{"id":2573,"date":"2016-02-08T17:47:38","date_gmt":"2016-02-08T16:47:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2573"},"modified":"2016-02-08T17:47:38","modified_gmt":"2016-02-08T16:47:38","slug":"rambaud-patrick-comme-des-rats-1980","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2573","title":{"rendered":"Rambaud, Patrick \u00ab Comme des rats \u00bb (1980)"},"content":{"rendered":"<p><strong>L&rsquo;auteur<\/strong> : Patrick Rambaud est journaliste, sc\u00e9nariste, essayiste, pasticheur, romancier. Il a \u00e9crit plus d&rsquo;une trentaine de livre, parmi lesquels La Bataille, Grand prix du roman de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise et Prix Goncourt en 1997, et Il neigeait (Grasset, 2000).<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : Ce deuxi\u00e8me roman de Patrick Rambaud, initialement publi\u00e9 en 1980, prend pour cadre le quartier des Halles au moment de leur destruction et de l&rsquo;ouverture de Rungis. Ses personnages sont les rats du quartier, jusque-l\u00e0 \u00e9panouis dans ce domaine qui \u00e9taient le leur, et \u00e0 pr\u00e9sent chass\u00e9s par le cataclysme. Nous partageons les aventures du terrible Gasparino, le guerrier costaud et sanguinaire, de son compagnon le rus\u00e9 Eug\u00e8ne, de Hubert, le solitaire, soumis pendant un temps aux exp\u00e9riences d&rsquo;un laboratoire de cosm\u00e9tiques, et qui finira d\u00e9vor\u00e9 par son propre fils. Nous les suivons dans les caves, les \u00e9gouts, les galeries du m\u00e9tro, \u00e0 travers les mille dangers de la surface, service de d\u00e9ratisation ou camions frigorifiques. Tr\u00e8s document\u00e9, et \u00e0 d\u00e9conseiller aux personnes phobiques, ce roman en arrive \u00e0 conclure qu&rsquo;au fond la vie des humains n&rsquo;est pas essentiellement diff\u00e9rente. (Le Livre de Poche n\u00b030021 187 pages)<\/p>\n<p>\u00ab Ce livre est un roman de m\u0153urs et d&rsquo;aventures. Il raconte l&rsquo;histoire vraie d&rsquo;une lign\u00e9e de rats d&rsquo;\u00e9gouts parisiens. Pour l&rsquo;\u00e9crire, j&rsquo;ai interrog\u00e9 des experts, j&rsquo;ai recueilli des t\u00e9moignages, j&rsquo;ai lu des livres, des articles et des d\u00e9p\u00eaches d&rsquo;agence. J&rsquo;ai m\u00eame rencontr\u00e9 quelques rats pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9glise Sainte-Eustache, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du chantier g\u00e9ant des Halles. Pass\u00e9e la r\u00e9pulsion ordinaire aux Occidentaux, j&rsquo;ai d&rsquo;abord cru que l&rsquo;existence courte et rude de ces animaux ressemblait \u00e0 celle de nos grands anc\u00eatres, des costauds un peu cannibales qui vivaient dans la peur et risquaient la mort pour un steak de mammouth. Regardant mieux, je me suis demand\u00e9 combien d&rsquo;entre nous vivaient autrement que des rats. L&rsquo;homme et le rat sont les seuls animaux qui d\u00e9vorent leurs semblables. \u00bb Patrick Rambaud<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: J\u2019avais lu il y a longtemps les deux volumes de Bernard Lenteric sur les rats\u00a0(\u00ab\u00a0L&rsquo;Empereur des rats\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Le Prince H\u00e9ritier\u00a0\u00bb)- Cette lecture m&rsquo;avait captiv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque&#8230; ; plus r\u00e9cemment, Pierre Raufast parle des rats-taupes dans son \u00abLa fractale des raviolis\u00bb (2014) que je viens de terminer\u2026 alors j\u2019ai eu envie de relire un livre sur le sujet de ses bestioles\u2026 (tout comme dans la fractale, une histoire en appelle une autre\u2026 )<\/p>\n<p>Alors heureusement que le livre est court car il est terrifiant. Il est malsain\u2026 Alors d\u2019accord, les hommes et les rats d\u00e9vorent leurs semblables pour Rambaud\u2026 Mais cela va plus loin\u2026 J\u2019y ai vu le parall\u00e8le entre les bandes de jeunes d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s de banlieue, la jouissance de la bagarre, la justification du vol et du viol, l\u2019explication du manque de respect dans la soci\u00e9t\u00e9. J\u2019ai vu la haine de l\u2019\u00e9tranger qu\u2019il faut chasser et faire dispara\u00eetre, la loi du plus fort\u2026 et aussi la facilit\u00e9 induite par la prise en charge qui permet de vivre (mal certes) mais sans se fouler\u2026 Quelques petits d\u00e9sagr\u00e9ments, une perte de libert\u00e9, quelques petites concessions, mais finalement \u00eatre rat de labo, cela permet de ne rien faire et de manger \u2013 ce qu\u2019on vous donne \u2013 et de dormir au sec\u2026 Le conditionnement des plus faibles par la soci\u00e9t\u00e9, la perte d\u2019autonomie, la facilit\u00e9\u2026 On transpose en politique et \u00e0 moi la peur\u2026 la soumission est l\u00e0\u2026 Le manque d&rsquo;espoir, de lumi\u00e8re, le pessimisme et la noirceur de ces portraits, ou tout n&rsquo;est que peur, roublardise, suspicion, m\u00e9fiance, agressivit\u00e9 est effrayant&#8230; peut-\u00eatre pas totalement faux.. mais si c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il voit la jeunesse et la vie.. c&rsquo;est triste et glauque&#8230;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Ici on ne conna\u00eet pas d\u2019affection v\u00e9ritable, aucune complicit\u00e9, les cris d\u2019amour ressemblent \u00e0 des r\u00e9flexes\u00a0: on s\u2019aime vite et \u00e0 la saison, tant mieux si la saison revient souvent, ou tant pis. Ces b\u00eates sont indiff\u00e9rentes \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 l\u2019envie brutale. Avec \u00e7a, les rats ne prennent jamais le temps, la peur les tiraille, ils s\u2019\u00e9puisent en mouvements inutiles. Seule une loi de survie les pousse \u00e0 s\u2019entraider.<\/p>\n<p>les rats demeurent avec les Gros les seuls animaux qui se battent sauvagement entre clans.<\/p>\n<p>Un immeuble, du point de vue d\u2019un rat, se compose essentiellement de trous, de tunnels, de doubles plafonds, de planques sous les meubles.<\/p>\n<p>car les rats comme les Gros ne vivent que plus ou moins en couples.<\/p>\n<p>Le rat \u00e9tranger est d\u00e9pec\u00e9 vif.<\/p>\n<p>chez les rats la confiance est une erreur tragique<\/p>\n<p>Finalement, les Gros vivent davantage la nuit que ne le croient les rats, beaucoup d\u2019entre eux sont insomniaques. Dans leurs maisons, le vrai silence n\u2019existe pas<\/p>\n<p>Avec l\u2019\u00e2ge les alphas perdent la curiosit\u00e9, ils s\u2019effarouchent, ils s\u2019enfuient volontiers, ou ils deviennent apathiques. Dans cette soci\u00e9t\u00e9 surpeupl\u00e9e, les jeunes rats forment des bandes brutales.<\/p>\n<p>Un rat col\u00e9reux rassure davantage une rate qu\u2019un rat taciturne ou faible.<\/p>\n<p>Quelques rats ont pris l\u2019habitude de boire leur dose de bi\u00e8re avant la chasse, alors ils se croient invuln\u00e9rables, ils foncent sur les pigeons mais les manquent.<\/p>\n<p>Il connaissait la plupart des pi\u00e8ges, la glu, les nasses, les anticoagulants, les gaz, le phosphore, le 1080, la strychnine au go\u00fbt amer, les tessons de bouteilles cass\u00e9s dans le ciment, mais cette passerelle qui exp\u00e9die les rats dans la bi\u00e8re, c\u2019est nouveau.<\/p>\n<p>Lorsque l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 s\u2019accro\u00eet, les plus libres des rats eux-m\u00eames se donnent de nouveaux chefs. Ils sentent que les \u00e9v\u00e9nements les d\u00e9passent, ils recomposent aussit\u00f4t une loi pour limiter leurs responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>La vie de laboratoire en fin de compte est une bonne vie.\u00a0 [\u2026] \u2026n\u2019est plus tr\u00e8s jeune mais il se porte bien. Soign\u00e9, surveill\u00e9, nourri en abondance et sans effort \u00e0 des heures r\u00e9guli\u00e8res, \u00e0 l\u2019abri des dangers, au lieu de neuf mois un rat doit pouvoir vivre trois ans, voire cinq ans. Il n\u2019a plus \u00e0 risquer sa peau pour ramener des ordures au terrier, on le sert. Il n\u2019a plus d\u2019anxi\u00e9t\u00e9 fondamentale, il mangera \u00e0 sa faim, s\u2019usera les canines sur les b\u00e2tons r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 cet usage. [\u2026] Les Gros sont tr\u00e8s joueurs. Hier ils ont accroch\u00e9 le rumsteck \u00e0 un clou en haut des caisses, et les rats ont d\u00fb r\u00e9aliser des prodiges d\u2019acrobatie pour d\u00e9crocher leur viande.<\/p>\n<p>La sup\u00e9riorit\u00e9 des rats sur les Gros, c\u2019est leur petit format.<\/p>\n<p>Les rats ne se choquent pas de la disparition d\u2019un des leurs. Chaque \u00e9l\u00e9ment tient son r\u00f4le et s\u2019efface. \u00c0 force de vivre dans le pr\u00e9sent imm\u00e9diat les rats ne con\u00e7oivent plus d\u2019attachement mutuel. \u00a0Ils ne sont ancr\u00e9s qu\u2019\u00e0 leur territoire, l\u00e0 o\u00f9 ils mangent en groupe, l\u00e0 o\u00f9 ils dorment, l\u00e0 o\u00f9 les rates accouchent et \u00e9l\u00e8vent la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Les Gros observent bient\u00f4t les effets malencontreux de la surpopulation dans une cage. Les rongeurs se pi\u00e9tinent, ils finissent par se chercher noise, rendus nerveux par le manque d\u2019espace.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;auteur : Patrick Rambaud est journaliste, sc\u00e9nariste, essayiste, pasticheur, romancier. Il a \u00e9crit plus d&rsquo;une trentaine de livre, parmi lesquels La Bataille, Grand prix du roman de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise et Prix Goncourt en 1997, et Il neigeait (Grasset, 2000). 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