{"id":2689,"date":"2016-03-14T15:09:16","date_gmt":"2016-03-14T14:09:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2689"},"modified":"2016-03-14T15:09:16","modified_gmt":"2016-03-14T14:09:16","slug":"delesalle-nicolas-un-parfum-dherbe-coupee-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2689","title":{"rendered":"Delesalle, Nicolas \u00abUn parfum d&rsquo;herbe coup\u00e9e \u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Le jour o\u00f9 mon p\u00e8re a d\u00e9barqu\u00e9 avec son sourire conqu\u00e9rant et la GTS, j&rsquo;ai fait la gueule. Mais j&rsquo;ai raval\u00e9 ma grimace comme on cache \u00e0 ses parents l&rsquo;odeur de sa premi\u00e8re clope. J&rsquo;ai dit \u00ab ouais \u00bb, j&rsquo;ai dit \u00ab super \u00bb, la mort dans l&rsquo;\u00e2me, m\u00eame si j&rsquo;avais compris que la GTS pour la GTX, c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le sixi\u00e8me grand renoncement, apr\u00e8s la petite souris, les cloches de P\u00e2ques, le p\u00e8re No\u00ebl, Mathilde, la plus jolie fille de la maternelle, et ma carri\u00e8re de footballeur professionnel. (\u00a0256 pages \u2013 Paru au Livre de poche (01.2016)<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: J\u2019ai trouv\u00e9 tr\u00e8s sympa mais dans le genre j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le livre de Hagena, Katharina \u00ab\u00a0Le go\u00fbt des p\u00e9pins de pomme\u00a0\u00bb (voir article). Delesalle surfe sur la m\u00eame veine, mais en moins po\u00e9tique. J\u2019ai bien aim\u00e9 le premier quart mais ensuite j\u2019ai d\u00e9croch\u00e9 car je ne me suis pas du tout attach\u00e9e aux personnages. Mais il y a plein de clin d\u2019\u0153il\u00a0; maintenant je ne verrais plus les gens \u00e0 la piscine avec le m\u00eame regard\u00a0! et c\u2019est vrai qu\u2019il reste toujours en nous une trace des profs qu\u2019on a eu &#8211; ou pas. Et je me rends bien compte que les auteurs qui ont travers\u00e9 sa jeunesse ont aussi travers\u00e9 la mienne\u2026 La fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire est tr\u00e8s sympa\u00a0; c\u2019est typiquement le livre \u00e0 lire dans le bus ou le train et dont je ne vais pas me souvenir dans six mois\u2026 Et pourtant que de jolies phrases, ou bien des personnes vont se retrouver\u2026 Si vous le croisez, lisez le.. C\u2019est plein de jolies images et de souvenirs interchangeables\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Chaque geste, chaque mot pouvait briser une mol\u00e9cule d\u2019air qui en brisait une autre qui en brisait une autre et ainsi de suite, une r\u00e9action en cha\u00eene au bout de laquelle une mol\u00e9cule d\u2019eau sal\u00e9e pouvait finir par couler sur la joue de celui qu\u2019on essayait de consoler.<\/p>\n<p>\u00c7a faisait cinq ans qu\u2019il souffrait de la maladie d\u2019Alzheimer. Sa m\u00e9moire \u00e9tait un paquet d\u00e9chiquet\u00e9 apr\u00e8s\u00a0No\u00ebl, les enfants Alzheimer s\u2019\u00e9taient barr\u00e9s avec le cadeau. Il ne reconnaissait plus personne.<\/p>\n<p>Les animaux, eux, ont tous la m\u00eame allure. Ils sont clon\u00e9s sur un seul mod\u00e8le, celui de la survie et de la s\u00e9lection naturelle. Toutes les gazelles ont les m\u00eames petites fesses de victime\u00a0; les loups, le m\u00eame regard de pleine lune\u00a0; les gu\u00e9pards, cette d\u00e9gaine chaloup\u00e9e de petite frappe de banlieue.<\/p>\n<p>Tout passe, tout casse, tout lasse. \u00c7a m\u2019a longtemps agac\u00e9. J\u2019ai eu du mal \u00e0 l\u2019accepter. J\u2019ai longtemps eu le sentiment de vivre \u00e0 blanc, pour rien du tout.<\/p>\n<p>Il faut \u00eatre capable d\u2019oublier, nous dit Borges, sans ce tri, nous ne pouvons plus exister. La vie, c\u2019est l\u2019oubli, l\u2019oubli, c\u2019est la vie. Quel a \u00e9t\u00e9 mon tri\u00a0? Qu\u2019ai-je choisi de sceller dans ce machin caboss\u00e9 qui me sert de m\u00e9moire et qui me d\u00e9finit\u00a0?<\/p>\n<p>Je vais essayer de te parler de ces quelques instants-l\u00e0 remont\u00e9s dans mon filet d\u00e9rivant<\/p>\n<p>La lune est suspendue plein ouest. Son \u00e9clat d\u2019hostie rassie sanctifie les bords des nuages.<\/p>\n<p>un rouge p\u00e9tant, un rouge j\u2019ai-un-probl\u00e8me-de-reconnaissance-sociale-alors-je-roule-en-voiture-rouge.<\/p>\n<p>intellectuellement plus proche du bigorneau que de Machiavel<\/p>\n<p>Les marches grincent comme \u00e0 chaque fois qu\u2019on essaie de ne pas les faire grincer. Tous les escaliers en bois du monde sont des cafteurs.<\/p>\n<p>Boris Vian pulv\u00e9risait tous les\u00a0a priori, il \u00e9tait, par d\u00e9finition, impr\u00e9visible et je tournais chaque page en qu\u00eate de la prochaine invention langagi\u00e8re. Je d\u00e9couvrais qu\u2019il \u00e9tait possible de s\u2019amuser en lisant, de tordre les mots pour en essorer le sens et son espi\u00e8glerie d\u2019ing\u00e9nieux ing\u00e9nieur me rendit fou amoureux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ma vie\u00a0 est comme un fleuve, dit Siddhartha, l\u2019enfant, l\u2019adulte et le vieil homme ne sont s\u00e9par\u00e9s par rien de r\u00e9el mais seulement par des ombres. Rien ne fut, rien ne sera. Tout est. Tout a sa vie et appartient au pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les profs n\u2019ont pas de pr\u00e9nom. Ils n\u2019ont qu\u2019un num\u00e9ro \u00e0 jouer et leurs noms de famille s\u2019\u00e9changent d\u00e9but septembre dans les cours de\u00a0r\u00e9cr\u00e9, comme des s\u00e9sames vers le savoir ou des promesses pour l\u2019ennui.<\/p>\n<p>J\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 essayer de comprendre comment les id\u00e9es et les souvenirs \u00e9taient reli\u00e9s entre eux dans l\u2019ind\u00e9chiffrable entrelacs de neurones qui nous sert de machine \u00e0 penser\u2026<\/p>\n<p>En ces temps recul\u00e9s, d\u00e9pourvus de connexions Internet, il n\u2019\u00e9tait pas rare qu\u2019une famille nucl\u00e9aire de type p\u00e8re-m\u00e8re-enfants regarde ensemble, au m\u00eame moment, une \u00e9mission \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p>Savait-on, avant Michael Jackson, que le corps pouvait se tordre en arabesques gracieuses\u00a0?<\/p>\n<p>La m\u00eal\u00e9e se rel\u00e8ve. On dirait une araign\u00e9e qui se disloque.<\/p>\n<p>Je me rappelle surtout le jour du d\u00e9m\u00e9nagement, quand la maison \u00e9tait une coquille d\u2019hu\u00eetre vide, avec des lambeaux de chair qui tra\u00eenaient encore, \u00e9pars, quand j\u2019ai quitt\u00e9 ma chambre pour toujours.<\/p>\n<p>\u00c7a fait toujours un dr\u00f4le de bruit int\u00e9rieur quand on laisse un endroit qu\u2019on a longtemps hant\u00e9, on s\u2019attache, \u00e7a craque, \u00e7a cogne, \u00e7a d\u00e9chire, \u00e7a arrache.<\/p>\n<p>les mots sont des menteurs, ils d\u00e9forment, simplifient, tordent, concassent, prennent le pouvoir et gouvernent<\/p>\n<p>Voil\u00e0, c\u2019est fini. Je ne trouve plus rien \u00e0 dire, je suis \u00e0 bout de mots. Je me retourne lentement. Je lui dis \u00ab\u00a0au revoir, prends soin de toi\u00a0\u00bb, elle ne r\u00e9pond rien. Je quitte le bord de cet \u00e9tang comme on quitte le bord d\u2019un volcan \u00e9teint.<\/p>\n<p>Jolie brune aiguis\u00e9e comme un cutter.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la magie de la maladie\u00a0: elle d\u00e9posait sur mon lit des bandes dessin\u00e9es neuves,\u2026<\/p>\n<p>En temps normal, ma m\u00e8re parlait tout le temps. Elle parlait et elle oubliait qu\u2019elle parlait comme une rivi\u00e8re oublie qu\u2019elle coule.<\/p>\n<p>bref, elle visait un but, et, souriante, atterrissait toujours ailleurs.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai plus de chien, je n\u2019ai plus de chat, mais je sais que leur pr\u00e9sence sans jugement, sans morale, leur pr\u00e9sence de meuble toujours heureux avait quelque chose de rassurant.<\/p>\n<p>Il doit y avoir des trucs qu\u2019on garde pour soi dans des lieux sacr\u00e9s, tout au fond, et qui ne refont jamais surface, m\u00eame dans l\u2019humour, m\u00eame des ann\u00e9es apr\u00e8s. Les \u00e9paves sous-marines de nos plus grands renoncements.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Le jour o\u00f9 mon p\u00e8re a d\u00e9barqu\u00e9 avec son sourire conqu\u00e9rant et la GTS, j&rsquo;ai fait la gueule. Mais j&rsquo;ai raval\u00e9 ma grimace comme on cache \u00e0 ses parents l&rsquo;odeur de sa premi\u00e8re clope. J&rsquo;ai dit \u00ab ouais \u00bb, j&rsquo;ai dit \u00ab super \u00bb, la mort dans l&rsquo;\u00e2me, m\u00eame si j&rsquo;avais compris que &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2689\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":2690,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,12,105],"tags":[],"class_list":["post-2689","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-litterature-france","category-roman"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2689","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2689"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2689\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2691,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2689\/revisions\/2691"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/2690"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2689"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2689"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2689"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}