{"id":3228,"date":"2016-08-08T16:36:41","date_gmt":"2016-08-08T15:36:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3228"},"modified":"2016-08-08T16:36:41","modified_gmt":"2016-08-08T15:36:41","slug":"davrichewy-kethevane-lautre-joseph-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3228","title":{"rendered":"Davrichewy, K\u00e9th\u00e9vane \u00ab L&rsquo;Autre Joseph \u00bb (2016)"},"content":{"rendered":"<p>Fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle &#8211;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: \u00ab Joseph Djougachvili, dit Staline, surnomm\u00e9 Sosso dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, est n\u00e9 en G\u00e9orgie, \u00e0 Gori, en 1878. Quelques ann\u00e9es plus tard, \u00e0 quelques rues de l\u00e0, naissait un autre Joseph, Davrichachvili, ou Davrichewy. \u00bb D\u00e8s les premi\u00e8res lignes de son nouveau livre, K\u00e9th\u00e9vane Davrichewy avertit son lecteur : la m\u00e9moire familiale en sera la mati\u00e8re. Mais, quand son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re a grandi avec Staline, l\u2019histoire intime prend tr\u00e8s vite une dimension vertigineuse. Avec sobri\u00e9t\u00e9 et naturel, la romanci\u00e8re entre de plain-pied dans l\u2019enfance de \u00ab l\u2019autre Joseph \u00bb : fils du pr\u00e9fet de Gori, il est \u00e9lev\u00e9 au milieu des gamins des rues, fascin\u00e9s comme lui par les l\u00e9gendes bibliques et les bandits caucasiens. M\u00eame s\u2019il partage avec le petit Djougachvili des r\u00eaves d\u2019h\u00e9ro\u00efsme et de grandeur, son camarade \u2013 exalt\u00e9, batailleur et arrogant \u2013 l\u2019agace. D\u2019autant qu\u2019on ne cesse de souligner leur ressemblance physique, frappante en effet. Des rumeurs ne circulent-elles pas sur une liaison entre le pr\u00e9fet Davrichewy et la m\u00e8re de Sosso ? Jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9volution de 1905, o\u00f9 les ardents activistes que sont devenus les deux Joseph combattront c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, leurs destins s\u2019\u00e9crivent en parall\u00e8le. Tous deux poursuivent leur scolarit\u00e9 \u00e0 Tiflis : Sosso au s\u00e9minaire, o\u00f9 il s\u2019av\u00e8re un agitateur notoire ; Joseph au coll\u00e8ge, o\u00f9 il prend sous sa protection un gar\u00e7on romantique et malingre, Lev Rosenfeld, le futur Kamenev. Alors que Sosso est envoy\u00e9 en prison, puis exil\u00e9 en Sib\u00e9rie, Joseph part \u00e9tudier \u00e0 Paris, bouillonnant d\u2019id\u00e9es r\u00e9volutionnaires. Quand ils se retrouvent \u00e0 Tiflis, Joseph se bat pour une G\u00e9orgie ind\u00e9pendante, alors que Sosso le Bolchevik a d\u2019autres vis\u00e9es. La distance se creuse, nourrie par les anciennes rivalit\u00e9s\u2026 Comme autant de ponctuations rythmant les tumultueuses aventures des deux jeunes gens, des chapitres plus personnels interrogent le destin familial : qu\u2019en aurait-il \u00e9t\u00e9 des Davrichewy si, depuis sa tendre enfance, Joseph n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de prendre en compte son encombrant camarade \u2013 et suppos\u00e9 demi-fr\u00e8re ? Dans sa passionnante enqu\u00eate sur son myst\u00e9rieux arri\u00e8re-grand-p\u00e8re, l\u2019\u00e9crivain s\u2019empare de l\u2019histoire pour la mettre \u00e0 sa vraie place : dans sa vie. Les derni\u00e8res pages de son roman \u00e9clairent de mani\u00e8re bouleversante la d\u00e9dicace \u00e0 son propre p\u00e8re.<\/p>\n<p>Finaliste du prix RTL-Lire &#8211; Prix du Roman historique\/Prix des lecteurs de Levallois<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Tr\u00e8s beau t\u00e9moignage sur son arri\u00e8re-grand-p\u00e8re paternel, beau livre sur les origines de sa famille. Quand on a dans sa famille l\u2019\u00e9ventuel demi-fr\u00e8re de Staline et qu\u2019on \u00e9crit, le sujet est tentant. Des rumeurs courent et pendant toute sa vie le doute d\u2019\u00eatre le demi-fr\u00e8re de Staline va peser sur sa vie. Une belle page d\u2019histoire sur une famille d\u00e9racin\u00e9e, tortur\u00e9e, pleine de non-dits. Deux Joseph qui se ressemblent et s\u2019affrontent, suivant des itin\u00e9raires faits de confrontations et de rencontres. Un apprentissage de la vie, de la lutte, de la vie. Et aussi une recherche de rapprochement entre un fils et son p\u00e8re. A la fois une part d\u2019histoire et une histoire de relations humaines. J\u2019aime toujours autant la plume de la romanci\u00e8re. A la fois un roman sur la jeunesse de Staline et une pr\u00e9sentation de la G\u00e9orgie et des g\u00e9orgiens de cette \u00e9poque qui ne veulent pas tomber sous la coupe de la Russie. Deux \u00e2mes de r\u00e9volutionnaires qui ne suivront pas le m\u00eame parcours\u00a0; leurs destins bifurquent. Mais ce qui est beau dans ce livre c\u2019est la qu\u00eate de reconstruction de la famille et la recherche de la v\u00e9rit\u00e9 dans les rapports familiaux et humains par-del\u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 historique et l\u2019histoire des personnages.<\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 sa fa\u00e7on de traiter le sujet. Encore une fois j\u2019aime ce qu\u2019\u00e9crit cette romanci\u00e8re et comment elle pr\u00e9sente ses sujets\/personnages.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Joseph oublie l\u2019\u00e9cole, comme si l\u2019enfance se d\u00e9roulait pendant ces heures de libert\u00e9.<\/p>\n<p>Les pleurs des femmes fendent l\u2019air fig\u00e9, qui explose en mille expirations,<\/p>\n<p>Ce dernier emploie une m\u00e9thode p\u00e9dagogique plus efficace, il frappe sur les doigts des \u00e9l\u00e8ves avec une grande r\u00e8gle \u00e0 la moindre erreur.<\/p>\n<p>Un peu plus tard, le jeune dandy se mit, selon les coutumes de Paris, \u00e0 envoyer des fleurs aux jeunes filles qu\u2019il courtisait. Ses camarades entreprirent de d\u00e9raciner les lilas et les jasmins des alentours. Le quartier fut si d\u00e9vast\u00e9 que le jardinier en chef arma son fusil de gros sel et se mit \u00e0 monter la garde.<\/p>\n<p>La plupart lisent de la litt\u00e9rature en g\u00e9orgien (leur langue est encore pr\u00e9dominante) et le journal quotidien qui passe de main en main. Pourtant, les l\u00e9gendes, les po\u00e8mes et les chants qui se transmettent de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration v\u00e9hiculent une culture appartenant \u00e0 une civilisation diff\u00e9rente, tr\u00e8s ancienne, ancr\u00e9e dans les esprits. Les traditions, que l\u2019administration russe veut d\u00e9truire, contribuent \u00e0 maintenir en vie une \u00e2me nationale.<\/p>\n<p>Il s\u2019y trouve une piscine naturelle, un large trou profond, les enfants y sont jet\u00e9s en file indienne, se d\u00e9battent pour \u00e9viter la noyade et, port\u00e9s par le courant, reprennent pied un peu plus loin\u00a0: des le\u00e7ons de natation particuli\u00e8res.<\/p>\n<p>Sosso veut devenir moine, ou brigand, il oscille, se recueillir au sommet de la montagne, pr\u00e8s de Dieu, ou \u00eatre un h\u00e9ros national comme Saakadz\u00e9. Si Staline n\u2019avait pas lu Marx, songera plus tard Joseph, il aurait pu \u00eatre l\u2019un des fameux bandits du Caucase d\u00e9fendant les paysans exploit\u00e9s par la noblesse et l\u2019administration tsaristes. Il aurait probablement fini ses jours au bout d\u2019une corde, le visage tourn\u00e9 vers le ciel immacul\u00e9 des sommets caucasiens.<\/p>\n<p>Le\u00a0<em>krivi<\/em>\u00a0est une lutte libre, survivant d\u2019un pass\u00e9 moyen\u00e2geux que les Russes tentent de faire interdire. Mais les habitants n\u2019y renoncent pas et s\u2019attirent les foudres du gouvernement<\/p>\n<p>Je n\u2019aime pas le symbolisme des dates, ne suis attach\u00e9e ni aux anniversaires ni aux comm\u00e9morations. Les c\u00e9l\u00e9brations ne me consolent pas, ne me font pas de bien.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Oh citoyens aveugles, quelle erreur vous commettez, admonestait Crat\u00e8s le Cynique aux Ath\u00e9niens. Vous passez votre vie \u00e0 amasser des richesses, mais vous n\u00e9gligez l\u2019\u00e9ducation de vos enfants. Malheur \u00e0 vous, \u00e0 vos richesses et \u00e0 la destin\u00e9e de votre Ath\u00e8nes. On ne laisse pas une jeunesse se faire, on fait la jeunesse, r\u00e9cite Lev, la voix tremblante.<\/p>\n<p>Il nage vers le large, se laisse couler. Soudain, il se d\u00e9bat de toutes ses forces, il veut vivre. Il parvient \u00e0 regagner le rivage.<\/p>\n<p>Il n\u2019a jamais oubli\u00e9 ce premier amour, c\u2019est le seul dont il\u00a0parlera.<\/p>\n<p>L\u2019allure de Sosso montre qu\u2019il est seul, sans g\u00eete, sans m\u00e9tier, sur le chemin de la vie.<\/p>\n<p>Je fais toutes sortes de petits boulots. Et puis, la r\u00e9volution au c\u0153ur nourrit un homme, lance Sosso.<\/p>\n<p>Il a remplac\u00e9 l\u2019\u00c9vangile par le marxisme, mais il est tout aussi fanatique et sectaire.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais, Sosso veut qu\u2019on l\u2019appelle Koba, du nom d\u2019un po\u00e8te g\u00e9orgien du\u00a0XIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Autrefois, le silence entre eux \u00e9tait une forme de communication. Ce silence-l\u00e0 est \u00e9pais et dense, telle une barri\u00e8re de brume qui voile leur complicit\u00e9<\/p>\n<p>J\u2019estime que ces gens sont des ronds-de-cuir, ils pr\u00e9f\u00e8rent la propagande \u00e0 l\u2019action, le bulletin de vote \u00e0 la bombe, et tu appelles \u00e7a la lutte r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Si vous, les Caucasiens, raisonne Trotski, poss\u00e9diez autant de cerveau pour comprendre le marxisme que de courage pour vous battre, la r\u00e9volution serait d\u00e9j\u00e0 faite en Russie. Bravo\u00a0!<\/p>\n<p>Il voudrait ressentir l\u2019amour d\u2019une femme, comme dans les romans.<\/p>\n<p>Sont-ils des h\u00e9ros ou des bandits\u00a0? Toute la ville conna\u00eet les auteurs du pillage. La population les couvre, la police du tsar ne parvient \u00e0 mettre la main sur aucun d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>Les remparts se dressent dans\u00a0le soleil couchant, survol\u00e9s par des nu\u00e9es de corbeaux. Les croix brillent dans le ciel et soudain, au loin, sonnent les cloches. Il s\u2019arr\u00eate, regarde sa ville natale qui se dessine comme si elle \u00e9tait au creux de sa main. Le jardin municipal, les \u00e9choppes, son quartier, sa rue, sa maison, et plus loin les faubourgs, les champs, les torrents. Il est presque chez lui et pourtant il ne peut y courir.<\/p>\n<p>le soleil descend, met le feu \u00e0 l\u2019horizon. La ville dispara\u00eet, une brume recouvre la plaine, la vall\u00e9e, grimpe le long des pentes et engloutit tout.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De mauvais rapports, c\u2019est mieux que pas de rapports, mais cela complique la vie, et aussi la mort, et ses rituels.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une proche de mes parents m\u2019a dit que nous avions eu un p\u00e8re p\u00e9lican. Le p\u00e9lican est l\u2019oiseau qui s\u2019ouvre le ventre pour nourrir ses enfants de sa propre chair.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9loignais les photos qui me tendaient une image d\u00e9form\u00e9e, les films d\u2019un d\u00e9calage d\u00e9stabilisant. En remontant le pass\u00e9, j\u2019ai rattrap\u00e9 le lien que j\u2019avais l\u00e2ch\u00e9 et j\u2019ai retrouv\u00e9 mon p\u00e8re, peu \u00e0 peu. Dans mes r\u00eaves, c\u2019est bien lui. Aussi proche que de son vivant. \u00c0 mon insu. Au milieu du myst\u00e8re troublant des songes. Il voulait que \u00e7a dure, il ch\u00e9rissait ce qu\u2019il avait et craignait de le perdre. Il y avait en lui une part d\u2019ombre. Derri\u00e8re ses silences et sa r\u00e9serve, une inqui\u00e9tude sourde.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle &#8211; R\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00ab Joseph Djougachvili, dit Staline, surnomm\u00e9 Sosso dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, est n\u00e9 en G\u00e9orgie, \u00e0 Gori, en 1878. 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