{"id":3091,"date":"2016-07-01T14:26:21","date_gmt":"2016-07-01T13:26:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3091"},"modified":"2016-07-01T14:26:21","modified_gmt":"2016-07-01T13:26:21","slug":"graciano-marc-liberte-dans-la-montagne-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3091","title":{"rendered":"Graciano,  Marc \u00abLibert\u00e9 dans la montagne\u00bb (2013)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: N\u00e9 le 14 f\u00e9vrier 1966. Il vit au pied des montagnes aux confins de l\u2019Ain et du Jura, \u00e0 Bellegarde, non loin de Gen\u00e8ve &#8211; il est infirmier en psychiatrie. C\u2019est son premier roman.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00ab Depuis bien des jours le vieux cheminait avec la petite le long de la rivi\u00e8re. Quelquefois le vieux tenait la main de la petite mais, le plus souvent, il la laissait voyager seule autour de lui \u00bb : telle est la premi\u00e8re phrase de cette histoire puissamment envo\u00fbtante tant par la tension dramatique constante que Marc Graciano parvient \u00e0 conserver tout au long de ce voyage initiatique, sem\u00e9 d\u2019emb\u00fbches, dans un temps tr\u00e8s ancien, que par son style unique, fait de litanies.<\/p>\n<p>Dans leur p\u00e9riple vers l\u2019amont de la rivi\u00e8re, le nord, le vieux et la petite traversent une nature \u00e0 la fois splendide et sauvage, croisent des personnages inoubliables, comme le veneur.<\/p>\n<p>Vers o\u00f9 les conduira leur destin ?<\/p>\n<p><strong>Mon avis et analyse (j\u2019ai entendu l\u2019auteur en interview et not\u00e9 certaines indications)<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Il s\u2019agit pour moi d&rsquo;\u2019un r\u00e9cit (initiatique\u00a0?) totalement hors normes. Un cheminement \u2013 tant physique que p\u00e9destre, des images traduites en mots. Un voyage dans les cinq sens (les six\u00a0? car il a pour cadre un paysage de montagne, de sensations et de perceptions) qui est un passage, une transmission de la connaissance entre 2 \u00eatres. Ah oui\u00a0! Armez-vous de deux dictionnaires\u00a0: celui du vocabulaire de la chasse (mais ce n\u2019est pas un livre de traque et chasse des animaux) et un dictionnaire du parler m\u00e9di\u00e9val\u00a0 (mais non ce n\u2019est pas un roman historique, c\u2019est un roman qui se passe dans les temps anciens, au moyen-\u00e2ge\u2026 !) mais sinon le vocabulaire est simple, \u00e0 la port\u00e9e de l\u2019enfant Un voyage aussi dans le style et la langue, un style tr\u00e8s sp\u00e9cial, le rythme des phrases est lancinant par moments, avec le mart\u00e8lement du mot \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb \u2026 continuez\u00a0! On s\u2019y fait tr\u00e8s bien m\u00eame si au d\u00e9part cela semble tr\u00e8s particulier\u00a0!<\/p>\n<p>L\u2019auteur dit qu\u2019il s\u2019est un peu inspir\u00e9 de Saint Christophe, protecteur des p\u00e8lerins et des voyageurs qui voyage en portant un enfant.<\/p>\n<p>C\u2019est le voyage d\u2019un homme (le vieux \u2013 le vieux c\u2019est le sage, cela pourrait aussi \u00eatre le p\u00e8re mais ce n\u2019est jamais pr\u00e9cis\u00e9- on sait seulement que ce fut un guerrier et que maintenant c\u2019est un homme de sagesse et de paix) et d\u2019une fillette de 4 ans (la petite). Et le voyage n\u2019est pas de toute tranquillit\u00e9\u00a0; dans ces temps recul\u00e9s, on va affronter des dangers, traverser des endroits isol\u00e9s et faire des rencontres parfois belles et parfois plus angoissantes.<\/p>\n<p>Pour tout bagage, une couverture, un sac qui contient toutes leurs possessions (outils, instruments de cuisine, des choses qui s\u00e9curisent la petite. Le vieux et la petite surgissent de nulle part\u00a0; ils n\u2019ont pas de nom, pas de pass\u00e9, ils vont \u00e0 la source de la rivi\u00e8re \u2026 la source\u00a0? Un retour vers les origines du monde\u00a0? Un roman de perception\u00a0; une suite d\u2019images, de moments de nature, de vie, la communion entre les \u00eatres et la nature. Jamais on ne saura le lien entre les deux.<\/p>\n<p>L\u2019auteur a employ\u00e9 le terme \u00ab\u00a0livre inventaire\u00a0\u00bb\u00a0: le vieux montre le monde \u00e0 la petite. Il nomme les choses\u00a0; c\u2019est une le\u00e7on de vie, de sagesse. Il lui enseigne que l\u2019important est de cr\u00e9er et de poss\u00e9der\u00a0; mais pas n\u2019importe quelle possession\u00a0 &#8211; pas la possession mat\u00e9rielle qui peut se remplacer en cas de disparition. Il convient de poss\u00e9der la nature, le ciel, la for\u00eat, les plantes, la rivi\u00e8re, les animaux\u2026 la possession par la connaissance.<\/p>\n<p>Un cheminement\u00a0; les pas s\u2019enchainent, les mots aussi\u2026<\/p>\n<p>Et il y a les rencontres\u00a0: avec la nature, avec des animaux sauvages, avec des animaux apprivois\u00e9s \u2026 le merveilleux et le fabuleux ne sont pas totalement absents du roman\u00a0; t\u00e9moins de l\u2019\u00e9poque, ils vont croiser des montreurs d\u2019ours. La rencontre avec un abb\u00e9 non croyant, le veneur, des brigands, des voyageurs ind\u00e9licats\u2026 \u00a0Le mouvement \u2013 la danse &#8211; est aussi un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019histoire. Les esprits sont l\u00e0 (le veneur, sorte de chaman, la d\u00e9esse de la for\u00eat). Le corps est aussi un \u00e9l\u00e9ment central de la vie\u00a0; le vieux le soigne, avec des plantes, le lave, le v\u00e9n\u00e8re. Attention, la violence \u00e9tant pr\u00e9sente dans la nature et parmi les hommes, l\u2019histoire n\u2019en est pas exempte\u2026 loin de l\u00e0.<\/p>\n<p>C\u2019est le grand \u00e9cart entre la lecture que j\u2019ai comment\u00e9 juste avant (\u00ab\u00a0Le grand marin\u00a0\u00bb de Catherine Poulain ) et celle-ci\u2026 Deux conceptions de la vie, l\u2019une dans la violence et l\u2019affrontement, l\u2019autre dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et la compl\u00e9mentarit\u00e9. Tr\u00e8s gros coup de c\u0153ur.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019esprit du vieux \u00e9tait calme et pos\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019esprit du vieux \u00e9tait comme la lame de sa dague. Poli et effil\u00e9. Le vieux \u00e9tait un vrai et vieux guerrier balafr\u00e9 et coutur\u00e9 et impavide et parfaitement non impressionnable en tout.<\/p>\n<p>Le vieux \u00e9tait simplement rendu \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 un homme ne se conte plus d\u2019histoires. Il \u00e9tait rendu \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 un homme ne craint plus ni les \u00e9checs ni les succ\u00e8s. Le vieux \u00e9tait d\u00e9saffect\u00e9 et doux. Parfois, sur le chemin, de gros insectes percutaient le vieux dans leurs vols. Les insectes percutaient le vieux pacifiquement et le corps du vieux \u00e9tait si souple. Le corps du vieux \u00e9tait tellement empli de paix lui-m\u00eame qu\u2019il accusait chaque fois un recul de plusieurs centim\u00e8tres sous l\u2019impact.<\/p>\n<p>Le vieux \u00e9tait un v\u00e9t\u00e9ran.<br \/>\nUn sage.<br \/>\nUn fou.<\/p>\n<p>Il lui dit que les objets n\u2019avaient ni \u00e2me ni valeur et que la seule chose qui comptait \u00e9tait d\u2019avoir le pouvoir de les cr\u00e9er ou alors, mais que c\u2019\u00e9tait pareil, d\u2019avoir la capacit\u00e9 de les poss\u00e9der mais la petite fit une moue et elle semblait en douter. Alors le vieux dit \u00e0 la petite qu\u2019ils poss\u00e9daient des choses qu\u2019ils ne pouvaient pas perdre et que nul ne pourrait leur d\u00e9rober. Il lui dit qu\u2019ils poss\u00e9daient le ciel et il lui dit qu\u2019il poss\u00e9dait la for\u00eat et il lui dit qu\u2019ils poss\u00e9daient l\u2019enchantement chaque jour renouvel\u00e9 du chemin que tous deux\u00a0suivaient.<\/p>\n<p>Les visages des personnes alentour \u00e9taient p\u00e2les et fig\u00e9s par l\u2019\u00e9motion de retrouver une joie enfantine.<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient v\u00eatus de capes sombres qui se confondaient avec les t\u00e9n\u00e8bres et seuls leurs visages \u00e9taient visibles. Leurs visages semblaient secr\u00e9t\u00e9s par la nuit elle-m\u00eame et ils luisaient dans la clart\u00e9 crue de la torche. Leurs visages apparaissaient profond\u00e9ment rid\u00e9s par des sillons d\u2019ombre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il veillait comme s\u2019il guettait la venue improbable d\u2019une b\u00eate f\u00e9roce et mal\u00e9fique qui voudrait lui prendre la petite. Puis le vieux pensa au cadavre de l\u2019homme qu\u2019il avait laiss\u00e9 dans la carri\u00e8re. Puis le vieux pensa \u00e0 tous les cadavres de par le monde. \u00c0 tous les types de cadavres. Cadavre d\u2019homme. Cadavre d\u2019arbre. Cadavre d\u2019animal. Le vieux y pensa toute la nuit sans pouvoir dormir.<\/p>\n<p>L\u2019abb\u00e9 avait cet air doucement inspir\u00e9 de ceux qui viennent subitement de retrouver leur esprit.<\/p>\n<p>une mort si certaine, fils, qu\u2019elle te devient famili\u00e8re. Que tu marches sur un chemin en for\u00eat ou dans une ville, elle est l\u00e0. C\u2019est ta compagne.<\/p>\n<p>Un regard comme br\u00fbl\u00e9 par une trop grande lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u2026 il avait d\u2019urgence besoin de r\u00e9el. Qu\u2019il s\u2019\u00e9tait dit qu\u2019il devait embrasser le r\u00e9el. Le puissant. L\u2019amical. Le chaud.<\/p>\n<p>Durant tout le jour, le vieux et la petite long\u00e8rent \u00e9troitement la rivi\u00e8re. La ligne du chemin en terre grise \u00e9tait parfaitement rectiligne et elle finit par para\u00eetre au vieux celle d\u2019un horizon invers\u00e9<\/p>\n<p>Une ronde lune rousse infusait dans l\u2019eau de la rivi\u00e8re durant leurs veilles nocturnes et au matin, sur la terre des berges, ils voyaient, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 elles avaient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans l\u2019eau, des traces de b\u00eates imprim\u00e9es dans l\u2019argile fra\u00eeche et grise et ils faisaient l\u2019exp\u00e9rience de myst\u00e9rieux ph\u00e9nom\u00e8nes acoustiques.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un petit feu instable \u00e9tabli pour une \u00e9tape temporaire et la fum\u00e9e qui s\u2019en \u00e9chappait \u00e9tait\u00a0presque invisible et le vieux songea \u00e0 ce feu pr\u00e9caire allum\u00e9 pour cette \u00e9tape temporaire et il songea \u00e0 son voyage avec la petite. \u00c0 leur temporaire course sur la terre. Il songea \u00e0 leur vie comme \u00e0 un voyage \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9taient les saules. Il lui dit comment une d\u00e9coction de leur \u00e9corce soignait les fi\u00e8vres et le vieux apprit \u00e0 la petite comment chaque lieu sur terre g\u00e9n\u00e8re des maladies mais aussi comment il poss\u00e8de leurs rem\u00e8des.<\/p>\n<p>Il d\u00e9ploya son bras instantan\u00e9ment comme un h\u00e9ron d\u00e9ploie son cou. Comme un reptile d\u00e9tend son corps. Comme se d\u00e9plie la lani\u00e8re d\u2019un fouet et la petite crut m\u00eame entendre un claquement comme si, avec l\u2019effet de la vitesse, l\u2019articulation du poignet du vieux avait claqu\u00e9 mais d\u00e9j\u00e0 le vieux ramenait la t\u00eate du harpon en hissant la longue tige de buis vers lui.<\/p>\n<p>le pied du muguet \u00e9tait gain\u00e9 tandis que les tiges de l\u2019autre se diff\u00e9renciaient jusque dans le sol et que la racine du muguet \u00e9tait droite et inodore et finement veinul\u00e9e de violet tandis que celle de l\u2019autre \u00e9tait un bulbe couleur de nacre et \u00e0 la forte odeur d\u2019ail<\/p>\n<p>Cass\u00e9s en deux sur la terre noire et vomissant sur elle des impr\u00e9cations et des mal\u00e9fices.<\/p>\n<p>Le village \u00e9tait lov\u00e9 \u00e0 l\u2019abri contre la falaise comme sous la protection d\u2019un g\u00e9ant tut\u00e9laire.<\/p>\n<p>La meule \u00e9tait une roue de pierre grise et dure actionn\u00e9e par manivelle et, \u00e0 chaque tour, elle plongeait dans un r\u00e9servoir \u00e0 eau et la lame sifflait quand l\u2019homme l\u2019appliquait sur l\u2019aiguisoir et c\u2019\u00e9taient comme les sifflements d\u2019un petit dragon en col\u00e8re et la pierre s\u00e9cr\u00e9tait comme un suc d\u2019ardoise gris et albumineux<\/p>\n<p>l\u2019homme pr\u00e9cisa que les voyages sur la terre ne poss\u00e9daient, au bout du compte, jamais aucun but m\u00eame s\u2019il semblait souvent l\u2019inverse \u00e0 ceux qui les entreprenaient. Il sous-entendait ainsi que des voyages pouvaient \u00eatre entrepris ailleurs que sur la terre, pensa le vieux.<\/p>\n<p>L\u2019homme dit au vieux que lui et la petite \u00e9taient parvenus dans un village de r\u00e9prouv\u00e9s et de proscrits. Un asile pour les bannis ou pour les affranchis. Il dit que c\u2019\u00e9tait la m\u00eame chose. Non point un lieu tol\u00e9r\u00e9 mais plut\u00f4t un lieu oubli\u00e9. Une place franche oubli\u00e9e aux marches des abbayes et des duch\u00e9s. Un alleu. Un asile o\u00f9 s\u2019\u00e9taient rassembl\u00e9s des r\u00e9volt\u00e9s. Des frinligis dit l\u2019homme. Des hommes libres. Des hommes francs.<\/p>\n<p>La fen\u00eatre de la masure n\u2019\u00e9tait qu\u2019un mince abat-jour par o\u00f9 filtrait un peu de lumi\u00e8re et il sembla au vieux qu\u2019ils avaient p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans une \u00e9glise primitive.<\/p>\n<p>Puis l\u2019homme prit un air secret et il raconta aussi comment il avait vu la femme for\u00eat. La femme g\u00e9ante au doux regard piqu\u00e9 d\u2019\u00e9toiles. L\u2019homme disait qu\u2019elle avait la peau tachet\u00e9e de lumi\u00e8re et il disait qu\u2019il l\u2019avait vue s\u2019\u00e9vader vers le ciel, \u00e0 la nuit tomb\u00e9e, pour parcourir son pays et pour r\u00e9pandre sur lui son odeur de m\u00e8re.<\/p>\n<p>Sa voix se m\u00ealait au ren\u00e2clement triste du b\u00e9tail \u00e0 l\u2019attache. Aux pleurnicheries des oursons dans la pourvoierie. Sa voix se m\u00ealait au souffle de la lampe. Au souffle des arbres dehors. Au chant du vent dans la montagne au-dessus.<\/p>\n<p>Sa voix se m\u00ealait aux cris de l\u2019aigle par-dessus le marais.<\/p>\n<p>Durant la nuit, le temps s\u2019abeausit et le lendemain il faisait grand soleil<\/p>\n<p>Les eaux de la rivi\u00e8re \u00e9taient troubles et elles luisaient tr\u00e8s faiblement sous la ronde lune masqu\u00e9e de nuages et, plus loin, un rapide roucoulait et restait invisible dans le noir. L\u2019air \u00e9tait satur\u00e9 d\u2019une odeur d\u2019herbe et d\u2019eau.<\/p>\n<p>Le vieux se sentait cosmiquement reli\u00e9 au grand tout. \u00c0 l\u2019intelligence du monde comme \u00e0 sa plus grande b\u00eatise et les animaux autour semblaient pr\u00e9venus de son d\u00e9sir total de paix totale. De sa parfaite aboulie actuelle car sa pr\u00e9sence dans le marais ne cr\u00e9ait aucun remuement suspect ou affol\u00e9.<\/p>\n<p>Fleur de ma vie, disait-il. Tu es le sang et je suis le c\u0153ur et tu es la chair et je suis les os et tu es l\u2019eau et je suis la rivi\u00e8re et tu es la blessure et tu es son rem\u00e8de\u00a0\u2026<\/p>\n<p><strong><em>Image<\/em><\/strong>\u00a0: La vall\u00e9e de la Valserine<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: N\u00e9 le 14 f\u00e9vrier 1966. Il vit au pied des montagnes aux confins de l\u2019Ain et du Jura, \u00e0 Bellegarde, non loin de Gen\u00e8ve &#8211; il est infirmier en psychiatrie. 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