{"id":22902,"date":"2025-09-18T10:13:42","date_gmt":"2025-09-18T08:13:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=22902"},"modified":"2025-09-18T10:28:20","modified_gmt":"2025-09-18T08:28:20","slug":"salvayre-lydie-autoportrait-a-lencre-noire-rl2025-224-pages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=22902","title":{"rendered":"Salvayre, Lydie \u00ab\u00a0Autoportrait \u00e0 l\u2019encre noire\u00a0\u00bb (RL2025) 224 pages"},"content":{"rendered":"<p><b>Autrice <\/b>: Lydie Salvayre, n\u00e9e Lydie Arjona le 15 mars 1946 \u00e0 Autainville (Loir-et-Cher d\u2019un p\u00e8re Andalou et d\u2019une m\u00e8re catalane, r\u00e9fugi\u00e9s en France en f\u00e9vrier 1939, Lydie Salvayre passe son enfance \u00e0 Auterive, pr\u00e8s de Toulouse.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une Licence de Lettres modernes \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Toulouse, elle fait ses \u00e9tudes de m\u00e9decine \u00e0 la Facult\u00e9 de M\u00e9decine de Toulouse, puis son internat en Psychiatrie. Elle devient p\u00e9dopsychiatre, et est M\u00e9decin Directeur du CMPP de Bagnolet pendant 15 ans. Lydie Salvayre est l\u2019auteur d\u2019une vingtaine de livres traduits dans de nombreux pays et dont certains ont fait l\u2019objet d\u2019adaptations th\u00e9\u00e2trales.<\/p>\n<p><b>Publications<\/b> : \u00ab\u00a0La D\u00e9claration\u00a0\u00bb (1990) est salu\u00e9e par le Prix Herm\u00e8s du premier roman. En 1991 elle publie \u00ab\u00a0La vie commune\u00a0\u00bb, en 1993 \u00ab\u00a0la m\u00e9daille\u00a0\u00bb, en 1995 \u00ab\u00a0la puissance des mouches\u00a0\u00bb,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>\u00ab\u00a0La Compagnie des spectres\u00a0\u00bb (1997) re\u00e7oit le prix Novembre (aujourd\u2019hui prix D\u00e9cembre), en 1997 \u00ab\u00a0Quelques conseils aux \u00e9l\u00e8ves huissiers\u00a0\u00bb, en 1999 \u00ab\u00a0La conf\u00e9rence de Cintegabelle\u00a0\u00bb, en 2000 \u00ab\u00a0 les belles \u00e2mes\u00a0\u00bb, en 2001 \u00ab\u00a0le vif du vivant\u00a0\u00bb, en 2002 \u00abEt que les vers mangent le b\u0153uf mort\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Contre\u00a0\u00bb, en 2003 \u00ab\u00a0Passage \u00e0 l\u2019ennemie\u00a0\u00bb, en 2005 \u00ab\u00a0La M\u00e9thode Mila\u00a0\u00bb, en 2006 \u00ab\u00a0Dis pas \u00e7a\u00a0\u00bb,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>en 2007 \u00ab\u00a0Portrait de l\u2019\u00e9crivain en animal domestique\u00a0\u00bb, en 2008 \u00ab\u00a0Petit trait\u00e9 d\u2019\u00e9ducation lubrique\u00a0\u00bb, en 2009 \u00a0\u00ab\u00a0BW\u00a0\u00bb(le prix Fran\u00e7ois-Billetdoux), en 2011 \u00ab\u00a0Hymne\u00a0\u00bb, en 2013 \u00ab\u00a0Sept femmes\u00a0\u00bb, en 2014 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1170\">Pas pleurer<\/a><\/span> (r\u00e9compens\u00e9 par le prix Goncourt 2014), en 2017, elle publie \u00ab<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5369\"><span style=\"color: #0000ff;\">Tout homme est une nuit<\/span><\/a>\u00bb, en 2019 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11316\">Marcher jusqu&rsquo;au soir<\/a><\/span>\u00bb, en 2021 \u00ab\u00a0R\u00eaver debout\u00a0\u00bb, en 2023 \u00ab\u00a0Irr\u00e9futable essai de successologie\u00a0\u00bb, en 2024 \u00abDepuis toujours nous aimons les dimanches\u00a0\u00bb, \u00abL\u2019honneur des chiens\u00a0\u00bb, \u00a0\u00ab\u00a0Lydie Salvayre &#8211; \u00c9crire entre deux langues (Collectif)\u00a0\u00bb, en 2025 \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Salvayre, Lydie \u00ab\u00a0Autoportrait \u00e0 l\u2019encre noire\u00a0\u00bb (RL2025) 224 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=22902\">Autoportrait \u00e0 l\u2019encre noire<\/a><\/span>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Robert Laffont &#8211; 04.09.2025 &#8211; 224 pages<\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9<\/b>:<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Un autoportrait clairvoyant, o\u00f9 la litt\u00e9rature para\u00eet comme le seul pays qui compte. Sensibilit\u00e9, g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, dr\u00f4lerie nourrissent le barom\u00e8tre int\u00e9rieur d&rsquo;une de nos plus grandes romanci\u00e8res contemporaines. J&rsquo;\u00e9cris parce que je ne sais pas parler. De cela, je suis s\u00fbre. Ou peut-\u00eatre que Lydie Salvayre ne peut pas parler. Dans cet autoportrait qui joue avec le genre, elle interroge son go\u00fbt de la solitude et les racines de son allergie aux codes sociaux.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Sensibilit\u00e9, g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, dr\u00f4lerie nourrissent le barom\u00e8tre int\u00e9rieur d&rsquo;une de nos plus grandes romanci\u00e8res. Et derri\u00e8re son humour canaille, elle dessine les paysages du seul pays qui compte \u00e0 ses yeux, celui de la litt\u00e9rature. \u00ab\u00a0Lydie Salvayre ne se raconte pas pour se flatter, mais pour taper du pied, telle une danseuse de flamenco, dans la fourmili\u00e8re des convenances, des vanit\u00e9s et des l\u00e2chet\u00e9s.<\/p>\n<p><b>Mon avis:<\/b><\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral je ne suis pas tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9e par les autobiographies mais concernant Lydie Salvayre, je ne pouvais pas passer \u00e0 cot\u00e9. Tout d\u2019abord car j\u2019aime cette autrice en tant que femme et je me doutais bien que ce serait une bio hors-normes. Ce fut le cas. Elle se livre, ses peurs, ses sentiments, ses r\u00e9flexions, et son v\u00e9cu de psychiatre laisse une empreinte.. et surtout en prime elle adosse sa vie \u00e0 son amour des livres\u2026<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Bien \u00e9videmment, elle parle de sa vie, de son pass\u00e9 : parents espagnols r\u00e9fugi\u00e9s politiques, famille prolo, p\u00e8re col\u00e9rique et m\u00e9chant, m\u00e8re toujours pr\u00e9sente et aimante, enfance pourrie, sentiment d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, son rapport l\u2019enfance, \u00e0 la honte, \u00e0 ses peurs,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>aux causes sociales, sa<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>conscience politique. Sa<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>famille : son p\u00e8re et sa col\u00e8re\u2026 comme elle le dit \u00ab\u00a0Mon p\u00e8re qui s\u2019encol\u00e8re\u00a0\u2026 (contre tout\u2026. ), une col\u00e8re qui va de pair avec la m\u00e9chancet\u00e9 et le chagrin\u2026 Il y a sa m\u00e8re (la bont\u00e9 m\u00eame) et son \u00ab\u00a0fragnol\u00a0\u00bb; ses deux soeurs\u2026<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Et puis il y a Albane\u2026 sa petite voisine qui est jeune, qui oppose sa vision du monde, celle de sa g\u00e9n\u00e9ration, la g\u00e9n\u00e9ration Z et qui essaye de lui faire \u00e9crire du feel-good\u2026<\/p>\n<p>Elle n\u2019aime pas parler, elle a peur des voyages et d\u00e9teste \u00e7a. Elle parle de son amour pour la solitude, de sa timidit\u00e9 excessive qui la rend maladroite et agressive. Elle parle de sa love story humanimale ( avec sa chienne)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Et puis il y a sa mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire, que j\u2019aime tellement.<span class=\"Apple-converted-space\"><br \/>\n<\/span>Ces mots qu\u2019il faut me chercher dans le dictionnaire \u00ab\u00a0aposiop\u00e8se\u00a0\u00bb,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>\u00ab\u00a0orchidoclaste\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0eud\u00e9moniste\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dilection\u00a0\u00bb, ces mots invent\u00e9s, les citations qui sont toujours tellement bien choisies et percutantes\u2026 et bien \u00e9videmment ( normal c\u2019est un autoportrait autobiographique) des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 ses \u00e9crits. Elle parle de ses premi\u00e8res lectures (<i>Sans famille<\/i>, d\u2019Hector Malot), de son amour pour la langue fran\u00e7aise , des auteurs qu\u2019elle admire;<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Cervantes et Don Quichotte\u2026 Quichotte la bont\u00e9 personnifi\u00e9e, qui r\u00eave d\u2019un monde parfait\u2026 et qui fait figure d\u2019inadapt\u00e9 selon Cervantes\u2026 \u00ab\u00a0Quichotte qui meurt d\u00e8s lors qu\u2019il renonce aux chim\u00e8res.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><b>Extraits:<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/b> (non je n\u2019ai pas recopi\u00e9 tout le livre mais \u2026)<\/p>\n<p>Nationalit\u00e9\u00a0: fran\u00e7aise quand je lis Pascal. Espagnole quand je lis Cervantes. Apatride souvent.<\/p>\n<p>j\u2019aime parfois parer ma prose de termes rares qui sont \u00e0 la phrase ce que les bijoux sont aux doigts d\u2019une main<\/p>\n<p>Les portes sont toujours grandes ouvertes \u00e0 la m\u00e9diocrit\u00e9, pour la bonne raison qu\u2019elle est bien moins dangereuse que l\u2019excellence et que, depuis que le monde est monde, les hommes s\u2019en repaissent.<\/p>\n<p>le pire est que, si la m\u00e9diocrit\u00e9 a toujours exist\u00e9, elle progresse implacablement sur tous les fronts. Elle est m\u00eame en passe de conqu\u00e9rir le monde. Si bien qu\u2019\u00eatre born\u00e9, ignorant, menteur, obscurantiste et conspirationniste est regard\u00e9 presque partout comme un atout, et ce en d\u00e9pit des d\u00e9mentis r\u00e9it\u00e9r\u00e9s des esprits les plus clairvoyants.<\/p>\n<p>Les personnes connues, ma ch\u00e9rie, sont en r\u00e9sidence surveill\u00e9e. Non pas sous le contr\u00f4le f\u00e9roce de la police, mais sous celui non moins f\u00e9roce de leurs followers.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9cris parce que je ne sais pas parler. De cela, je suis s\u00fbre.<\/p>\n<p>Je pr\u00e9f\u00e8re de loin voyager dans ma t\u00eate avec Rimbaud pour guide touristique, excusez du peu\u00a0!<\/p>\n<p>je continue \u00e0 penser qu\u2019il y a une bonne litt\u00e9rature qui est en train de crever et une litt\u00e9rature d\u2019\u00e9levage, une litt\u00e9rature standardis\u00e9e, qui se vend formidablement bien.<\/p>\n<p>Oserai-je avouer que j\u2019aime mes amis lorsqu\u2019ils sont loin de moi\u00a0?<\/p>\n<p>j\u2019allais revenir sur ma vie, comme on le fait d\u2019un livre qu\u2019on r\u00e9ouvre des ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019avoir lu distraitement,<\/p>\n<p>D\u00e8s qu\u2019on touche \u00e0 mes livres, \u00e0 mes enfants de papier, oui, parfaitement\u00a0: mes enfants de papier, je deviens intraitable.<\/p>\n<p>La concision, c\u2019est le luxe, la quintessence, la substantifique moelle de la pens\u00e9e. Elle exige un travail de limage, d\u2019\u00e9lagage, d\u2019aiguisage autrement plus raffin\u00e9 que le d\u00e9layage flasque de tes romances qui d\u00e9goulinent comme un saint-marcellin trop fait\u00a0!<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas quitt\u00e9 l\u2019enclos familial pour m\u2019enfermer dans un autre\u00a0! me dis-je, furieuse. Et engag\u00e9e, que je sache, ne signifie pas encag\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<p>\u2026 rien de vivant et de fort ne peut se fonder sans une solidarit\u00e9 humaine qui assure \u00e0 chacun le libre jeu de sa pens\u00e9e et le consentement de son c\u0153ur.\u00a0De cela je suis s\u00fbre. Rien de bon ne peut se fonder sans un collectif fraternel, sororal, soustrait \u00e0 ces contraintes et devoirs qui vous annulent ou vous d\u00e9truisent.<\/p>\n<p>Comment r\u00e9concilier le r\u00eave et l\u2019agir\u00a0? Comment parvenir \u00e0 ce mariage\u00a0?<br \/>\nComment parvenir \u00e0 cet\u00a0\u00e9panchement du songe dans la vie r\u00e9elle?<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, il ne sert \u00e0 rien de vieillir.<br \/>\nEt l\u2019on ne gu\u00e9rit pas de sa m\u00e9moire.<\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9\u00a0: tout ce qui rel\u00e8ve du superflu, chez nous, n\u2019existe pas. Il nous reste le pouvoir de le r\u00eaver, ce dont nous abusons, mes s\u0153urs et moi.<\/p>\n<p>couillu chez lui et sous-bite au-dehors<\/p>\n<p>Je me rends compte cependant que j\u2019ai, d\u2019une certaine fa\u00e7on, h\u00e9rit\u00e9 de sa disposition \u00e0 la col\u00e8re. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de mon engendreur, j\u2019ai des col\u00e8res abstraites, des col\u00e8res de ma pens\u00e9e contre d\u2019autres pens\u00e9es, des col\u00e8res sp\u00e9culatives qui ne m\u2019am\u00e8nent jamais \u00e0 vocif\u00e9rer, \u00e0 taper du pied ou \u00e0 frapper du poing sur la table, mais \u00e0 griffonner des phrases-orties qui piquent et qui br\u00fblent, des phrases-fouets qui cravachent la langue, des phrases-coups-de-poing qui cognent sans piti\u00e9, des phrases \u00e9nerv\u00e9es qui piaffent et s\u2019impatientent avant de se ruer \u00e0 bride abattue sur\u2026 Apr\u00e8s quoi, habituellement, je m\u2019encol\u00e8re de m\u2019\u00eatre ainsi encol\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Il est des choses qu\u2019il ne faut absolument pas dire, car elles viennent troubler les douceurs de l\u2019ignorance\u00a0!<\/p>\n<p>Il y a quelque chose de pire que d\u2019avoir une mauvaise pens\u00e9e, c\u2019est d\u2019avoir une pens\u00e9e toute faite, disait Charles P\u00e9guy.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qui appelles-tu mauvais\u00a0? \u2013\u00a0Celui qui veut toujours faire honte.<br \/>\nQue consid\u00e8res-tu comme ce qu\u2019il y a de plus humain\u00a0? \u2013\u00a0\u00c9pargner la honte \u00e0 quelqu\u2019un.<br \/>\nQuel est le sceau de la libert\u00e9 conquise\u00a0? \u2013\u00a0Ne plus avoir honte de soi-m\u00eame.\u00a0\u00bb<br \/>\n(Nietzsche &#8211; Le gai savoir)<\/p>\n<p>Ces livres vont devenir mon refuge,<br \/>\nMa gourmandise pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e apr\u00e8s le chocolat, (\u2026)<\/p>\n<p>Pas pleurer\u00a0! C\u2019est son slogan. Ne jamais dire oui \u00e0 la tristesse m\u00e9contente ni \u00e0 la rancune am\u00e8re, encore moins \u00e0 la mort. Rester droite. Rester digne. Bien se comporter avec les autres.\u00a0<i>Y adelante\u00a0!\u00a0<\/i>(Et en avant\u00a0!)<\/p>\n<p>Je me souviens enfin, comme si c\u2019\u00e9tait hier, du regard infini qu\u2019elle posa sur moi avant de fermer les yeux pour toujours, un regard empli d\u2019une bont\u00e9, d\u2019une tendresse et d\u2019un myst\u00e8re inexprimables, un regard dont je fus p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e jusqu\u2019au c\u0153ur.<\/p>\n<p>Son regard infini est pos\u00e9 sur moi au moment m\u00eame o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes. Et j\u2019ai le sentiment qu\u2019il me prot\u00e8ge encore et que, en m\u00eame temps, il m\u2019oblige.<\/p>\n<p>Car le livre n\u2019est en rien, \u00e0 ses yeux, cette chose d\u00e9vitalis\u00e9e qu\u2019on range sur une \u00e9tag\u00e8re une fois consomm\u00e9e. Le livre n\u2019est pas lettre morte, parure de biblioth\u00e8que, babiole inanim\u00e9e. Le livre est pour lui lettre vive, vitale, ardente, percutante.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9cris un pied dans la langue parfaite des classiques fran\u00e7ais sagement apprise \u00e0 l\u2019\u00e9cole, un autre dans la langue de la rue, d\u00e9sentrav\u00e9e, malicieuse, effront\u00e9e, cr\u00e9ative, librement espagnolis\u00e9e par ma m\u00e8re, riche d\u2019entorses au bien-dire et d\u2019expressions dites vulgaires, en guerre avec les articles trop d\u00e9finis et s\u2019insurgeant contre l\u2019ordre oblig\u00e9 sujet-verbe-compl\u00e9ment.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture s\u2019av\u00e8re \u00eatre \u00e0 la fois mon arme et ma douleur. Les plaies d\u2019enfance au lieu de se fermer se creusent davantage lorsque je les \u00e9cris. Des souvenirs fant\u00f4mes me reviennent la nuit.<\/p>\n<p>Car mon p\u00e8re \u00e9tait un \u00e9tranger.<br \/>\n\u00c9tranger \u00e0 la France, \u00e9tranger \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e9tranger \u00e0 sa propre famille.<br \/>\n\u00c9tranger, c\u2019est-\u00e0-dire non accueilli, j\u2019ai lu \u00e7a quelque part.<br \/>\nCompl\u00e8tement d\u00e9pays\u00e9 au sens litt\u00e9ral du mot<\/p>\n<p>Virginia Woolf a \u00e9crit dans\u00a0<i>Orlando<\/i>\u00a0que la gaucherie s\u2019accompagne souvent d\u2019un amour pour la solitude.<\/p>\n<p>Ne disait-on pas que le charme r\u00e9sidait pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce brin de folie que chacun porte en soi, ce brin de folie qui chez certains prenait la dimension d\u2019un arbre (mais les psychiatres \u00e9taient l\u00e0 pour l\u2019abattre) et chez d\u2019autres s\u2019\u00e9tiolait, puis s\u2019atrophiait jusqu\u2019\u00e0 mourir\u00a0?<\/p>\n<p><b>Photo<\/b> : Prise au Salon du livre de Gen\u00e8ve en 2019<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice : Lydie Salvayre, n\u00e9e Lydie Arjona le 15 mars 1946 \u00e0 Autainville (Loir-et-Cher d\u2019un p\u00e8re Andalou et d\u2019une m\u00e8re catalane, r\u00e9fugi\u00e9s en France en f\u00e9vrier 1939, Lydie Salvayre passe son enfance \u00e0 Auterive, pr\u00e8s de Toulouse. 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