{"id":2260,"date":"2015-10-29T14:14:10","date_gmt":"2015-10-29T13:14:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2260"},"modified":"2024-09-08T12:40:03","modified_gmt":"2024-09-08T10:40:03","slug":"de-kerangal-maylis-corniche-kennedy-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2260","title":{"rendered":"De Kerangal, Maylis \u00abCorniche Kennedy\u00bb (2008)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> :\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle \u00e9tudie en classe pr\u00e9paratoire au lyc\u00e9e Jeanne-d&rsquo;Arc de Rouen et ensuite \u00e0 Paris de 1985 \u00e0 1990 l&rsquo;histoire, la philosophie et l&rsquo;ethnologie.<br \/>\nElle commence \u00e0 travailler chez Gallimard jeunesse une premi\u00e8re fois de 1991 \u00e0 1996, avant de faire deux s\u00e9jours aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 Golden dans le Colorado en 1997. Elle reprend sa formation en passant une ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;EHESS \u00e0 Paris en 1998.<\/p>\n<p><b>Ses romans\u00a0<\/b>: Je marche sous un ciel de tra\u00eene, 2000, 222 p. \u2013 La Vie voyageuse, 2003, 240 p. \u2013 Ni fleurs ni couronnes, 2006, 135 p. \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7502\">Dans les rapides<\/a><\/span>\u00a0(2006) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2260\">Corniche Kennedy<\/a>,<\/span>\u00a0Paris, 2008, 177 p. \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16104\">Naissance d\u2019un pont<\/a><\/span>, Paris, 2010, 336 p. ( Prix M\u00e9dicis 2010 \u2013 Prix Franz Hessel 2010) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3026\">Tangente vers l\u2019est<\/a><\/span>, Paris, \u00c9ditions Verticales, 2012, 134 p. (Prix Landerneau 2012) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=34\">R\u00e9parer les vivants<\/a>,<\/span> 2013, 281 p. (Grand prix RTL-Lire 2014 \u2013 Roman des \u00e9tudiants \u2013 France Culture-T\u00e9l\u00e9rama 2014 \u2013 Prix Orange du Livre 2014 \u2013 Prix des lecteurs de l\u2019Express-BFM TV 2014 \u2013 Prix Relay 2014) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2241\">\u00c0 ce stade de la nuit<\/a>,<\/span> 2015, 80 p. \u2013 Un chemin de tables -2016 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6926\">Un monde \u00e0 port\u00e9e de main<\/a><\/span>\u00a0(2018) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11694\">Kiruna<\/a><\/span>\u00a0(2019) \u2013 Ariane espace (nouvelle \u2013 2020) \u2013 Cano\u00ebs (2021) &#8211; Servoz &#8211; avec Joy Sorman &#8211; (2022) &#8211; Un archipel (2022) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"De Kerangal, Maylis\u00a0 \u00ab\u00a0Jour de ressac\u00a0\u00bb (RLE2024) 256 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=20806\">Jour de ressac<\/a><\/span> (2024)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : Les petits cons de la corniche. La bande. On ne sait les nommer autrement. Leur corps est incisif, leur \u00e2ge dilat\u00e9 entre treize en dix-sept, et c&rsquo;est un seul et m\u00eame \u00e2ge, celui de la conqu\u00eate : on d\u00e9tourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on d\u00e9serte la maison.<br \/>\nLe temps d&rsquo;un \u00e9t\u00e9, quelques adolescents d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s d\u00e9fient les lois de la gravitation en plongeant le long de la corniche Kennedy. Derri\u00e8re ses jumelles, un commissaire, charg\u00e9 de la surveillance de cette zone du littoral, les observe. Entre tol\u00e9rance z\u00e9ro et go\u00fbt de l&rsquo;interdit, les choses vont s&rsquo;envenimer&#8230;<br \/>\n\u00c2pre et sensuelle, la magie de ce roman ne tient qu&rsquo;\u00e0 un fil, le fil d&rsquo;une \u00e9criture sans temps morts, cristallisant tous les vertiges.<br \/>\n<strong>Mon avis<\/strong> : 177 pages. Dense comme \u00e0 son habitude. Elle a une fa\u00e7on de d\u00e9crire qui nous rend partie prenante des \u00e9v\u00e9nements. On ressent la vie des jeunes sur la Corniche, on fait partie de la bande, on vibre et on vit avec\u2026 C&rsquo;est la troisi\u00e8me fois que je lis un livre de cette romanci\u00e8re et j&rsquo;ai toujours autant de plaisir. Le rythme de la phrase suit le rythme de l&rsquo;action, colle aux personnages, \u00e0 la situation d\u00e9crite. Cette fois le sujet m&rsquo;a moins plu mais il m&rsquo;a quand m\u00eame pris par la main pour savoir comment ces jeunes allaient s&rsquo;en sortir&#8230; Toujours aussi de la profondeur, bref plus je lis et plus j&rsquo;aime sa fa\u00e7on d&rsquo;aborder les sujets de soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;elle traite.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<br \/>\nalors l&rsquo;eau se troue paf dans un bruit de d\u00e9tonation, crat\u00e8re invers\u00e9, bouillon \u00e9cumeux, le corps dispara\u00eet dans les \u00e9claboussures, la t\u00eate resurgit la premi\u00e8re, faut voir \u00e7a, elle reperfore la surface par le dessous, et aussit\u00f4t ce mouvement animal pour repousser \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du front les cheveux coll\u00e9s sur la figure, geste du frimeur, signature du beau gosse de la C\u00f4te d&rsquo;Azur, les cheveux aspergent alentour, des centaines de gouttes prisment l&rsquo;arc-en-ciel, les cils et les dents perlent, le corps est dress\u00e9 alors, hauss\u00e9 \u00e0 la verticale de l&rsquo;eau jusqu&rsquo;aux \u00e9paules, droit comme un I, la bouche ouverte souffle et crache, puis lentement le dos bascule, vient \u00e0 nouveau s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 fleur d&rsquo;eau, crawl ou nage indienne, une ou deux brasses pour atteindre \u00e0 nouveau la base du Cap, le regard qui se l\u00e8ve vers le promontoire o\u00f9 les autres attendent renvers\u00e9s t\u00eate en bas, crient, se marrent, daubent t&rsquo;as fait le lapin surpris dans les phares, t&rsquo;as fait la mouche, le ouistiti, alors qu&rsquo;il faut bouffer le ciel\u2026<\/p>\n<p>Ils savent tout et, forts de cet axiome sensible \u2013 une autre attraction, lat\u00e9rale celle-l\u00e0 \u2013, ils m\u00e9langent leurs pr\u00e9sences physiques et al\u00e9atoires, entrem\u00ealent leur force, s&rsquo;agencent et se combinent sans m\u00eame se toucher ; sont comme les fauves qui se cherchent dans le bruissement des clairi\u00e8res tropicales : leurs corps sont leur messager, leurs mouvements leur porte-parole<\/p>\n<p>B\u00e9g\u00e9, ce sont les initiales phon\u00e9tiques de \u00ab\u00a0beau gosse\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>le tutoiement direct, forg\u00e9 comme un outil \u00e0 d\u00e9blayer le terrain<\/p>\n<p>devant lui, une fille ramasse \u00e0 toute allure une histoire plus vaste encore que l&rsquo;histoire collective, et c&rsquo;est \u00e0 peine si elle reprend son souffle, c&rsquo;est \u00e0 peine si elle d\u00e9glutit, le corps tendu, le buste en avant par-dessus les assiettes, les l\u00e8vres bient\u00f4t s\u00e8ches comme du papier, la phrase en crue, compl\u00e8tement d\u00e9brid\u00e9e, et qui fuite dans la nuit comme fuite la route, d\u00e9roule sa force, comme si se taire c&rsquo;\u00e9tait tomber par terre et rouler sous la table, comme si se taire c&rsquo;\u00e9tait la panne s\u00e8che, le moteur qui crachote teuf teuf un soubresaut, deux trois hoquets, la grande expiration puis plus rien, alors Sylvestre l&rsquo;accompagne, c&rsquo;est un geste d&rsquo;amour, et recueille un \u00e0 un les segments d&rsquo;un p\u00e9riple crev\u00e9 de nids-de-poule, et commu\u00e9 par s\u00e9quences en autoroute neuve sur quoi filer \u00e0 toute vitesse suivant le marquage lumineux, plexus solaire ratatin\u00e9 par la terreur<\/p>\n<p>bient\u00f4t sonnera l&rsquo;heure de repartir de z\u00e9ro \u2013 mais o\u00f9 \u00e9tait-il le z\u00e9ro, comment le localiser pour s&rsquo;y arc-bouter et prendre son \u00e9lan<\/p>\n<p>Ao\u00fbt s&rsquo;affale maintenant sur la ville, violent, houle caniculaire qui embouteille les terrasses des glaciers et les douches des pensionnats, les ventilateurs s&rsquo;arrachent dans les grands magasins, les brumisateurs d&rsquo;eau thermale envahissent les poubelles des bureaux, on voit pulluler les vendeurs d&rsquo;eau<\/p>\n<p>son c\u0153ur prend de la vitesse, il oscille, le voil\u00e0 transfuge, pris dans un emballement, celui d&rsquo;une vie bigger than life, innerv\u00e9 de la t\u00eate aux pieds par une \u00e9motion tr\u00e8s mat\u00e9rielle, il se d\u00e9couvre puissant, frontal, aimant<\/p>\n<p>la mer tout autour de lui est surfac\u00e9e de plis sereins, \u00e9toffe soyeuse que le tailleur amoureux pr\u00e9sente \u00e0 la sultane<\/p>\n<p>se mettre en danger sans m\u00eame y penser, ne voir dans toute prise de risque que la promesse d&rsquo;une intensit\u00e9 nouvelle, vivre plus fort, rien d&rsquo;autre<\/p>\n<p>L&rsquo;obscurit\u00e9 ennoie maintenant le dehors, un encrier se renverse, lentement se r\u00e9pand, s\u00e9pia de plus en plus dense, de plus en plus satur\u00e9<\/p>\n<p>Le vingt et un ao\u00fbt, le temps change. La corniche se tait. Les orages approchent. Un mistral hostile souffle dans un ciel d\u00e9color\u00e9, les nuages d&rsquo;argent se jointent au safran, les vignes se tordent au flanc de la montagne, la mer vire limaille de fer, h\u00e9riss\u00e9e au large de pointes crochues, la rade se vide, les parasols s&rsquo;envolent, on interdit aux enfants les bateaux et matelas pneumatiques. Le vent \u00e9rode le rivage et hurle jusqu&rsquo;au soir<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur :\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle \u00e9tudie en classe pr\u00e9paratoire au lyc\u00e9e Jeanne-d&rsquo;Arc de Rouen et ensuite \u00e0 Paris de 1985 \u00e0 1990 l&rsquo;histoire, la philosophie et l&rsquo;ethnologie. 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