{"id":2756,"date":"2016-03-29T14:42:42","date_gmt":"2016-03-29T13:42:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2756"},"modified":"2016-03-29T14:42:42","modified_gmt":"2016-03-29T13:42:42","slug":"chevalier-severine-clouer-louest-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2756","title":{"rendered":"Chevalier, S\u00e9verine \u00ab\u00a0Clouer l&rsquo;Ouest\u00a0\u00bb (2014)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Longtemps je ne me pr\u00e9occupais pas de la sc\u00e8ne blanche. Elle me hantait en sourdine et je faisais taire ses murmures, ou les laissais cogner, l\u00e9gers, aux parois d\u2019une minuscule bo\u00eete, enfouie au plus profond de moi. Les bourdonnements de l\u2019ext\u00e9rieur remplissaient leur office de fossoyeurs efficaces, diligents. Je ne savais pas qu\u2019alors, les cadavres refusaient de se d\u00e9composer. Vingt ans apr\u00e8s son d\u00e9part, Karl est de retour chez les siens. Le plateau de Millevaches est enneig\u00e9. Les arbres sont noirs. Noirs comme la b\u00eate qui se cache dans les bois et que nul ne parvient \u00e0 abattre.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Un petit 180 pages percutant\u2026<\/p>\n<p>Un paysage de neige, de froid, de gris, de blanc, de noir.. avec parfois un reflet gris bleut\u00e9.. et le silence, au bord du gouffre, au propre comme au figur\u00e9.. On bascule dans l\u2019oubli,\u00a0 l\u2019absence,\u00a0 le n\u00e9ant,\u00a0 le froid,\u00a0la d\u00e9mence,\u00a0la mort; m\u00eame le cercueil bascule dans le vide.. L\u2019angoisse, la peur, on se perd &#8230; dans la for\u00eat comme dans la vie. Aucune chaleur, ni dehors, ni dedans.. les rares notes de couleur, un arc en plastique rouge, cass\u00e9\u00a0; deux trois touches de rose p\u00e2le dans un asile de vieux.. L\u2019incommunicabilit\u00e9 est telle que m\u00eame le bonhomme de neige n\u2019a pas de bouche.. Une petite fille pour redonner un peu de lumi\u00e8re, mais qui ne parle pas, n\u2019\u00e9met pas un son\u2026 Des animaux, la plupart morts \u2026 ceux que l\u2019on chasse ou plus tard, empaill\u00e9s.<\/p>\n<p>Malheureusement ce qui a un peu plomb\u00e9 mon plaisir est que je n\u2019ai trouv\u00e9 aucun personnage attachant (m\u00eame pas la petite fille)\u2026 Trop de noir masque tout\u2026 Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9e, j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00ab\u00a0la B\u00eate\u00a0\u00bb de Catherine Hermary-Vieille (<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2568\">voir article<\/a>), plus humain, ou les personnages m&rsquo;ont touch\u00e9. Une \u00e9criture suggestive, tr\u00e8s belle, des phrases, des mots, des images et m\u00eame des silences qui prennent aux tripes\u00a0; une analyse des sentiments tr\u00e8s fine. Mais soyez avertis\u00a0: tr\u00e8s tr\u00e8s glacial et d\u00e9senchant\u00e9 . Au-del\u00e0 de la m\u00e9lancolie..<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Plus j\u2019y pense et moins je vois de diff\u00e9rences entre une personne dont on pourrait attester de la vie r\u00e9elle, v\u00e9cue, et un personnage de roman.<\/p>\n<p>Il faudrait \u00e9viter les bilans, les comparatifs, toutes ces lignes qu\u2019on trace entre ce qu\u2019on \u00e9tait et ce qu\u2019on est devenu,\u00a0\u2026<\/p>\n<p>Elle murmure en lui parlant, et Karl se demande si c\u2019est l\u2019usage, ici, avec les vieux et les proches, de feutrer les discours, comme on d\u00e9core maladroitement les int\u00e9rieurs, pour att\u00e9nuer les d\u00e9compositions.<\/p>\n<p>Quelle importance, au fond, de savoir si une caresse est r\u00e9elle, quand on en a le souvenir.<\/p>\n<p>Les deux hommes regardent la petite fille et l\u2019animal presque enlac\u00e9s, tandis qu\u2019un nouveau jour se l\u00e8ve, un peu.<\/p>\n<p>Un peu seulement, en r\u00e9alit\u00e9, car le ciel s\u2019abaisse plut\u00f4t, comme s\u2019il allait bient\u00f4t tout comprimer, aplatir, laminer.<\/p>\n<p>Il s\u2019\u00e9tait saisi du r\u00eave et de la mer de l\u2019autre comme on tente de s\u2019emparer de soi pour se faire \u00e9clore, exister enfin.<\/p>\n<p>Il y a ceux qui dorment, la nuit, et ceux qui veillent. Gardent-ils les r\u00eaves des autres\u00a0? Les prot\u00e8gent-ils\u00a0? Que se passerait-il si tout le monde dormait, la nuit\u00a0? S\u2019il n\u2019y avait plus de veilleurs, de gardiens, pour ceux qui dorment\u00a0?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la femme, la m\u00e8re, et maintenant il ne reste plus que le cul des vaches et la ferme, \u00e0 elles pour toujours et implacablement li\u00e9. Il se sent comme un des derniers vestiges d\u2019un monde en d\u00e9composition, d\u2019un monde qui n\u2019existe plus, sauf pour les fant\u00f4mes.<\/p>\n<p>Ils se tiennent la main, serr\u00e9e, serr\u00e9e. Le vent et la neige ont cess\u00e9. Rien ne bouge, m\u00eame pas le silence. Ils ne voient pas les \u00e9toiles d\u00e9j\u00e0 mortes qui ont surgi du ciel, enfin d\u00e9gag\u00e9.<\/p>\n<p>je suis rest\u00e9 pour cette terre, c\u2019est tout. C\u2019est comme mon sang. Mes tripes. Tu peux pas vraiment comprendre. T\u2019as jamais compris.<\/p>\n<p>Elle n\u2019a pas peur. Pas peur de tout ce que cachent le silence et l\u2019obscurit\u00e9 des choses, embusqu\u00e9es. Pas peur des hauts arbres nus, des sapins r\u00e9glementaires, de l\u2019infini du ciel au-dessus. Pas peur des b\u00eates dissimul\u00e9es, des branches mortes, des suspens de l\u2019hiver, des paralysies provisoires masquant les grouillances.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre parce qu\u2019on ne lui a jamais racont\u00e9 ce genre de contes o\u00f9 la for\u00eat devient un r\u00e9servoir \u00e0 perdre les enfants encombrants, \u00e0 \u00e9liminer en douceur les importuns. Peut-\u00eatre que comme elle ne parle pas, on pense qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019histoires, dans sa t\u00eate, et qu\u2019il ne sert donc \u00e0 rien de lui en raconter.<\/p>\n<p>Parfois il ne veut pas, mais il fait quand m\u00eame. Parfois il voudrait faire, mais il ne fait pas. Cette fa\u00e7on d\u00e9saccord\u00e9e qu\u2019il a de se frotter au monde, sans cesse, sans cesse, \u00e7a n\u2019en finit pas, pourquoi il y a sans doute eu un temps o\u00f9 il aurait aim\u00e9 comprendre, mais ce temps est pass\u00e9, maintenant.<\/p>\n<p>La foule des arbres comme des murailles, chaos organis\u00e9 comme une cath\u00e9drale sans orgue et sans dieu, et lui \u00e0 avancer jusqu\u2019\u00e0 se cogner aux hauts murs, \u00e0 descendre et monter les escaliers sans marches, \u00e0 traverser quelques espaces nus comme des cours grillag\u00e9es, \u00e0 sentir les \u00e9tages comme des strates sans fin avant le ciel qui a disparu. Il y du noir-reflets bleu sur le blanc, aucune couleur chaude. Les arcs bris\u00e9s, en hauteur, s\u2019imposent, et il avance l\u00e0-dessous, sans peur, comme on n\u2019a plus jamais peur quand on abdique corps et \u00e2me. Quand on cesse de lutter.<\/p>\n<p>Il y a des matins o\u00f9 tout ce qui p\u00e8se s\u2019\u00e9vanouit. Des matins presque magiques, sans qu\u2019on ne sache pourquoi, sans raisons particuli\u00e8res, objectives.<\/p>\n<p>La neige et les arbres sombres, c\u2019\u00e9tait juste un r\u00eave que je faisais parfois, de fa\u00e7on r\u00e9currente, sans imaginer qu\u2019il puisse trouver sa source dans des \u00e9v\u00e9nements concrets, des \u00e9v\u00e9nements auxquels j\u2019avais \u00e9t\u00e9 un jour m\u00eal\u00e9e, et qui n\u2019ont pu qu\u2019affleurer certaines nuits, me laissant engourdie et floue, aux petits matins.<\/p>\n<p>Des n\u00e9nuphars translucides d\u00e9pos\u00e9s sur un poumon d\u2019\u00e9tang noir et profond, fr\u00e9missant.<\/p>\n<p>Sans doute que le silence lui servait \u00e0 quelque chose, comme il m\u2019est utile \u00e0 moi aussi, parfois. Sans doute qu\u2019elle n\u2019en voyait pas vraiment l\u2019int\u00e9r\u00eat, de dire, surtout ces choses pass\u00e9es qui n\u2019ont gu\u00e8re d\u2019importance pour la vie pr\u00e9sente.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, je me demande si ce sont vraiment les mots, qui sont importants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Longtemps je ne me pr\u00e9occupais pas de la sc\u00e8ne blanche. Elle me hantait en sourdine et je faisais taire ses murmures, ou les laissais cogner, l\u00e9gers, aux parois d\u2019une minuscule bo\u00eete, enfouie au plus profond de moi. Les bourdonnements de l\u2019ext\u00e9rieur remplissaient leur office de fossoyeurs efficaces, diligents. 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