{"id":24486,"date":"2026-06-10T12:35:35","date_gmt":"2026-06-10T10:35:35","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24486"},"modified":"2026-06-10T12:43:03","modified_gmt":"2026-06-10T10:43:03","slug":"delijani-sahar-les-jacarandas-de-teheran-2014-331-pages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=24486","title":{"rendered":"Delijani, Sahar \u00ab\u00a0Les Jacarandas de T\u00e9h\u00e9ran\u00a0\u00bb (2014) 331 pages"},"content":{"rendered":"<p><b>Autrice<\/b>: n\u00e9e le 18.09. 1983 \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, est une romanci\u00e8re irano-am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>N\u00e9e dans la prison politique iranienne d\u2019Evin, alors que ses parents y sont d\u00e9tenus en tant qu&rsquo;activistes politiques oppos\u00e9s au nouveau r\u00e9gime islamique de Khomeini,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par ses grands-parents pendant la d\u00e9tention de ses parents. En 1996, sa famille migre aux Etats-Unis.<br \/>\nElle sort dipl\u00f4m\u00e9e en litt\u00e9rature compar\u00e9e de l&rsquo;universit\u00e9 de Bekerley. Elle vit d\u00e9sormais en Italie du Nord.<\/p>\n<p>Roman traduit en fran\u00e7ais: Les Enfants du Jacaranda \/ Les Jacarandas de T\u00e9h\u00e9ran (Children of the Jacaranda Tree 2013)<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>&#8211; Albin-Michel &#8211; 02.04.2014 &#8211; 331 pages \/ Le livre de poche &#8211; 08.04.2015 &#8211; 360 pages ( traduite l\u2019anglais par Pauline Miller-Fleuret)<\/p>\n<p><b>R\u00e9sum\u00e9:<\/b><\/p>\n<p>L&rsquo;action, qui se d\u00e9roule de 1983 \u00e0 2011, suit l&rsquo;itin\u00e9raire d&rsquo;un groupe d&rsquo;hommes, de femmes et d&rsquo;enfants li\u00e9s par le sang ou r\u00e9unis par les flux de l&rsquo;Histoire.<br \/>\nCe sont eux, les enfants du jacaranda: Neda, n\u00e9e dans la prison d&rsquo;Evin \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, arrach\u00e9e \u00e0 sa m\u00e8re apr\u00e8s quelques mois ; Omid qui, \u00e0 trois ans, a vu l&rsquo;arrestation de ses parents, activistes politiques ; Sheida qui apprend, vingt ans apr\u00e8s les purges violentes dans les prisons iraniennes, que son p\u00e8re y a \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Portrait \u00e9mouvant de trois g\u00e9n\u00e9rations marqu\u00e9es \u00e0 vie par des ann\u00e9es de r\u00e9pression et de lutte et pourtant unies par un m\u00eame r\u00eave de libert\u00e9 et de justice, le livre de Sahar Delijani est d&rsquo;un r\u00e9alisme saisissant. Inspir\u00e9 de l&rsquo;histoire de sa propre famille, ce roman \u00e9voque pourtant des sujets universels. Son \u00e9criture, d&rsquo;une puissance narrative rare, parvient \u00e0 captiver le lecteur de bout en bout.<\/p>\n<p><b>Mon avis<\/b>: &#x2764;&#xfe0f;&#x2764;&#xfe0f;&#x2764;&#xfe0f;<\/p>\n<p>Un t\u00e9moignage fort sur la r\u00e9volution en Iran. Un livre qui nous parle de la r\u00e9pression, de la soumission, de la perte de libert\u00e9 \u00e0 tous les niveaux, entre les ann\u00e9es 1983 \u00e0 2011. Et en prime la peur des bombes, car pendant ce laps de temps, il y a la guerre Iran-Irak\u2026<\/p>\n<p>Une ann\u00e9e seulement apr\u00e8s la r\u00e9volution, Azar et bien d\u2019autres dans la clandestinit\u00e9.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Mais elle sera arr\u00eat\u00e9e et c\u2019est en prison qu\u2019elle donnera naissance \u00e0 la petite Neda.<\/p>\n<p>Les souvenirs, les blessures, la perte de la m\u00e9moire, le silence, la peur partout, peur de vivre, peur de parler, peur de communiquer \u2026<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>C\u2019est un t\u00e9moignage choc, mais malheureusement j\u2019ai \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e, choqu\u00e9e mais pas \u00e9mue..<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Alors oui le sujet est tr\u00e8s int\u00e9ressant mais trop de personnages, je me suis perdue\u2026 je ne savais plus qui \u00e9tait qui et donc je n\u2019ai pu m\u2019attacher aux ( ou \u00e0 un) personnages\u2026<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Et \u00e0 vouloir trop raconter, il m\u2019a sembl\u00e9 long\u2026<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Nous sommes maintenant en 2026 et la situation a encore \u00e9volu\u00e9 en pire\u2026<\/p>\n<p><b>Extraits<\/b>:<\/p>\n<p>Ils purg\u00e8rent les universit\u00e9s de ce qu\u2019ils pensaient \u00eatre des activit\u00e9s antir\u00e9volutionnaires, interdirent journaux et partis politiques. Leurs paroles se firent loi et nombreux furent ceux qui entr\u00e8rent en clandestinit\u00e9.<\/p>\n<p>Ils n\u2019avaient plus la force d\u2019aller de l\u2019avant mais savaient qu\u2019il \u00e9tait trop tard pour faire machine arri\u00e8re.<\/p>\n<p>La vie entre les murs de la prison n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle du dehors. Tous, au-dehors, portaient la peur comme une cha\u00eene, dans les rues, sous l\u2019ombre famili\u00e8re de la montagne, triste et magnifique. Et parce qu\u2019ils portaient tous cette cha\u00eene, ils ne l\u2019\u00e9voquaient jamais. La peur se faisait impalpable, on n\u2019en parlait pas. Elle r\u00e9gnait sur tous, invisible et omnipotente.<\/p>\n<p>Toutes redoutaient d\u2019\u00eatre un jour transf\u00e9r\u00e9es dans une autre cellule ou une autre prison. Elles craignaient de devoir quitter ce lieu o\u00f9 la voix d\u2019une enfant r\u00e9sonnait comme une sir\u00e8ne de vie. Leur monde n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019aller, venir, respirer, manger, aspirer et t\u00e9ter. C\u2019\u00e9tait un monde qui avait du sens, qui n\u2019\u00e9tait plus seulement un trou noir.<\/p>\n<p>Depuis la R\u00e9volution, ils \u00e9taient tous brusquement devenus des fr\u00e8res et des s\u0153urs. Un pays entier constitu\u00e9 d\u2019une fratrie de gens qui n\u2019avaient aucun lien de parent\u00e9. Des gens qui se surveillaient les uns les autres avec peur, parfois avec d\u00e9fiance, avec suspicion, qui cherchaient \u00e0 s\u2019impressionner et se m\u00e9prisaient les uns les autres.<\/p>\n<p>Parisa et Simin avaient \u00e9t\u00e9 menott\u00e9es, on leur avait band\u00e9 les yeux comme \u00e0 des criminelles. Leurs crimes \u00e9taient faits de mots, de mots chuchot\u00e9s, de pens\u00e9es tues qui faisaient trembler les Puissants P\u00e8res dans leur lit.<\/p>\n<p>pour tirer son foulard sur son front, resserrant le n\u0153ud sous son menton, luttant contre la force \u00e9lastique de ses cheveux \u00e9pais et fris\u00e9s qui levaient sous le tissu comme une p\u00e2te \u00e0 pain.<\/p>\n<p>On dirait que plus personne ne veut se faire prendre en photo en temps de guerre. Qui sait ? Peut- \u00eatre les gens pr\u00e9f\u00e8rent-ils ne pas garder de traces de tout cela et d\u2019eux-m\u00eames. Peut-\u00eatre veulent-ils oublier. Ou peut- \u00eatre ont-ils peur de se souvenir plus tard. Si c\u2019est le cas, cela veut dire qu\u2019ils regardent d\u00e9j\u00e0 vers l\u2019avenir, qu\u2019ils pensent qu\u2019ils sortiront de cette guerre vivants.<\/p>\n<p>Par moments, elle suffoquait tellement qu\u2019elle aurait voulu partir, s\u2019\u00e9loigner d\u2019elle-m\u00eame, de ce qu\u2019elle \u00e9tait dans cette maison avec ses vieilles peurs, et ses peurs nouvelles. Elle aurait voulu \u00e9chapper \u00e0 cette inertie qu\u2019elle ressentait \u00e0 force de faire tout ce qu\u2019elle devait faire jour apr\u00e8s jour, et qui la faisait sombrer, la nuit, dans un sommeil \u00e9puis\u00e9 et sans r\u00eaves.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9taient des fugitifs qui cherchaient un abri dans l\u2019immensit\u00e9 des champs, sous un ciel vide. Des fugitifs qui en avaient termin\u00e9 avec les mythes du courage et du martyre, des vierges et du paradis, gr\u00e2ce auxquels ceux qui \u00e9taient au pouvoir avaient attir\u00e9 leurs fils et leurs fr\u00e8res sur les champs de mines. Des fugitifs \u00e0 qui on n\u2019avait rien laiss\u00e9 qu\u2019une guerre sans fin, un million de morts et de bless\u00e9s et un pays en flammes, sur le point de s\u2019\u00e9crouler.<\/p>\n<p>Amir ne parvenait \u00e0 se rappeler aucun de ces po\u00e8mes. Son cerveau avait \u00e9t\u00e9 lav\u00e9 par des mains empress\u00e9es, comp\u00e9tentes, et \u00e0 la place, il y avait maintenant des cris, des hurlements et des bruits d\u2019os cass\u00e9s.<\/p>\n<p>Les souvenirs, c\u2019\u00e9tait comme du venin, ils s\u2019appropriaient le corps, paralysant un membre apr\u00e8s l\u2019autre.<\/p>\n<p>C\u2019est un sentiment \u00e9trange lorsqu\u2019on vous dit qu\u2019une personne est votre m\u00e8re et que tout ce que vous ressentez c\u2019est de la peur, parce que cette personne n\u2019est qu\u2019une \u00e9trang\u00e8re. Ce n\u2019est que bien plus tard que vous r\u00e9alisez que vous n\u2019avez qu\u2019elle.<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re n\u2019est pas heureuse. Elle ne l\u2019a jamais \u00e9t\u00e9. Le choix du silence n\u2019a pas fonctionn\u00e9. Il n\u2019a fait que rendre les choses encore plus insupportables. On ne leur a rien laiss\u00e9 qu\u2019une poign\u00e9e de paroles jamais prononc\u00e9es, aussi insidieuses que le poison, qui s\u2019infiltrent partout, progressant un peu plus chaque jour, g\u00e2chant les derniers vestiges de cette intimit\u00e9 honn\u00eate qui a \u00e9t\u00e9 la leur. Et de cela, elles sont toutes deux responsables. Ensemble, elles ont d\u00e9truit tout ce qu\u2019elles avaient de plus beau.<\/p>\n<p>Elle veut continuer de tenir la mort \u00e0 distance le plus longtemps possible. Il existe tant de sujets de conversation et pourtant, elles n\u2019ont rien \u00e0 se dire.<\/p>\n<p>Elle se sent profond\u00e9ment meurtrie, l\u00e0 o\u00f9 les choses sont invisibles pour les yeux.<\/p>\n<p>Il disait :\u00a0Lorsque la peur l&#8217;emportera, il ne nous restera plus rien.<br \/>\nIl avait tort.<br \/>\nA elle, il ne resta rien d\u2019autre que la peur.<\/p>\n<p>Le secret avait fini par s\u2019enrouler autour d\u2019elle, si serr\u00e9, si implacable, qu\u2019il ne lui permettait plus d\u2019\u00e9mettre le moindre son.<\/p>\n<p>La ville est silencieuse. Depuis son retour d\u2019Italie, c\u2019est ce silence, plus que toute autre chose, qui ronge les nerfs de Maryam. Elle le reconna\u00eet, l\u2019a entendu il y a trente ans. Ce n\u2019est pas une paix naturelle, ce n\u2019est pas une qui\u00e9tude de petit matin. C\u2019est celle d\u2019une ville qui a \u00e9t\u00e9 battue, r\u00e9duite au silence, vite, brutalement, sans m\u00eame un instant d\u2019h\u00e9sitation. Et qui pourtant est encore debout. Une ville qui bien que bless\u00e9e et d\u00e9vast\u00e9e, n\u2019a pas recul\u00e9, un volcan assoupi qui pourrait entrer en \u00e9ruption \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p>La po\u00e9sie est de la po\u00e9sie seulement lorsqu\u2019elle r\u00e9v\u00e8le les profondeurs de ton \u00e2me. C\u2019est tout. Non pas l\u2019\u00e2me du lecteur, mais ton \u00e2me \u00e0 toi, celle du po\u00e8te. Le lecteur est secondaire.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait des histoires de femmes qui \u00e9taient devenues folles, transform\u00e9es en tavaab, ou qui n\u2019\u00e9taient jamais revenues. M\u00eame les anecdotes autour de la naissance de Neda n\u2019\u00e9taient plus dr\u00f4les. Elles \u00e9taient hant\u00e9es par la peur de sa m\u00e8re de la perdre, l\u2019angoisse de la garder, par des cauchemars, de la culpabilit\u00e9, de la col\u00e8re.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice: n\u00e9e le 18.09. 1983 \u00e0 T\u00e9h\u00e9ran, est une romanci\u00e8re irano-am\u00e9ricaine. N\u00e9e dans la prison politique iranienne d\u2019Evin, alors que ses parents y sont d\u00e9tenus en tant qu&rsquo;activistes politiques oppos\u00e9s au nouveau r\u00e9gime islamique de Khomeini,\u00a0 elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par ses grands-parents pendant la d\u00e9tention de ses parents. 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