{"id":24363,"date":"2026-05-22T11:36:20","date_gmt":"2026-05-22T09:36:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24363"},"modified":"2026-05-22T11:44:22","modified_gmt":"2026-05-22T09:44:22","slug":"alwett-audrey-sainte-emmerderesse-2026-415-pages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24363","title":{"rendered":"Alwett, Audrey \u00ab\u00a0Sainte Emmerderesse\u00a0\u00bb (2026) 415 pages"},"content":{"rendered":"<p><b>Autrice<\/b>: N\u00e9e en 1982 en banlieue parisienne, Audrey Alwett re\u00e7oit \u00ab\u00a0une \u00e9ducation patriarcale, avec une m\u00e8re maltraitante. Lire des livres sur les enfants maltrait\u00e9s au XIX\u00e8me, sans toit ni nourriture, [la] rassurait sur [sa] propre condition\u00a0\u00bb. Elle est tr\u00e8s t\u00f4t attir\u00e9e par l&rsquo;\u00e9criture. Elle est l&rsquo;autrice d&rsquo;une quarantaine de romans et BD<\/p>\n<p><b>Romans<\/b>:<br \/>\nS\u00e9rie de romans <i>Magic Charly (Litt\u00e9rature Jeunessse)<br \/>\nLes Poisons de Katharz (2016) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Alwett, Audrey. Sainte Emmerderesse (2026) 415 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24363\">Sainte Emmerderesse<\/a><\/span> (2026)<\/i><i><\/i><\/p>\n<p>Editions H\u00e9lo\u00efse d\u2019Ormesson &#8211; 15.01.2026 &#8211; 415 pages<\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9<\/b>:<br \/>\nLe jour o\u00f9 Suzanne gagne au Loto, elle prend la fuite et ach\u00e8te un manoir en Normandie. Sur le domaine, elle d\u00e9couvre la tombe de sainte Emmerderesse. Avec trois comparses, elle redonne vie \u00e0 cette sainte aussi puissante qu&rsquo;insolente et devient son ombre redout\u00e9e. Une r\u00e9volte d\u00e9brid\u00e9e s&rsquo;annonce, car la sainte patronne des emmerdes n&rsquo;\u00e9pargne personne. Une aventure lib\u00e9ratrice, un premier roman jubilatoire !<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Si l&rsquo;impuissance fut votre lot et que sur vous l&#8217;emport\u00e8rent les salauds, ce livre vous vengera. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La narratrice donne le ton. Avec une plume ac\u00e9r\u00e9e et un style foisonnant, le premier roman d&rsquo;Audrey Alwett suit quatre personnages qui vont \u0153uvrer main dans la main pour faire rena\u00eetre de ses cendres une sainte moqueuse, jeune prot\u00e9g\u00e9e de Madame de Maintenon. Ce quatuor, en apparence mal assorti, est constitu\u00e9 d&rsquo;un jeune pompier, d&rsquo;une aide-soignante d\u00e9valoris\u00e9e, d&rsquo;une autrice lesbienne germano-alg\u00e9rienne, et d&rsquo;un vieux m\u00e9decin juif ath\u00e9e. Leurs aventures hautes en couleur embarquent le lecteur dans un coin de Normandie p\u00e9tri de racisme et d&rsquo;homophobie, o\u00f9 le retour de sainte Emmerderesse pourrait faire bouger les lignes.<\/p>\n<p>Qui n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 spoli\u00e9 ? Humili\u00e9 ? De sa plume savoureuse et piquante, Audrey Alwett signe la revanche des pauvres filles en faisant rena\u00eetre de ses cendres une sainte malicieuse.<\/p>\n<p>Sainte Emmerderesse\u00a0est l&rsquo;aventure folle d&rsquo;un projet qui \u00e9chappe \u00e0 ses cr\u00e9ateurs. Impertinent et irr\u00e9sistible, elle nous invite \u00e0 un vivre-ensemble joyeux et tr\u00e9pidant. Un premier roman corrosif qui se d\u00e9vore.<\/p>\n<p><b>Mon avis<\/b>: &#x2764;&#xfe0f;&#x2764;&#xfe0f;&#x2764;&#xfe0f;&#x2764;&#xfe0f;&#x2764;&#xfe0f;<\/p>\n<p>G\u00e9nial ! C\u2019est dr\u00f4le, enlev\u00e9, inventif, original, rocambolesque, savoureux, jubilatoire ! J\u2019ai ador\u00e9 !<\/p>\n<p>Venez partager avec Suzanne et sa petite bande les joies de la vie \u00e0 la campagne ! Dans un premier temps elle emm\u00e9nage dans un vieux manoir normand typique, plein de charme du XVII\u00e8me si\u00e8cle qu\u2019elle ach\u00e8te quand elle gagne au loto. Mais ce d\u00e9m\u00e9nagement n\u2019est de loin pas la fin de ses gal\u00e8res\u2026 Certes elle met \u00e0 distance sa famille &#8211; qui est le poison de son existence &#8211;<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>mais elle se retrouve seule dans une \u00e9norme b\u00e2tisse d\u00e9glingu\u00e9e avec plus un sous en poche et des voisins pour le moins peu commodes. Son terrain est \u00e0 la fois utilis\u00e9 comme d\u00e9charge et comme terrain de chasse par les locaux\u2026 Un peu plus loin, au village, les locaux ne sont pas tr\u00e8s ouverts de caract\u00e8re \u2026 racistes et bourr\u00e9s de pr\u00e9jug\u00e9s\u2026<\/p>\n<p>La solution pour s\u2019en sortir : une coloc \u2026 avec des personnages pour le moins originaux et diff\u00e9rents les uns des autres. Par ordre d\u2019arriv\u00e9e il y aura Jean Machin (ost\u00e9opathe de 70 ans en train de divorcer), Diane,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>de p\u00e8re alg\u00e9rien et lesbienne pour tout arranger (elle a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e de chez-elle par un<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>auteur en vogue qui squatte son appartement<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>et lui pique son id\u00e9e de roman,), et enfin le fils de la boulang\u00e8re et du chasseur (qui se faire foutre dehors quand son p\u00e8re d\u00e9couvre qu\u2019il est drag-queen) \u2026 Comme on peut l\u2019imaginer le cocktail est pour le moins savoureux.. Coloc qui va, au fil des \u00e9v\u00e9nements, se transformer en association puis en secte\u2026<\/p>\n<p>Et Sainte Emmerderesse dans tout \u00e7a ? Eh bien elle a sa pierre tombale enfouie dans le terrain du manoir\u2026 Ou plut\u00f4t c\u2019est Lucie de Saint-Ange mais elle est connue comme Sainte Emmerderesse. Et en prime la Fontaine-\u00e0-Souhaits<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>qui donne le nom \u00e0 la route qui dessert le manoir est retrouv\u00e9e sous des gravats : une fontaine bien sp\u00e9ciale qui va \u00eatre bien utile..<\/p>\n<p>Cette petite \u00e9quipe est peut-\u00eatre atypique va vivre bien des aventures. Mais elle a des id\u00e9es pour s\u2019en sortir et j\u2019ai ador\u00e9 vibrer en suivant ses efforts pour avancer et se prot\u00e9ger des nuisibles qui vont tout faire pour les d\u00e9truire.<br \/>\nElle balance et aborde bien des sujets \u2026 le racisme, la maltraitance, l\u2019homophobie, le sexe,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>l\u2019antis\u00e9mitisme, la Shoah, la soci\u00e9t\u00e9, la religion, la condition des femmes, le patriarcat, le harc\u00e8lement, les superstitions, les arnaques, la famille, la peur du jugement des proches, l\u2019emprise familiale<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>la sexualit\u00e9, l\u2019\u00e9glise,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>les sectes\u2026<\/p>\n<p>Et pour me plaire encore davantage, sur les traces de Lucie de Saint-Ange alias Sainte Emmerderesse on va croiser la route de personnages c\u00e9l\u00e8bres comme Madame de Maintenon, George Sand\u2026 Vous l\u2019aurez compris, Sainte Emmerderesse coche toutes les cases !<\/p>\n<p>Au passage on d\u00e9couvre des tas de Saints improbables\u2026 \u00ab\u00a0<i>une sainte Pataude tortur\u00e9e par les chouans\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0un saint Greluchon reste \u00e9galement d\u2019actualit\u00e9, ainsi nomm\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence aux grelots de ces messieurs. Des femmes grattent son sexe priapique pour s\u2019en faire des tisanes \u00e0 base d\u2019\u00e9chardes et vaincre leur infertilit\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 ce que les cur\u00e9s en cachent les effigies\u00a0<\/i>\u00bb. Et aussi <i>Saint Exp\u00e9dit. C\u2019est un personnage tr\u00e8s populaire \u00e0 la R\u00e9union, qui s\u2019occupe des causes urgentes et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es. On l\u2019appelle aussi Ti bon Di\u00e9. Les gens lui dressent de petits autels rouges un peu partout sur l\u2019\u00eele. De temps en temps, ils les d\u00e9molissent quand le saint n\u2019exauce pas leurs souhaits, pour lui apprendre la vie, et personne n\u2019y touche. \u00c7a reste l\u00e0, bris\u00e9. Comme \u00e7a, tout le monde sait que le saint n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur.<\/i><i><\/i><\/p>\n<p>Et \u00e0 la fin une petite envie de r\u00e9-entendre \u00ab\u00a0Misogynie \u00e0 part\u00a0\u00bb de Brassens<\/p>\n<p><i>La mienne, \u00e0 elle seul&rsquo;, sur tout&rsquo;s surench\u00e9rit<br \/>\n<\/i><i>Ell&rsquo; rel\u00e8ve \u00e0 la fois des trois cat\u00e9gories<br \/>\n<\/i><i>V\u00e9ritable prodige<br \/>\n<\/i><i>Emmerdante, emmerdeuse, emmerderesse itou<br \/>\n<\/i><i>Elle passe, ell&rsquo; d\u00e9passe, elle surpasse tout<br \/>\n<\/i><i>Ell&rsquo; m&#8217;emmerde, vous dis-je<\/i><\/p>\n<p><b>Extraits<\/b>: (<i> oui il y en a beaucoup\u2026mais ne les lisez pas tous pour garder l\u2019effet de surprise<\/i>)<\/p>\n<p>Oscar Wilde\u00a0: \u00ab\u00a0Chaque saint a un pass\u00e9 et chaque p\u00e9cheur un avenir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Rends-toi compte que c\u2019est pour Louis\u00a0XIV qu\u2019on inventa la com\u00e9die musicale\u00a0!<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Tu d\u00e9connes\u00a0?<br \/>\n\u2013\u00a0Avec Moli\u00e8re et Lully en vedettes\u00a0! \u00c0 l\u2019\u00e9poque, on parlait de com\u00e9dies-ballets. Louis\u00a0XIV, qui n\u2019avait presque jamais ouvert un livre de sa vie, \u00e9tait l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un danseur \u00e9toile. C\u2019est lui qui fonda l\u2019Acad\u00e9mie de danse. Il portait une vraie passion aux arts de la sc\u00e8ne, ce qui est int\u00e9ressant, car \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a il \u00e9tait totalement inculte.<\/p>\n<p>[\u2026 le th\u00e9\u00e2tre forain inventa le karaok\u00e9, dit aussi \u00ab\u00a0pi\u00e8ce \u00e0 \u00e9criteaux\u00a0\u00bb, o\u00f9 le public chantait le texte pendant que les acteurs le mimaient. Comme la musique \u00e9tait quasiment interdite, un violon entamait quelques couplets d\u2019un air que tout le monde connaissait. Par exemple, R\u00e9veillez-vous belle endormie, un tube de l\u2019\u00e9poque. On d\u00e9roulait le texte sur sc\u00e8ne et le public chantait les paroles \u00e9crites sur l\u2019air connu.<\/p>\n<p>\u00c0 la fois lettr\u00e9e et savante, sainte Catherine \u00e9tait la patronne des femmes c\u00e9libataires, elle-m\u00eame ayant souhait\u00e9 le rester au point d\u2019en finir martyre. Si la religion avait eu deux sous de logique, sainte Catherine serait devenue la patronne des vieilles filles \u00e0 chat qui vivent leur meilleure vie, affal\u00e9es sur les coussins de leur biblioth\u00e8que en sirotant des cocktails. Au lieu de quoi, elle devint celle par qui l\u2019on enjoignait aux femmes de trouver un mari avant leurs vingt-cinq ans.<\/p>\n<p>Dire \u00ab\u00a0merde\u00a0\u00bb avec panache est peut-\u00eatre le plus grand talent du peuple fran\u00e7ais, au point que m\u00eame les pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique s\u2019y sont mis.<br \/>\nGustave Flaubert l\u2019\u00e9crivait sans vergogne dans sa correspondance\u00a0: \u00ab\u00a0Apr\u00e8s tout, merde\u00a0! Voil\u00e0, avec ce grand mot on se console de toutes les mis\u00e8res humaines\u00a0; aussi je me plais \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter\u00a0: merde, merde\u00a0!\u00a0\u00bb Pierre Perret en rajoutait\u00a0: \u00ab\u00a0Ce mot est une friandise. Seuls les cr\u00e9tins de haut vol ne l\u2019utilisent jamais. Un mot qui se crie, qui se hurle, qui se susurre, se murmure, se savoure. C\u2019est le mot qui console, dont on a besoin.\u00a0\u00bb Et je crois qu\u2019en effet, c\u2019est ce qui exprime le mieux le ressenti des Fran\u00e7ais, quand ils d\u00e9cident de jeter leur spleen aux orties.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, qu\u2019\u00e9tait-ce qu\u2019une emmerderesse\u00a0? Une emmerdeuse, assur\u00e9ment, mais en plus raffin\u00e9e, car le suffixe \u00ab\u00a0-resse\u00a0\u00bb suppose de la noblesse. On le trouve dans enchanteresse, chevaleresse, doctoresse ou vainqueresse. \u00c7a vous impose son rang, un certain pouvoir aussi. On n\u2019emmerde pas une emmerderesse, c\u2019est elle qui vous emmerde.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Moi, la langue fran\u00e7aise, je ne la chipote pas du bout des l\u00e8vres, je la prends tout enti\u00e8re en bouche.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L\u2019important, m\u2019avait-il r\u00e9v\u00e9l\u00e9, c\u2019est que la dame vous ait rep\u00e9r\u00e9 une demi-heure avant que vous ne l\u2019abordiez, sans quoi elle se sent assaillie.\u00a0\u00bb J\u2019avais retenu le conseil, qui me semblait juste. Comme en litt\u00e9rature, le d\u00e9sir d\u00e9pend de l\u2019attente.<\/p>\n<p>Dumas pr\u00e9tend qu\u2019\u00e0 quarante ans, on a le visage qu\u2019on m\u00e9rite. Ce qui est certain, c\u2019est que les \u00e9motions finissent par s\u2019y imprimer. Le d\u00e9go\u00fbt, lui, s\u2019inscrit par un pli sous la l\u00e8vre inf\u00e9rieure avec des rides aux commissures des l\u00e8vres qui descendent vers le bas. Donald Trump a ce pli, Marine Le Pen aussi.<\/p>\n<p>QUE CELUI QUI D\u00c9SIRE<br \/>\nEMMERDER OU SE D\u00c9SEMMERDER<br \/>\nEXAUCE SON V\u0152U ICI<br \/>\nSOUS LE PATRONAGE DE<br \/>\nSAINTE EMMERDERESSE<\/p>\n<p>Les Cor\u00e9ens ont un mot, le jeong, qui d\u00e9signe le sentiment d\u2019attachement, le lien qui unit des \u00eatres en un moment pr\u00e9cis, apr\u00e8s le partage d\u2019une exp\u00e9rience forte. Un pacte tacite est alors conclu entre ces personnes, qui se conf\u00e8rent par la suite aide et protection.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Facebook fut cr\u00e9\u00e9 par un homme aux allures de gargouille, pour noter les \u00e9tudiantes des \u00c9tats-Unis, comme de la bidoche en vitrine.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Qu\u2019est-ce que c\u2019est que \u00e7a, le confessionnal \u00e0 emmerdes\u00a0?<br \/>\n\u2013\u00a0Une esp\u00e8ce d\u2019armoire qu\u2019on a bricol\u00e9e avec G\u00e9rard. Normalement, il y a deux places. Une pour le confess\u00e9, l\u2019autre pour le confesseur.<br \/>\n\u2013\u00a0Ce qui nous fait beaucoup de fesses, constatai-je.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019h\u00e9g\u00e9monie romaine sur le bassin m\u00e9diterran\u00e9en, on sanctifiait litt\u00e9ralement les bites en \u00e9rection. On en accrochait au cou des enfants pour leur porter chance et les prot\u00e9ger par ce symbole de force. Parfois, ces phallus divins \u00e9jaculaient. Cette image sacr\u00e9e de la bite, entretenue notamment par les vestales, \u00e9tait l\u2019un des gages de la s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et avait pour nom Fascinus. C\u2019\u00e9tait une divinit\u00e9 qui repoussait le mauvais \u0153il et nous a donn\u00e9 \u00ab\u00a0fasciner\u00a0\u00bb, au sens initial de \u00ab\u00a0jeter un sort\u00a0\u00bb. Comment s\u2019\u00e9tonner d\u00e8s lors que certains hommes baptisent leur sexe Robert ou Popol, quand on sait qu\u2019ils ont autrefois eu un dieu-bite\u00a0?<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Le moment \u00e9tait venu de l\u2019eucharistie, qui, de mon point de vue, est la chose la plus fascinante de la religion catholique, parce qu\u2019elle rel\u00e8ve du cannibalisme. Le pr\u00eatre y pr\u00e9sente le pain et le vin qui deviennent le corps et le sang du Christ, par transsubstantiation1. Apr\u00e8s quoi, les fid\u00e8les marchent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019autel pour \u00ab\u00a0communier\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire manger le corps du Christ, le pr\u00eatre se gardant le sang pour lui. Tout cela forme une c\u00e9r\u00e9monie d\u00e9licieusement \u00e9trange, finalement proche de ce qu\u2019on pouvait reprocher aux sabbats des sorci\u00e8res.<\/p>\n<p>Sainte Emmerderesse aurait pu na\u00eetre \u00e0 n\u2019importe quel si\u00e8cle. C\u2019est une constante dans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9\u00a0: lorsque vous vivez votre plus beau moment, il y a toujours quelqu\u2019un pour vous le g\u00e2cher.<\/p>\n<p>C\u2019est une constante de l\u2019humanit\u00e9. On n\u2019a jamais trop besoin de la bousculer pour en r\u00e9veiller la b\u00eate et ses bas instincts, suspendus \u00e0 elle comme une arm\u00e9e de tiques.<\/p>\n<p>Votre sainte me rappelle saint Exp\u00e9dit. C\u2019est un personnage tr\u00e8s populaire \u00e0 la R\u00e9union, qui s\u2019occupe des causes urgentes et d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es. On l\u2019appelle aussi Ti bon Di\u00e9. Les gens lui dressent de petits autels rouges un peu partout sur l\u2019\u00eele. De temps en temps, ils les d\u00e9molissent quand le saint n\u2019exauce pas leurs souhaits, pour lui apprendre la vie, et personne n\u2019y touche. \u00c7a reste l\u00e0, bris\u00e9. Comme \u00e7a, tout le monde sait que le saint n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 la hauteur.<\/p>\n<p>Les Turcs ont un mot, le\u00a0<i>keyif<\/i>, qui d\u00e9signe une philosophie de vie consistant \u00e0 se laisser bercer par l\u2019oisivet\u00e9. Un genre de\u00a0<i>carpe diem<\/i>, sans autre but que de jouir du moment. Le mot vient de l\u2019arabe\u00a0<i>kief<\/i>, venu enrichir notre langue par le mot \u00ab\u00a0kiffer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>J\u2019eus le tort de m\u2019en remettre \u00e0 saint Procrastin, et de reporter sans cesse cette discussion au lendemain.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0D\u2019un point de vue historique, une religion n\u2019est jamais qu\u2019une secte qui a eu du succ\u00e8s, ripostai-je.<br \/>\n\u2013\u00a0Les sectes sont dangereuses. Elles manipulent des gens fragiles pour leur extorquer de l\u2019argent et leur imposer des s\u00e9vices\u00a0!<br \/>\n\u2013\u00a0Un peu comme l\u2019\u00c9glise\u00a0? ironisai-je.<br \/>\n\u2013\u00a0Ne plaisantez pas sur ce sujet. Les sectes tournent mal et vous le savez.<\/p>\n<p>les emmerdes sont une chose qui nous rapproche tous en tant qu\u2019humains<\/p>\n<p>En allemand, nous avons une expression d\u00e9licieusement mesquine,\u00a0<i>die Schadenfreude<\/i>, qui d\u00e9signe la joie que l\u2019on peut ressentir face aux malheurs d\u2019autrui, surtout si autrui l\u2019a cherch\u00e9 et que c\u2019est bien fait pour sa face. Je passai donc mon mois de janvier \u00e0 me sentir toute germanique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les emmerdes, \u00e7a vole toujours en escadrille\u00a0\u00bb, avait d\u00e9clar\u00e9 Jacques Chirac, se posant en pr\u00e9sident tr\u00e8s fran\u00e7ais.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>De m\u00eame que l\u2019Inuit conna\u00eet les mille nuances de la neige, l\u2019Arabe conna\u00eet celles de l\u2019amour. De son calame, le calligraphe Lassa\u00e2d Metoui a peint dans un recueil\u00a0<i>Les Cent Noms de l\u2019amour<\/i>, mais je crois qu\u2019il en existe davantage. Il y a l\u2019<i>Al-Wahl<\/i>, amour sublime, l\u2019<i>Al-Hiy\u00e2m<\/i>, amour \u00e9perdu, l\u2019<i>Al-Shaghaf<\/i>, amour passion, l\u2019<i>Al-Wajd<\/i>, amour obsession, l\u2019<i>Al-Najwa<\/i>, amour br\u00fblure, l\u2019<i>Al-Kholla<\/i>, amour fusion, l\u2019<i>Al-Hoyam<\/i>, amour folie, l\u2019<i>Al-Wasab<\/i>, amour souffrance, et tant d\u2019autres encore\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice: N\u00e9e en 1982 en banlieue parisienne, Audrey Alwett re\u00e7oit \u00ab\u00a0une \u00e9ducation patriarcale, avec une m\u00e8re maltraitante. Lire des livres sur les enfants maltrait\u00e9s au XIX\u00e8me, sans toit ni nourriture, [la] rassurait sur [sa] propre condition\u00a0\u00bb. Elle est tr\u00e8s t\u00f4t attir\u00e9e par l&rsquo;\u00e9criture. Elle est l&rsquo;autrice d&rsquo;une quarantaine de romans et BD Romans: S\u00e9rie de &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24363\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":24364,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2707,209,35,583,193,98,12,1,2709,105,192],"tags":[254,197,943,2844,926,607,199,2225,170,2433,1349,1995,2847,1214,195,151,872,754,2490,2846,2845,1648,471],"class_list":["post-24363","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-2707","category-comedie","category-coup-de-coeur-lectures","category-coup-de-coeur","category-etude-de-societe","category-france","category-litterature-france","category-non-classe","category-rlh2026-annees","category-roman","category-xxieme-siecle","tag-amitie","tag-amour","tag-aventures","tag-collocation","tag-emprise","tag-etude-de-societe","tag-famille","tag-homophobie","tag-humour","tag-humour-original","tag-intolerance","tag-malefices","tag-mme-de-maintenon","tag-normandie","tag-racisme","tag-religion","tag-reseaux-sociaux","tag-roman-social","tag-sainte","tag-satire-religieuse","tag-satire-sociale","tag-superstitions","tag-tolerance"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24363","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=24363"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24363\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":24367,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/24363\/revisions\/24367"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/24364"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=24363"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=24363"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=24363"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}