{"id":246,"date":"2014-03-01T12:34:18","date_gmt":"2014-03-01T11:34:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=246"},"modified":"2021-01-15T18:29:04","modified_gmt":"2021-01-15T16:29:04","slug":"salem-carlos-un-jambon-calibre-45-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=246","title":{"rendered":"Salem, Carlos &#8211; Un jambon calibre 45 (2013)"},"content":{"rendered":"<div>\n<div><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Carlos Salem, n\u00e9 en 1959 \u00e0 Buenos Aires, a multipli\u00e9 les petits boulots apr\u00e8s ses \u00e9tudes de journalisme. Install\u00e9 en Espagne depuis 1988, il vit aujourd\u2019hui \u00e0 Madrid. Son \u0153uvre est disponible en France chez Actes Sud.<br \/>\n<strong>Ses romans<\/strong>\u00a0:\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=749\">Aller simple<\/a>\u00a0\u2013\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=427\">Nager sans se mouiller\u00a0<\/a>\u2013\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=744\">Je reste roi d\u2019Espagne<\/a>\u00a0\u2013\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=246\">Un jambon calibre 45\u00a0<\/a>\u2013\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1775\">Japonais grill\u00e9s\u00a0<\/a>(Recueil de cinq nouvelles )\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=10307\">Le Plus Jeune Fils de Dieu<\/a>\u00a0\u2013\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4291\">Attends-moi au ciel<\/a>\u00a0\u2013<\/div>\n<div><\/div>\n<div><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> :<\/div>\n<div>Une semaine. C\u2019est le temps dont dispose Nicol\u00e1s Sotanovsky, un Argentin qui erre dans Madrid de bar en bar et d\u2019amour en amour, pour mettre la main sur Noelia, une rousse qu\u2019il n\u2019a jamais vue. Et s\u2019il ne la trouve pas : POUM ! Serrano, le pittoresque malabar charg\u00e9 d\u2019ex\u00e9cuter la sentence, a des doigts gros comme des jambons mais un c\u0153ur tendre. Pas comme son patron la Momie.<br \/>\nPour trouver Noelia, Nicol\u00e1s s\u2019enfonce dans les profondeurs de Madrid, calcin\u00e9 par le soleil d\u2019ao\u00fbt, et celles du corps de Nina, douteuse ex-amie de la rousse. \u00c0 ses basques, un d\u00e9tective rat\u00e9 mais amoureux et un chat de goutti\u00e8re qui lui triture la conscience.<br \/>\nSotanovsky n\u2019a aucune envie de rentrer \u00e0 Buenos Aires, mais il n\u2019a aucune raison de rester en Espagne. Il d\u00e9cide alors de chercher la v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame si, comme dit Nina, \u201cLa v\u00e9rit\u00e9 passe par le con. Il n\u2019y en a pas deux pareils et on r\u00eave toujours de celui qu\u2019on ne conna\u00eet pas. On le cr\u00e9dite de plus de secrets qu\u2019il n\u2019en a et tu sais quoi ? Il n\u2019a pas de m\u00e9moire, on le lave et tout est oubli\u00e9.\u201d Au lieu de fuir, il reste, \u00e0 cause d\u2019une bouche, une bouche qui est aussi la v\u00e9rit\u00e9, m\u00eame si elle ment tout le temps.<br \/>\n\u00c0 mille lieues des thrillers \u00e0 rebondissements et des intrigues millim\u00e9tr\u00e9es, Carlos Salem \u00e9crit des romans noirs charnels et sinueux comme le corps d\u2019une femme.<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<div>\n<div><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Une fois de plus Carlos Salem m&rsquo;enchante avec son humour d\u00e9cal\u00e9. .Une fois de plus le\u00a0h\u00e9ros, Nicolas est un anti-h\u00e9ros.\u00a0\u00a0C&rsquo;est un argentin paum\u00e9 qui vit \u00e0 Madrid depuis 6 mois, qui saute de bar en bar, de lit en lit, commence \u00e0 se rendre compte qu&rsquo;il n&rsquo;appartient ni \u00e0 une\u00a0communaut\u00e9\u00a0ni \u00e0 l&rsquo;autre mais aux deux.\u00a0\u00a0Il se retrouve dans une situation dangereuse \u00e0 laquelle il ne fait pas face comme un h\u00e9ros, car il est un citoyen normal. Il se retrouve sans papiers, menac\u00e9 par une brute \u00e9paisse qui fait 2 m\u00e8tres et qui a pour nom \u00ab\u00a0Serrano\u00a0\u00bb (comme le jambon)et alors que toute personne normalement constitu\u00e9e n&rsquo;aurait qu&rsquo;une id\u00e9e en t\u00eate \u00ab\u00a0fuir\u00a0\u00bb, il reste, et va d\u00e9cider de mener\u00a0l&rsquo;enqu\u00eate. Nicolas est un h\u00e9doniste au sens ou Salem l&rsquo;entend; avec humour, il se moque de lui-m\u00eame. \u00a0Il y a comme\u00a0toujours\u00a0une part belle \u00e0 l&rsquo;\u00e9rotisme dans le roman de Carlos Salem. Le roman se d\u00e9roule \u00e0 Madrid au mois\u00a0d&rsquo;ao\u00fbt. En ao\u00fbt\u00a0\u00e0 Madrid, les gens sont \u00ab\u00a0fous\u00a0\u00bb et il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire sinon l&rsquo;amour.<\/div>\n<div>Un hommage voil\u00e9 \u00e0 un des\u00a0auteurs\u00a0pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s de Salem dans le livre, Raymond Chandler. Une\u00a0r\u00e9flexion\u00a0aussi sur la dualit\u00e9 qui nous habite : celui que nous sommes et celui que nous pourrions \u00eatre. Dans\u00a0chaque\u00a0personne\u00a0l\u00e2che\u00a0se cache un courageux qui s&rsquo;ignore.<\/div>\n<div>Son roman est un m\u00e9lange de roman noir et de\u00a0roman\u00a0picaresque; il est structur\u00e9 comme un roman noir mais est en fait un roman d&rsquo;aventure et ce n&rsquo;est pas un livre que l&rsquo;on d\u00e9core pour savoir \u00ab\u00a0qui a fait le coup\u00a0\u00bb.<\/div>\n<div>Tous les personnages sont importants. Les deux personnages, Nicolas et Serrano sont faits pour s&rsquo;entendre; l&rsquo;un est intelligent et l&rsquo;autre semble \u00eatre totalement\u00a0abruti\u00a0mais en fin de compte, comme dans les romans de Salem, le plus b\u00eate finit par donner une le\u00e7on de vie \u00e0 l&rsquo;autre. Un tueur amoureux d&rsquo;une veuve, un poursuivi qui donne ses horaires au tueur pour qu&rsquo;il puisse aller \u00e0 ses rendez-vous amoureux&#8230; Les\u00a0secondaires\u00a0sont aussi importants et souvent il\u00a0r\u00e9apparaissent\u00a0au fil des romans.<\/div>\n<div>Sexe, humour, ironie,\u00a0rythme : on retrouve ce qui fait l&rsquo;\u00e9criture de\u00a0Salem. \u00a0Ici on est\u00a0dans\u00a0un rythme de tango\u00a0m\u00e2tin\u00e9\u00a0de blues. On d\u00e9couvre aussi les basfonds de\u00a0Madrid, la philosophie de la rue, qui s&rsquo;exprime lors d&rsquo;un dialogue entre Nicolas et le chat entre autres. Et sur la psychologie de a tristesse et des amours perdues.<\/div>\n<div>Le Maroc\u00a0est une fois encore pr\u00e9sent. Il fait partie de l&rsquo;univers de Salem qui a v\u00e9cu pr\u00e8s de dix ans \u00e0 proximit\u00e9 de ce pays, entre\u00a0Ceuta et Melilla; c&rsquo;est un passage, un changement de rythme, un d\u00e9but de d\u00e9nouement.<\/div>\n<div>J&rsquo;aime aussi le rapport entre le personnage est les animaux. Le chat qui veille sur lui; les deux notions du chat .. le rodeur et le chat \u00ab\u00a0de ministre\u00a0\u00bb, le libre et l&rsquo;asservi, le chat d&rsquo;ext\u00e9rieur et celui d&rsquo;int\u00e9rieur, les deux faces du m\u00eame animal. Mais attention; ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;on a 7 vies qu&rsquo;il faut faire n&rsquo;importe quoi ! Quand au chien, il est pour lui \u00ab\u00a0le grand chien noir\u00a0\u00bb associ\u00e9 \u00e0 la peur&#8230;<\/div>\n<div>Mais des\u00a0quatre livres de Salem que j&rsquo;ai lu, c&rsquo;est celui qui m&rsquo;a le moins plu.. mais il fait partie de mes auteurs favoris.<\/div>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<div>L\u2019espace d\u2019un instant, je crus voir une lueur d\u2019intelligence briller dans son regard. Mais je compris que c\u2019\u00e9tait le reflet d\u2019une voiture qui passait dans la rue<\/div>\n<div><\/div>\n<div>La g\u00e9n\u00e9ration de mon vieux grandit, convaincue que Dieu \u00e9tait argentin. Celle de mon oncle croyait que Dieu n&rsquo;existait pas, mais que s&rsquo;il avait exist\u00e9, il aurait \u00e9t\u00e9 argentin. Ma g\u00e9n\u00e9ration grandit, persuad\u00e9e que Dieu n&rsquo;existait pas. Et que l&rsquo;Argentine, \u00e7a se discutait..<\/div>\n<div><\/div>\n<div>\n<p align=\"justify\">Une photo d\u2019Elle. C\u2019\u00e9tait un polaro\u00efd assez ancien, mais le temps n\u2019avait pas effac\u00e9 ses traits<\/p>\n<div style=\"text-align: left;\" align=\"right\">Alors, j\u2019avais ramass\u00e9 mes masques et, apr\u00e8s les avoir entass\u00e9s dans un sac, j\u2019avais fil\u00e9 en Europe pour changer de d\u00e9cor, sans changer la pi\u00e8ce<\/div>\n<div style=\"text-align: left;\" align=\"right\"><\/div>\n<div align=\"right\">Elle ne savait pas voler toute seule et j\u2019\u00e9tais ses ailes. \u2014 Jusqu\u2019au moment o\u00f9 elle a pris son envol.<\/div>\n<div style=\"text-align: left;\" align=\"right\"><\/div>\n<div style=\"text-align: left;\" align=\"right\">Peu apr\u00e8s, je compris qu\u2019il n\u2019y a pas de miracles. Il n\u2019y a que de mauvaises surprises.<\/div>\n<div style=\"text-align: left;\" align=\"right\"><\/div>\n<div style=\"text-align: left;\" align=\"right\">Sa brutalit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas seulement dans les coups, mais dans le fait qu\u2019\u00e0 aucun moment il n\u2019y m\u00ealait col\u00e8re ou insultes. Il ne semblait pas concern\u00e9. Il n\u2019avait pas une rage \u00e0 lib\u00e9rer ou une dette \u00e0 rembourser, \u00e0 tant le coup.<\/div>\n<p align=\"justify\">Quand je me r\u00e9veillai, je sentis que j\u2019avais r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 ma t\u00eate, mais elle \u00e9tait douloureuse jusqu\u2019aux cils. Il faisait encore nuit, une nuit interminable<\/p>\n<div style=\"text-align: left;\" align=\"right\">Je crevais d\u2019envie d\u2019un demi-litre de caf\u00e9. J\u2019avais lu quelque part que le caf\u00e9 est le sang des hommes fatigu\u00e9s. Chez Chandler, je crois. Qu\u2019aurait fait Marlowe \u00e0 ma place ? Il aurait encaiss\u00e9 les coups, certainement. Ensuite, il aurait pi\u00e9tin\u00e9 sa solitude jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ait d\u00e9couvert le pot aux roses sans avoir l\u2019air d\u2019y tenir vraiment. La t\u00eate de ce brave Marlowe \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des matraques et des faux espoirs. Il voyait toujours au-del\u00e0 des apparences, mais la plupart du temps, derri\u00e8re les apparences il n\u2019y avait rien, comme ces jeux de miroirs affront\u00e9s qui renvoyaient des images sans qu\u2019il y ait un original au d\u00e9part.<\/div>\n<div align=\"right\"><\/div>\n<p align=\"justify\">Je raccrochai. Il ne faisait pas encore jour, mais la nuit romantique pliait bagage avant d\u2019aller se faire foutre<\/p>\n<p align=\"justify\">Je ne l\u2019imitai pas, en raison d\u2019un pr\u00e9jug\u00e9 li\u00e9 \u00e0 la virilit\u00e9, et puis quand je pleure j\u2019aime bien savoir pourquoi. Et cette fois, il y avait plusieurs raisons possibles, mais aucune n\u2019avait suffisamment de poids.<\/p>\n<p align=\"justify\">Moi ? Il y a tout juste la place pour mes propres questions, dans mon sac \u00e0 dos<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019est comme si j\u2019\u00e9tais deux mecs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un corps et qu\u2019aucun ne m\u2019\u00e9tait vraiment sympathique<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre un super-h\u00e9ros rat\u00e9, un faux Superman dot\u00e9 de deux personnalit\u00e9s, comme le veut la tradition, mais dans les deux je suis un journaliste inconsistant qui fr\u00f4le la calvitie et la mollesse<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019immeuble o\u00f9 Mar L\u00f3pez laissait filer les ann\u00e9es et les occasions \u00e9tait une vieille construction grise de rouille et de fatigue<\/p>\n<p align=\"justify\">Ou de m\u2019enfuir dans un autre pays d\u2019Europe, c\u2019\u00e9tait injuste de mourir sans avoir vu Paris ni compris que c\u2019\u00e9tait une ville comme les autres<\/p>\n<p align=\"justify\">Si quelqu\u2019un voulait peindre l\u2019\u00e9chec, c\u2019\u00e9tait le moment id\u00e9al, le paysage ad\u00e9quat : une prison sans barreaux ni issue possible, un calendrier d\u00e9non\u00e7ant le temps avec deux mois de retard, des illusions mal rang\u00e9es dans un coffre-fort encastr\u00e9, grand ouvert.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le dimanche matin, les villes sont presque s\u00e9duisantes. Et si la ville en question est Madrid, le dimanche, en \u00e9t\u00e9, au matin, rarement fra\u00eeche au mois d\u2019ao\u00fbt, on peut presque tomber amoureux de la dame, la courtiser dans ses rues d\u00e9sertes et croire, sans vraiment y croire, qu\u2019elle est c\u00e9libataire et disponible. Mais il y a toujours des maris possessifs, m\u00eame s\u2019ils sont absents, qui vous courent apr\u00e8s et vous trouvent dans l\u2019armoire in\u00e9vitable de la ville. Ils ne vous tuent pas, car l\u2019honneur ne rapporte plus comme avant ; il leur suffit de vous rappeler, sans avoir \u00e0 le dire, que la ville ne sera jamais \u00e0 vous au-del\u00e0 du mensonge clair-obscur d\u2019une nuit ou de l\u2019idylle passag\u00e8re d\u2019un dimanche matin d\u00e9sert<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais maintenant, je n\u2019arrivais pas \u00e0 me convaincre que je voulais partir, et je ne parvenais pas davantage \u00e0 me persuader sinc\u00e8rement que j\u2019avais envie de rester<\/p>\n<p align=\"justify\">Flatter mon ego en disant plus maintenant \u00e9tait une chose, encore fallait-il en assumer les cons\u00e9quences. Partir ou rester, renoncer \u00e0 une case sur l\u2019\u00e9chiquier, \u00e0 une autre et encore \u00e0 une autre, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il n\u2019en reste plus une seule, ou alors m\u2019emparer de l\u2019une d\u2019elles pour \u00e9difier ma forteresse en m\u2019appuyant sur quelques-unes de mes faiblesses.<\/p>\n<p align=\"justify\">Et je me dis que les femmes ont le pouvoir de nous tuer quand nous partons, de nous \u00e9liminer avec plus d\u2019efficacit\u00e9 que n\u2019importe quelle arme, de nous assassiner \u00e0 jamais sur le seul territoire o\u00f9 nous pr\u00e9tendons rester vivants : celui de leur m\u00e9moire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais tous les carrefours me ramenaient au m\u00eame point : ses jambes fascinantes, sa silhouette sensuelle qui me surprenait, ses seins qui se tenaient sans assistance<\/p>\n<p align=\"justify\">Une voix qui portait la m\u00e9moire de nuits br\u00fbl\u00e9es dans les incendies de draps inconnus, d\u2019aurores sans questions ni noms. Une voix dangereuse, pour elle-m\u00eame et pour celui qui l\u2019\u00e9coutait de pr\u00e8s.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je l\u2019examinai plus attentivement. Et ne trouvai trace de l\u2019amie \u00e0 qui j\u2019avais confi\u00e9 tant de tourments et de projets \u00e0 peine \u00e9bauch\u00e9s1<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019histoire de ma vie change ce soir, j\u2019ignore si c\u2019est en pire, mais elle change<\/p>\n<p align=\"justify\">Bien s\u00fbr, il n\u2019est pas facile d\u2019assassiner quelqu\u2019un qui fait partie de soi, m\u00eame si c\u2019est une partie stupide et r\u00e9prim\u00e9e. \u00c7a reste sa propri\u00e9t\u00e9<\/p>\n<p align=\"justify\">je fuis. Mais comme j\u2019y mets beaucoup de paresse, \u00e7a ne se voit pas. Et je fuis des souvenirs minuscules mais aff\u00fbt\u00e9s ; je fuis pour ne pas livrer bataille ni croire en quelque chose. Je fuis, car m\u00eame si \u00e7a para\u00eet plus dur, rien de plus facile que de remplir deux musettes et de prendre la route\u2026<\/p>\n<p align=\"justify\">Elle s\u2019assit dans le fauteuil, les jambes repli\u00e9es sur sa poitrine, plus ou moins comme \u00e9tait repli\u00e9 mon c\u0153ur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quelque chose m\u2019emp\u00eachait de la toucher, comme une image dans l\u2019eau qui se serait bris\u00e9e en cercles au contact de mes doigts<\/p>\n<p align=\"justify\">Le lit \u00e9tait un pays \u00e9tranger pour qui n\u2019avait pas de visa et j\u2019en avais \u00e9t\u00e9 gentiment mais fermement expuls\u00e9. Je voulais y retourner, mais \u00e0 l\u2019\u00e9vidence je devais auparavant me plier aux d\u00e9marches administratives de rigueur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je me disais tout cela en avan\u00e7ant dans la ville qui ne voulait pas r\u00e9veiller le lundi. Je ne pouvais pas le lui reprocher.<\/p>\n<p align=\"justify\">Tu as gagn\u00e9 un nuage dans le plus beau quartier du ciel<\/p>\n<p align=\"justify\">Elle \u00e9tait pass\u00e9e de l\u2019orgueil escarp\u00e9 au chagrin le plus pur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je connaissais le clich\u00e9 par c\u0153ur, mais j\u2019\u00e9tais pench\u00e9 dessus comme si c\u2019\u00e9tait un hi\u00e9roglyphe. Je connaissais aussi le texte, mot par mot, dans la belle \u00e9criture de Noelia, les o avec une longue m\u00e8che, les e serr\u00e9s dans la courbe du croisement, les i, dunes l\u00e9g\u00e8res du trait sous un gros point qui \u00e9tait soleil ou nuage<\/p>\n<p align=\"justify\">Elle repartit \u00e0 travers champ, sa chemise \u00e0 fleurs on\u00addoyant comme le drapeau d\u2019un pays dans lequel les quatre saisons se seraient appel\u00e9es printemps<\/p>\n<p align=\"justify\">nous avons tous une veuve, que ce soit une femme, un livre ou un moment auquel nous ne pourrons jamais retourner\u2026<\/p>\n<p align=\"justify\">Discr\u00e8tement au d\u00e9but, mais au fil des jours ils finirent par se regarder en face. J\u2019\u00e9tais \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, mais j\u2019avais vu que leurs yeux s\u2019en disaient plus que s\u2019ils s\u2019\u00e9taient parl\u00e9<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019\u00e9taient les Marocains \u00e9migr\u00e9s, \u00e9boueurs des \u00e9gouts du r\u00eave europ\u00e9en<\/p>\n<p align=\"justify\">La faible lumi\u00e8re rendait tout fantomatique et derri\u00e8re les hublots apparut la clart\u00e9 sale du cr\u00e9puscule qui vira bient\u00f4t au noir<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais entendu je ne sais o\u00f9 cette ironie cruelle selon laquelle c\u2019\u00e9taient les pauvres qui donnaient leur personnalit\u00e9 aux nations : les riches sont pareils partout<\/p>\n<p align=\"justify\">Il baissa la t\u00eate, plongea dans le chagrin<\/p>\n<p align=\"justify\">les ann\u00e9es m\u2019\u00e9taient tomb\u00e9es dessus comme un cogneur gaucher et furieux<\/p>\n<p align=\"justify\">Je suis un vieux boxeur qui ne l\u2019emporterait m\u00eame plus sur son ombre\u2026<\/p>\n<p align=\"justify\">Si on s\u2019immobilisait en silence, on pouvait entendre respirer les plantes.<\/p>\n<p align=\"justify\">La v\u00e9rit\u00e9 passe par le con, Nicol\u00e1s, dit-elle sans encourager l\u2019acc\u00e8s, sans l\u2019emp\u00eacher non plus. Il n\u2019y en a pas deux pareils et on r\u00eave toujours de celui qu\u2019on ne conna\u00eet pas. On le cr\u00e9dite de plus de secrets qu\u2019il n\u2019en a et tu sais quoi ? Il n\u2019a pas de m\u00e9moire, on le lave et tout est oubli\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Je voyais tout comme \u00e0 travers une vitre sale : ils \u00e9taient l\u00e0, mais ils ne pouvaient me toucher<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019avais envie de les avoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi pour combler ce vide, \u00e0 la hauteur de ma poche de chemise<\/p>\n<p align=\"justify\">l\u2019image d\u2019Elle s\u2019effa\u00e7ait sur la photo, mais je l\u2019avais effac\u00e9e bien avant, pour la punir de m\u2019avoir quitt\u00e9<\/p>\n<p align=\"justify\">Le changement d\u2019h\u00e9misph\u00e8re n\u2019avait pas am\u00e9lior\u00e9 les choses. Au bout de douze mille kilom\u00e8tres, il ne me restait qu\u2019un doute : \u00e9tais-je un sinistre connard ou un imb\u00e9cile heureux ?<\/p>\n<p align=\"justify\">\u2014 \u201cJ\u2019aime quand tu te tais, car tu es comme absente\u2026\u201d r\u00e9citai-je. \u00c7a, c\u2019est de Neruda<\/p>\n<p align=\"justify\">C\u2019est sentir qu\u2019une larme sans raison balance entre l\u2019\u0153il et l\u2019int\u00e9rieur, et le pire c\u2019est que vous n\u2019avez pas envie de pleurer, mais vous \u00eates \u00e9mu et elle vous \u00e9chappe sans qu\u2019on sache pourquoi. Ou parce qu\u2019on ne le sait que trop<\/p>\n<p align=\"justify\">Et aussi bon qu\u2019il soit, un doute est toujours un mensonge que nous ne distinguons pas nettement<\/p>\n<p align=\"justify\">Tu sais quoi ? En v\u00e9rit\u00e9, tu es un connard pr\u00e9tentieux qui s\u2019est toujours pris pour quelqu\u2019un, un personnage de roman de gare d\u00e9guis\u00e9 en plaidoyer contre la m\u00e9diocrit\u00e9. Mais en v\u00e9rit\u00e9, tu as pass\u00e9 ta vie \u00e0 chercher une excuse pour capituler, et tu viens de la trouver. Voil\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9<\/p>\n<p align=\"justify\">Je suis un collectionneur de naufrages fatigu\u00e9 de ramer, tu sais ? Un type qui passe et s\u2019en va, qui s\u2019en va toujours.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les jours chantent l\u2019histoire de l\u2019homme au bord de l\u2019homme les jours chantent les matins les jours n\u2019ont pas peur. Fito P\u00e1ez, La vie est une pi\u00e8ce de monnaie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais j\u2019\u00e9tais seul avec ma t\u00eate et les questions mena\u00e7aient, comme le sifflement lointain d\u2019un train qui va bient\u00f4t arriver<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019envisageai d\u2019\u00e9crire \u00e0 Nina une longue lettre qui remette \u00e0 sa place chaque pi\u00e8ce du puzzle de mon c\u0153ur, mais je savais que les bords ne cadreraient pas et je renon\u00e7ai<\/p>\n<p align=\"justify\">Quand le soleil serait lev\u00e9, quand les rues seraient en sueur, pleines de gens pour leur donner un air fr\u00e9quent\u00e9, je partirais sac au dos et sur chaque pav\u00e9 je laisserais tomber un souvenir de cette folle semaine<\/p>\n<p align=\"justify\">car l\u2019oubli est l\u2019activit\u00e9 la plus pourrie quand il est urgent d\u2019oublier, d\u2019effacer un visage inoubliable par pur instinct de conservation, de pi\u00e9ger le puzzle en recourant aux ciseaux d\u2019une m\u00e9moire ob\u00e9issante qui remue la queue quand on l\u2019appelle et qu\u2019on lui donne un os \u00e0 ronger, un souvenir \u00e0 ternir, une friandise pelucheuse tir\u00e9e d\u2019une poche d\u00e9vast\u00e9e de l\u2019esprit, une tape condescendante que cette chienne de m\u00e9moire, dress\u00e9e \u00e0 oublier, accueille avec une reconnaissance et une fid\u00e9lit\u00e9 toutes canines, maladie typique des chiens, en fin de compte, car les hommes peuvent \u00eatre reconnaissants, fils de pute, nombrilistes, \u00e9gocentriques et m\u00eame d\u00e9cents trois secondes tous les dix ans, mais gu\u00e8re plus. \u00c0 peine plus..<\/p>\n<p align=\"justify\">Le mec disparut du miroir, avec sa sale t\u00eate de \u201cje te l\u2019avais bien dit\u201d<\/p>\n<p align=\"justify\">un po\u00e8me est un mensonge qui sonne bien, quelque chose \u00e0 se mettre, une marchandise si c\u2019est vendable et j\u2019avais pass\u00e9 ma vie \u00e0 vendre des mensonges<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout dans cette bo\u00eete avait une signification, c\u2019\u00e9taient des graines de r\u00e9ponses. Mais j\u2019avais perdu les questions<\/p>\n<p align=\"justify\">&#8230;brumes de ma d\u00e9couverte, flottant comme des fant\u00f4mes que je ne voulais pas regarder pour mieux nier leur existence<\/p>\n<p align=\"justify\">Il y avait au moins une chose que je savais faire tout seul : me tromper<\/p>\n<p align=\"justify\">une tradition veut que les morts, avant le voyage final, aillent cueillir leur vie, la revisiter comme un dernier adieu, la mettre dans un sac et enfin mourir en paix<\/p>\n<p align=\"justify\">Chaque courbe de l\u2019\u00e9criture \u00e9tait l\u2019\u00e9cho d\u2019une caresse qui avait sa place dans mon corps, un creux pour nommer un vide, une r\u00e9ponse. Mes doigts en l\u00e9vitation survol\u00e8rent le nom, qui \u00e9tait le mien, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un autre dont je pouvais \u00eatre jaloux \u00e0 jamais<\/p>\n<p align=\"justify\">J\u2019\u00e9tais indiff\u00e9rent \u00e0 la g\u00e9om\u00e9trie rassurante des trottoirs. Le soleil vertical me refusait toute ombre et mon ombre m\u2019avait laiss\u00e9 tomber<\/p>\n<p align=\"justify\">On dormit ensemble, chacun r\u00eavant de sa goutti\u00e8re, de ses ruelles et de ses femelles dangereuses<\/p>\n<div>Le soleil montait, montait, comme s\u2019il avait trop dormi et cherchait \u00e0 rattraper le temps perdu<\/div>\n<div style=\"text-align: left;\"><\/div>\n<div style=\"text-align: left;\" align=\"right\">Je vou\u00adlais me sentir propre, au moins ext\u00e9rieure\u00adment<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Carlos Salem, n\u00e9 en 1959 \u00e0 Buenos Aires, a multipli\u00e9 les petits boulots apr\u00e8s ses \u00e9tudes de journalisme. Install\u00e9 en Espagne depuis 1988, il vit aujourd\u2019hui \u00e0 Madrid. Son \u0153uvre est disponible en France chez Actes Sud. Ses romans\u00a0:\u00a0Aller simple\u00a0\u2013\u00a0Nager sans se mouiller\u00a0\u2013\u00a0Je reste roi d\u2019Espagne\u00a0\u2013\u00a0Un jambon calibre 45\u00a0\u2013\u00a0Japonais grill\u00e9s\u00a0(Recueil de cinq nouvelles )\u00a0Le &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=246\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":247,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,30],"tags":[],"class_list":["post-246","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-latino"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/246","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=246"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/246\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":12627,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/246\/revisions\/12627"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/247"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=246"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=246"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=246"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}