsqu\u2019elle eut termin\u00e9, il y eut un long silence. Personne ne voulait dire un mot de plus. Les uns et les autres voulaient conserver le plus longtemps possible ces visions n\u00e9es de leur esprit<\/p>\n<p>Et puis d\u2019un coup, il l\u2019entend, le mot, hurl\u00e9 par une femme, au loin, une femme qu\u2019il ne voit pas, qui doit \u00eatre plus bas\u00a0: \u201cTremblement de terre\u00a0!\u2026,\u201d Elle l\u2019entend elle aussi, le mot repris de bouche en bouche. Ils le r\u00e9p\u00e8tent et la peur se r\u00e9pand plus vite maintenant que le mot du d\u00e9sastre est prononc\u00e9. Avant, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019immobilit\u00e9 et t\u00e9tanie. Maintenant, le mot court et les hommes s\u2019agitent<\/p>\n<p>La terre n\u2019est plus terre mais bouche qui mange. Elle n\u2019est plus sol mais gueule qui s\u2019ouvre. \u00c0 16\u00a0h\u00a053, les rues se l\u00e9zardent, les murs ondulent. Toute la ville s\u2019immobilise. Les hommes sont bouche b\u00e9e, comme si la parole avait \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e du monde. Trente-cinq secondes o\u00f9 les murs se gondolent, o\u00f9 les pierres font un bruit jamais entendu, jamais ressenti, de m\u00e2choire qui grince.<\/p>\n<p>Dans les rues de Port-au-Prince, partout, on aligne les morts le long des trottoirs. Eux, ici, ils veulent aligner des vivants, de toute leur force, en sortir le plus possible, pour qu\u2019il soit des rues, dans cette ville trembl\u00e9e, o\u00f9 les cris de joie sont plus forts que les pleurs, et o\u00f9 les hommes, face \u00e0 la col\u00e8re des sols, peuvent se dire \u00e0 eux-m\u00eames que malgr\u00e9 leur petitesse, malgr\u00e9 leur fragilit\u00e9, ils ont gagn\u00e9<\/p>\n<p>La ville se cherche. Et \u00e0 chaque r\u00e9apparition, lorsqu\u2019un jeune homme arrive en courant sur le lieu de sa maison et d\u00e9couvre qu\u2019elle tient encore debout, de grands cris r\u00e9sonnent. Et doucement, dans chaque quartier, les pleurs se m\u00ealent aux joies des retrouvailles<\/p>\n<p>Un dieu mauvais\u00a0? Ou le hasard simplement, qui s\u2019obstine comme il le fait parfois lorsque le d\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9 de ne plus donner qu\u2019un seul chiffre, toujours le m\u00eame, celui qui porte la poisse\u00a0?<\/p>\n<p>Une nuit qui s\u2019\u00e9tire, o\u00f9 le peuple entier de la ville somnole, aux aguets, attendant les lueurs du jour comme s\u2019il pouvait y avoir dans l\u2019apparition de l\u2019aube une protection quelconque contre le grondement de la terre<\/p>\n<p>Minute apr\u00e8s minute, ils ont compt\u00e9 les pas lents de la nuit, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle s\u2019en aille enfin<\/p>\n<p>Ceux-l\u00e0 sont les ombres dont l\u2019Histoire est faite, m\u00eame plus des individus, non, des ombres sans nom, sans pass\u00e9, qui ne parlent \u00e0 personne. L\u2019Histoire les avale, les m\u00e2che, s\u2019en nourrit, les absorbe sans rien dire, pas une vie, non, juste une dur\u00e9e<\/p>\n<p>Il l\u2019enlace, pour que leurs deux corps se gu\u00e9rissent de tant d\u2019absence<\/p>\n<p>Mais je dis ce qui doit \u00eatre dit\u00a0: longue vie les morts. Longue danse de vie \u00e0 partir de ce jour car, pour un temps que nous ne connaissons pas, ils sont parmi nous.\u201d<\/p>\n<p>Je n\u2019ai plus tr\u00e8s envie de vivre. Il n\u2019y a rien que je regretterai. Je vais me taire. Parce que les mots sont pour ceux qui croient encore au monde<\/p>\n<p>Ils sont tous les deux au bout, saisis du m\u00eame vertige de voir que tout va s\u2019achever, que leur d\u00e9sir de vie n\u2019y changera rien parce que c\u2019est le corps qui les l\u00e2che<\/p>\n<p>Je le dis\u00a0: il est temps de fermer le monde. Suffit les morts. Vous voulez les garder pr\u00e8s de vous parce que vous avez peur du deuil. Mais les morts ne peuvent rester ici simplement pour \u00e9viter aux vivants de pleurer. Ils vont attendre. Errer. Devenir fous. Je le dis, moi qui ne parle jamais, il n\u2019y a pas de vie sans d\u00e9sir et les morts n\u2019en ont plus. Ni projet, ni impatience. Ils seront l\u00e0 comme des arbres morts, contemplant la vie qu\u2019ils n\u2019ont pas. Suffit les morts\u00a0! Que ceux qui veulent les retrouver cessent de vivre\u00a0! Pour les autres, il est temps de les raccompagner. Que Proph\u00e8te Coicou prenne la t\u00eate de la marche avec moi. Nous allons danser les ombres. Et le monde se refermera<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, elle regarde cette vie, br\u00e8ve comme un clin d\u2019\u0153il et juteuse comme un baiser de juillet<\/p>\n<p>Tant que nous vivrons, il restera un souvenir de toi, de ton rire, puis, lorsque nous mourrons \u00e0 notre tour, plus rien, comme toutes ces vies d\u2019homme qui s\u2019\u00e9vaporent<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>lien vers : <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2076\">Auteur coup de c\u0153ur<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Laurent Gaud\u00e9, n\u00e9 le 6 juillet 1972 dans le 14e arrondissement de Paris, est un \u00e9crivain fran\u00e7ais, qui a obtenu le prix Goncourt des lyc\u00e9ens et le prix des libraires avec La Mort du roi Tsongor en 2002, puis le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta, en 2004. 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