{"id":24062,"date":"2026-03-28T13:06:23","date_gmt":"2026-03-28T11:06:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24062"},"modified":"2026-03-28T13:31:58","modified_gmt":"2026-03-28T11:31:58","slug":"mann-thomas-la-mort-a-venise-1912-176-pages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24062","title":{"rendered":"Mann, Thomas \u00ab\u00a0La Mort \u00e0 Venise \u00bb\u00a0(1912)  176 pages"},"content":{"rendered":"<p><b>Auteur<\/b>: n\u00e9 le 6 juin 1875 \u00e0 L\u00fcbeck et mort le 12 ao\u00fbt 1955 \u00e0 Zurich, est un \u00e9crivain allemand, laur\u00e9at du prix Nobel de litt\u00e9rature en 1929. Il est l&rsquo;une des figures les plus \u00e9minentes de la litt\u00e9rature europ\u00e9enne de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du xxe\u00a0si\u00e8cle et il est consid\u00e9r\u00e9 comme un grand conteur moderne de la d\u00e9cadence bourgeoise et de la d\u00e9fense de la d\u00e9mocratie.<br \/>\nOppos\u00e9 au r\u00e9gime nazi, il quitte l&rsquo;Allemagne en 1933 pour la Suisse et les Etats-Unis, d&rsquo;o\u00f9 il lance de multiples appels \u00e0 la r\u00e9sistance. Vilipend\u00e9 par la propagande du IIIe Reich, il sera d\u00e9chu de sa nationalit\u00e9. Il meurt \u00e0 Zurich en 1955.<\/p>\n<p><b>Oeuvres principales<\/b> :<br \/>\n\u00ab Les Buddenbrooks \u00bb (1901) &#8211; \u00ab Tonio Kr\u00f6ger\u00bb (1903)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>\u00ab <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Mann, Thomas \u00ab\u00a0La Mort \u00e0 Venise \u00bb\u00a0(1912) 176 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24062\">La Mort \u00e0 Venise<\/a><\/span>\u00bb (1912)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>&#8211; \u00ab <em>La Montagne magique<\/em> \u00bb (1924) : \u00ab Joseph et ses fr\u00e8res (4 tomes) \u00bb (1933-1943)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>&#8211; \u00ab Charlotte \u00e0 Weima\u00bb (1939)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>&#8211; \u00ab Le Docteur Faustus \u00bb (1947)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p><b>Nouvelles traductions<\/b> : <i>Les\u00a0\u00e9ditions Les Belles Lettres<\/i> publie aussi\u00a0La Mort \u00e0 Venise , propos\u00e9e dans une traduction in\u00e9dite de Dominique\u00a0Tassel, pr\u00e9sent\u00e9e et annot\u00e9e par Jean-Marie Valentin. <i>Flammarion propose<\/i>, ce m\u00eame mois,\u00a0<b><i>La Mort \u00e0 Venise , dans une traduction in\u00e9dite d&rsquo;Olivier Mannoni<\/i><\/b>.\u00a0<i>Le Livre de Poche <\/i>fait \u00e9galement para\u00eetre en janvier une nouvelle traduction de\u00a0La Mort \u00e0 Venise \u00a0traduite par Corinna\u00a0Gepner. Le 16 janvier 2026, <i>Le bruit du temps<\/i> a r\u00e9\u00e9dit\u00e9 la traduction de Philippe Jaccottet de\u00a0La Mort \u00e0 Venise.<\/p>\n<p>Le livre a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran : La Mort \u00e0 Venise, film de Luchino Visconti, 1971<\/p>\n<p>Flammarion &#8211; GF &#8211; Poche &#8211; 07.01.2026 &#8211; 176 pages ( Pr\u00e9facier Fr\u00e9d\u00e9ric Teinturier) &#8211; traduit par Olivier Mannoni<\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9<\/b>:<br \/>\nEcrivain vieillissant couvert d&rsquo;honneurs, Gustav von Aschenbach a consacr\u00e9 sa vie \u00e0 son art. Lass\u00e9 de son travail aust\u00e8re, il se rend \u00e0 Venise o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9prend d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de Tadzio, un adolescent polonais d&rsquo;une grande beaut\u00e9. Mais tandis qu&rsquo;Aschenbach s&rsquo;ab\u00eeme peu \u00e0 peu dans l&rsquo;obsession, croyant voir en Tadzio l&rsquo;incarnation du Beau auquel il a toujours aspir\u00e9, le chol\u00e9ra se r\u00e9pand en ville&#8230; Chef-d&rsquo;oeuvre de Thomas Mann, La Mort \u00e0 Venise (1912) est autant l&rsquo;histoire d&rsquo;une fascination destructrice qu&rsquo;une r\u00e9flexion sur la cr\u00e9ation artistique et les forces qui l&rsquo;animent.<\/p>\n<p><b>Information (Wikipedia)<\/b> : Le vrai Tadzio, celui qui a inspir\u00e9 l&rsquo;adolescent de la nouvelle, se nommait W\u0142adys\u0142aw Moes (1900-1986), mais on l&rsquo;appelait en g\u00e9n\u00e9ral par les diminutifs \u00ab\u00a0Adzio\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0W\u0142adzio\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un baron polonais que Thomas Mann a effectivement rencontr\u00e9 et observ\u00e9 au cours de son voyage \u00e0 Venise au printemps 1911.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon AVIS<\/strong>: &#x2764;&#xfe0f;&#x2764;&#xfe0f;&#x2764;&#xfe0f;&#x2764;&#xfe0f;<br \/>\nJ\u2019ai relu avec int\u00e9r\u00eat cette nouvelle lue il y a bien longtemps et j\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 la pr\u00e9face qui m\u2019a appris beaucoup de choses et m\u2019a permis de lire la nouvelle en faisant attention \u00e0 de nombreux d\u00e9tails qui \u00e9clairent diff\u00e9remment cette lecture.<br \/>\n<b>Dans la Pr\u00e9sentation <\/b><b><i>de\u00a0<\/i><\/b><b>Fr\u00e9d\u00e9ric T<\/b><b>einturier<\/b><br \/>\n&#8211; le personnage de Gustav Aschenbach est en partie inspir\u00e9 de sa vie. Mais quelle importance doit-on accorder \u00e0 cette proximit\u00e9\u00a0? Par son \u00e2ge, par son m\u00e9tier et, surtout, par sa posture esth\u00e9tique d\u2019\u00e9crivain, le protagoniste de La Mort \u00e0 Venise \u00ab\u00a0ressemble\u00a0\u00bb \u00e0 ce que l\u2019on sait de l\u2019auteur en 1912.<br \/>\n&#8211; le pr\u00e9nom du personnage \u00e9tait un hommage au compositeur Gustav Mahler,<br \/>\n&#8211; Dans\u00a0<i>La Mort \u00e0 Venise<\/i>, rien n\u2019est invent\u00e9\u00a0: le promeneur dans le cimeti\u00e8re Nord de Munich, le sombre bateau, le vieux bell\u00e2tre, le gondolier suspect, Tadzio et les siens, le d\u00e9part avort\u00e9 en raison d\u2019un malencontreux \u00e9change de bagages, le chol\u00e9ra, l\u2019employ\u00e9 honn\u00eate dans l\u2019agence de voyages, le m\u00e9chant chanteur de rue et bien d\u2019autres choses encore\u00a0: tout \u00e9tait l\u00e0 sous mes yeux, il n\u2019y avait qu\u2019\u00e0 l\u2019utiliser et tous ces \u00e9l\u00e9ments ont montr\u00e9 de merveilleuse fa\u00e7on qu\u2019ils pouvaient jouer un r\u00f4le dans la composition et l\u2019interpr\u00e9tation de la nouvelle.<br \/>\n&#8211; Thomas Mann a utilis\u00e9 dans son texte de fiction plusieurs \u00e9pisodes r\u00e9els. Mais l\u00e0 s\u2019arr\u00eate la comparaison \u2013\u00a0in\u00e9vitable, et sans aucun doute intentionnellement sugg\u00e9r\u00e9e\u00a0\u2013 entre Aschenbach et Thomas Mann.<br \/>\n<strong>Concernant le texte de Thomas Mann<\/strong><br \/>\nJe vais vous laisser (re)-d\u00e9couvrir cette nouvelle mais je voudrais insister sur le fait qu\u2019il faut la remettre dans son contexte, dans son \u00e9poque, il y a plus d\u2019un si\u00e8cle donc. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 le contexte artistique, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des auteurs (Hom\u00e8re et sa rencontre avec les Ph\u00e9aciens\u2026) et philosophes (Platon\u2026) , \u00e0 l\u2019art, \u00e0 la peinture, \u00e0 l\u2019esth\u00e9tisme, \u00e0 la mythologie (grecque en particulier : Eros, Ach\u00e9l\u00f4os, <i>le dieu des fleuves<\/i>, , \u00c9os, <i>la d\u00e9esse de l\u2019aube<\/i>, Pan\/Dionysos,\u00a0 &#8211;<\/p>\n<p>On parle beaucoup de mort, de passage du temps, de tristesse, de fl\u00e9trissement, de d\u00e9clin dans ce roman; bien avant l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Venise il est question de cimeti\u00e8re, de vieillards, de symbolique fun\u00e9raire, de noirceur\u2026<br \/>\nCe roman est pour beaucoup un roman sur l\u2019apparence, sur l\u2019\u00e2ge, sur le vieillissement, sur la beaut\u00e9, sur le corps qui se fane\u2026 Certes on y parle de l\u2019attraction vers un corps plus jeune mais je n\u2019ai personnellement pas trouv\u00e9 que c\u2019\u00e9tait malsain\u2026 J\u2019ai plut\u00f4t eu l\u2019impression d\u2019une fascination pour une statue d\u2019un Dieu vivant\u2026<br \/>\nQuant \u00e0 Venise, on a \u00e9galement l\u2019impression qu\u2019elle est en phase de d\u00e9clin, tout comme le personnage principal \u2026 il y fait froid, humide et peu agr\u00e9able, elle sent mauvais, elle est infest\u00e9 par la mort et le chol\u00e9ra..<\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 cette plong\u00e9e dans la r\u00e9flexion sur le d\u00e9litement de l\u2019\u00eatre humain, la perception du d\u00e9sir, la confrontation entre le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9, le tout dans un concept artistique et dans une ville que j\u2019adore, m\u00eame si elle n\u2019est pas vraiment mise en lumi\u00e8re et plut\u00f4t d\u00e9crite du cot\u00e9 t\u00e9n\u00e8bres\u2026 mais Venise a plusieurs visages\u2026<\/p>\n<p><b>Extraits<\/b>:<\/p>\n<p>l\u2019id\u00e9e que presque toute grande chose qui na\u00eet se pr\u00e9sente comme un \u00ab\u00a0malgr\u00e9\u00a0tout\u00a0\u00bb qui s\u2019est constitu\u00e9 en d\u00e9pit du chagrin et du tourment, de la pauvret\u00e9, de l\u2019abandon, de la faiblesse physique, du p\u00e9ch\u00e9, de la passion et de mille autres obstacles.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>c\u2019est une certitude que la radicalit\u00e9 m\u00e9lancolique et tr\u00e8s consciencieuse du jeune homme a fort peu de profondeur par rapport \u00e0 la d\u00e9termination profonde de l\u2019homme, devenu un ma\u00eetre, \u00e0 nier le savoir, \u00e0 le rejeter, \u00e0 s\u2019en d\u00e9tourner la t\u00eate haute pour autant qu\u2019il se pr\u00eate si peu que ce soit \u00e0 paralyser, \u00e0 d\u00e9courager ou \u00e0 humilier la volont\u00e9, l\u2019acte, le sentiment et m\u00eame la passion.<\/p>\n<p>Qui n\u2019aurait pas eu \u00e0 lutter contre un frisson fugace, une crainte et une g\u00eane secr\u00e8tes \u00e0 l\u2019id\u00e9e de monter dans une gondole v\u00e9nitienne pour la premi\u00e8re fois ou apr\u00e8s s\u2019en \u00eatre d\u00e9shabitu\u00e9 pendant une longue p\u00e9riode\u00a0? Cet \u00e9trange v\u00e9hicule, conserv\u00e9 \u00e0 l\u2019identique depuis l\u2019\u00e9poque des ballades, et d\u2019un noir aussi singulier que le sont, de toutes choses, les seuls cercueils, \u00e9voque les aventures silencieuses et criminelles dans le clapotement de la nuit, et plus encore la mort elle-m\u00eame, le sombre passage et l\u2019ultime travers\u00e9e silencieuse. Et a-t-on remarqu\u00e9 que le si\u00e8ge de cette barque, cette chaise \u00e0 bras laqu\u00e9e de noir cercueil, est des plus moelleux, des plus confortables, et pousse le plus au monde \u00e0 la somnolence\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9loquence avec laquelle il r\u00e9prouvait ce que la morale r\u00e9prouve annon\u00e7ait le rejet de tout doute moral, de toute sympathie avec l\u2019ab\u00eeme, le refus du rel\u00e2chement de la phrase qui, sous couvert d\u2019empathie, exige que l\u2019on comprenne et que l\u2019on pardonne tout, et ce qui se pr\u00e9parait ici, mieux, ce qui s\u2019accomplissait d\u00e9j\u00e0, \u00e9tait ce \u00ab\u00a0miracle de la r\u00e9surrection de la spontan\u00e9it\u00e911\u00a0\u00bb que l\u2019on \u00e9voqua explicitement un peu plus tard, et non sans accent myst\u00e9rieux, dans l\u2019un des dialogues de l\u2019auteur. \u00c9tranges constellations\u00a0! \u00c9tait-ce une cons\u00e9quence intellectuelle de cette \u00ab\u00a0renaissance\u00a0\u00bb, de cette nouvelle dignit\u00e9 et de cette nouvelle rigueur, qu\u2019\u00e0 la m\u00eame \u00e9poque on ait observ\u00e9 un renforcement presque d\u00e9mesur\u00e9 de son sens de la beaut\u00e9, cette puret\u00e9, cette simplicit\u00e9, cette r\u00e9gularit\u00e9 de la cr\u00e9ation formelle, toutes choses nobles qui conf\u00e9r\u00e8rent d\u00e9sormais \u00e0 ses productions une touche tellement sensible et m\u00eame volontaire, faite de ma\u00eetrise et de classicisme12\u00a0? Mais la d\u00e9termination morale, au-del\u00e0 du savoir, de la d\u00e9couverte qui provoque dissolution et inhibition,\u00a0cette d\u00e9termination, donc, n\u2019implique-t-elle pas\u00a0\u00e0 son tour une simplification,\u00a0un\u00a0aplatissement moral\u00a0du monde et de l\u2019\u00e2me, et par cons\u00e9quent un renforcement de l\u2019impulsion qui m\u00e8ne au mal, \u00e0 l\u2019interdit, \u00e0 ce qui est moralement impossible\u00a0? Et la forme n\u2019a-t-elle pas deux visages diff\u00e9rents\u00a0? N\u2019est-elle pas \u00e0 la fois morale et immorale \u2013\u00a0morale en tant que r\u00e9sultat et expression de la discipline, mais amorale et m\u00eame immorale dans la mesure o\u00f9 elle porte par nature en son sein une indiff\u00e9rence morale, mieux, o\u00f9 elle s\u2019efforce essentiellement de faire plier l\u2019\u00e9l\u00e9ment moral sous l\u2019autorit\u00e9 aussi fi\u00e8re qu\u2019illimit\u00e9e de son sceptre\u00a0?<\/p>\n<p>On aurait dit que de lourds destins humains avaient pes\u00e9 successivement sur cette t\u00eate le plus souvent inclin\u00e9e comme sous l\u2019effet de la souffrance, et pourtant c\u2019\u00e9tait l\u2019art qui avait entrepris ici cette formation physionomique qui est d\u2019ordinaire l\u2019\u0153uvre d\u2019une vie lourde et anim\u00e9e.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Quand on souhaitait atteindre du our au lendemain l\u2019incomparable, ce qui l\u2019\u00e9loignerait de tout pour entrer dans le conte de f\u00e9es, o\u00f9 allait-on\u00a0?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Il lui semblait que rien de tout cela n\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait ordinaire, qu\u2019il \u00e9tait au d\u00e9but d\u2019un r\u00eave qui l\u2019\u00e9loignait du r\u00e9el, que la singularit\u00e9 soudaine du monde faisait tache d\u2019huile et qu\u2019il pourrait peut-\u00eatre arr\u00eater sa propagation s\u2019il plongeait un peu son visage dans l\u2019obscurit\u00e9 puis regardait de nouveau autour de lui.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>N\u2019\u00e9tait-il pas \u00e9crit que le soleil d\u00e9tourne notre attention des choses de l\u2019intellect vers celles des sens\u00a0? On disait qu\u2019il engourdissait et ensorcelait la raison et la m\u00e9moire de telle sorte que l\u2019\u00e2me, prise par le plaisir de sa situation, oubliait tout et restait attach\u00e9e au plus beau des objets ensoleill\u00e9s, dans un mouvement d\u2019admiration \u00e9tonn\u00e9e<\/p>\n<p>Rien n\u2019est plus \u00e9trange ni plus d\u00e9licat que le rapport entre des gens qui ne se connaissent que de vue \u2013\u00a0qui se rencontrent chaque jour, voire toutes les heures, qui s\u2019observent et maintiennent pourtant l\u2019apparence d\u2019une indiff\u00e9rence, ne se saluent pas, ne se disent pas un mot, que ce soit par respect des coutumes ou sous l\u2019effet\u00a0d\u2019une marotte personnelle. Il y a entre eux l\u2019inqui\u00e9tude, la curiosit\u00e9 exacerb\u00e9e, l\u2019hyst\u00e9rie d\u2019un besoin insatisfait de connaissance et d\u2019\u00e9change que l\u2019on a r\u00e9prim\u00e9 artificiellement, mais aussi une sorte de respect tendu. Car l\u2019\u00eatre humain aime et honore son semblable tant qu\u2019il ne peut pas le juger, et l\u2019ardent d\u00e9sir est un produit du manque de connaissance.<\/p>\n<p><b>Image<\/b> : Grand Hotel des Bains &#8211; Lido &#8211; Venise 1907 (Wikipedia)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur: n\u00e9 le 6 juin 1875 \u00e0 L\u00fcbeck et mort le 12 ao\u00fbt 1955 \u00e0 Zurich, est un \u00e9crivain allemand, laur\u00e9at du prix Nobel de litt\u00e9rature en 1929. 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