{"id":3202,"date":"2016-07-30T16:31:40","date_gmt":"2016-07-30T15:31:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3202"},"modified":"2019-01-27T17:11:59","modified_gmt":"2019-01-27T16:11:59","slug":"veronesi-sandro-chaos-calme-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3202","title":{"rendered":"Veronesi, Sandro \u00abChaos calme\u00bb (2008)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Sandro Veronesi est n\u00e9 en Toscane en 1959 et obtient un dipl\u00f4me d&rsquo;architecture \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Florence, avant de se tourner vers l&rsquo;\u00e9criture. Apr\u00e8s une incursion pr\u00e9coce mais sans suite en po\u00e9sie, il fait ses d\u00e9buts en tant que romancier. Il a notamment obtenu le Prix Campiello et le Prix Viareggio pour La force du pass\u00e9, (Plon) et le Prix Strega 2006 en Italie, puis le Prix M\u00e9diterran\u00e9e et le Prix Femina 2008 en France pour <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3202\">Chaos calme<\/a> (Grasset), adapt\u00e9 au cin\u00e9ma avec Nanni Moretti. Suivront Terrain vague (Grasset, 2010), XY (Grasset, 2013), Un coup de t\u00e9l\u00e9phone du ciel (Grasset, 2014) et Terres rares (Grasset, 2016). Sandro Veronesi nous offre avec \u00ab\u00a0Terres rares\u00a0\u00bb, la suite de \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3202\">Chaos calme<\/a>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Les gens pensent beaucoup moins \u00e0 nous qu\u2019on ne le croit. \u00ab Je m\u2019appelle Pietro Palladini, j\u2019ai 43 ans et je suis veuf \u00bb. C\u2019est ainsi que se pr\u00e9sente le h\u00e9ros du nouveau roman de Sandro Veronesi. Un homme en apparence combl\u00e9. Il a une excellente position professionnelle, une femme qui l\u2019aime, Lara, et une fille de dix ans. Mais un jour, au moment o\u00f9 son mari sauve la vie d\u2019une inconnue qui se noie, Lara succombe \u00e0 une crise cardiaque\u2026 La vie de Pietro bascule. Sa soci\u00e9t\u00e9 de t\u00e9l\u00e9vision est \u00e0 la veille de fusionner avec des am\u00e9ricains. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, Pietro se r\u00e9fugie dans sa voiture gar\u00e9e devant l\u2019\u00e9cole de sa fille. Puis il se prom\u00e8ne dans le square en face : il attend qu\u2019une terrible douleur le terrasse\u2026 mais rien ne vient. En observant le monde de l\u2019endroit o\u00f9 il s\u2019est enracin\u00e9, il d\u00e9couvre peu \u00e0 peu la face cach\u00e9e des choses, de ses coll\u00e8gues de travail, des parents d\u2019\u00e9l\u00e8ves et de ses proches, tous portant leur propre fardeau. Ils accourent vers lui et devant son calme incompr\u00e9hensible, les masques tombent. Ainsi son histoire devient immense, elle les englobe tous, elle les guide, elle les inspire. Plein de sagesse, brillant, sceptique, cordial, impr\u00e9visible, Pietro est l\u2019homme qui avance \u00e0 t\u00e2tons sur la voie de l\u2019authenticit\u00e9, avec son intelligence : il avance, il exp\u00e9rimente, il tire des conclusions.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Alors qu\u2019il \u00e9tait en train de sauver une femme de la noyade, la femme de Pietro meurt brutalement. Il reste seul avec sa fille de 11 ans et il culpabilise un maximum de ne pas ressentir la souffrance qu\u2019il devrait \u00e9prouver et de voir que la fillette r\u00e9siste remarquablement bien au choc. Il se transforme en p\u00e8re mod\u00e8le, toujours pr\u00e9sent, pr\u00eat \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer sa fillette en morceaux\u2026 Mais elle ne casse pas \u2026 De fait il se fige pour ne pas affronter son deuil et le fait de vivre au jour le jour sans penser au lendemain le prot\u00e8ge et l\u2019emp\u00eache d\u2019affronter la situation. Il vit dans un \u00ab\u00a0temps suspendu\u00a0\u00bb, dans sa voiture ou sur un banc, devant l\u2019\u00e9cole. Dans sa recherche pour donner un sens \u00e0 sa vie, il d\u00e9cide de tout concentrer sur sa fille et d\u2019une certaine fa\u00e7on, il se d\u00e9connecte. Ce livre permet de d\u00e9couvrir la vie d\u2019un coin de rue de Milan\u00a0; avec ses habitu\u00e9s qui passent \u00e0 heure fixes, la fille qui prom\u00e8ne son chien, le policier, la maman avec son enfant malade. M\u00eame le temps est fig\u00e9 car l\u2019automne est d\u2019une chaleur exceptionnelle et prolonge ainsi les conditions de l\u2019\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ce deuil survient alors que son univers professionnel est en pleine mutation. Et finalement il devient le seul point fixe de l\u2019histoire\u00a0; Il r\u00e9duit son univers \u00e0 sa fille, la place o\u00f9 se dresse son \u00e9cole et en quelques semaines, il se transforme en point d\u2019ancrage de tous les gens qui gravitent autour de lui et qui viennent lui raconter leurs malheurs\u00a0; il va d\u00e9couvrir le c\u00f4t\u00e9 obscur de la vie de personnes qu\u2019il c\u00f4toyait professionnellement, il se transforme en confesseur des soucis des autres. Les personnes qui souffrent se confient \u00e0 lui, persuad\u00e9es que sa souffrance en fait l\u2019oreille parfaite pour s\u2019\u00e9pancher. Et lui, qui n\u2019ose pas dire qu\u2019il vit la situation de mani\u00e8re anormale, qu\u2019en fait il ne souffre pas, n\u2019ose pas les d\u00e9tromper. Il culpabilise de se sentir vivant alors que sa femme est morte. C\u2019est un livre ou pass\u00e9 et pr\u00e9sent se confondent avec le pr\u00e9sent simultan\u00e9 de plusieurs personnes qui se croisent et se recroisent. Il y a aussi dialogue avec la disparue qui lui parle via un disque qui \u00e9tait dans le lecteur cd de sa voiture. Il essaie de mettre de l\u2019ordre dans le chaos (interne et externe) de sa vie en figeant le pr\u00e9sent et repoussant le futur. Il bannit toute improvisation et se fond dans la routine pour ne pas avoir \u00e0 penser, ne pas devoir intellectualiser la vie. Il a trouv\u00e9 un petit coin tranquille, immuable, qui ne change pas, et cela le rassure, l\u2019enveloppe dans un cocon de stabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour vivre un deuil, il faut l\u2019int\u00e9grer, le vivre, l\u2019accepter\u00a0; ce n\u2019est pas le cas. Il est d\u00e9concert\u00e9 de ne pas ressentir ce qu\u2019il imagine devoir ressentir, ce que la soci\u00e9t\u00e9 attend de lui en mati\u00e8re de souffrance. Le livre est constitu\u00e9 de dialogues int\u00e9rieurs, de listes de souvenirs. Toute la vie pass\u00e9e de cet homme d\u00e9file\u00a0; il se la rem\u00e9more en faisant des listes. Ce livre aborde les rapports p\u00e8re\/fils, fr\u00e8re\/fr\u00e8re, S\u0153ur\/s\u0153ur\u2026 Et c\u2019est aussi une remise en question ou Pietro va devoir accepter que ce qui \u00e9tait acquis et immuable dans son pass\u00e9 \u00e9tait en face une id\u00e9e qu\u2019il s\u2019en faisait et non pas une r\u00e9alit\u00e9. Toutes ses certitudes vont \u00eatre \u00e9branl\u00e9e et il va devoir remettre de l\u2019ordre dans ce qu\u2019il refuse d\u2019admettre, \u00e0 tous les temps de la vie.<\/p>\n<p>Et finalement celle qui va mettre fin \u00e0 ce \u00ab\u00a0chaos calme\u00a0\u00bb ce sera sa fillette, qui va lui demander de recommencer \u00e0 avancer, \u00e0 travailler, \u00e0 faire avancer le temps qui s\u2019\u00e9tait fig\u00e9. Elle lui permettra de renaitre en remettant le moteur en marche si on peut dire.<\/p>\n<p>Le titre est un oxymore qui exprime l\u2019inconcevable\u00a0: \u00ab\u00a0chaos calme\u00a0\u00bb. Pietro, fixe dans un monde qui et en plein bouleversement. Et qui souligne que la vie de Pietro est un non-sens total. Architecte de formation, Veronesi construit son roman, examine les fondations des vies et la construction des \u00eatres. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 et je vais maintenant lire la suite \u00ab\u00a0Terre rares\u00a0\u00bb qui vient de sortir, 8 ans plus tard.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Je ne sais pas ce que c\u2019est, peut-\u00eatre l\u2019expression de mon visage pendant que je disais cette chose si naturelle, ou tout simplement parce qu\u2019elle est vraie, mais le fait est qu\u2019un \u00e9lan de compassion douloureuse traverse son visage. Je vais devoir surveiller ce que je dis dor\u00e9navant, et ma fa\u00e7on de le dire si je ne veux pas que les gens me prennent en piti\u00e9.<\/p>\n<p>et m\u00eame si ce n\u2019\u00e9tait pas le cas\u00a0\u2013 mais au bout du compte, c\u2019est toujours le cas, il y a toujours un p\u00e8re derri\u00e8re les satisfactions que les hommes trouvent dans la vie\u00a0\u2013,<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4toyer un homme qui voulait se croire Dieu, il a fini par se prendre pour Dieu lui aussi\u00a0: pas Dieu, peut-\u00eatre, mais disons, <em>un<\/em>\u00a0dieu\u00a0; un \u00eatre qui transforme en juste tout ce qu\u2019il fait.<\/p>\n<p>Je resterai immobile, j\u2019attendrai, je me montrerai, mais je serai comme ces \u00e9toiles qui sont d\u00e9j\u00e0 mortes et qui pourtant continuent \u00e0 briller parce qu\u2019elles sont tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9es.<\/p>\n<p>tout le monde a le droit d\u2019\u00eatre agressif, me disais-je, et elle s\u2019en prenait \u00e0 moi parce qu\u2019elle n\u2019avait que moi sous la main.<\/p>\n<p>j\u2019ai toujours essay\u00e9 de faire du mieux que je pouvais, bien s\u00fbr, et dans certains cas, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de bien faire, sous peine de perdre estime, argent et m\u00eame affection, mais je n\u2019ai jamais pens\u00e9 un instant \u00e0 flirter avec la perfection<\/p>\n<p>il ne faut jamais oublier que le temps ne s\u2019\u00e9coule que dans un sens, et que ce qu\u2019on voit en le remontant est trompeur. Le temps n\u2019est pas un palindrome\u00a0: en partant de la fin et en le parcourant \u00e0 l\u2019envers dans son entier, il semble prendre d\u2019autres significations, inqui\u00e9tantes, toujours, et il ne faut pas se laisser impressionner.<\/p>\n<p>VAMNCSH. Vingt Avril Mille Neuf Cent Soixante-Huit. Sa date de naissance.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les mauvais r\u00eaves ne semblent jamais \u00eatre des r\u00eaves, dis-je. Puis on se r\u00e9veille et ils s\u2019\u00e9vanouissent pour toujours.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je ne dois pas oublier que je ne suis pas eux. Je\u00a0dois \u00e9couter et observer, d\u00e9tach\u00e9. Je dois survoler. Je dois noter les d\u00e9tails, m\u2019acharner sur l\u2019inessentiel, me distraire.<\/p>\n<p>Aucune douleur\u00a0: je continue \u00e0 me sentir comme quelqu\u2019un qui est tomb\u00e9 du toit et qui, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre relev\u00e9 indemne, ne cesse de se palper, incr\u00e9dule<\/p>\n<p>Entre nous deux, il n\u2019y a jamais eu de v\u00e9ritable probl\u00e8me, voil\u00e0, et c\u2019est peut-\u00eatre \u00e7a le probl\u00e8me\u00a0: nous \u00e9tions trop semblables pour ne pas nous sentir oblig\u00e9s de saisir le moindre pr\u00e9texte de nous montrer diff\u00e9rents\u00a0;<\/p>\n<p>Il voudra discuter, objecter. Mieux vaut que j\u2019\u00e9teigne mon cerveau.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Je ne sais pas comment, mais c\u2019est comme si elle avait trouv\u00e9 un \u00e9quilibre \u00e0 elle, absurde, impr\u00e9visible, et qu\u2019elle vivait sur cet \u00e9quilibre, jour apr\u00e8s jour, en \u00e9vitant le probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Je ferai attention. Comme si je marchais sur de la neige fra\u00eeche.<br \/>\n\u2014\u00a0C\u2019est tout \u00e0 fait \u00e7a. Voil\u00e0 comment il faut faire avec elle. Marcher sur la neige fra\u00eeche.<\/p>\n<p>l\u2019effort pour soutenir son regard produit instantan\u00e9ment une \u00e9trange sensation liquide, comme si toutes les d\u00e9fenses tombaient, que l\u2019instinct de conservation disparaissait devant une passivit\u00e9 mortelle et que soudain l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 d\u2019\u00eatre, mettons, \u00e9tendu sur un divan et d\u00e9vor\u00e9 vivant sans opposer de r\u00e9sistance, n\u2019\u00e9tait pas si lointaine.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, reprend-elle, elle se limitera \u00e0 nous proposer une br\u00e8ve introduction, et sera ensuite \u00e0 notre disposition pour\u00a0\u2013 et l\u00e0, apportant une contribution exemplaire, pavlovienne, \u00e0 notre soir\u00e9e, le micro rend l\u2019\u00e2me. Il meurt de cette fa\u00e7on p\u00e9remptoire qu\u2019ont les objets de nous claquer d\u2019un coup entre les doigts, en nous signifiant que cette fois, il ne s\u2019agit pas d\u2019un caprice, d\u2019un d\u00e9faut auquel on peut rem\u00e9dier en bricolant, ou d\u2019une panne qu\u2019on peut r\u00e9parer, mais bien du fameux \u00c9v\u00e9nement In\u00e9luctable qui t\u00f4t ou tard survient pour tout objet en fonctionnement dans notre univers. Une mort, justement\u00a0: un tr\u00e9pas.<\/p>\n<p>Travailler sur la fa\u00e7on de pr\u00e9senter la mort aux enfants revient \u00e0 travailler sur la fa\u00e7on dont nous la pr\u00e9sentons \u00e0 nous-m\u00eames\u00a0: tout est l\u00e0.<\/p>\n<p>Ce genre de formulation. Le\u00a0<em>je me demande<\/em>\u00a0est un message hypnotique, il arrive directement \u00e0 l\u2019inconscient. Je me demande. Nous devons lui montrer toute notre incertitude, toute notre imperfection pour qu\u2019il ne croie pas qu\u2019il n\u2019est pas \u00e0 la hauteur. L\u2019inconscient de l\u2019enfant, cette splendeur ph\u00e9nom\u00e9nale qui est en lui, est encore ouvert, \u00e0 tous les vents, et les sentiments le blessent.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0il faut faire tr\u00e8s attention \u00e0 ce qu\u2019on dit aux enfants car les enfants y croient\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9cole sombre est une masse imposante, romantique. Je ne l\u2019ai jamais vue ainsi\u00a0: elle a un aspect inutile et d\u00e9sol\u00e9, on dirait un jouet cass\u00e9 comme tout ce qui appartient aux enfants et que les enfants d\u00e9laissent. Elle tient debout, c\u2019est tout, pur produit de forces vectorielles, comme avalant le temps qui la s\u00e9pare de sa gloire diurne. Tout semble la soutenir dans son effort silencieux pour arriver \u00e0 demain\u00a0: l\u2019absurde tranquillit\u00e9 estivale de cette nuit d\u2019octobre, les arbres, le square, la rue, les immeubles en face, les voitures gar\u00e9es\u00a0\u2013 sur lesquelles r\u00e8gne la C3 bless\u00e9e que personne ne r\u00e9clame.<\/p>\n<p>La v\u00e9rit\u00e9 est que le monde est une balle magique, mon pote, et c\u2019est la seule raison pour laquelle l\u2019eau ne sort pas des oc\u00e9ans pendant que la terre tourne.<\/p>\n<p>j\u2019ai mis des sous-v\u00eatements et une chemise propres, un complet gris impeccablement repass\u00e9, des chaussures cir\u00e9es, ma plus belle cravate, et ainsi, en m\u2019appuyant sur ce dont je peux disposer de mieux, j\u2019ai trouv\u00e9 le courage de continuer. C\u2019\u00e9tait une esp\u00e8ce de leurre, bien s\u00fbr, mais \u00e7a marchait\u00a0: l\u2019habit faisait le moine.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions seuls, le temps qui devait passer et moi.<\/p>\n<p>Il remplit les assiettes\u00a0: d\u2019abord la mienne, une portion \u00e9norme, puis la sienne, une portion \u00e9norme. Je sais ce qu\u2019il en est\u00a0: le culte bien romain de l\u2019abondance, la quantit\u00e9 qui devient qualit\u00e9. Les Milanais s\u2019en abstiennent\u00a0: ils y voient de\u00a0la vulgarit\u00e9.<\/p>\n<p>hier, devant cet homme, il y avait encore le pass\u00e9, ligot\u00e9 et b\u00e2illonn\u00e9, qui lui infligeait ses plaintes sinistres\u00a0; et maintenant, il y a l\u2019avenir, et c\u2019\u00e9tait \u00e7a la grande machine dont les d\u00e9m\u00e9nageurs \u00e9taient les engrenages\u00a0: l\u2019avenir, son avenir.<\/p>\n<p>j\u2019avais disparu de la circulation, optant pour\u00a0<em>la fuite<\/em>\u00a0\u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9poque c\u2019\u00e9tait facile, il n\u2019y avait pas de t\u00e9l\u00e9phones portables\u00a0\u2013,<\/p>\n<p>Tu te souviens qui tu \u00e9coutais \u00e0 son \u00e2ge\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Moi\u00a0? J\u2019\u00e9coutais Pino Daniele.<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Halloween n\u2019est pas la f\u00eate des morts.<br \/>\n\u2014\u00a0C\u2019est la f\u00eate des morts, des sorci\u00e8res et des fant\u00f4mes.<br \/>\n\u2014\u00a0C\u2019est Samain, l\u2019ancien jour de l\u2019An celte. Cette f\u00eate est un exorcisme contre l\u2019hiver et les famines, et plus tard les Irlandais \u00e9migr\u00e9s en Am\u00e9rique l\u2019ont combin\u00e9e avec la l\u00e9gende de la lanterne de citrouille, les masques et les farces.<\/p>\n<p>\u00c7a s\u2019est trouv\u00e9 comme \u00e7a. Il faut aussi faire confiance \u00e0 la pente que prend le monde, de temps en temps, non\u00a0?<\/p>\n<p>La plupart du temps, le seul ordre que nous concevions est la r\u00e9p\u00e9tition \u00e0 outrance des m\u00eames gestes, accomplis de la m\u00eame fa\u00e7on, au m\u00eame endroit et \u00e0 la m\u00eame heure\u00a0; seules des contraintes ext\u00e9rieures nous obligent \u00e0 changer, mais nous nous adaptons au changement et nous recommen\u00e7ons \u00e0 nous r\u00e9p\u00e9ter dans nos nouveaux gestes.<\/p>\n<p>Soudain, l\u2019habitacle s\u2019est resserr\u00e9 comme si mon Audi \u00e9tait devenue une Panda.<\/p>\n<p>il ressemble vraiment \u00e0 Marlon Brando\u00a0: m\u00eames cheveux blancs en bataille, m\u00eame m\u00e9lange inhumain de magn\u00e9tisme animal et de masse corporelle.<\/p>\n<p>Et l\u00e0, un gallicisme lui \u00e9chappe,\u00a0<em>infatto<\/em>\u00a0au lieu de\u00a0<em>infatti<\/em>, ce qui, pour un espion, pourrait signifier la mort.<\/p>\n<p>le doute angoissant, quotidien de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 assez prudent, ou habile, ou pr\u00e9voyant, ou rapide,<\/p>\n<p>Pour elle, \u00e7a a tout l\u2019air d\u2019\u00eatre un moment magique, une r\u00e9gression dans cette enfance qu\u2019elle s\u2019appr\u00eate \u00e0 quitter\u00a0: agir sans penser, \u00e9prouver de la joie, des \u00e9motions, du plaisir, sans se soucier une minute de l\u2019apr\u00e8s\u00a0: ce serait un crime de le lui g\u00e2cher.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Sandro Veronesi est n\u00e9 en Toscane en 1959 et obtient un dipl\u00f4me d&rsquo;architecture \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Florence, avant de se tourner vers l&rsquo;\u00e9criture. Apr\u00e8s une incursion pr\u00e9coce mais sans suite en po\u00e9sie, il fait ses d\u00e9buts en tant que romancier. Il a notamment obtenu le Prix Campiello et le Prix Viareggio pour La force &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3202\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3203,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,101,9,155,105],"tags":[],"class_list":["post-3202","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-italie-2","category-italie","category-milan","category-roman"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3202","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3202"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3202\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":7794,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3202\/revisions\/7794"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3203"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3202"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3202"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3202"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}