{"id":2850,"date":"2016-04-27T09:26:43","date_gmt":"2016-04-27T08:26:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2850"},"modified":"2016-04-27T09:26:43","modified_gmt":"2016-04-27T08:26:43","slug":"mankell-henning-paradis-trompeur-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2850","title":{"rendered":"Mankell, Henning \u00abUn paradis trompeur\u00bb (2013)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Le froid et la mis\u00e8re ont marqu\u00e9 l&rsquo;enfance de Hanna Renstr\u00f6m dans un hameau au nord de la Su\u00e8de. En avril 1904, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix-huit ans, elle s&#8217;embarque sur un vapeur en partance pour l&rsquo;Australie dans l&rsquo;espoir d&rsquo;une vie meilleure. Pourtant aucune de ses attentes \u0096 ou de ses craintes \u0096 ne la pr\u00e9pare \u00e0 son destin. Deux fois mari\u00e9e bri\u00e8vement, deux fois veuve, elle se retrouve \u00e0 la t\u00eate d&rsquo;une grosse fortune et d&rsquo;un bordel au Mozambique, dans l&rsquo;Afrique orientale portugaise. Elle se sent seule en tant que femme au sein d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 coloniale r\u00e9gie par la supr\u00e9matie machiste des Blancs, seule de par la couleur de sa peau parmi les prostitu\u00e9es noires, seule face \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation, au racisme, \u00e0 la haine, et \u00e0 la peur de l&rsquo;autre qui habite les Blancs comme les Noirs, et qui d\u00e9finit tout rapport humain. Ce paradis loin de son village natal n&rsquo;est-il qu&rsquo;un monde de t\u00e9n\u00e8bres ?<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Toujours aussi inconditionnelle de cet auteur que ce soit dans le polar ou dans le roman. et comme toujours au centre de ses \u00e9crits, un probl\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9. Roman \u00abafricain\u00bb de Mankell (qui partageait sa vie entre la Su\u00e8de et le Mozambique). Et \u00e0 nouveau un roman sans concession. Au centre du sujet\u00a0: le racisme, la peur de l\u2019autre. La jeune blanche devient la tenanci\u00e8re du plus grand bordel du Mozambique, un personnage qui a exist\u00e9. Il y a aussi des images africaines et les traditions, l\u2019arbre dans les racines duquel les f\u0153tus sont enterr\u00e9s et des personnages bien africains et rigolos (le singe) . Le r\u00e9cit est rythm\u00e9 par les changements de nom d\u2019Hanna \u00e0 chaque \u00e9tape de sa vie. Le pass\u00e9 colonial ne s\u2019efface pas et la distance blanc\/noir ne dispara\u00eet pas. Plong\u00e9e dans un monde o\u00f9\u00a0 d\u00e9fiance et\u00a0 haine se c\u00f4toient et le malaise est constant. Le racisme est dans les deux sens et oser essayer de changer les choses est tr\u00e8s mal vu et dangereux.<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Elle n\u2019est pas belle. Mais enti\u00e8re. Cela \u00e9mane de toute sa personne.<\/p>\n<p>sa voix qui vers la fin de sa vie n\u2019\u00e9tait qu\u2019un chuchotement. Comme s\u2019il d\u00e9sirait qu\u2019elle conserve ses paroles comme un pr\u00e9cieux secret.<\/p>\n<p>Les voyages les plus remarquables sont int\u00e9rieurs, lib\u00e9r\u00e9s du temps et de l\u2019espace.<\/p>\n<p>Il parle rarement en vain. Pour lui, les gens sont aussi peu capables d\u2019\u00e9couter que la mer est digne de confiance.<\/p>\n<p>Il parlait souvent d\u2019eux. De ceux qui \u00e9taient pass\u00e9s avant. Cela l\u2019effrayait\u00a0: les vivants \u00e9taient si peu, et les morts tellement plus nombreux.<\/p>\n<p>Est-ce cela \u00eatre adulte\u00a0? songea-t-elle, en d\u00e9tournant le visage, car elle avait l\u2019impression que sa m\u00e8re lisait ses pens\u00e9es. Substituer \u00e0 l\u2019incertitude de l\u2019enfance un autre inconnu\u00a0? Savoir qu\u2019il n\u2019y aura pas d\u2019autres r\u00e9ponses que celles qu\u2019on ira soi-m\u00eame chercher<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Dieu a cr\u00e9\u00e9 le changement d\u2019ann\u00e9e pour que nous m\u00e9ditions sur le temps pass\u00e9 et sur celui qui nous reste\u00a0!<\/p>\n<p>Hanna n\u2019oublierait jamais le moment o\u00f9 les lettres avaient cess\u00e9 de sauter sous ses yeux. O\u00f9 elles avaient arr\u00eat\u00e9 de grimacer pour former des mots, des phrases, et bient\u00f4t des histoires enti\u00e8res qu\u2019elle pouvait comprendre.<\/p>\n<p>Il faut toujours parler \u00e0 voix basse aux gens qui ont peur,\u00a0je l\u2019ai\u00a0appris de ma m\u00e8re. Celui qui crie en pr\u00e9sence d\u2019un malade peut voir sa voix se transformer en lance mortelle.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Les Noirs ne sont que nos ombres. Ils n\u2019ont pas de couleur. Dieu les a faits noirs pour que nous n\u2019ayons pas \u00e0 les voir la nuit. Et pour que nous n\u2019oubliions jamais d\u2019o\u00f9 ils viennent.<\/p>\n<p>La solitude. Elle n\u2019apprendrait jamais \u00e0 la supporter. Elle avait grandi au contact des autres.<\/p>\n<p>Elles nous regardent quand nous avons le dos tourn\u00e9. Elles craignent nos yeux comme nous craignons les leurs.<\/p>\n<p>Elle attendait, mais au fond elle ne savait pas quoi. Parfois, elle \u00e9tait prise d\u2019un ent\u00eatant malaise \u00e0 l\u2019id\u00e9e de ne servir \u00e0 rien. Tout dans cette grande maison \u00e9tait fait par les domestiques noirs. Sa mission \u00e9tait de ne toucher \u00e0 rien.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les Noirs mentent pour \u00e9viter de souffrir inutilement. Les Blancs mentent pour se d\u00e9fausser des agressions qu\u2019ils commettent. Et les autres, les Arabes et les Indiens, mentent car il n\u2019y a plus de place pour la v\u00e9rit\u00e9 dans cette ville o\u00f9 nous vivons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Celui qui vole \u00e0 autrui sa libert\u00e9 ne peut jamais s\u2019attendre \u00e0 \u00eatre proche de lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>M\u00eame n\u00e9s ici, nous sommes en terre \u00e9trang\u00e8re. Ou plut\u00f4t devrais-je dire en territoire ennemi.<br \/>\n\u2013\u00a0Est-ce que c\u2019est cela que je ressens\u00a0? Toute cette haine dirig\u00e9e vers nous autres, les Blancs\u00a0?<br \/>\n\u2013\u00a0Il n\u2019y a pas vraiment de quoi s\u2019en faire. Qu\u2019est-ce que les Noirs pourraient contre nous\u00a0? Rien.<br \/>\n\u2013\u00a0Ils ont quelque chose de plus que nous.<br \/>\nPour la premi\u00e8re fois, il parut interloqu\u00e9.<br \/>\n\u2013\u00a0Et quoi\u00a0?<br \/>\n\u2013\u00a0Le nombre.<\/p>\n<p>Nous nous rencontrons ici, et nous vivons sans rien r\u00e9v\u00e9ler de notre pass\u00e9. J\u2019imagine parfois qu\u2019une nuit noire, sur le bateau, sans que personne nous voie, nous avons jet\u00e9 notre pass\u00e9 par-dessus bord, bien lest\u00e9.<\/p>\n<p>elle avait d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 hostilit\u00e9 et tristesse dans les yeux des Noirs. Elle vivait sur un continent triste, o\u00f9 les seuls \u00e0 rire, et souvent bien trop fort, \u00e9taient les Blancs. Mais ce rire, elle le savait, n\u2019\u00e9tait souvent qu\u2019une fa\u00e7on de cacher une peur qui se transformait facilement en terreur. \u00c0 cause de l\u2019obscurit\u00e9, de ceux qui s\u2019y cachaient, invisibles.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Pourquoi avoir honte de ce qu\u2019on oublie\u00a0? Devrait-on alors aussi avoir honte de ce dont on se souvient\u00a0?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Le froid et la mis\u00e8re ont marqu\u00e9 l&rsquo;enfance de Hanna Renstr\u00f6m dans un hameau au nord de la Su\u00e8de. En avril 1904, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de dix-huit ans, elle s&#8217;embarque sur un vapeur en partance pour l&rsquo;Australie dans l&rsquo;espoir d&rsquo;une vie meilleure. 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