{"id":2152,"date":"2015-09-12T11:01:22","date_gmt":"2015-09-12T10:01:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2152"},"modified":"2015-09-12T11:04:15","modified_gmt":"2015-09-12T10:04:15","slug":"angot-christine-un-amour-impossible-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2152","title":{"rendered":"Angot, Christine : \u00ab\u00a0Un Amour impossible\u00a0\u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Pierre et Rachel vivent une liaison courte mais intense \u00e0 Ch\u00e2teauroux \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950. Pierre, \u00e9rudit, issu d&rsquo;une famille bourgeoise, fascine Rachel, employ\u00e9e \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Il refuse de l&rsquo;\u00e9pouser, mais ils font un enfant. L&rsquo;amour maternel devient pour Rachel et Christine le socle d&rsquo;une vie heureuse. Pierre voit sa fille \u00e9pisodiquement. Des ann\u00e9es plus tard, Rachel apprend qu&rsquo;il la viole. Le choc est immense. Un sentiment de culpabilit\u00e9 s&rsquo;immisce progressivement entre la m\u00e8re et la fille. Christine Angot entreprend ici de mettre \u00e0 nu une relation des plus complexes, entre amour inconditionnel pour la m\u00e8re et ressentiment, d\u00e9peignant sans concession une guerre sociale amoureuse et le parcours d&rsquo;une femme, d\u00e9truite par son p\u00e9ch\u00e9 originel : la passion vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;homme qui aura finalement an\u00e9anti tous les rep\u00e8res qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait construits.<\/p>\n<p>N\u00e9e en 1959, Christine Angot est l&rsquo;auteur de romans, dont Sujet Angot (1998), L&rsquo;inceste (1999), Pourquoi le Br\u00e9sil (2002), Les d\u00e9sax\u00e9s (2004), Le march\u00e9 des amants (2008) et de pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre, dont La place du singe (Th\u00e9\u00e2tre de la Colline, 2005). Elle a pr\u00e9fac\u00e9 une monographie sur Jean-Michel Othoniel (Flammarion, mai 2006).<\/p>\n<p><strong>Analyse du livre \u00e9tay\u00e9e par des interviews de la romanci\u00e8re (\u00ab\u00a0Entre les lignes\u00a0\u00bb 2\/9\/2015)\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Un nouveau opus \u00ab\u00a0auto-fiction\u00a0\u00bb, qui relate une part de son enfance. Elle travaille en lisi\u00e8re du roman\/autobiographie, sur l\u2019inceste dont elle a \u00e9t\u00e9 victime. Dans ce livre, elle revient sur cet \u00e9v\u00e9nement et elle parle au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb. Elle parle de ce qui s\u2019est pass\u00e9 avant l\u2019inceste dans ce livre. La diff\u00e9rence de classe sociale est au c\u0153ur m\u00eame du livre. Au moment o\u00f9 le p\u00e8re apparait dans la vie de la fillette, la relation incestueuse commence. La m\u00e8re le d\u00e9couvrira par la suite, car la jeune fille s\u2019est confi\u00e9e \u00e0 son premier amant. Dans ce livre on sort de l\u2019intimit\u00e9 pour faire une lecture sociologique de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. L\u2019Inceste \u00e9tait inscrit dans la logique de la relation. La libert\u00e9 dans la France des ann\u00e9es 50. Et aussi le fait que l\u2019apparition du p\u00e8re vienne d\u00e9molir son enfance. Elle met en sc\u00e8ne la rencontre de ses parents, elle reconstruit les faits. Ce n\u2019est pas un roman, pas un t\u00e9moignage\u00a0; elle ne raconte pas\u00a0; elle essaye de faire vivre les sc\u00e8nes, il faut faire abstraction de l\u2019\u00e9crivain. Elle est celle qui est au service des personnages, celle qui est \u00e0 leur place, et celle qui \u00e9crit et \u00e9coute les phrases. Elle \u00e9prouve \u00e9motionnellement puis relit de l\u2019ext\u00e9rieur. C\u2019est une pi\u00e8ce qui s\u2019imbrique dans la suite logique des autres livres\u00a0; ils ne doivent pas se lire dans l\u2019ordre mais elle construit une histoire avec le lecteur. Si le lecteur veut approfondir, il peut (il en sait plus que la m\u00e8re si il a lu \u00ab\u00a0une semaine de vacances\u00a0\u00bb)\u00a0; Elle essaie de supprimer tous ses commentaires \u00ab\u00a0de l\u2019auteur\u00a0\u00bb\u00a0; elle installe les personnages et laisse le lecteur en direct avec eux. Elle fait son possible pour se tenir en retrait. Dans \u00ab\u00a0une semaine de vacances\u00a0\u00bb elle \u00e9crivait \u00e0 la 3<sup>\u00e8me<\/sup> personne\u00a0; la jeune fille ne parlait pas et \u00e9tait incapable de penser ce qu\u2019elle vivait\u00a0; elle ne pouvait pas raconter. .Dans \u00ab\u00a0Un amour impossible\u00a0\u00bb c\u2019est \u00e9crit \u00e0 la 1\u00e8re personne.<\/p>\n<p>Le livre commence par la description pr\u00e9cise (tr\u00e8s en d\u00e9tails) de la rencontre, du lieu de la rencontre, du contexte social. \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re et ma m\u00e8re se sont rencontr\u00e9s\u00a0\u00bb est la premi\u00e8re phrase du livre; ce fut difficile d\u2019associer \u00ab\u00a0p\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0m\u00e8re\u00a0\u00bb, d\u2019int\u00e9grer le \u00ab\u00a0mon\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ma\u00a0\u00bb, d\u2019envisager le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb; elle \u00e9crit pour les lecteurs, elle les voit et elle s\u2019adresse \u00e0 eux. Le lecteur doit \u00eatre en relation avec les personnages\u00a0; l\u2019auteur est l\u00e0 pour s\u2019effacer. Elle ne raconte pas les sc\u00e8nes du livre et la r\u00e9alit\u00e9 qui les a inspir\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un amour\u00a0\u00bb, comme le chante Dalida fort \u00e0 propos\u2026 La dactylo et le grand bourgeois, le d\u00e9cor social est l\u2019enjeu fondamental entre eux. Un portrait de jeune femme dans la France des ann\u00e9es 50\u00a0; La France de province\u00a0: importance donn\u00e9e aux lieux. Quand on vit les choses la description pr\u00e9cise du d\u00e9cor est tr\u00e8s importante, on y passe tous les jours et le statut social est d\u00e9termin\u00e9 par le lino ou le parquet en bois\u2026<\/p>\n<p>Rachel\u00a0: elle \u00e9tait exil\u00e9e \u00e0 Ch\u00e2teauroux, elle se sentait pas \u00e0 sa place, elle avait en elle le sentiment d\u2019\u00eatre faite pour un autre lieu, une autre vie. Elle n\u2019avait pas l\u2019impression d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019endroit qui lui correspondait.<\/p>\n<p>Pierre\u00a0: elle sera fascin\u00e9e par un homme venu d\u2019ailleurs, les signes de l\u2019apparence, le maintien, la d\u00e9marche, la fa\u00e7on de parler et de se tenir. Il lui fait d\u00e9couvrir un autre monde et elle ne veut pas le l\u00e2cher\u00a0; sa jeune adolescente sera subjugu\u00e9e par le m\u00eame personnage, son p\u00e8re, une g\u00e9n\u00e9ration plus tard. Elle, elle pensera que son sentiment de d\u00e9racinement, d\u2019exil s\u2019explique par le fait qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e de cette \u00ab\u00a0partie du monde\u00a0\u00bb, il lui a manqu\u00e9 50% de son milieu. C\u2019est un livre sur les humiliations et la fascination sociale. Le p\u00e8re est un pr\u00e9dateur, libre\u2026 et il se sert de son privil\u00e8ge de classe pour humilier. Il est dans la conscience de sa sup\u00e9riorit\u00e9, il fait bloc avec lui-m\u00eame, pas de d\u00e9sir d\u2019\u00eatre quelqu\u2019un d\u2019autre contrairement \u00e0 elle, qui a besoin de sa parole \u00e0 lui pour \u00eatre quelqu\u2019un d\u2019autre.<\/p>\n<p>L\u2019enfant est un enfant d\u00e9sir\u00e9 par les deux\u00a0; pourtant la lecture de la carte postale dans laquelle il dit qu\u2019il ne se d\u00e9place pas engendre de la col\u00e8re, de la r\u00e9volte, des sentiments tr\u00e8s intenses. On voit, dans les quelques r\u00e9flexions sur sa famille \u00e0 elle, qu\u2019elle n\u2019est pas la premi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 fascin\u00e9e par un homme \u00ab\u00a0venu d\u2019ailleurs\u00a0\u00bb\u00a0; le grand p\u00e8re est venu d\u2019Europe de l\u2019Est mais n\u00e9 \u00e0 Alexandrie. L\u2019enfant n\u00e9 hors mariage est aussi un \u00ab\u00a0h\u00e9ritage\u00a0\u00bb, qui se r\u00e9p\u00e8te depuis 3 g\u00e9n\u00e9rations. L\u2019inconscient se r\u00e9p\u00e8te\u00a0; \u00e0 nous de d\u00e9cider si on veut casser le moule ou pas et ce n\u2019est pas une histoire de classe sociale.<\/p>\n<p>A 13 ans, le p\u00e8re lui propose une semaine de vacances (r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son autre roman paru en 2012)\u00a0; au retour elle qualifie son p\u00e8re, son s\u00e9jour avec lui de \u00ab\u00a0difficile\u00a0\u00bb\u00a0; elle est rejet\u00e9e, traiter comme une moins que rien, accuser de tous les maux. On voit comment l\u2019adolescente voudrait raconter l\u2019inceste mais ne peut pas\u2026 mais \u00e0 travers ses r\u00e9cits elle raconte la violence.<\/p>\n<p>Elle raconte son l\u2019enfance pass\u00e9e dans le paradis qu\u2019est la maison de la grand-m\u00e8re\u00a0; l\u2019enfance sans p\u00e8re est le paradis perdu. Puis il y aura la mort de la grand-m\u00e8re, le rapport fusionnel avec la m\u00e8re&#8230; avant la rencontre avec le p\u00e8re, qui va attaquer m\u00e9chamment la relation m\u00e8re\/fille. . Ce p\u00e8re a pass\u00e9 son temps \u00e0 ne pas venir. Mais la petite fille ne l\u2019a pas attendu toute sa vie car la relation grand-m\u00e8re-m\u00e8re,-fille remplissait sa vie.<\/p>\n<p>Dans le livre, le personnage est \u00ab\u00a0la m\u00e8re\u00a0\u00bb et pas la petite fille, la jeune fille ou la jeune femme qu\u2019elle va devenir. Elle a des choses \u00e0 dire mais en p\u00e9riph\u00e9rique. Ce que la m\u00e8re ne sait pas, on n\u2019est pas cens\u00e9 le savoir avant elle\u00a0; c\u2019est l\u2019itin\u00e9raire de la m\u00e8re (son amour, son travail) \u2026<\/p>\n<p>Quand elle sort un livre, elle ne peut pas en \u00e9crire un autre. Le d\u00e9sir de le faire revient vite, pas fatalement la capacit\u00e9. Les id\u00e9es sont mauvaises conseill\u00e8res, elles manquent de v\u00e9rit\u00e9. L\u2019accouchement du roman a demand\u00e9 25 manuscrits.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : Alors je dois dire que j\u2019y suis all\u00e9e \u00e0 reculons ; deux personnes dont j\u2019appr\u00e9cie les conseils de lecture me l\u2019ont fortement recommand\u00e9. Pourtant mes tentatives pr\u00e9c\u00e9dentes de lire du \u00ab Angot \u00bb n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 convaincantes.<\/p>\n<p>Je me suis accroch\u00e9e\u00a0! Je vous le dit\u00a0! Je me suis \u00ab\u00a0farci \u00ab\u00a0 l\u2019ennui pendant les 5\/6 du livre pour trouver de l\u2019int\u00e9r\u00eat et de la sensibilit\u00e9 dans les derni\u00e8res pages du livre.. L\u2019analyse sociale de la d\u00e9pendance, de l\u2019humiliation et de la destruction programm\u00e9e de Rachel et sa fille par Pierre.<\/p>\n<p>Je veux bien appeler ce livre un t\u00e9moignage et une analyse sur la sup\u00e9riorit\u00e9 des classes. Mais certainement pas de la litt\u00e9rature, et pas un roman. C\u2019est un r\u00e9cit, un t\u00e9moignage, une analyse sur les classes sociales.<\/p>\n<p>Lors de son passage \u00e0 La Grande Librairie elle a dit, concernant son style, qu\u2019il fallait qu\u2019il soit le plus simple possible, par respect pour le lecteur, pour qu\u2019il n\u2019ait pas \u00e0 se poser de questions. Et bien.. c\u2019est r\u00e9ussi\u00a0! Le style.. quel style\u00a0? C\u2019est plat et mal \u00e9crit. En tout cas, c\u2019est pr\u00e9cis\u00a0! Une vraie reconstitution polici\u00e8re.. Tel jour, telle heure, tel endroit.. avec les descriptions.. Un GPS d\u00e9sincarn\u00e9.. L\u2019\u00e9nonc\u00e9 des faits, aucune chaleur, aucune \u00e9motion. Une phrase sur trois comporte un \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb\u00a0; je crois que la lecture d\u2019un rapport de m\u00e9decine l\u00e9gale, ce serait encore plus chaleureux. Et tellement mauvais que cela fait passer la vie de cette pauvre femme au second plan et que j\u2019ai fini par m\u2019ennuyer s\u00e9rieusement et me demander quand elle finirait de se plaindre.. Aucune empathie \u2026 Que de platitudes \u2026 Elle en est \u00e0 d\u00e9couvrir que les brins de muguets sont parfum\u00e9s\u00a0! Le scoop\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0: (<em>en italique <strong>LES<\/strong> 3 phrases que j\u2019ai trouv\u00e9 bien \u00e9crites<\/em>)<\/p>\n<p>La lecture de Nietzsche avait boulevers\u00e9 sa vie. Apr\u00e8s avoir fait l\u2019amour, il lui en lisait couch\u00e9 quelques pages, elle posait sa t\u00eate dans le creux de son \u00e9paule, la joue sur son torse elle \u00e9coutait.<\/p>\n<p>Ils marchaient sur le muguet tellement il y en avait. Ils n\u2019avaient pas fini de cueillir sous leurs pieds qu\u2019ils apercevaient d\u00e9j\u00e0 plus loin d\u2019autres clochettes. Quatre mains ne suffisaient pas. Les brins \u00e9taient parfum\u00e9s<\/p>\n<p><em>\u2014\u00a0Il est l\u00e0 mon plus beau collier. C\u2019est les deux bras de ma petite fille <\/em><\/p>\n<p>Voyons voyons\u2026 La femme Scorpion est sentimentale\u2026. \u2014\u00a0Mmm\u2026 Hhououi. \u2014\u00a0La femme Scorpion est souvent frigide\u2026 \u2014\u00a0Non\u2026 \u2014\u00a0Ou nymphomane. \u2014\u00a0Non plus<\/p>\n<p>\u2014\u00a0\u00c7\u2019a \u00e9t\u00e9 difficile. \u2014\u00a0Ah\u00a0! Qu\u2019est-ce qui a \u00e9t\u00e9 difficile\u00a0? \u2014\u00a0Lui. Il est difficile. \u2014\u00a0Mais quoi\u00a0? Quoi en particulier\u00a0? \u2014\u00a0Son caract\u00e8re. \u2014\u00a0Je sais<\/p>\n<p>J\u2019en ai marre moi, on fait rien, on s\u2019ennuie. C\u2019est pas int\u00e9ressant\u00a0! Quel ennui. On est l\u00e0, comme \u00e7a. Qu\u2019est-ce que c\u2019est ennuyeux\u00a0! Qu\u2019est-ce qu\u2019elle est pas int\u00e9ressante cette vie\u00a0! Je m\u2019ennuie moi ici. Quel ennui\u00a0!! Mais quel ennui\u00a0! On parle jamais de rien. De rien d\u2019int\u00e9ressant. J\u2019en ai marre de cette vie moi<\/p>\n<p>C\u2019est s\u00fbr que je ne peux pas lui apporter ce que son p\u00e8re lui apporte. Ce que je lui apporte ne lui suffit plus, je le comprends. Alors il y a un ph\u00e9nom\u00e8ne de rejet. C\u2019est normal. Mais, c\u2019est dur \u00e0 vivre<\/p>\n<p>Je ne vous dis pas que j\u2019en souffre pas hein\u2026 Je pense pas \u00eatre quelqu\u2019un de b\u00eate, vous savez docteur. Mais j\u2019ai pas la culture de son p\u00e8re. C\u2019est s\u00fbr. Les discussions qu\u2019on a toutes les deux sont plus simples. Sans doute. On a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s proches, vous savez, ma fille et moi. \u00c7a fait un gros changement. Elle s\u2019ennuie pas avec lui et c\u2019est bien. Avec moi maintenant elle s\u2019ennuie. Bon, je comprends. \u00c7a me fait de la peine, je vais pas vous dire le contraire<\/p>\n<p>Je ne suis pas d\u2019accord pour que tu dises qu\u2019on n\u2019est pas une famille. On est une famille de deux personnes, mais on est une famille<\/p>\n<p><em>Le timbre de sa voix n\u2019\u00e9tait pas le m\u00eame qu\u2019avant. Les mots avaient l\u2019air de sortir d\u2019une bo\u00eete ancienne, d\u2019y avoir \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s plusieurs ann\u00e9es, d\u2019en sortir un par un, d\u00e9tach\u00e9s les uns des autres, sans fluidit\u00e9, comme de vieux papiers qui s\u2019effritaient entre ses doigts \u00e0 la lumi\u00e8re <\/em><\/p>\n<p>Donc che te dissais, ch\u2019ai hu l\u2019impression que je refaissais cette fiolence \u00e0 ta m\u00e8re, qui \u00e9tait chuiffe. Cette humiliation. Que les Allemands ont fait aux chuifs. Ch\u2019\u00e9tais tr\u00e8s mal \u00e0 l\u2019aisse<\/p>\n<p><em>Une chape de plomb \u00e9tait en suspension au-dessus de nos t\u00eates, en permanence. La hauteur variait. Sa pr\u00e9sence nous emp\u00eachait de respirer. Parfois elle s\u2019abattait sur nous. On ne pouvait plus faire semblant <\/em><\/p>\n<p>J\u2019avais cess\u00e9 de l\u2019appeler maman. \u00c7a s\u2019\u00e9tait fait comme \u00e7a, tout seul, sans intention, sans d\u00e9cision. Peu \u00e0 peu. \u00c7a n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9. Au d\u00e9but, la fr\u00e9quence du mot avait baiss\u00e9. Comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait plus n\u00e9cessaire. Ensuite, il avait pris une tonalit\u00e9 g\u00eanante. Il \u00e9tait devenu bizarre, d\u00e9cal\u00e9. Puis il avait disparu. Totalement. Il m\u2019\u00e9tait devenu impossible de le prononcer<\/p>\n<p>Il m\u2019est apparu que, m\u00eame quand on ressent la solitude, c\u2019est souvent faux. Quelqu\u2019un qu\u2019on aime et qui vous aime, qui est l\u00e0 par sa pr\u00e9sence ou sa parole, \u00e7a repr\u00e9sente la vie<\/p>\n<p>Je me disais c\u2019est normal elle en a marre de sa m\u00e8re. J\u2019avais une perte de confiance totale. En nous. En notre relation. En toi. Je me disais elle d\u00e9couvre quelque chose de plus gratifiant. J\u2019imaginais pas qu\u2019il puisse y avoir une autre raison \u00e0 ton \u00e9tat. Je pensais que tu \u00e9tais mal parce que tu n\u2019avais pas envie de me voir, de me retrouver moi. Parce que tu ne m\u2019aimais plus<\/p>\n<p>Je me suis remise \u00e0 l\u2019appeler maman au cours de cette semaine-l\u00e0. Et m\u00eame, \u00e0 utiliser le mot sans n\u00e9cessit\u00e9. Pour l\u2019avoir dans la bouche. Et le faire ressonner \u00e0 son oreille comme une petite clochette enfin r\u00e9par\u00e9e<\/p>\n<p>Tu as \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e en raison de ton identit\u00e9 maman. Pas en raison de l\u2019\u00eatre humain que tu \u00e9tais. Pas de qui tu \u00e9tais toi. Pas de la personne que tu \u00e9tais<\/p>\n<p>Et, comme son monde \u00e9tait sup\u00e9rieur au tien, sur plusieurs plans, selon leur classification, pas seulement sur le plan de l\u2019argent, mais aussi comme ils disent de la \u00ab\u00a0race\u00a0\u00bb, je te le rappelle, on n\u2019en parle jamais mais pour eux \u00e7a compte, \u00e7a existe, il ne pouvait pas y avoir de cons\u00e9quences sociales entre vous<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Pierre et Rachel vivent une liaison courte mais intense \u00e0 Ch\u00e2teauroux \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950. Pierre, \u00e9rudit, issu d&rsquo;une famille bourgeoise, fascine Rachel, employ\u00e9e \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 sociale. Il refuse de l&rsquo;\u00e9pouser, mais ils font un enfant. L&rsquo;amour maternel devient pour Rachel et Christine le socle d&rsquo;une vie heureuse. Pierre voit sa &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2152\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2153,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,12],"tags":[],"class_list":["post-2152","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-litterature-france"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2152","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2152"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2152\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2156,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2152\/revisions\/2156"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2153"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2152"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2152"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2152"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}