{"id":2171,"date":"2015-09-16T16:33:43","date_gmt":"2015-09-16T15:33:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2171"},"modified":"2019-01-31T18:29:50","modified_gmt":"2019-01-31T17:29:50","slug":"khadra-yasmina-la-derniere-nuit-du-rais-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2171","title":{"rendered":"Khadra, Yasmina \u00abLa derni\u00e8re nuit du Ra\u00efs\u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Yasmina Khadra (en arabe : \u064a\u0627\u0633\u0645\u064a\u0646\u0629 \u062e\u0636\u0631\u0627\u0621) est le nom de plume de l&rsquo;\u00e9crivain alg\u00e9rien Mohammed Moulessehoul (en arabe : \u0645\u062d\u0645\u0651\u062f \u0645\u0648\u0644\u0633\u0647\u0648\u0644), n\u00e9 le 10 janvier 1955 \u00e0 Kenadsa, dans l&rsquo;actuelle wilaya de Bechar dans le Sahara alg\u00e9rien. Ce pseudonyme est compos\u00e9 des deux pr\u00e9noms de son \u00e9pouse. Consacr\u00e9 \u00e0 deux reprises par l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, salu\u00e9 par des prix Nobel (Gabriel Garcia Marquez, J. M. Coetze, Orhan Pamuk), Yasmina Khadra est traduit dans une cinquantaine de pays et a su toucher des millions de lecteurs.\u00a0Adapt\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre (en Am\u00e9rique latine, Europe et Afrique) et en bandes dessin\u00e9es, certains de ses livres sont aussi port\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cran (Morituri ; Ce que le jour doit \u00e0 la nuit ; L\u2019Attentat). Les Hirondelles de Kaboul est en cours de r\u00e9alisation en film d\u2019animation par Zabou Breitman. Yasmina Khadra a aussi co-sign\u00e9 les scenarios de La Voie de l\u2019ennemi, avec Forest Whitaker et Harvey Keitel, et de La Route d\u2019Istanbul, tous deux r\u00e9alis\u00e9s par Rachid Bouchareb. Ce que le jour doit \u00e0 la nuit a \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Alexandre Arcady en 2012. L\u2019Attentat a re\u00e7u, entre autres, le prix des Libraires 2006 et a \u00e9t\u00e9 traduit dans 36 pays. Son adaptation cin\u00e9matographique par Ziad Doueiri est sortie sur les \u00e9crans en 2013.\u00a0\u00c0\u00a063 ans, Yasmina Khadra pr\u00f4ne l\u2019\u00e9veil \u00e0 un monde meilleur, malgr\u00e9 le naufrage des consciences et le choc des mentalit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Ses principaux \u00e9crits<\/strong>\u00a0: Le Dingue au bistouri, 1990 &#8211; La Foire des enfoir\u00e9s, 1993 &#8211; Morituri, 1997 &#8211; L&rsquo;Automne des chim\u00e8res, 1998, &#8211; Double blanc, 1998 &#8211; \u00c0 quoi r\u00eavent les loups, 1999 &#8211; Les Agneaux du Seigneur, 1998 &#8211; L&rsquo;\u00c9crivain, 2001 &#8211; L&rsquo;Imposture des mots, 2002 &#8211; \u00a0Les Hirondelles de Kaboul, 2002 &#8211; Cousine K, 2003 &#8211; La Part du mort, 2004 \u00a0&#8211; La Rose de Blida, 2005 &#8211; <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2335\">L&rsquo;Attentat<\/a>, 2005 &#8211; Les Sir\u00e8nes de Bagdad, 2006 &#8211; Ce que le jour doit \u00e0 la nuit, 2008 &#8211; L&rsquo;Olympe des infortunes, 2010 &#8211; L&rsquo;\u00c9quation africaine, 2011 &#8211;\u00a0 Les anges meurent de nos blessures 2013 &#8211; Qu&rsquo;attendent les singes 2014 &#8211; <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2171\">La Derni\u00e8re Nuit du Ra\u00efs<\/a> 2015 &#8211; <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3279\">Dieu n&rsquo;habite pas La Havane<\/a> 2016 &#8211; Ce que le mirage doit \u00e0 l&rsquo;oasis 2017 \u2013 <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6953\">Khalil<\/a> \u00a02018<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00ab Longtemps j&rsquo;ai cru incarner une nation et mettre les puissants de ce monde \u00e0 genoux. J&rsquo;\u00e9tais la l\u00e9gende faite homme. Les idoles et les po\u00e8tes me mangeaient dans la main. Aujourd&rsquo;hui, je n&rsquo;ai \u00e0 l\u00e9guer \u00e0 mes h\u00e9ritiers que ce livre qui relate les derni\u00e8res heures de ma fabuleuse existence.<\/p>\n<p>Lequel, du visionnaire tyrannique ou du B\u00e9douin indomptable, l&rsquo;Histoire retiendra-t-elle ? Pour moi, la question ne se pose m\u00eame pas puisque l&rsquo;on n&rsquo;est que ce que les autres voudraient que l&rsquo;on soit. \u00bb<\/p>\n<p>Avec cette plong\u00e9e vertigineuse dans la t\u00eate d&rsquo;un tyran sanguinaire et m\u00e9galomane, Yasmina Khadra dresse le portrait universel de tous les dictateurs d\u00e9chus et d\u00e9voile les ressorts les plus secrets de la barbarie humaine.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: 216 pages. Mais quelles pages\u00a0!\u00a0En parcourant\u00a0ce r\u00e9sum\u00e9 qui dit \u00ab\u00a0dresser le portrait universel de tous les dictateurs d\u00e9chus\u00a0\u00bb je ne peux m\u2019emp\u00eacher de me demander si\u00a0tel est bien le cas\u00a0car je n\u2019ai pas ressenti Kadhafi comme un dictateur comme les autres. La langue magnifique de Khadra mise au service d\u2019un \u00ab\u00a0personnage\u00a0\u00bb plus que d\u2019un dictateur. De Mouammar \u00e0 Kadhafi, il y a un monde. Ce roman retrace la vie d\u2019un jeune b\u00e9douin issu de rien qui surmonte toutes les difficult\u00e9s pour finir lamin\u00e9 par son peuple. Il fait \u00e9galement la comparaison entre les dictateurs, car en aucun cas il ne peut accepter d\u2019\u00eatre compar\u00e9 \u00e0\u00a0un l\u00e2che, comme Saddam Hussein, qui se terre dans un trou ( &#8211; et pourtant &#8211; , ou \u00e0 d\u2019autres acteurs du monde arabe, du style Ben Ali, ceux qui se d\u00e9filent. Lui est fier, m\u00e9galo, et affronte les bombes, debout face aux bombardements. Mais au bout du compte, qu\u2019est ce qui est pr\u00e9f\u00e9rable\u00a0? \u00catre pendu par les Am\u00e9ricains comme Saddam ou lynch\u00e9 par les siens\u2026 L\u2019homme est sans nul doute un personnage de roman, une personnalit\u00e9 \u00e0 part enti\u00e8re, faite de clinquant et de faste, de folie et de d\u00e9mesure\u00a0; je n\u2019ai pu m\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre fascin\u00e9e par la \u00ab\u00a0b\u00eate de sc\u00e8ne\u00a0\u00bb.\u00a0Khadra nous dresse le portrait de Kadhafi jeune, de ses col\u00e8res, de ses doutes, de ce qu\u2019il croit et veut \u00eatre, de ceux qu\u2019il respecte et de ceux qu\u2019il vomit. Le roman retrace les deux faces de Kadhafi\u00a0: la part \u00ab\u00a0Guide\u00a0\u00bb et la part \u00ab\u00a0tyran\u00a0\u00bb\u00a0; l\u2019homme qui doute et affronte ses d\u00e9mons et ses cauchemars, l\u2019homme qui croit en lui et fait face.Et au final, il nous d\u00e9crit les derni\u00e8res heures, la fuite, la fin qui est en opposition avec l&rsquo;image qu&rsquo;il se faisait de lui &#8230;<\/p>\n<p>Et comme \u00e0 chaque fois, je suis sous le charme de la prose de Khadra, qui fait passer tous les sujets, tous les th\u00e8mes, toutes les atrocit\u00e9s\u2026 Et je pense que si ce n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 cet auteur, je n\u2019aurais pas lu un livre sur la derni\u00e8re nuit du Ra\u00efs\u2026Mais apr\u00e8s avoir tellement aim\u00e9 son \u00ab\u00a0Ce que le jour doit \u00e0 la nuit\u00a0\u00bb.. je ne peux \u00eatre infid\u00e8le en fonction du th\u00e8me..<\/p>\n<p>20.11.2011. Jour de la mort du Ra\u00efs. \u00a0Un roman \u00e9crit \u00e0 la 1ere personne\u2026 Musulman, B\u00e9douin, Militaire. Voici le portrait de Kadhafi, mais aussi ses points communs avec Khadra.<\/p>\n<p>Khadra est entr\u00e9 dans la t\u00eate de Kadhafi comme en territoire connu et balis\u00e9. Celui qui voulait \u00eatre un h\u00e9ros et faire du bien a fait le contraire de ce qu\u2019il voulait faire\u00a0: il a fait le mal et a \u00e9t\u00e9 un bourreau. Il voulait construire une grande nation mais il a tout fait exploser. Un personnage fantastique sur le plan litt\u00e9raire, qui est loin d\u2019\u00eatre un dictateur comme les autres, qui a commenc\u00e9 par apporter avec lui beaucoup d\u2019espoir. Un personnage omnipr\u00e9sent dans le monde arabe et dans le d\u00e9bat politique, avec un discours violent, une figure m\u00e9diatique, controvers\u00e9e, intense, hallucin\u00e9e, d\u00e9brid\u00e9e, m\u00e9galo\u2026<\/p>\n<p>Des anecdotes vraies et peu connues sont racont\u00e9es dans le livre. L\u2019auteur a \u00e9crit le livre en connaissance de cause, dans un genre de d\u00e9doublement de personnalit\u00e9, avec l\u2019impression de se ressentir et de l\u2019avoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. L\u2019auteur ne d\u00e9teste pas Kadhafi, loin de l\u00e0, \u00a0et il le comprend\u00a0; il ressent ses col\u00e8res et ses angoisses. Pour lui on ne peut pas \u00e9crire sur l\u2019autre si on le d\u00e9teste\u00a0; si on d\u00e9teste une personne on \u00e9crit la frustration et on ne voit pas l\u2019autre. Son d\u00e9part a plong\u00e9 le pays dans le chaos, m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas la panac\u00e9e alors qu\u2019il \u00e9tait vivant, il a laiss\u00e9 la place \u00e0 la violence. Que restera-t-il de ce personnage dans la M\u00e9moire de l\u2019Histoire\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>De ma pleine lune, il ne subsiste qu&rsquo;une \u00e9raflure gris\u00e2tre \u00e0 peine plus large qu&rsquo;une rognure d&rsquo;ongle<\/p>\n<p>S&rsquo;il y a moins d&rsquo;\u00e9toiles ce soir dans le ciel de Syrte et que ma lune para\u00eet aussi mince qu&rsquo;une rognure d&rsquo;ongle, c&rsquo;est pour que je demeure la seule constellation qui compte<\/p>\n<p>La mis\u00e8re \u00e9tait mon \u00e9l\u00e9ment. Je ne mangeais qu&rsquo;une fois sur deux, toujours la m\u00eame nourriture \u00e0 base de tubercules lorsque le riz venait \u00e0 manquer. La nuit, les genoux coll\u00e9s au ventre sous ma couverture, il m&rsquo;arrivait de r\u00eaver d&rsquo;une cuisse de poulet jusqu&rsquo;\u00e0 me noyer dans ma salive<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu ton \u00e2ge, il y a une \u00e9ternit\u00e9. C&rsquo;est si loin que je ne m&rsquo;en souviens presque pas<\/p>\n<p>Il cherche ses mots comme on cherche un abri sous les bombes<\/p>\n<p>Il ne m\u00e9rite pas de marcher sur mes pas. Mon ombre ne serait pour lui qu&rsquo;une insondable vall\u00e9e des t\u00e9n\u00e8bres<\/p>\n<p>Ses joues ravin\u00e9es lui tailladent la figure, conf\u00e9rant \u00e0 son regard l&rsquo;air h\u00e9b\u00e9t\u00e9 d&rsquo;une b\u00eate \u00e0 l&rsquo;agonie<\/p>\n<p>Occup\u00e9s \u00e0 se remplir les poches, ils ne se rendaient compte ni du monde qui mutait \u00e0 une vitesse vertigineuse ni des lendemains charg\u00e9s d&rsquo;orages en train de s&rsquo;enfieller \u00e0 l&rsquo;horizon<\/p>\n<p>Un chef arabe ne rend pas le burnous<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a aucune diff\u00e9rence entre celui qui se livre et celui qui refuse de se battre. Je dirais m\u00eame que si le premier a le courage de sa l\u00e2chet\u00e9, le second en est totalement d\u00e9pourvu<\/p>\n<p>Mon destin se joue \u00e0 pile ou face, et la pi\u00e8ce de monnaie demeure suspendue en l&rsquo;air, aussi tranchante qu&rsquo;un couperet<\/p>\n<p>Les yeux plus grands que l&rsquo;horizon, les cheveux noirs jusqu&rsquo;au fessier, la peau translucide, elle semblait sortir d&rsquo;un songe d&rsquo;\u00e9t\u00e9. Je l&rsquo;ai aim\u00e9e \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 je l&rsquo;ai vue. Mes insomnies \u00e9taient emplies de son parfum<\/p>\n<p>Je ne marchais pas, je planais, port\u00e9 par les battements de mon c\u0153ur.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais all\u00e9 sur la plage voir la mer se pulv\u00e9riser contre les rochers. J&rsquo;eus envie de hurler jusqu&rsquo;\u00e0 ce que mes cris fassent taire le vacarme des vagues, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;horreur dans mon regard fasse reculer les flots<\/p>\n<p>pour moi, rien ne vaut la splendeur d&rsquo;une guitoune d\u00e9ploy\u00e9e au beau milieu du d\u00e9sert et pas une symphonie n&rsquo;\u00e9gale le bruissement du vent sur la barkhane<\/p>\n<p>Il n&rsquo;est que l&rsquo;ombre d&rsquo;un vieux souvenir\u00a0; son regard, qui autrefois portait plus loin que la foudre, a du mal \u00e0 s&rsquo;aventurer au-del\u00e0 du bout de ses cils<\/p>\n<p>Tous les silences de la terre ne feraient pas taire la v\u00e9rit\u00e9<\/p>\n<p>S&rsquo;il vous arrivait malheur, la Libye ne s&rsquo;en remettrait pas. Ce beau pays que vous avez b\u00e2ti seul, contre vents et mar\u00e9es, s&rsquo;\u00e9mietterait comme une vieille relique vermoulue<\/p>\n<p>Ce que je dis est parole d&rsquo;\u00c9vangile, ce que je pense est pr\u00e9sage. Qui ne m&rsquo;\u00e9coute pas est sourd, qui doute de moi est damn\u00e9<\/p>\n<p>Je marche le nez en l&rsquo;air, ma pleine lune en guise d&rsquo;aur\u00e9ole, et je foule aux pieds les ma\u00eetres du monde et leurs vassaux<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai jamais pr\u00eat\u00e9 l&rsquo;oreille \u00e0 une autre voix que la mienne<\/p>\n<p>mes camarades buvaient mes paroles jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9bri\u00e9t\u00e9. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas moi qui les ensorcelais avec mes diatribes, mais la Voix qui chantait \u00e0 travers mon \u00eatre<\/p>\n<p>Confiance\u00a0? Cet attrape-nigaud\u00a0! J&rsquo;ai aboli ce mot v\u00e9n\u00e9neux de mon vocabulaire avant d&rsquo;apprendre \u00e0 marcher. La confiance est une petite mort<\/p>\n<p>Ils se disent musulmans et c&rsquo;est \u00e0 peine s&rsquo;ils laissent quelque chose aux d\u00e9mons<\/p>\n<p>Un pied dans chaque magouille, les yeux plus gros que le ventre, il se faisait graisser la patte pour la moindre des choses et s&#8217;empiffrait aux frais de la monarchie sans \u00eatre oblig\u00e9 de porter la main \u00e0 la poche<\/p>\n<p>L&rsquo;important n&rsquo;est pas d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;on vient, mais le chemin que l&rsquo;on a parcouru. Personne ne m&rsquo;a fait de cadeau. J&rsquo;ai \u00e9tudi\u00e9 sans bourse aucune et je me suis construit moi-m\u00eame<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais malheureux comme il est rarement possible de l&rsquo;\u00eatre, aussi mis\u00e9rable que l&rsquo;ombre squelettique raturant le sable, aussi \u00e9perdu que les racines tentaculaires qui s&rsquo;enchev\u00eatraient autour de moi, ne sachant o\u00f9 terrer leur douleur<\/p>\n<p>Mes rep\u00e8res n&rsquo;avaient pas plus de consistance que les mirages en train de se falsifier au loin<\/p>\n<p>La nudit\u00e9 du d\u00e9sert se voulait une page blanche pr\u00eate \u00e0 recueillir le r\u00e9cit de mon \u00e9pop\u00e9e galopante.<\/p>\n<p>Rien ne saurait \u00eatre plus gratifiant pour un martyr que de rendre l&rsquo;\u00e2me sans rendre les armes, en s&rsquo;identifiant \u00e0 chaque boule de feu, \u00e0 chaque claquement de culasse, \u00e0 chaque bout de chair happ\u00e9 par la spirale du sacrifice supr\u00eame<\/p>\n<p>Sous mon r\u00e8gne, l&rsquo;Iraq \u00e9tait une grande nation. Haroun Rachid n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 meilleur souverain que moi. Mes universit\u00e9s produisaient des g\u00e9nies, Bagdad festoyait chaque soir, et chaque grain que je semais bourgeonnait avant de toucher terre. Mais toi, Mouammar, qu&rsquo;as-tu fait de ton peuple\u00a0? Une meute affam\u00e9e qui te d\u00e9vorera cru<\/p>\n<p>Il sait que j&rsquo;ai la susceptibilit\u00e9 \u00e0 fleur de peau et que s&rsquo;il m&rsquo;arrive parfois de pardonner l&rsquo;insolence, je ne l&rsquo;oublie jamais<\/p>\n<p>Les mauvaises nouvelles compliquent les situations<\/p>\n<p>il ne faut pas avoir peur de mourir car on risque de mourir de peur. Et puis, n&rsquo;est-ce pas le but final de l&rsquo;existence, la mort\u00a0? On a beau poss\u00e9der le monde ou tirer le diable par la queue, un jour on est appel\u00e9 \u00e0 tout laisser sur place, nos tr\u00e9sors comme notre lot de mis\u00e8res, et \u00e0 dispara\u00eetre<\/p>\n<p>Ce qui n&rsquo;a pas de fin use et ennuie.<\/p>\n<p>J&rsquo;avais la foi, je n&rsquo;ai plus d&rsquo;id\u00e9al, monsieur. J&rsquo;ai renonc\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re pour ne pas avoir \u00e0 la partager avec les hypocrites et j&rsquo;ai renonc\u00e9 au second parce que je n&rsquo;ai trouv\u00e9 personne avec qui le partager<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Vous avez \u00e9crit l&rsquo;Histoire, Ra\u00efs.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Faux. C&rsquo;est l&rsquo;Histoire qui m&rsquo;a \u00e9crit<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 mourir en h\u00e9ros pour que ma l\u00e9gende soit sauve<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas de honte \u00e0 \u00eatre vaincu. La d\u00e9faite a son m\u00e9rite\u00a0; elle est la preuve que l&rsquo;on s&rsquo;est battu<\/p>\n<p>\u00c9tranges, les volte-face du temps. Un jour vous \u00eates idol\u00e2tr\u00e9, un autre vous \u00eates vomi\u00a0; un jour, vous \u00eates le pr\u00e9dateur, un autre vous \u00eates la proie<\/p>\n<p>Quelle que soit la confiance que nous avons en l&rsquo;\u00eatre aim\u00e9, lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est pas l\u00e0, le doute devient notre animal de compagnie.<\/p>\n<p>Quelle image gardera-t-on de moi\u00a0? Celle du Guide ou celle d&rsquo;un tyran<\/p>\n<p>Vous avez effectivement fait d&rsquo;un archipel de tribus hostiles les unes aux autres une m\u00eame chair et une m\u00eame \u00e2me<\/p>\n<p>Ce peuple m&rsquo;a-t-il sinc\u00e8rement aim\u00e9 ou n&rsquo;a-t-il \u00e9t\u00e9 qu&rsquo;un miroir qui me renvoyait mon narcissisme d\u00e9mesur\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Je craignais la tra\u00eetrise dans mes palais, elle me prend au d\u00e9pourvu dans les faubourgs<\/p>\n<p>Il est des for\u00eats qui ne survivent pas \u00e0 leur sinistre. Elles s&rsquo;immolent comme les illumin\u00e9s, et plus jamais herbe ne pousse sur leurs cendres<\/p>\n<p>La vie n&rsquo;est qu&rsquo;un r\u00eave dont notre mort sonne le r\u00e9veil, se consolait mon oncle. Ce qui compte n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;on emporte, mais ce qu&rsquo;on laisse derri\u00e8re soi<\/p>\n<p>Au lieu de revoir sa copie, on s&rsquo;ent\u00eate \u00e0 voir les choses telles qu&rsquo;on voudrait qu&rsquo;elles soient<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Yasmina Khadra (en arabe : \u064a\u0627\u0633\u0645\u064a\u0646\u0629 \u062e\u0636\u0631\u0627\u0621) est le nom de plume de l&rsquo;\u00e9crivain alg\u00e9rien Mohammed Moulessehoul (en arabe : \u0645\u062d\u0645\u0651\u062f \u0645\u0648\u0644\u0633\u0647\u0648\u0644), n\u00e9 le 10 janvier 1955 \u00e0 Kenadsa, dans l&rsquo;actuelle wilaya de Bechar dans le Sahara alg\u00e9rien. Ce pseudonyme est compos\u00e9 des deux pr\u00e9noms de son \u00e9pouse. Consacr\u00e9 \u00e0 deux reprises par l\u2019Acad\u00e9mie &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2171\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2172,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,43,16],"tags":[],"class_list":["post-2171","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-histoire","category-litterature-du-proche-et-moyen-orient-du-magreb"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2171","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2171"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2171\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7819,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2171\/revisions\/7819"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2172"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2171"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2171"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2171"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}