{"id":300,"date":"2014-03-10T19:41:00","date_gmt":"2014-03-10T18:41:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=300"},"modified":"2025-08-12T19:44:52","modified_gmt":"2025-08-12T17:44:52","slug":"kasischke-laura-un-oiseau-blanc-dans-le-blizzard-1999","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=300","title":{"rendered":"Kasischke, Laura \u00ab Un oiseau blanc dans le blizzard \u00bb (1999)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: N\u00e9e en 1961, Laura Kasischke a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 du Michigan, elle a gagn\u00e9 de nombreux prix litt\u00e9raires pour ses ouvrages de po\u00e9sie ainsi que le Hopwood Awards ; elle a \u00e9galement re\u00e7u les Bourses MacDowell et Guggenheim. Ses po\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans de nombreuses revues.<\/p>\n<p><b>Ses romans<\/b>\u00a0:\u00a0<i>A Suspicious River (1999) \u2013\u00a0<\/i><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=300\"><i>Un oiseau blanc dans le blizzard (2000)<\/i><\/a><\/span><i>\u00a0\u2013 La Vie devant ses yeux (2002) \u2013\u00a0<\/i><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6501\"><i>R\u00eaves de gar\u00e7ons (2007)<\/i><\/a><\/span><i>\u00a0\u2013\u00a0<\/i><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7384\"><i>\u00c0 moi pour toujours (2007)<\/i><\/a><\/span><i>\u00a0\u2013 <\/i><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13002\"><i>La Couronne verte<\/i><\/a><i> <\/i><\/span><i>(2008) \u2013 En un monde parfait (2010) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Kasischke, Laura \u00ab\u00a0Les revenants\u00a0\u00bb (2011) 663 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=22748\">Les Revenants<\/a><\/span> (2011) \u2013\u00a0<\/i><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=62\"><i>Esprit d\u2019hiver<\/i><\/a><\/span><i>\u00a0(2013)<\/i><\/p>\n<p><b><i>Recueil de nouvelles:<\/i><\/b><i>\u00a0\u00a0\u00a0<\/i><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6135\"><i>\u00abSi un inconnu vous aborde\u00bb<\/i><\/a><\/span><i>\u00a0(2017) \u2013\u00a0<\/i><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7027\"><i>Eden Springs<\/i><\/a><\/span><i>\u00a0(2018)<\/i><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Vie devant ses yeux\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0A suspicious river\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9s au cin\u00e9ma. \u00ab\u00a0Esprit d&rsquo;hiver\u00a0\u00bb a re\u00e7u, en 2014, le Grand Prix des Lectrices de Elle.<\/p>\n<p>Laura Kasischke vit aujourd\u2019hui dans le Michigan, o\u00f9 elle enseigne l&rsquo;art du roman au Residential College de l\u2019Universit\u00e9 de Ann Arbor.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019\u00e9diteur<\/strong> : \u00ab\u00a0Garden Heights, dans l\u2019Ohio. Une banlieue r\u00e9sidentielle qui respire l\u2019harmonie. Eve nettoie sa maison, entretient son jardin, pr\u00e9pare les repas pour son mari et pour Kat, sa fille. Depuis vingt ans, Eve s\u2019ennuie. Un matin d\u2019hiver, elle part pour toujours. Kat ne ressent ni d\u00e9sespoir, ni \u00e9tonnement. La police recherche Eve. En vain. La vie continue et les nuits de Kat se peuplent de cauchemars. Une fois encore, apr\u00e8s A Suspicious River, Laura Kasischke \u00e9crit avec une virtuosit\u00e9 glaciale le roman familial de la disparition et de la faute.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : Apr\u00e8s avoir lu \u00ab Esprit d\u2019hiver \u00bb j\u2019ai eu envie de lire ses pr\u00e9c\u00e9dents livres. Et bien m\u2019en a pris. J\u2019aime l\u2019univers de cet auteur, bien qu\u2019il ne soit pas joyeux joyeux. Une fois encore le th\u00e8me de la disparition, du manque, du non-dit, de la d\u00e9sepp\u00e9rance, un univers de neige et de glace, o\u00f9 pr\u00e9dominent les tons blancs, gris, \u00ab sales \u00bb, les flocons, les \u00e9clats, les cristaux, la lumi\u00e8re et l\u2019ombre, les f\u00eates de Noel mortelles frapp\u00e9es du manque des convives, les rapports ambigus entre m\u00e8re et fille, p\u00e8re et petit ami&#8230; La naissance de la sexualit\u00e9, la rivalit\u00e9 m\u00e8re-fille, les rapports entre conjoints, le poids de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, les r\u00eaves de vie en souffrance, le voisinage\u2026 Egalement les notions de mouill\u00e9, humide, saum\u00e2tre, visqueux, gluant, de boue \u2026 Le sexe est aussi pr\u00e9sent, mais pas une approche romantique de l\u2019\u00e9veil \u00e0 l\u2019amour.. Bien \u00e9crit, bien traduit. Le voile du myst\u00e8re nimbe le roman. Que se passe-t-il dans le monde bien lisse de la classe moyenne am\u00e9ricaine\u2026 Les \u00ab desperate housewifes \u00bb ne sont pas loin\u2026 avec le vernis qui cache bien des secrets, l\u2019ennui, l\u2019insatisfaction.<\/p>\n<p>Comme il semble qu\u2019elle ait \u00e9crit une dizaine de romans.. je me r\u00e9jouis d\u2019avance..<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p>il ne lui restait plus rien d\u2019autre \u00e0 faire que de planifier le n\u00e9ant des jours \u00e0 venir<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait le mois de mars, la lumi\u00e8re qui saignait sous les stores \u00e9tait p\u00e2le et floue, comme si de l\u2019eau grise coulait dans les veines de ce mois.<\/p>\n<p>La nuit suivant le d\u00e9part de ma m\u00e8re, je r\u00eave que mes draps sont devenus de la neige et que leur blancheur froide m\u2019enveloppe dans l\u2019hiver comme un enfant mort-n\u00e9<\/p>\n<p>Katrina. Un genre de chat de luxe. Une race russe, peut-\u00eatre. Le genre de chat qui vous d\u00e9core un canap\u00e9 rien qu\u2019en dormant dessus<\/p>\n<p>il a eu les yeux perdus pendant un bon moment, comme un homme consum\u00e9 par le d\u00e9sespoir, un homme \u00e9gar\u00e9 dans un tunnel de d\u00e9tresse, v\u00eatu d\u2019un uniforme gris de prisonnier, errant dans son imagination tout aussi grise.<\/p>\n<p>Elle a vieilli un peu plus chaque jour \u2013 de cette fa\u00e7on qu\u2019ont les \u00e9pouses et les m\u00e8res d\u2019\u00e2ge moyen d\u2019\u00eatre de moins en moins visibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu. Vous levez peut-\u00eatre les yeux de votre magazine quand elle entre dans la salle d\u2019attente du dentiste, mais elle est en fait transparente<\/p>\n<p>Je me suis peut-\u00eatre gliss\u00e9e dans la peau que ma m\u00e8re a laiss\u00e9e derri\u00e8re elle<\/p>\n<p>Je portais peut-\u00eatre sa jeunesse comme une \u00e9charpe a\u00e9rienne, comme un accessoire, tout en \u00e9clats nerveux et en perles collantes, et c\u2019est peut-\u00eatre pour cela qu\u2019elle passait autant de temps \u00e0 me regarder avec cette expression m\u00e9lancolique dans les yeux.<\/p>\n<p>Un fil de givre tiss\u00e9 dans ses cheveux noirs<\/p>\n<p>\u2026de la poussi\u00e8re d\u2019\u00e9toile qui se pose au coin de ses yeux, avant qu\u2019elle se l\u00e8ve d\u2019un bond quand les oiseaux commencent \u00e0 chanter dehors<\/p>\n<p>un sommeil qu\u2019elle traitait comme s\u2019il se f\u00fbt agi d\u2019une robe de luxe qui demandait de nombreuses pr\u00e9cautions avant d\u2019\u00eatre port\u00e9e<\/p>\n<p>perdue dans ce genre de sommeil qui fond sur le dormeur comme une forte temp\u00eate ail\u00e9e ou comme une spirale de plumes et qui l\u2019emporte dans son bec.<\/p>\n<p>Mais mes pieds \u00e9taient petits. C\u2019\u00e9taient les pieds d\u2019une fille que Dieu avait programm\u00e9e pour \u00eatre mince, mais qui s\u2019\u00e9tait \u00e9tal\u00e9e, comme un nuage atomique<\/p>\n<p>La neige tombe maintenant en flocons \u00e9pais, gris et sales comme des torchons, qui viennent recouvrir les pelouses et les arbres de couvertures de b\u00e9b\u00e9 avachies. Qui pourrait reprocher \u00e0 ma m\u00e8re d\u2019avoir voulu quitter cet endroit ? Le ciel est en train de s\u2019\u00e9crouler.<\/p>\n<p>Quand je suis entr\u00e9e dans le salon, j\u2019ai vu aussi de la poussi\u00e8re, qui dansait dans l\u2019air et se posait sur les bras des fauteuils de ma m\u00e8re, sur la table basse, une galaxie de poussi\u00e8re qui s\u2019effondre lentement toute seule et qui nous enterre.<\/p>\n<p>Il me regarde. Des flocons de neige fondent sur l\u2019ar\u00eate de son nez et ses yeux sont grands ouverts. Je me vois dans ces deux petites mares bleues, plus belle et plus douce que je ne le suis vraiment. Mon visage, dans ce reflet, est boudeur et juv\u00e9nile. Je me penche un peu, je me regarde, je suis surprise de ce que je vois et je me demande \u00e0 quoi je m\u2019attendais<\/p>\n<p>Les rares fois o\u00f9 on ouvre cette porte, une bouff\u00e9e fra\u00eeche de naphtaline s\u2019engouffre dans nos poumons, comme si l\u2019ami invit\u00e9 \u00e9tait en fait le pass\u00e9, enferm\u00e9 depuis des ann\u00e9es, qui essaie de s\u2019\u00e9chapper<\/p>\n<p>M\u00eame maintenant, je ne ressens qu\u2019une sorte de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 quand je pense \u00e0 ma vie, et une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 encore plus grande depuis que ma m\u00e8re est partie, comme si je portais avec moi un g\u00e2teau creux partout o\u00f9 je vais, que je maintiens en \u00e9quilibre sur un plateau qui veut s\u2019envoler loin de moi, comme un cerf-volant dans le vent.<\/p>\n<p>des femmes qui se transforment en poussi\u00e8re dans leurs banlieues et s\u2019\u00e9poussettent ensuite dans l\u2019atmosph\u00e8re<\/p>\n<p>Les bouches de ces policiers avaient l\u2019air d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 cousues trop serr\u00e9. M\u00eame quand ils nous souriaient d\u2019un air rassurant, leurs l\u00e8vres ne formaient toujours qu\u2019une ligne, avec les coins tir\u00e9s vers l\u2019arri\u00e8re, une ligne plate au milieu de leurs visages.<\/p>\n<p>Je la vois plut\u00f4t pi\u00e9g\u00e9e dans un miroir. Une image permanente d\u2019elle, les yeux grands ouverts, enferm\u00e9e dans un rectangle de lumi\u00e8re dure.<\/p>\n<p>\u2026il n\u2019y a pas d\u2019adjectifs pour d\u00e9crire la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la blancheur l\u00e9g\u00e8re que je ressens. C\u2019est comme si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 prise dans un filet diaphane \u2013 je suis d\u00e9sincarn\u00e9e, le filet ne retient que mon essence, qui flotte dans la brise. Ou alors, comme si j\u2019avais des poids attach\u00e9s \u00e0 mes poignets et \u00e0 mes chevilles, mais ces poids sont plus l\u00e9gers que moi, comme si je portais une robe faite d\u2019\u00e9motions \u2013 un tricot humide et invisible<\/p>\n<p>Le printemps a commenc\u00e9 en avance par un matin de mars, avec une nu\u00e9e de cris d\u2019oiseaux inattendus et fragiles, puis les primev\u00e8res et les violettes ont ouvert leurs frais bijoux au ras du sol<\/p>\n<p>l\u2019hiver nous est tomb\u00e9 dessus en petits fragments c\u00e9lestes brillants d\u2019oxyg\u00e8ne et d\u2019\u00e9ther, qui viennent frapper le sol comme de minuscules \u00e9clats de verre froid.<\/p>\n<p>Elle voulait que moi, sa fille, je sois une sorte de sylphide. Une fille l\u00e9g\u00e8re comme une houppette \u00e0 poudre. Sans \u00e2me, sans poids, vivant dans l\u2019air pur plut\u00f4t que sur terre.<\/p>\n<p>des v\u00eatements qui ressemblent \u00e0 des humeurs. Des lainages sto\u00efques, doux et pastels. Des tailleurs bleu marine plus amers et des foulards d\u00e9cor\u00e9s de formes g\u00e9om\u00e9triques, aussi tranchantes que des mots que vous auriez prononc\u00e9s sans pouvoir les reprendre, des mots que vous devez porter, maintenant, comme une punition, autour de votre cou<\/p>\n<p>Nous nous imaginions peut-\u00eatre alors un c\u0153ur, fig\u00e9 par le gel en plein battement, enferm\u00e9 dans une chambre froide humaine.<\/p>\n<p>Vous devez rester dans une relation qui n\u2019est pas satisfaisante parce qu\u2019il n\u2019y en a pas d\u2019autre possible en vue ? Vous ne seriez pas mieux sans petit ami, qu\u2019avec quelqu\u2019un qui ne veut m\u00eame pas exprimer son affection<\/p>\n<p>Celle-ci a l\u2019air d\u2019une femme parfaitement capable de rentrer chez elle pour d\u00e9vorer quinze litres de glace \u00e0 la vanille avec une grosse cuiller d\u2019argent, comme si elle mangeait le plaisir lui-m\u00eame, cr\u00e9meux, sucr\u00e9, gel\u00e9, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re<\/p>\n<p>Elle a une expression tout \u00e0 fait franche et ouverte, son visage est rond comme un cadran de pendule sans aiguilles, elle semble totalement d\u00e9nu\u00e9e de tout sentiment de responsabilit\u00e9 ou de peur. Quoi qu\u2019il arrive, c\u2019est ce que la photo sugg\u00e8re, elle continuera \u00e0 sourire, un sourire non pas timide, mais plein d\u2019une joie r\u00e9elle et sans faille<\/p>\n<p>Je suis une adolescente. Je ne sais pas o\u00f9 est partie ma douceur de petite fille. C\u2019est comme la faiblesse de mon p\u00e8re, elle a simplement disparu. Je me suis r\u00e9veill\u00e9e un matin et cette douceur \u00e9tait partie.<\/p>\n<p>elle lan\u00e7a en direction de mon p\u00e8re un regard mauvais comme un jet de pointes argent\u00e9es.<\/p>\n<p>Son genre \u00e0 elle, c\u2019est de dispara\u00eetre dans la nature, comme \u00e7a \u2013 elle eut un geste de la main, comme si elle faisait jaillir de la poussi\u00e8re d\u2019\u00e9toile de ses doigts \u2013, elle s\u2019\u00e9vanouit en fum\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p>J\u2019essayai d\u2019y penser. Mais les possibilit\u00e9s semblaient aussi innombrables que les \u00e9toiles, et vouloir les examiner toutes ensemble, c\u2019\u00e9tait un peu comme essayer de d\u00e9cider o\u00f9 finissait l\u2019univers, ou bien qui avait invent\u00e9 Dieu si jamais Dieu avait cr\u00e9\u00e9 le monde, un peu comme essayer de distinguer quelque chose de blanc sur un fond blanc.<\/p>\n<p>des flocons de neige isol\u00e9s sembl\u00e8rent voleter dans mon imagination, soulev\u00e9s par l\u2019air qui la traversait, certains se posaient, d\u2019autres s\u2019\u00e9levaient et retombaient comme un voile devant mon visage, ou bien comme un ruban de souffle que je poursuivais \u2013 que je voulais attraper et garder dans un petit gobelet de carton<\/p>\n<p>Je porte une chemise de nuit faite de brume, dans laquelle je suis invisible<\/p>\n<p>\u00c0 cette \u00e9poque, nos corps \u00e9taient comme deux plantes qui grandissaient de partout, qui ne cessaient de se rapprocher, de s\u2019emm\u00ealer, de s\u2019\u00e9touffer et de s\u2019agripper \u2013 des corps tordus dans la nuit, d\u00e9ployant d\u2019\u00e9normes feuilles dans la p\u00e9nombre, ainsi que des \u00e9pines, des fleurs et des nids d\u2019oiseaux \u2013 avec pr\u00e9cipitation, mais en des mouvements lents, malgr\u00e9 tout<\/p>\n<p>La maison tout enti\u00e8re respirait lourdement. La chaudi\u00e8re, charg\u00e9e de poussi\u00e8re, ronflait. La cong\u00e9lateur du sous-sol s\u2019agitait pareillement, malgr\u00e9 sa rigidit\u00e9 glaciale. De l\u2019eau montait doucement dans le r\u00e9servoir des toilettes. Les fusibles bourdonnaient. La ligne t\u00e9l\u00e9phonique \u00e9tirait sa longue et silencieuse plainte dans la nuit<\/p>\n<p>Le ciel plat devient bleu-noir, mais de petits flocons de neige dure l\u2019illuminent<\/p>\n<p>Les pansements qui recouvrent ses phalanges se rident quand il \u00e9crit.<\/p>\n<p>Mon c\u0153ur s\u2019emballe comme un requin qui circulerait dans mon sang<\/p>\n<p>Mais l\u2019avenir m\u2019ennuie. Je me vois en train de suivre cet avenir, comme une feuille dans un courant d\u2019air. Je me vois en train de le manger, comme un c\u0153ur fait de flocons d\u2019avoine.<\/p>\n<p>une petite femme faite de printemps, qui pourrait exploser \u00e0 tout moment, en hurlant, dans une fr\u00e9n\u00e9sie de p\u00e9tales et d\u2019oisillons<\/p>\n<p>Pourquoi faisons-nous tous des r\u00eaves \u00e9tranges ? Pourquoi le sommeil n\u2019\u00e9teint-il pas nos cerveaux, comme on \u00e9teint une lampe ?<\/p>\n<p>Il y avait une pointe de pr\u00e9jug\u00e9, l\u00e0-dedans, comme dans le c\u00f4t\u00e9 \u00e9mouss\u00e9 d\u2019un couteau, le genre de couteau dont on se sert pour d\u00e9couper une pomme, rien de trop pointu, mais un couteau quand m\u00eame<\/p>\n<p>Je dors quelques heures, la fi\u00e8vre m\u2019entra\u00eene de temps \u00e0 autre dans un r\u00eave o\u00f9 je suis prisonni\u00e8re dans un b\u00e2timent en feu, fig\u00e9e devant un ascenseur sur lequel il est \u00e9crit : \u00ab En cas d\u2019incendie, prenez les escaliers. \u00bb<\/p>\n<p>Et puis je me souviens du son de la voix de ma m\u00e8re, cette voix qui la constituait tout autant que son corps, mais qui est maintenant d\u00e9tach\u00e9e d\u2019elle, qui flotte autour et au-dessus d\u2019elle, comme le font les voix. Elle avait une voix douce, m\u00eame si elle \u00e9tait souvent aiguis\u00e9e par le sarcasme, les jugements et le d\u00e9plaisir. Je vois des voyelles, envelopp\u00e9es de lumi\u00e8re, qui montent d\u2019elle en nu\u00e9es, comme si quelque chose de tangible pouvait \u00e9maner des sons. Je me dis que si le t\u00e9l\u00e9phone sonnait, si je d\u00e9crochais et si j\u2019entendais ma m\u00e8re me parler, est-ce que cela voudrait dire qu\u2019elle existe de mani\u00e8re plus physique qu\u2019elle ne le fait d\u00e9j\u00e0, dans ma m\u00e9moire, dans son silence ?<\/p>\n<p>Mais, plus je regarde, plus ce vide devient vide et clair. Comme si j\u2019avais ouvert une porte sur de l\u2019espace pur \u2013 plat, mais caverneux et brillant \u2013, comme si, si jamais j\u2019entrais, j\u2019allais tomber pour toujours dans le futur<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: N\u00e9e en 1961, Laura Kasischke a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 du Michigan, elle a gagn\u00e9 de nombreux prix litt\u00e9raires pour ses ouvrages de po\u00e9sie ainsi que le Hopwood Awards ; elle a \u00e9galement re\u00e7u les Bourses MacDowell et Guggenheim. Ses po\u00e8mes ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans de nombreuses revues. Ses romans\u00a0:\u00a0A Suspicious River (1999) \u2013\u00a0Un oiseau &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=300\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":302,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,29,1],"tags":[],"class_list":["post-300","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-americaine","category-non-classe"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/300","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=300"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/300\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":22754,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/300\/revisions\/22754"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/302"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=300"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=300"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=300"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}