{"id":3026,"date":"2016-06-14T16:11:48","date_gmt":"2016-06-14T15:11:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3026"},"modified":"2024-09-08T12:39:16","modified_gmt":"2024-09-08T10:39:16","slug":"de-kerangal-maylis-tangente-vers-lest-2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3026","title":{"rendered":"de Kerangal, Maylis \u00abTangente vers l&rsquo;est\u00bb (2012)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> :\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle \u00e9tudie en classe pr\u00e9paratoire au lyc\u00e9e Jeanne-d&rsquo;Arc de Rouen et ensuite \u00e0 Paris de 1985 \u00e0 1990 l&rsquo;histoire, la philosophie et l&rsquo;ethnologie.<br \/>\nElle commence \u00e0 travailler chez Gallimard jeunesse une premi\u00e8re fois de 1991 \u00e0 1996, avant de faire deux s\u00e9jours aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 Golden dans le Colorado en 1997. Elle reprend sa formation en passant une ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;EHESS \u00e0 Paris en 1998.<\/p>\n<p><b>Ses romans\u00a0<\/b>: Je marche sous un ciel de tra\u00eene, 2000, 222 p. \u2013 La Vie voyageuse, 2003, 240 p. \u2013 Ni fleurs ni couronnes, 2006, 135 p. \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7502\">Dans les rapides<\/a><\/span>\u00a0(2006) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2260\">Corniche Kennedy<\/a>,<\/span>\u00a0Paris, 2008, 177 p. \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=16104\">Naissance d\u2019un pont<\/a><\/span>, Paris, 2010, 336 p. ( Prix M\u00e9dicis 2010 \u2013 Prix Franz Hessel 2010) \u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3026\">Tangente vers l\u2019est<\/a><\/span>, Paris, \u00c9ditions Verticales, 2012, 134 p. (Prix Landerneau 2012) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=34\">R\u00e9parer les vivants<\/a>,<\/span> 2013, 281 p. (Grand prix RTL-Lire 2014 \u2013 Roman des \u00e9tudiants \u2013 France Culture-T\u00e9l\u00e9rama 2014 \u2013 Prix Orange du Livre 2014 \u2013 Prix des lecteurs de l\u2019Express-BFM TV 2014 \u2013 Prix Relay 2014) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2241\">\u00c0 ce stade de la nuit<\/a>,<\/span> 2015, 80 p. \u2013 Un chemin de tables -2016 \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6926\">Un monde \u00e0 port\u00e9e de main<\/a><\/span>\u00a0(2018) \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=11694\">Kiruna<\/a><\/span>\u00a0(2019) \u2013 Ariane espace (nouvelle \u2013 2020) \u2013 Cano\u00ebs (2021) &#8211; Servoz &#8211; avec Joy Sorman &#8211; (2022) &#8211; Un archipel (2022) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"De Kerangal, Maylis\u00a0 \u00ab\u00a0Jour de ressac\u00a0\u00bb (RLE2024) 256 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=20806\">Jour de ressac<\/a><\/span> (2024)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(Prix Landerneau 2012)<\/p>\n<p><strong>Contexte<\/strong>: \u00a028 mai 2010, \u00e0 Moscou, un petit groupe d\u2019\u00e9crivains fran\u00e7ais (et deux photographes) montent \u00e0 bord du Transsib\u00e9rien, dans deux wagons de premi\u00e8re classe fra\u00eechement repeints aux couleurs de l\u2019ann\u00e9e France-Russie. Direction Vladivostok, \u00e0 marche lente, au gr\u00e9 d\u2019un programme de rencontres et de visites suppos\u00e9es promouvoir l\u2019amiti\u00e9 franco-russe et les \u00e9changes litt\u00e9raires entre les deux pays. Sylvie Germain, Mathias Enard et Olivier Rolin ont \u00e9voqu\u00e9 ce voyage sans en t\u00e9moigner vraiment, dans des livres parus en 2011.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle apr\u00e8s la publication de ce po\u00e8me mythique, ces auteurs repr\u00e9sentatifs de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise contemporaine, dont certains ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit leurs textes sur ce voyage, accompliront le voyage imagin\u00e9 par le po\u00e8te: Patrick Deville, G\u00e9raldine Dunbar (Seule sur le Transsib\u00e9rien- Transbor\u00e9al- 2010), Jean Echenoz, Mathias Enard (L\u2019alcool et la nostalgie- Inculte \u00e9ditions, 2011), Dominique Fernandez (Transsib\u00e9rien-Grasset, 2012), <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2642\">Sylvie Germain (Le monde sans vous- Albin Michel, 2011)<\/a>, Guy Goffette, Minh Tran Huy, Maylis de Kerangal (Tangente vers l\u2019est- Verticales, 2012), Kris, Wilfried N\u2019Sond\u00e9, Jean-No\u00ebl Pancrazi, Olivier Rolin (Sib\u00e9rie \u2013 Inculte \u00e9ditions, 2011), Dani\u00e8le Sallenave (Sibir- Gallimard, 2012), et Eug\u00e8ne Savitskaya accompagn\u00e9s des photographes Tadeusz Kluba et Ferrante Ferranti, se sont lanc\u00e9s dans l\u2019aventure en traversant la Russie d\u2019Ouest en Est.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00abCeux-l\u00e0 viennent de Moscou et ne savent pas o\u00f9 ils vont. Ils sont nombreux, plus d\u2019une centaine, des gars jeunes, blancs, p\u00e2les m\u00eame, h\u00e2ves et tondus, les bras veineux le regard qui pi\u00e9tine, le torse encag\u00e9 dans un marcel kaki, allong\u00e9s sur les couchettes, laissant pendre leur ennui r\u00e9sign\u00e9 dans le vide, plus de quarante heures qu\u2019ils sont l\u00e0, \u00e0 touche-touche, coinc\u00e9s dans la latence du train, les conscrits.\u00bb<\/p>\n<p>Pendant quelques jours, le jeune appel\u00e9 Aliocha et H\u00e9l\u00e8ne, une Fran\u00e7aise mont\u00e9e en gare de Krasno\u00efarsk, vont partager en secret le m\u00eame compartiment, supporter les malentendus de cette promiscuit\u00e9 forc\u00e9e et d\u00e9jouer la traque au d\u00e9serteur qui fait rage d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre du Transsib\u00e9rien. Les voil\u00e0 condamn\u00e9s \u00e0 fuir vers l\u2019est, chacun selon sa logique propre et incommunicable.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Ce petit livre de 136 pages a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit dans ce contexte bien particulier, d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 dans le commentaire du livre de Sylvie Germain \u00ab\u00a0Un monde sans vous\u00a0\u00bb (<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2642\">voir article<\/a>). Le cahier des charges de ce voyage \u00e9tait de faire un \u00ab\u00a0carnet de bord\u00a0\u00bb du voyage, lors de son trajet sur la partie orientale de la ligne, les quelques 6000 kms qui relient\/s\u00e9parent Novossibirsk de Vladivostok\u00a0: \u00e9crire un texte destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre lu \u00e0 la radio, dans un format sp\u00e9cifique; ce roman est le texte remani\u00e9 de la lecture du r\u00e9cit radiophonique intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Ligne de fuite\u00a0\u00bb. De fait ce n\u2019est pas \u00e0 proprement parler un carnet de voyage mais un texte inspir\u00e9 par la ligne ferroviaire de 9000 km de long, plus d\u2019ailleurs par la ligne que par le train mythique et romantique incarn\u00e9 par les wagons de 1<sup>\u00e8re<\/sup> classe. Ce voyage dans le Transsib\u00e9rien aura tout d\u2019une double fuite sous la plume de Maylis de K\u00e9rangal. Un train, des rencontres\u2026 Dans les grands espaces de la Sib\u00e9rie, la rencontre improbable entre un jeune homme russe\u00a0et une femme fran\u00e7aise. Le Transsib\u00e9rien, une ligne \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb d\u2019abord construite pour s\u00e9curiser les confins de l\u2019empire du Tzar, sur laquelle des jeunes appel\u00e9s voyagent en 3<sup>\u00e8me<\/sup> classe, en m\u00eame temps que les voyageurs de prestige, les \u00e9trangers, les riches voyagent \u00ab\u00a0en premi\u00e8re\u00a0\u00bb. Un espace compartiment\u00e9, \u00ab\u00a0un huis-clos en mouvement \u00ab\u00a0 comme le dit l\u2019auteur. Deux \u00eatres qui fuient la Sib\u00e9rie, de mani\u00e8re diff\u00e9rente pour des raisons oppos\u00e9es. La fuite, l\u2019urgence\u2026 Barri\u00e8re culturelle, barri\u00e8re de la langue, barri\u00e8re culturelle, mais rencontre pour atteindre le salut, la libert\u00e9, se soustraire \u00e0 l\u2019emprise d\u2019autrui. Et ce que j\u2019aime comme toujours dans l\u2019\u00e9criture de cette romanci\u00e8re, c\u2019est le rythme, la respiration des textes en ad\u00e9quation avec le v\u00e9cu des personnages. Le phras\u00e9 suit l\u2019\u00e9volution du r\u00e9cit. Et le r\u00e9sultat donne un texte tr\u00e8s humain, fond\u00e9 sur des non-dits, des impressions, des sensations, \u00e0 fleur de peau et en m\u00eame temps avec une intensit\u00e9 dramatique qui repose sur le suspense et l\u2019urgence\u2026 On y d\u00e9couvre l\u2019univers du train, de la \u00ab\u00a0d\u00e9portation des appel\u00e9s, les dessous du syst\u00e8me\u2026 et aussi la solidarit\u00e9, le don de soi, la douceur et la violence.. La rencontre de deux fugitifs, de deux paum\u00e9s qui ont peur de l\u2019avenir qui leur est trac\u00e9 et qui n\u2019ont qu\u2019un seul but\u00a0: y \u00e9chapper\u2026 A l\u2019arriv\u00e9e, l\u2019oc\u00e9an, la clart\u00e9 de l\u2019air et les eaux couleur m\u00e9tal\u00a0; le vocabulaire de la sant\u00e9 et du c\u0153ur\u00a0: l\u2019 \u00e9lectrocardiogramme.. qui signifie qu\u2019ils sont vivants\u2026 et tout se termine.. sur une photo\u2026<\/p>\n<p>Le balancement du train, les erreurs d\u2019aiguillages, le d\u00e9sir de sortir des rails\u00a0; la nature, la Sib\u00e9rie, la solitude, le bouillonnement des eaux de la rivi\u00e8re, le calme du lac, l\u2019opacit\u00e9 de la nuit\u2026\u00a0;<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Putain la Sib\u00e9rie\u00a0! Voil\u00e0 ce qu\u2019il pense une pierre dans le ventre, et comme pris de panique \u00e0 l\u2019id\u00e9e de s\u2019enfoncer plus avant dans ce qu\u2019il sait \u00eatre une terre de bannissement, oubliette g\u00e9ante de l\u2019empire tsariste avant de virer pays du goulag. Un p\u00e9rim\u00e8tre interdit, une zone mutique et sans visage. Un trou noir.<\/p>\n<p>La cadence du train, monotone, loin d\u2019ankyloser son angoisse, l\u2019agite et la ravive,\u2026.<\/p>\n<p>Attendre, se faire oublier, se fondre cam\u00e9l\u00e9on parmi ceux qui sont l\u00e0, devenir transparent,\u2026<\/p>\n<p>il n\u2019est plus que ce point de fuite qui d\u00e9vore l\u2019espace et le temps, co\u00efncide avec lui, s\u2019en obs\u00e8de, pr\u00eat \u00e0 verser lui aussi dans le grand trou noir, \u00e0 y basculer t\u00eate la premi\u00e8re,<\/p>\n<p>la nuit trouble, opaque sans \u00eatre noire\u00a0\u2013\u00a0amie, ennemie, l\u00e0 encore, il ne sait pas<\/p>\n<p>Chacun de ses mouvements joue \u00e0 pr\u00e9sent comme une valve distribuant deux suites sym\u00e9triquement contraires, et irr\u00e9conciliables, qui se divisent \u00e0 leur tour, se divisent, se divisent encore, s\u2019enfoncent\u00a0dans un temps mat\u00e9riel, un futur ramifi\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 trouble du wagon, un futur qui rec\u00e8le sa\u00a0libert\u00e9,<\/p>\n<p>pour se souvenir et imaginer\u00a0\u2013\u00a0deux mani\u00e8res d\u2019y voir clair\u00a0\u2013<\/p>\n<p>Il l\u2019\u00e9coutait, tendu, avide, savait tout du bouillonnement qui l\u2019agitait, une effervescence pas moins forte, pas moins exceptionnelle que celle qui fracassait l\u2019atmosph\u00e8re \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres derri\u00e8re eux, l\u2019\u00e9coutait avec une telle attention qu\u2019il finissait par entendre tout ce qu\u2019elle ne disait pas, sa difficult\u00e9 \u00e0 vivre ici, hors socle, hors de son climat, hors de sa langue, aveugle et sourde elle r\u00e9p\u00e9tait en riant, et solitaire\u00a0\u2013\u00a0c\u2019est la vie sib\u00e9rienne plaisantait-il les premiers jours, la vie dans un monde retourn\u00e9 comme un gant, brut, sauvage, vide, tu verras que tu t\u2019y feras\u00a0!<\/p>\n<p>Le lac est tour \u00e0 tour la mer\u00a0int\u00e9rieure et le ciel invers\u00e9, le gouffre et le sanctuaire, l\u2019abysse et la puret\u00e9, le tabernacle et le diamant, il est l\u2019\u0153il bleu de la Terre, la beaut\u00e9 du monde,<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur :\u00a0Maylis Suzanne Jacqueline Le Gal de Kerangal passe son enfance au Havre, fille et petite-fille de capitaine au long cours. Elle \u00e9tudie en classe pr\u00e9paratoire au lyc\u00e9e Jeanne-d&rsquo;Arc de Rouen et ensuite \u00e0 Paris de 1985 \u00e0 1990 l&rsquo;histoire, la philosophie et l&rsquo;ethnologie. 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