{"id":2455,"date":"2016-01-17T10:57:42","date_gmt":"2016-01-17T09:57:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2455"},"modified":"2020-01-25T15:53:23","modified_gmt":"2020-01-25T14:53:23","slug":"rahimi-atiq-la-ballade-du-calame-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2455","title":{"rendered":"Rahimi Atiq \u00abLa ballade du calame\u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019auteur<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Atiq Rahimi vit la guerre d&rsquo;Afghanistan de 1979 \u00e0 1984, puis il se r\u00e9fugie au Pakistan.<br \/>\nApr\u00e8s avoir demand\u00e9 l&rsquo;asile politique \u00e0 la France, accord\u00e9 en 1984, il obtient son doctorat en audiovisuel \u00e0 la Sorbonne.<br \/>\nEn 1989, son fr\u00e8re, communiste, rest\u00e9 en Afghanistan, est assassin\u00e9, mais Atiq Rahimi n&rsquo;apprend sa mort qu&rsquo;un an plus tard.<br \/>\nSon premier long-m\u00e9trage, Terre et cendres, pr\u00e9sent\u00e9 dans la section \u00ab Un certain regard \u00bb au Festival de Cannes 2004, a obtenu le prix Regard vers l&rsquo;avenir.<br \/>\nContrairement \u00e0 ses trois premiers romans \u00e9crits en persan, \u00ab\u00a0Syngu\u00e9 sabour\u00a0: Pierre de patience\u00a0\u00bb est directement \u00e9crit en fran\u00e7ais : \u00abIl me fallait une autre langue que la mienne pour parler des tabous \u00bb Il est r\u00e9compens\u00e9 par le prix Goncourt 2008.<\/p>\n<p><strong>Il a publi\u00e9\u00a0<\/strong> :\u00a0 Terre et Cendres\u00a0 (2000) Les Mille Maisons du r\u00eave et de la terreur\u00a0 (2002) Le Retour imaginaire (2005) &#8211; <em>Syngu\u00e9 sabour. Pierre de patience<\/em>, (<time>2008)\u00a0<\/time> Maudit soit Dosto\u00efevski (2011) <cite class=\"italique\">&#8211; <\/cite><a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2455\">La Ballade du calame. Portrait intime.<\/a> (2015) &#8211; <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=8252\">Les Porteurs d&rsquo;eau<\/a> (2019)\u00a0 &#8211; \u00a0\u00bb L&rsquo;invit\u00e9 du miroir (2020)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019exil ne s\u2019\u00e9crit pas. Il se vit.<br \/>\nAlors j\u2019ai pris le calame, ce fin roseau taill\u00e9 en pointe dont je me servais enfant, et je me suis mis \u00e0 tracer des lettres calligraphi\u00e9es, implorant les mots de ma langue maternelle.<br \/>\nPour les sublimer, les v\u00e9n\u00e9rer.<br \/>\nPour qu\u2019ils reviennent en moi.<br \/>\nPour qu\u2019ils d\u00e9crivent mon exil. \u00bb<br \/>\nAinsi a pris forme cette ballade intime, m\u00e9tissage de mots, de signes, puis de corps.<br \/>\nCelui qui se dit \u00ab n\u00e9 en Inde, incarn\u00e9 en Afghanistan et r\u00e9incarn\u00e9 en France \u00bb invente une langue puissante, singuli\u00e8re et libre.<br \/>\nUne m\u00e9ditation sur ce qui reste de nos vies quand on perd sa terre d\u2019enfance.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Gros gros coup de c\u0153ur. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 beaucoup aim\u00e9 \u00ab\u00a0Syngu\u00e9 sabour, pierre de patience\u00a0\u00bb, monologue d\u2019une femme afghane, qui avait obtenu le Goncourt en 2008. Ce livre est un portrait intime si on en croit le descriptif de la maison d\u2019\u00e9dition. Une invitation au voyage \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9criture, le r\u00eave, le corps, les arts.. de toute beaut\u00e9. cela m&rsquo;a fait ressortir un livre achet\u00e9 il y a des ann\u00e9es, \u00ab\u00a0les myst\u00e8res de l&rsquo;alphabet\u00a0\u00bb de Marc-Alain Ouaknin qui parlait de l&rsquo;origine des lettres. A noter aussi les tr\u00e8s belles illustrations de l&rsquo;auteur.<\/p>\n<p><strong>Analyse \u00e9tay\u00e9e par l\u2019\u00e9coute d\u2019une interview de l\u2019auteur<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Evocation par l\u2019auteur de son pays de naissance\u00a0; il \u00e9voque ici sa double culture, afghane et fran\u00e7aise. Il \u00e9crit en fran\u00e7ais et nous parle d\u2019\u00e9criture, de l\u2019alphabet et de la formation des mots. Le calame, un stylet dont se servent les enfants pour \u00e9crire sur des tablettes en bois. On explore les secrets de l\u2019\u00e9criture arabe et persane\u00a0; on y parle aussi d\u2019exil, derri\u00e8re l\u2019importance de l\u2019\u00e9criture. Ce livre est i\u00e0 la fois un texte litt\u00e9raire sur l\u2019\u00e9criture et un livre artistique si je puis m\u2019exprimer ainsi\u00a0; une \u00ab\u00a0confession\u00a0\u00bb, des calligraphies, des dessins, des mouvements \u00ab\u00a0<em>callimorphiques<\/em>\u00a0\u00bb L\u2019auteur nous parle aussi de sa difficult\u00e9 d\u2019\u00e9crire sur l\u2019exil, l\u2019angoisse de la page blanche, le rapport entre exil et cr\u00e9ation. En Afghanistan, petit, il a appris \u00e0 \u00e9crire avec un roseau qui est un instrument difficile \u00e0 appr\u00e9hender, \u00e0 tailler, \u00e0 utiliser\u00a0; c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une \u00e9preuve de pr\u00e9parer le mat\u00e9riel avant m\u00eame de commencer \u00e0 tracer les lettres. Il parle de l\u2019angoisse de l\u2019apprentissage de l\u2019\u00e9criture. Il nous apprend en interview qu\u2019aujourd\u2019hui encore il a des plumes de calligraphie sur son bureau qui lui permettent de tracer des lignes quand il doit se concentrer. Pour lui, l\u2019\u00a0\u00abAleph\u00bb est sa madeleine de Proust et la calligraphie est consid\u00e9r\u00e9e comme le lien sacr\u00e9 entre \u00e9l\u00e8ve et religion. \u00a0Tout commence par le verbe\u00a0; les lettres ont une importance \u00e9sot\u00e9rique, ce sont des talismans et elles rev\u00eatent une grande importance dans la construction de la pens\u00e9e.<\/p>\n<p>La calligraphie le ram\u00e8ne \u00e0 son enfance, \u00e0 la religion, aux voyages qu\u2019il a effectu\u00e9s\u00a0; il va nous parler de l\u2019importance de l\u2019Inde dans son d\u00e9veloppement personnel. Dans ce livre, le personnage est l\u2019\u00a0\u00abAleph\u00bb (la premi\u00e8re lettre du nom d\u2019Allah) , la naissance et l\u2019histoire de la pens\u00e9e et de l\u2019\u00e9criture, le rapport entre exil et cr\u00e9ation\u00a0; de l\u2019importance de l\u2019exil dans sa vie, dans la cr\u00e9ation mais ne parle pas de l\u2019exil en tant que tel. Il \u00e9voque des souvenirs mais sans nostalgie. Au d\u00e9but du livre, il nous parle un peu de sa vie, puis il entame une sorte de m\u00e9ditation sur l\u2019\u00e9criture, l\u2019exil, les religions. L\u2019exil est source de cr\u00e9ation et notre culture est issue de l\u2019exil d\u2019Adam et Eve. . Il va nous parler de la cr\u00e9ation du point de vue d\u2019Eve. A m\u00e9diter\u2026 L\u2019exil commence quand on se sent \u00e9tranger \u00e0 sa vie, \u00e0 sa famille, \u00e0 son pays, \u00e0 sa culture, avant m\u00eame le d\u00e9part. Il explique que l\u2019intimit\u00e9 n\u2019existe pas dans sa culture d\u2019origine et qu\u2019il ne voit pas l\u2019int\u00e9r\u00eat de se raconter\u00a0; il \u00e9voque des \u00e9v\u00e8nements mais pas son ressenti, il garde pour lui ses impressions qui sont son jardin secret et il ne veut pas se d\u00e9voiler, exposer avec une certaine ind\u00e9cence ses failles et ses faiblesses. L\u2019exil ne s\u2019\u00e9crit pas, il se vit. On perd les cl\u00e9s de sa vie dans l\u2019obscurantisme que l\u2019on fuit\u00a0; c\u2019est en exil que l\u2019on va rechercher une nouvelle lumi\u00e8re, la cl\u00e9 d\u2019une vie nouvelle et d\u2019une renaissance. Il va falloir trouver de nouvelles cl\u00e9s, mais ces cl\u00e9s ouvriront une nouvelle porte et n\u2019ouvriront plus la porte de la maison de son enfance. Quand il d\u00e9crit l\u2019arrestation de son p\u00e8re, il explique que par manque de lectures, il ne disposait pas de mots pour s\u2019exprimer. Pour lui, les choses ont besoin d\u2019\u00eatre racont\u00e9es pour avoir une existence. Tout existe par le r\u00e9cit qui donne une v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 ce qui arrive.<\/p>\n<p>Pour lui toute existence est \u00ab\u00a0entrelacement\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est l\u2019entrelacement qui fait exister l\u2019art arabo-musulman (il suffit de regarder les mosqu\u00e9es)\u00a0; lui-m\u00eame est un personnage \u00ab\u00a0tiss\u00e9 et m\u00e9tiss\u00e9\u00a0\u00bb de toutes les cultures et des diff\u00e9rents arts. Il en d\u00e9coule cet art de la \u00ab\u00a0<em>callimorphie<\/em>\u00a0\u00bb, m\u00e9lange de la lettre et du corps humain. Tout comme dans son livre \u00ab\u00a0Syngu\u00e9 sabour\u00a0\u00bb, mots et corps sont li\u00e9s\u00a0: la prise de parole est li\u00e9e \u00e0 la d\u00e9couverte du corps, de l\u2019invisible, de l\u2019absence dans l\u2019espace-temps, de l\u2019imaginaire, du temps pass\u00e9\u00a0; tout ce qui n\u2019est pas concret est invisible. Ces \u00ab\u00a0<em>callimorphies<\/em>\u00a0\u00bb sont un retour vers les origines au travers de la langue, un art qui cr\u00e9e un lien entre l\u2019enfance et le pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>A la fin de l\u2019ouvrage, douze mouvements r\u00e9sument le livre\u00a0: le d\u00e9sir, le vide, la nudit\u00e9, le d\u00e9lestage, le vertige, la d\u00e9livrance, l\u2019intimit\u00e9, la sagesse, l\u2019infini, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, l\u2019ailleurs et l\u2019errance. Il cite Ovide qui disait \u00ab\u00a0L\u2019exil, c\u2019est laisser son corps derri\u00e8re soi\u00a0\u00bb\u00a0; quand le corps est menac\u00e9, il doit partir, mais en partant, il laisse une trace derri\u00e8re lui. Il y a deux personnes dans un exil\u00e9\u00a0: la partie qui est rest\u00e9e L\u00e0-bas et celle qui est partie.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019exil c\u2019est laisser son corps derri\u00e8re soi, disait Ovide. Et avec son corps, ses mots, ses secrets, ses gestes, son regard, sa joie\u2026<\/p>\n<p>Une fois \u00e0 la fronti\u00e8re, le passeur me dit de jeter un dernier regard sur ma terre natale. Je m\u2019arr\u00eatai et regardai en arri\u00e8re\u00a0: tout ce que je vis n\u2019\u00e9tait qu\u2019une \u00e9tendue de neige avec les empreintes de mes pas. Et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, un d\u00e9sert semblable \u00e0 une feuille de papier vierge. Sans trace aucune. Je me suis dit que l\u2019exil serait \u00e7a, une page blanche qu\u2019il faudrait remplir<\/p>\n<p>je composais des traits avec des nuances de gris qui reliaient magiquement le noir et le blanc, l\u2019encre et le papier, le plein et le vide<\/p>\n<p>Lorsque Dieu cr\u00e9a le Calame, Il lui ordonna\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9cris\u00a0!\u00a0\u00bb et la plume demanda \u00ab\u00a0Que dois-je \u00e9crire\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e7a, elle avait peur des mots. Elle en avait peur parce qu\u2019elle y croyait. Trop. Elle croyait \u00e0 leurs magies, \u00e0 leurs secrets insondables, \u00e0 leur pouvoir mal\u00e9fique ou archang\u00e9lique<\/p>\n<p>Oui, c\u2019est le d\u00e9sir qui cr\u00e9e l\u2019absence, nullement l\u2019inverse<\/p>\n<p>Jeune, j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 ailleurs. Sans patrie, sans terre. En exil, dans l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>la trinit\u00e9 indienne\u00a0: la naissance (dieu cr\u00e9ateur Brahma), la vie (dieu Vishnou) et la mort (dieu destructeur Shiva<\/p>\n<p>Enfants, nous sommes tous des Sh\u00e9h\u00e9razade. Nous inventons des contes non pas pour passer le temps, mais pour survivre<\/p>\n<p>Mais qui serais-je sans mes errances\u00a0? Personne, me r\u00e9pondrait l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tonnant voyageur\u00a0\u00bb Nicolas Bouvier\u00a0: On croit que l\u2019on va faire un voyage, mais bient\u00f4t c\u2019est le voyage qui vous fait, ou vous d\u00e9fait<\/p>\n<p>Chez les Indiens, \u00ab\u00a0ce que pense l\u2019homme, il le devient\u00a0\u00bb. Il n\u2019y a plus de \u00ab\u00a0donc\u00a0\u00bb cart\u00e9sien. Je suis ce que je pense. Je suis ce que je sens. Je suis ce que je d\u00e9sire. Je suis ce que je per\u00e7ois<\/p>\n<p>L\u2019amour est la cause des causes, nous diraient les mystiques tel Iqbal, le po\u00e8te pakistanais, qui r\u00e9pond \u00e0 Shakespeare : \u00catre ou ne pas \u00eatre, la question est l\u00e0 C\u2019est l\u2019amour qui m\u2019a appris que j\u2019existe<\/p>\n<p>Je suis bouddhiste, parce que je croie en ma faiblesse. Je suis chr\u00e9tien, parce que j\u2019avoue ma faiblesse. Je suis juif, parce que je ris de ma faiblesse. Je suis musulman, parce que je combats ma faiblesse. Et je suis ath\u00e9e, si Dieu est tout puissant<\/p>\n<p>Car quoi que je fasse, o\u00f9 que j\u2019aille, quoi que je devienne, je suis ce que j\u2019\u00e9cris, ce que je lis, ce que je vois<\/p>\n<p>Mes clefs imaginaires, cr\u00e9\u00e9es en exil, n\u2019ouvraient plus la porte de la maison de mon enfance. En avait-on chang\u00e9 les serrures\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019exil ne s\u2019\u00e9crit pas. Il se vit.<\/p>\n<p>Il y a une l\u00e9gende arabe selon laquelle Dieu, en lan\u00e7ant une poign\u00e9e de sable dans le vent du d\u00e9sert, cr\u00e9a le cheval\u00a0; et le cheval y tra\u00e7a une calligraphie en caract\u00e8res arabes<\/p>\n<p>L\u2019entrelacement, le voilement, la dentelle, nous sommes toujours dans une conception formelle tr\u00e8s ambigu\u00eb de l\u2019art islamique \u00e0 l\u2019\u00e9gard des th\u00e8mes et des personnages sacr\u00e9s. Les voiler, les cacher, les abstraire\u2026 est-ce pour les prot\u00e9ger ou les rendre invisibles comme l\u2019insaisissable V\u00e9rit\u00e9 divine<\/p>\n<p>Le corps callimorphique, comme le livre, est la terre promise des lettres errantes<\/p>\n<p>Dans mon pays, on a peur de la nudit\u00e9, comme on a peur de la libert\u00e9. Parce que l\u2019une exige l\u2019autre<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019auteur\u00a0: Atiq Rahimi vit la guerre d&rsquo;Afghanistan de 1979 \u00e0 1984, puis il se r\u00e9fugie au Pakistan. Apr\u00e8s avoir demand\u00e9 l&rsquo;asile politique \u00e0 la France, accord\u00e9 en 1984, il obtient son doctorat en audiovisuel \u00e0 la Sorbonne. 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