{"id":2301,"date":"2015-11-09T16:06:32","date_gmt":"2015-11-09T15:06:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2301"},"modified":"2017-07-25T14:13:14","modified_gmt":"2017-07-25T13:13:14","slug":"sansal-boualem-2084-la-fin-du-monde-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2301","title":{"rendered":"Sansal,  Boualem \u00ab2084. La fin du monde\u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p>Collection Blanche, Gallimard \/ Parution : 20-08-2015 &#8211; Prix de l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise 2015. (S\u00e9lectionn\u00e9 aussi sur les listes du Goncourt, Renaudot, M\u00e9dicis, Femina)<\/p>\n<p><strong>L\u2019auteur\u00a0<\/strong>: Boualem Sansal, n\u00e9 le 15 octobre 1949 \u00e0 Theniet-El-Had, petit village des monts de l\u2019Ouarsenis, est un \u00e9crivain alg\u00e9rien d&rsquo;expression fran\u00e7aise, principalement romancier mais aussi essayiste, censur\u00e9 dans son pays d&rsquo;origine \u00e0 cause de sa position tr\u00e8s critique envers le pouvoir en place. Engag\u00e9 politiquement, il habite n\u00e9anmoins toujours en Alg\u00e9rie, consid\u00e9rant que son pays a besoin des artistes pour ouvrir la voie \u00e0 la paix et \u00e0 la d\u00e9mocratie. Mais ses livres ne sont pas vendus en Alg\u00e9rie et donc il ne fait rien bouger au niveau de la population.<\/p>\n<p>Du m\u00eame auteur sur le blog: \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4664\">Petit \u00e9loge de la m\u00e9moire<\/a>. Quatre mille et une ann\u00e9es de nostalgie\u00a0 (2007)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019Abistan, immense empire, tire son nom du proph\u00e8te Abi, \u00abd\u00e9l\u00e9gu\u00e9\u00bb de Y\u00f6lah sur terre. Son syst\u00e8me est fond\u00e9 sur l\u2019amn\u00e9sie et la soumission au dieu unique. Toute pens\u00e9e personnelle est bannie, un syst\u00e8me de surveillance omnipr\u00e9sent permet de conna\u00eetre les id\u00e9es et les actes d\u00e9viants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.<\/p>\n<p>Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes impos\u00e9es. Il se lance dans une enqu\u00eate sur l\u2019existence d\u2019un peuple de ren\u00e9gats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion\u2026<\/p>\n<p>Boualem Sansal s\u2019est impos\u00e9 comme une des voix majeures de la litt\u00e9rature contemporaine. Au fil d\u2019un r\u00e9cit d\u00e9brid\u00e9, plein d\u2019innocence goguenarde, d\u2019inventions cocasses ou inqui\u00e9tantes, il s\u2019inscrit dans la filiation d\u2019Orwell pour brocarder les d\u00e9rives et l\u2019hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les d\u00e9mocraties.<\/p>\n<p><strong>Analyse bas\u00e9e sur l\u2019\u00e9coute de diverses interviews de l\u2019auteur\u00a0<\/strong>: Le roman est inspir\u00e9 de la suite des printemps arabes qui ont vu les islamistes prendre le pouvoir pour les gouverner selon la loi islamique. Contrairement \u00e0 Houellebecq qui pense que l\u2019Islam prendra le pouvoir par la voie d\u00e9mocratique, Sansal pense qu\u2019il prendra le pouvoir de mani\u00e8re violente et \u00e9radiquera le monde actuel. Il cr\u00e9e un nouveau monde avec une nouvelle langue vu que le totalitarisme s\u2019impose par le verbe. Et une fois le pouvoir acquis, il faut le garder\u2026 pour cela il faut effacer pass\u00e9 et futur\u00a0; il y a tr\u00e8s peu de mots pour emp\u00eacher les \u00e9changes. La dictature religieuse est pr\u00eate \u00e0 tout d\u00e9truire, contrairement au capitalisme qui ne veut pas tuer la consommation. Inspir\u00e9 aussi de \u00ab\u00a01984\u00a0\u00bb de George Orwell, mais il diverge en cela que ce dernier pensait que la dictature viendrait de la Bourse ou de la technologie.<\/p>\n<p>Roman aux allures de fable qui nous plonge dans un territoire immense. Personne ne va nulle part, ni \u00e0 part certaines personnes qui font des p\u00e8lerinages. Comme il \u00e9tait pas possible de faire un essai vu que le personnage se projette dans notre futur, il en a fait une fable\u2026 Son objectif est de provoquer l\u2019\u00e9lectrochoc chez le lecteur car il estime que l\u2019Abistan est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 et il commence \u00e0 se construire aussi hors des pays islamiques. L\u2019islamisme est l\u2019affaire de tous et il faut le combattre autrement que par les armes. Le p\u00e9ril est l\u00e0. Mais on est aussi confront\u00e9s \u00e0 un d\u00e9sarroi mondial, \u00e0 une perte des valeurs, \u00e0 l\u2019affaiblissement du monde philosophique.<\/p>\n<p>Il est extr\u00eamement pessimiste\u00a0; il pense que toutes les religions vont reprendre le pouvoir pour rassurer les gens\u00a0; et il pense que le christianisme est fatigu\u00e9, le juda\u00efsme n\u2019a pas l\u2019habitude des guerres, alors le seul qui reste c\u2019est l\u2019Islam\u2026 Et il pense qu\u2019un Islam militaris\u00e9 permettra de g\u00e9rer un monde qui court \u00e0 sa perte.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>1984 c\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0Big Brother\u00a0\u00bb, 2084, c\u2019est \u00ab\u00a0Bigaie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un livre fond\u00e9 sur la peur. Et si les autres entendaient ce qui se passe dans ma t\u00eate\u00a0: les mots (libert\u00e9\u00a0? ), les interrogations, les r\u00eaves\u2026 Un monde sous surveillance \u2026 par tous, la famille, les agents, les passants, les voisins, r les \u00abV\u00bb\u2026 par tout ce qui l\u2019entoure\u2026 Le th\u00e8me de l\u2019effacement de la \u00ab\u00a0M\u00e9moire\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0m\u00e9moire\u00a0\u00bb est aussi tr\u00e8s pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Mais il y a aussi des zones de libert\u00e9\u2026 les zones ghetto dans ce pays\u2026 des lieux myst\u00e9rieux, libres et vivants\u00a0; avec des humains, des femmes\u2026 on y cultive l\u2019esprit de r\u00e9sistance. C\u2019est une soupape qui entretient l\u2019espoir et permet la d\u00e9compression\u2026 il faut offrir une \u00e9chappatoire pour \u00e9viter la r\u00e9volte collective. C\u2019est un fait qui existe dans les pays musulmans\u00a0: il y a des endroits avec la prostitution, l\u2019alcool et il faut offrir des espaces de libert\u00e9 surveill\u00e9e. L\u2019immense majorit\u00e9 trouve la soumission confortable, il y a ceux qui se posent des questions, d\u2019autres qui reconstituent le pass\u00e9 en en faisant un mus\u00e9e.<\/p>\n<p>J\u2019avais lu 1984, puis 1Q84 de Murakami\u00a0(deux mondes qui \u00e9voluent en parall\u00e8le dans deux dimensions) ; j\u2019ai vu la saison 1 de la s\u00e9rie \u00ab\u00a0Wayward Pines\u00a0\u00bb (impossibilit\u00e9 de sortir d\u2019un monde et de communiquer vers l\u2019ext\u00e9rieur) Alors oui, un roman sur la manipulation, sur un pouvoir occulte, sur une classe dirigeante qui a le pouvoir&#8230; Mais j\u2019aurais aussi bien pu \u00eatre sur plan\u00e8te Arrakis, d\u00e9pendante de l\u2019\u00e9pice au lieu de la bouillie rose\u2026 prisonni\u00e8re d\u2019un monde \u2026 ou dans mon \u00ab\u00a0SILO\u00a0\u00bb\u2026<\/p>\n<p>Franchement le livre de Sansal, entre conte et l\u00e9gende et roman de SF ne m\u2019a pas convaincu. D\u00e9j\u00e0 parce que je suis entr\u00e9e dans un d\u00e9cor et non dans un monde qui aurait pu me parler. Alors j\u2019ai d\u2019embl\u00e9e \u00e9cart\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 et je suis partie avec le h\u00e9ros dans son aventure, mais je n\u2019ai jamais fait le lien avec la r\u00e9alit\u00e9. De fait il a fallu attendre la 4<sup>\u00e8me<\/sup> partie du roman ( voir les extraits ci-apr\u00e8s) pour avoir droit \u00e0 une conversation, un \u00ab essai\u00bb, une explication des dangers de la religion, et l\u00e0 c\u2019\u00e9tait juste d\u00e9connect\u00e9 de l\u2019histoire\u2026 Alors si son but est d\u2019alerter, de transmettre la peur, c\u2019est pour moi totalement rat\u00e9. Mais je ne dis pas que le livre est inint\u00e9ressant ou rat\u00e9. Non. Il est m\u00eame po\u00e9tique et le style m\u2019a bien plus. C\u2019est un texte litt\u00e9raire. Et heureusement que c\u2019est bien \u00e9crit\u00a0: c\u2019est d\u00e9j\u00e0 assez d\u00e9primant comme \u00e7a. Parmi les th\u00e8mes que j\u2019ai bien aim\u00e9s il y a celui du rapprochement des deux \u00ab\u00a0amis\u00a0\u00bb dans la curiosit\u00e9 qu\u2019ils ont pour la langue sacr\u00e9e. Les mots sont vid\u00e9s de leur sens et habit\u00e9s par la religion. Le croyant remplit l\u2019humain, le phagocyte. Il faut maitriser la langue si on veut contr\u00f4ler \/ isoler \/ formater les hommes. Chez Orwell aussi il y avait une langue nouvelle\u2026<\/p>\n<p>Juste que pour moi, cela n\u2019a fait tilt\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>La patience est l\u2019autre nom de la foi, elle est le chemin et le but, tel \u00e9tait l\u2019enseignement premier, au m\u00eame titre que l\u2019ob\u00e9issance et la soumission, qui faisaient le bon croyant<\/p>\n<p>Quel meilleur moyen que l\u2019espoir et le merveilleux pour encha\u00eener les peuples \u00e0 leurs croyances, car qui croit a peur et qui a peur croit aveugl\u00e9ment<\/p>\n<p>Bigaye vous observe\u00a0!<\/p>\n<p>Notre monde n\u2019est-il pas la totalit\u00e9 du monde\u00a0? Ne sommes-nous pas chez nous partout, par la gr\u00e2ce de Y\u00f6lah et d\u2019Abi\u00a0?<\/p>\n<p>Quel monde pouvait-il exister au-del\u00e0 de cette pr\u00e9tendue fronti\u00e8re\u00a0? Y trouverait-on seulement de la lumi\u00e8re\u00a0et un morceau de terre sur lequel une cr\u00e9ature de Dieu pourrait se tenir\u00a0? Quel esprit pourrait concevoir le dessein de fuir le royaume de la foi pour le n\u00e9ant<\/p>\n<p>dans un monde immobile, il n\u2019y a pas de compr\u00e9hension possible, on ne sait que si on entre en r\u00e9volte, contre soi-m\u00eame, contre l\u2019empire, contre Dieu, et de cela personne n\u2019\u00e9tait capable, mais aussi comment bouger dans un monde fig\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Une fois lanc\u00e9e, l\u2019imagination s\u2019invente autant de pistes et de devinettes qu\u2019elle veut pour se porter au loin, sauf que les audacieux sont imprudents, ils se font vite rep\u00e9rer<\/p>\n<p>Dans un monde parfait, il n\u2019y a pas d\u2019avenir, seulement le pass\u00e9 et ses l\u00e9gendes articul\u00e9es dans un r\u00e9cit de commencement fantastique, pas d\u2019\u00e9volution<\/p>\n<p>Sous l\u2019empire de la pens\u00e9e unique, m\u00e9croire est donc impensable. Mais alors, pourquoi le Syst\u00e8me interdit-il de m\u00e9croire quand il sait la chose impossible et fait tout pour qu\u2019elle le demeure<\/p>\n<p>L\u2019esclave qui se sait esclave sera toujours plus libre et plus grand que son ma\u00eetre, f\u00fbt-il le roi du monde<\/p>\n<p>Il d\u00e9couvrait, sans savoir comment le dire autrement que par un paradoxe, que la vie m\u00e9ritait qu\u2019on meure pour elle, car sans elle nous sommes des morts qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 que des morts. Avant de mourir, il voulait la vivre, cette vie qui \u00e9merge dans le noir, f\u00fbt-ce le temps d\u2019un \u00e9clair<\/p>\n<p>La respiration lui manquait, il s\u2019entendait r\u00e9p\u00e9ter ce mot qui le fascinait, qu\u2019il n\u2019avait jamais utilis\u00e9, qu\u2019il ne connaissait pas, il en hoquetait les syllabes\u00a0: Li\u2026 ber\u2026 t\u00e9\u2026 li\u2026 ber\u2026 t\u00e9\u2026 li-ber-t\u00e9\u2026 li-ber-t\u00e9\u2026 libert\u00e9\u2026 libert\u00e9\u2026 L\u2019a-t-il un moment hurl\u00e9\u00a0? Les malades l\u2019ont-ils entendu\u00a0?\u2026 Comment savoir\u00a0? C\u2019\u00e9tait un cri int\u00e9rieur<\/p>\n<p>Il est des musiques que l\u2019on n\u2019entend que dans la solitude, hors de l\u2019enceinte sociale et de la surveillance polici\u00e8re<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait amusant de se poser la question qui rend fou\u00a0: un homme continue-t-il d\u2019exister si du monde r\u00e9el on le projette dans un monde virtuel<\/p>\n<p>\u2026 il y avait de l\u2019absence dans l\u2019air et beaucoup de parcimonie. \u00c0 ce niveau de discr\u00e9tion, rien ne diff\u00e9rencie un village d\u2019un cimeti\u00e8re<\/p>\n<p>\u2026 c\u2019\u00e9tait le regard d\u2019un homme qui, comme lui, avait fait la perturbante d\u00e9couverte que la religion peut se b\u00e2tir sur le contraire de la v\u00e9rit\u00e9 et devenir de ce fait la gardienne acharn\u00e9e du mensonge originel.<\/p>\n<p>Pour des gens qui ne sont jamais sortis de leur peur, l\u2019ailleurs est un ab\u00eeme<\/p>\n<p>Ce que son esprit rejetait n\u2019\u00e9tait pas tant la religion, mais l\u2019\u00e9crasement de l\u2019homme par la religion<\/p>\n<p>Il retrouvait le plaisir de vivre au jour le jour sans s\u2019inqui\u00e9ter du lendemain et le bonheur de croire sans se poser de questions. Il n\u2019y a pas de r\u00e9volte possible dans un monde clos, o\u00f9 n\u2019existe aucune issue<\/p>\n<p>comprenait enfin que lorsqu\u2019on a allum\u00e9 une m\u00e8che il faut s\u2019attendre \u00e0 ce qu\u2019il se passe quelque chose. M\u00eame si on ne le voit pas, il y a une continuit\u00e9 certaine dans le cheminement des id\u00e9es et l\u2019organisation des choses, une balle tir\u00e9e de sa fen\u00eatre c\u2019est un mort \u00e0 l\u2019autre bout de la rue, et le temps qui passe n\u2019est pas du vide, il est le lien entre la cause et l\u2019effet<\/p>\n<p>ses lointains anc\u00eatres honoraient un dieu appel\u00e9 Horos ou Horus, qu\u2019ils repr\u00e9sentaient en oiseau, un faucon royal, qui est bien l\u2019image de l\u2019\u00eatre libre volant dans le vent<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des fins r\u00e8gnera le silence et il p\u00e8sera lourd, il portera tout le poids des choses disparues depuis le d\u00e9but du monde et celui encore plus lourd des choses qui n\u2019ont pas vu le jour faute de mots sens\u00e9s pour les nommer<\/p>\n<p>Mais que faire quand il n\u2019y a rien \u00e0 faire, sinon des choses inutiles et vaines\u00a0? Et fatalement dangereuses.<\/p>\n<p>C\u2019est comme \u00e7a, un probl\u00e8me reste un probl\u00e8me tant qu\u2019on ne lui a pas trouv\u00e9 de solution. Parfois, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de la chercher, elle se pr\u00e9sente toute seule ou alors le probl\u00e8me dispara\u00eet de lui-m\u00eame, comme par enchantement<\/p>\n<p>Mais voil\u00e0, il y a culture et culture, celle qui additionne des connaissances et celle, plus courante, qui additionne des carences<\/p>\n<p>le peuple d\u00e9couvrait que l\u2019habit faisait le moine et que la foi faisait le croyant<\/p>\n<p>Ils se regardaient avec \u00e9tonnement, presque apeur\u00e9s, ils prenaient conscience que d\u00e9couvrir le monde, c\u2019\u00e9tait entrer dans la complexit\u00e9 et sentir que le monde \u00e9tait un trou noir d\u2019o\u00f9 sourdaient le myst\u00e8re, le danger et la mort, c\u2019\u00e9tait d\u00e9couvrir qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9 seule existait la complexit\u00e9, le monde apparent et la simplicit\u00e9 n\u2019\u00e9taient que des tenues de camouflage pour elle. Comprendre serait donc impossible, la complexit\u00e9 saurait toujours trouver la simplification la plus attirante pour l\u2019emp\u00eacher<\/p>\n<p>Ceux qui ont tu\u00e9 la libert\u00e9 ne savent pas ce qu\u2019est la libert\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9 ils sont moins libres que les gens qu\u2019ils b\u00e2illonnent et font dispara\u00eetre<\/p>\n<p><em>Livre\u00a04<\/em><\/p>\n<p>\u2026 la v\u00e9rit\u00e9 comme le mensonge n\u2019existent que pour autant que nous y croyions<\/p>\n<p>\u2026 savoir des uns ne compense pas l\u2019ignorance des autres<\/p>\n<p>\u2026 l\u2019ignorance domine le monde, elle est arriv\u00e9 au stade o\u00f9 elle sait tout, peut tout, veut tout<\/p>\n<p>Si vous pensez que vous n\u2019avez pas d\u2019ennemi, c\u2019est que l\u2019ennemi vous a \u00e9cras\u00e9 et r\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019esclave heureux de son joug. Vous feriez mieux de vous chercher des ennemis que de vous laisser aller \u00e0 vous croire en paix avec vos voisins<\/p>\n<p>\u2026 l\u2019espoir \u00e9tait ce qui avait permis aux dieux et aux hommes de r\u00e9sister \u00e0 leur propre n\u00e9gation et de r\u00e9ussir parfois \u00e0 accomplir de belles choses, un miracle par-ci, une r\u00e9volution par-l\u00e0, un exploit ailleurs, qui au bout du compte avaient fait que la vie continuait de valoir la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue<\/p>\n<p>La na\u00efvet\u00e9 comme la b\u00eatise est un \u00e9tat permanent<\/p>\n<p>On leur dit que c\u2019est par l\u00e0 que l\u2019Ennemi surgira un jour et viendra les \u00e9gorger\u2026 \u2014\u00a0Y a-t-il une chance sur mille que la Fronti\u00e8re existe\u00a0? \u2014\u00a0Pas une sur un million\u2026 il n\u2019y a que l\u2019Abistan sur terre, tu le sais bien\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 la fin qu\u2019on s\u2019\u00e9tonne, quand un mort encore tout chaud remplace subitement le vieillard mutique et froid clou\u00e9 dans sa chaise devant la fen\u00eatre<\/p>\n<p>\u2026 mourir dans l\u2019esp\u00e9rance d\u2019une nouvelle vie \u00e9tait quand m\u00eame plus digne que de vivre en d\u00e9sesp\u00e9rant de se voir mourir.<\/p>\n<p>\u2026 vivait dans la nostalgie d\u2019un monde qu\u2019il n\u2019avait pas connu mais qu\u2019il pensait avoir correctement reconstitu\u00e9 en tant que nature morte<\/p>\n<p>\u2026 le vide \u00e9tait l\u2019essence du monde mais cependant n\u2019emp\u00eachait pas le monde d\u2019exister et de se remplir de riens. C\u2019est le myst\u00e8re du z\u00e9ro, il existe pour dire qu\u2019il n\u2019existe pas<\/p>\n<p>N\u00e9ant on est, n\u00e9ant on reste, et la poussi\u00e8re \u00e0 la poussi\u00e8re retourne<\/p>\n<p>La chose est des plus simples, il n\u2019est que de choisir une date et d\u2019arr\u00eater le temps \u00e0 cet instant, les gens sont d\u00e9j\u00e0 morts et emp\u00eatr\u00e9s dans le n\u00e9ant, ils croiront \u00e0 ce qu\u2019on leur dira, ils applaudiront \u00e0 leur renaissance en 2084<\/p>\n<p>La question \u00ab\u00a0Qui sommes-nous\u00a0?\u00a0\u00bb \u00e9tait subitement devenue \u00ab\u00a0Qui \u00e9tions-nous\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>il vit na\u00eetre l\u2019arme absolue qu\u2019il n\u2019est besoin ni d\u2019acheter ni de fabriquer, l\u2019embrasement de peuples entiers charg\u00e9s d\u2019une violence d\u2019\u00e9pouvante<\/p>\n<p>\u2026 ce manque de soin d\u00fb \u00e0 une religion qui, en tant que somme et quintessence des religions qui l\u2019avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, se voulait l\u2019avenir du monde.<\/p>\n<p>\u2026 nous avons invent\u00e9 un monde si absurde qu\u2019il nous faut nous-m\u00eames l\u2019\u00eatre chaque jour un peu plus pour seulement retrouver notre place de la veille<\/p>\n<p>\u2026 resteront les enfants, ils ont de l\u2019innocence en eux, ils apprendront vite une autre fa\u00e7on de r\u00eaver et de faire la guerre, nous les appellerons \u00e0 sauver la plan\u00e8te et \u00e0 combattre hardiment les marchands de fum\u00e9e<\/p>\n<p>Les plus dangereux sont ceux qui ne r\u00eavent pas, ils ont l\u2019\u00e2me glac\u00e9e<\/p>\n<p>\u00c0 des gens qui ne sortent jamais de leurs quartiers, tu peux faire croire ce que tu veux<\/p>\n<p>C\u2019est quoi l\u2019\u00c9tranger, c\u2019est o\u00f9, c\u2019est qui\u00a0?<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas tout d\u2019avoir un chat qui se balade et se pourl\u00e8che dans la demeure, il faut aussi qu\u2019il attrape des souris<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Collection Blanche, Gallimard \/ Parution : 20-08-2015 &#8211; Prix de l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise 2015. (S\u00e9lectionn\u00e9 aussi sur les listes du Goncourt, Renaudot, M\u00e9dicis, Femina) L\u2019auteur\u00a0: Boualem Sansal, n\u00e9 le 15 octobre 1949 \u00e0 Theniet-El-Had, petit village des monts de l\u2019Ouarsenis, est un \u00e9crivain alg\u00e9rien d&rsquo;expression fran\u00e7aise, principalement romancier mais aussi essayiste, censur\u00e9 dans son pays d&rsquo;origine &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2301\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2302,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,16],"tags":[],"class_list":["post-2301","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-litterature-du-proche-et-moyen-orient-du-magreb"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2301","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2301"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2301\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4668,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2301\/revisions\/4668"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2302"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2301"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2301"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2301"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}