{"id":288,"date":"2014-03-08T12:52:32","date_gmt":"2014-03-08T11:52:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=288"},"modified":"2018-06-02T15:21:35","modified_gmt":"2018-06-02T14:21:35","slug":"enard-mathias-rue-des-voleurs-2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=288","title":{"rendered":"Enard, Mathias \u00ab Rue des voleurs \u00bb (2012)"},"content":{"rendered":"<p>Paru chez Actes Sud<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : C\u2019est un jeune Marocain de Tanger, un gar\u00e7on sans histoire, un musulman passable, juste trop avide de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9panouissement, dans une soci\u00e9t\u00e9 peu libertaire. Au lyc\u00e9e, il a appris quelques bribes d\u2019espagnol, assez de fran\u00e7ais pour se gaver de S\u00e9rie Noire. Il attend l\u2019\u00e2ge adulte en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C\u2019est avec elle qu\u2019il va \u201cfauter\u201d, une fois et une seule. On les surprend : les coups pleuvent, le voici \u00e0 la rue, sans foi ni loi.<\/p>\n<p>Commence alors une d\u00e9rive qui l\u2019am\u00e8nera \u00e0 servir les textes \u2013 et les morts \u2013 de mani\u00e8res inattendues, \u00e0 confronter ses cauchemars au r\u00e9el, \u00e0 tutoyer l\u2019amour et les projets d\u2019exil.<\/p>\n<p>Dans Rue des Voleurs, roman \u00e0 vif et sur le vif, l\u2019auteur de Zone retrouve son territoire hypersensible \u00e0 l\u2019heure du Printemps arabe et des r\u00e9voltes indign\u00e9es. Tandis que la M\u00e9diterran\u00e9e s\u2019embrase, l\u2019Europe vacille. Il faut toute la jeunesse, toute la na\u00efvet\u00e9, toute l\u2019\u00e9nergie du jeune Tang\u00e9rois pour traverser sans rebrousser chemin le champ de bataille. Parcours d\u2019un combattant sans cause, Rue des Voleurs est port\u00e9 par le r\u00eave d\u2019improbables apaisements, dans un avenir d\u2019avance confisqu\u00e9, qu\u2019\u00e9clairent pourtant la compagnie des livres, l\u2019amour de l\u2019\u00e9crit et l\u2019affirmation d\u2019un humanisme arabe.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> :<\/p>\n<p>C&rsquo;est un livre \u00e0 la fois tr\u00e8s violent et tr\u00e8s touchant qui nous fait vivre en marge du printemps arabe, dans une ville jonction entre le monde arabe et l&rsquo;Europe. Tanger, un port o\u00f9 la jeunesse est ballot\u00e9 entre les islamistes et les tentations europ\u00e9ennes.<\/p>\n<p>Difficile de vivre quand on est rejet\u00e9 par sa famille, qu&rsquo;il est impossible de quitter le pays l\u00e9galement, sans argent&#8230; Lakhdar, le h\u00e9ros, est amoureux des livres et il va tomber amoureux d&rsquo;une jeune Catalane. A la rue, pour survivre, il accepte un travail dans une librairie musulmane, alors que lui, ce qu&rsquo;il aime c&rsquo;est la litt\u00e9rature polici\u00e8re, et surtout les romans policiers fran\u00e7ais; Il ne souhaite pas \u00eatre m\u00eal\u00e9 \u00e0 la vague revendicatrice et islamiste qui d\u00e9ferle sur le Maroc lors du printemps arabe. Mais, indirectement, il ne peut fermer les yeux &#8211; tout en refusant d&rsquo;y croire &#8211; sur les sentiments qui animent des \u00eatres qui lui sont proches.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un roman politique que nous livre M. Enard. Son personnage est t\u00e9moin des \u00e9v\u00e9nements sanglants qui agitent le bord de la M\u00e9diterran\u00e9e, des attentats terroristes, de la mont\u00e9e de l&rsquo;int\u00e9grisme, du probl\u00e8me de l&rsquo;immigration clandestine, puis de la r\u00e9volte des indign\u00e9s. Il acceptera plusieurs boulots pour survivre, petit musulman \u00e0 tout faire qui travaille au rabais et tente de rejoindre la fille qu&rsquo;il aime et qui vit \u00e0 Barcelone; il volera, fuira et deviendra clandestin. Parfois il voudra retourner chez lui, mais pour quoi faire?<\/p>\n<p>Enard r\u00e9ussit le pari de m\u00e9langer aussi la po\u00e9sie arabe et la litt\u00e9rature \u00e0 ce voyage.<\/p>\n<p>Un livre qui fait r\u00e9fl\u00e9chir sur notre \u00e9poque, sur le naufrage des valeurs, sur la mondialisation, sur le choc des cultures et des religions, sur la tol\u00e9rance, sur l&rsquo;amour, l&rsquo;amiti\u00e9.<\/p>\n<p>Une fois encore Enard fait le pont entre les civilisations, comme cela avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 le cas dans \u00ab\u00a0Parle-leur de batailles, de rois et d&rsquo;\u00e9l\u00e9phants\u00a0\u00bb. On est loin de l&rsquo;exotisme de Constantinople et de Michel-Ange mais une fois encore on assiste \u00e0 la d\u00e9couverte d&rsquo;un autre univers et au d\u00e9racinement ( ou enracinement ?) d&rsquo;un \u00eatre. Que ce soit Constantinople-Venise ou Tanger\/Barcelone dans \u00ab\u00a0Rue des Voleurs\u00a0\u00bb, dans les deux cas l&rsquo;amiti\u00e9 et l&rsquo;amour sont des refuges et des moteurs.<\/p>\n<p>Et Mathias Enard se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 moi une fois encore.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p>(p. 78) \u00ab La vie est une machine \u00e0 arracher l\u2019\u00eatre ; elle nous d\u00e9pouille, depuis l\u2019enfance, pour nous repeupler en nous plongeant dans un bain de contacts, de voix, de messages qui nous modifient \u00e0 l\u2019infini, nous sommes en mouvement. \u00bb<\/p>\n<p>(p. 91) \u00ab On ne se souvient jamais tout \u00e0 fait, jamais vraiment ; on reconstruit, avec le temps, les souvenirs dans la m\u00e9moire\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>(p. 108) \u00ab L&rsquo;avantage, c&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui les livres ont si peu de poids, sont si peu vendus, si peu lus que ce n&rsquo;est m\u00eame plus la peine de les interdire. \u00bb<\/p>\n<p>(p. 236) \u00ab Je suis ce que j\u2019ai lu, je suis ce que j\u2019ai vu, j\u2019ai en moi autant d\u2019arabe que d\u2019espagnol et de fran\u00e7ais, je me suis multipli\u00e9 dans ces miroirs jusqu\u2019\u00e0 me perdre ou me construire, image fragile, image en mouvement \u00bb<\/p>\n<p>(p. 252) \u00ab La vie consume tout &#8211; les livres nous accompagnent, comme mes polars \u00e0 deux sous, ces prol\u00e9taires de la litt\u00e9rature, compagnons de route, dans la r\u00e9volte ou la r\u00e9signation, dans la foi ou l&rsquo;abandon. \u00bb<\/p>\n<p><strong>Mon conseil<\/strong> :\u00a0 lire en parall\u00e8le avec le livre de Abdellah TA\u00cfA,\u00a0\u00a0\u00bb Infid\u00e8les \u00ab\u00a0(\u00e9d. Seuil) &#8211; comment\u00e9 ici : <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=291\">http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=291<\/a><\/p>\n<p>superbe interview :\u00a0http:\/\/www.franceculture.fr\/emission-la-grande-table-2eme-partie-deux-romanciers-nous-parlent-du-maroc-mathias-enard-et-Abdellah<\/p>\n<p>Rencontre : Mathias ENARD, auteur de Rue des voleurs (\u00e9d. Actes Sud) \/ Abdellah TA\u00cfA, auteur de Infid\u00e8les (\u00e9d. Seuil)<\/p>\n<p>Chez le premier, c&rsquo;est l&rsquo;histoire d&rsquo;un jeune Marocain de Tanger, musulman avide de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9panouissement, dans une soci\u00e9t\u00e9 peu libertaire. \u00ab\u00a0Au lyc\u00e9e, il a appris quelques bribes d\u2019espagnol, assez de fran\u00e7ais pour se gaver de S\u00e9rie Noire. Il attend l\u2019\u00e2ge adulte en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C\u2019est avec elle qu\u2019il va \u201cfauter\u201d, une fois et une seule. On les surprend : les coups pleuvent, le voici \u00e0 la rue, sans foi ni loi. Commence alors une d\u00e9rive qui l\u2019am\u00e8nera \u00e0 servir les textes \u2013 et les morts \u2013 de mani\u00e8res inattendues, \u00e0 confronter ses cauchemars au r\u00e9el, \u00e0 tutoyer l\u2019amour et les projets d\u2019exil.Dans Rue des Voleurs, roman \u00e0 vif et sur le vif, l\u2019auteur de Zone retrouve son territoire hypersensible \u00e0 l\u2019heure du Printemps arabe et des r\u00e9voltes indign\u00e9es. \u00a0\u00bb (note de l&rsquo;\u00e9diteur) ;<\/p>\n<p>le second (Abdellah TA\u00cfA), quant \u00e0 lui, situe son histoire dans le Maroc des ann\u00e9es 80 et raconte les destins m\u00eal\u00e9s de deux \u00eatres, une prostitu\u00e9e et son fils, d\u2019abord ensemble puis s\u00e9par\u00e9s par les \u00e9preuves de la vie. Un fils raconte sa m\u00e8re, raconte comment tous deux r\u00e9sistent \u00e0 la mis\u00e8re et aux humiliations, manipulent les hommes, tirent d\u2019eux de quoi survivre.\u00a0Prostitution, religion, homosexualit\u00e9, islamisme ; autant de th\u00e8mes forts o\u00f9 l&rsquo;auteur \u00e9voque, avec sa langue et ses r\u00e9f\u00e9rences, ses propres codes de l\u2019Islam, dans un monde r\u00e9volt\u00e9 et r\u00eaveur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paru chez Actes Sud R\u00e9sum\u00e9 : C\u2019est un jeune Marocain de Tanger, un gar\u00e7on sans histoire, un musulman passable, juste trop avide de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9panouissement, dans une soci\u00e9t\u00e9 peu libertaire. Au lyc\u00e9e, il a appris quelques bribes d\u2019espagnol, assez de fran\u00e7ais pour se gaver de S\u00e9rie Noire. 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