{"id":325,"date":"2014-03-16T11:50:49","date_gmt":"2014-03-16T10:50:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=325"},"modified":"2014-03-16T11:50:49","modified_gmt":"2014-03-16T10:50:49","slug":"barberis-dominique-la-vie-en-marge-2014","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=325","title":{"rendered":"Barb\u00e9ris, Dominique  \u00ab\u00a0La vie en marge\u00a0\u00bb (2014)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019\u00e9diteur<\/strong> : \u00abIl n\u2019avait plus un sou ; il n\u2019avait plus acc\u00e8s \u00e0 un distributeur automatique (les transactions laissaient des traces). Une fois \u00e9teint, le petit t\u00e9l\u00e9viseur bomb\u00e9 fix\u00e9 au bout d\u2019un bras articul\u00e9 \u00e0 la corniche du plafond ressemblait \u00e0 une cam\u00e9ra de surveillance. Le froid faisait craquer les canalisations. C\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 ce moment que l\u2019id\u00e9e lui est venue ; il a fait jouer l\u2019id\u00e9e du lac parmi d\u2019autres hypoth\u00e8ses, une fois qu\u2019il aurait fait ce qu\u2019il avait pr\u00e9vu ; c\u2019\u00e9tait risqu\u00e9, mais il n\u2019avait pas le choix. Il pourrait passer la fronti\u00e8re, et qui sait, embarquer. Aborder \u00e0 une rive inconnue. Survivre.<\/p>\n<p>Finalement, la neige n\u2019\u00e9tait pas tomb\u00e9e dans la nuit.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019homme est arriv\u00e9 de nuit dans cette petite ville industrielle de montagne. Ils sont nombreux \u00e0 l\u2019avoir crois\u00e9, la nuit tomb\u00e9e, tandis qu\u2019on se rapproche de l\u2019an 2000 comme en un compte \u00e0 rebours.<\/p>\n<p><strong>Analyse en relation avec une interview de l\u2019auteur<\/strong> : L\u2019action se passe dans le Jura, dans une petite ville de province ; la vie y apparait dans ce qu\u2019elle a de plus nu et \u00e9nigmatique. En lecture superficielle, un roman policier. En v\u00e9rit\u00e9 un roman sur la solitude, sur l\u2019isolement, sur la neige et l\u2019hiver dans les zones recul\u00e9es. Un roman \u00ab climatique \u00bb : \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019un lac et d\u2019une for\u00eat, de nuit dasn la montagne, avec la neige qui recouvre tout et ne cesse de tomber.. Le temps se dilate. Les lumi\u00e8res et l\u2019obscurit\u00e9 sont tr\u00e8s importantes (les petites lumi\u00e8res des maisons isol\u00e9es, les phares dans la nuit) La narratrice, qui est priv\u00e9e de pr\u00e9nom recueille le t\u00e9moignage des isol\u00e9s. Les personnages cherchent \u00e0 se construire ou \u00e0 conserver une fa\u00e7ade, mais ce sont plut\u00f4t des ombres qui habitent un paysage en tons de blanc, gris et noir..<\/p>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but on peut imaginer le pire, bien que rien ne soit dit. Les faits divers, m\u00eame si ils ne nous concernent pas directement font peser l\u2019angoisse sur nos vies, instillent la peur dans notre comportement).<\/p>\n<p>Comme point de d\u00e9part, un homme de dos dans un h\u00f4tel ; c\u2019est la nuit ; les lumi\u00e8res tremblotent et s\u2019\u00e9teignent. Une menace inconnue plane dans la salle du restaurant. Un homme seul dans sa chambre d\u2019h\u00f4tel : les interrogations surgissent, l\u2019angoisse nait du manque d\u2019\u00e9l\u00e9ments fournis, d\u2019une non description.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, une angoisse temporelle : le passage du mill\u00e9naire.. Le roman s\u2019\u00e9tablit autour de deux passages : celui de la fronti\u00e8re et la bascule dans le nouveau si\u00e8cle. Deux inconnus, deux fronti\u00e8res qui angoissent, le temps qui passe. La neige, qui ralentit tout modifie aussi le rythme du temps, g\u00e9n\u00e9rant un malaise. Tout fonctionne par couches, comme les strates de neige.. On suit un personnage qui veut quitter la France pour se fondre dans l\u2019obscurit\u00e9 et l\u2019anonymat. La nuit est obscurit\u00e9, mis \u00e0 part quelques lumi\u00e8res diffuses. L\u2019atmosph\u00e8re est ouat\u00e9e, tant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur ( neige et manque de visibilit\u00e9) que dans les int\u00e9rieurs ( les gens vivent cloitr\u00e9s, cach\u00e9s, derri\u00e8re des rideaux et des fen\u00eatres, seuls) ; tout le monde prend son temps ; tout est feutr\u00e9, personne ne s\u2019agite ; des solitaires et des isol\u00e9s qui vivent \u00ab en marge \u00bb, confront\u00e9s au temps qui passe ou pas.., \u00e0 la solitude de la retraite, \u00e0 la jeunesse partie, aux souvenirs d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 ils se sentaient vivants, au vide, au monde \u00ab nu \u00bb, non occup\u00e9. M\u00eame les actifs sont seuls et voudraient peupler leur solitude. La narratrice, infirmi\u00e8re qui fait des visites \u00e0 domicile peuple sa vie de la solitude de ses patients. Un livre sur la m\u00e9moire nostalgique du temps ; les sous-sols sont des refuges, un repli vers les souvenirs de jeunesse, une \u00e9vasion dans une ancienne vie. On ne se parle plus, on ne communique plus, on vit repli\u00e9 sur soi, on garde tout pour soi, peur y compris.<\/p>\n<p>M\u00e9taphoriquement, le livre est un besoin de raconter comment on traverse les \u00ab bois noirs et angoissants de sa vie \u00bb, paysage moral, symbolique et cadre du r\u00e9cit.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : Un \u2013 petit &#8211; livre tr\u00e8s intimiste, ou tout est sugg\u00e9r\u00e9. Un univers ou paysage et int\u00e9riorit\u00e9 se confondent. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9. Si vous cherchez du tr\u00e9pidant et de l\u2019action, ce livre n\u2019est pas pour vous..<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p>La ville s\u2019\u00e9tire en long dans la vall\u00e9e ; elle est resserr\u00e9e par la cha\u00eene des montagnes. Les lumi\u00e8res soulignaient l\u2019alignement des rues parall\u00e8les, selon le plan tr\u00e8s simple d\u2019une ville plut\u00f4t r\u00e9cente \u2013 une ville-couloir<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la circulation peu nourrie du dimanche soir, la tristesse propre au dimanche soir, cette petite d\u00e9pression li\u00e9e \u00e0 la diminution sensible de l\u2019activit\u00e9, \u00e0 la fermeture des commerces<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait comme si le corps de la ville se ralentissait, se d\u00e9tendait, n\u2019\u00e9tait plus agit\u00e9, de temps en temps, que par de l\u00e9gers spasmes<\/p>\n<p>D\u00e9cembre avait \u00e9t\u00e9 doux et pluvieux ; la neige n\u2019avait touch\u00e9 que les sommets ; seule une ligne blanche irr\u00e9guli\u00e8re permettait de faire la diff\u00e9rence entre le ciel et la pierre, entre la nuit et la montagne<\/p>\n<p>La jardinerie \u00e9tait le seul endroit o\u00f9 s\u2019\u00e9tait conserv\u00e9e l\u2019odeur profonde, musqu\u00e9e, de la montagne, l\u2019odeur des bois, il la respira ; c\u2019\u00e9tait une odeur de plaie r\u00e9cente<\/p>\n<p>Vers quatre heures, lorsque le jour qui ne s\u2019\u00e9tait jamais vraiment lev\u00e9 s\u2019assombrit\u2026<\/p>\n<p>Une neige \u00e9paisse voilait la montagne ; elle commen\u00e7ait \u00e0 dessiner les ar\u00eates des rochers et soulignait, ici ou l\u00e0, des toits compacts qui d\u2019habitude ne sortaient pas de l\u2019ombre<\/p>\n<p>c\u2019\u00e9tait ainsi avec la neige ; elle ne faisait pas de bruit, elle avait beau \u00eatre annonc\u00e9e, elle prenait par surprise<\/p>\n<p>la neige qui tombe sous les r\u00e9verb\u00e8res est aussi belle que dans les films ; elle tombait avec un l\u00e9ger tournoiement. C\u2019\u00e9tait comme l\u2019\u00e9clatement silencieux, ralenti, constamment renouvel\u00e9, uniform\u00e9ment blanc, du bouquet d\u2019un feu d\u2019artifice<\/p>\n<p>Beaucoup de personnes n\u2019aiment pas les f\u00eates. \u00bb J\u2019avais pens\u00e9 : quand elles vieillissent<\/p>\n<p>Et \u00e0 force de faire semblant, est-ce que nous ne nous dupons pas nous-m\u00eames ? Sur presque tout ?<\/p>\n<p>Elle pensait \u00e0 ce qui peut arriver dans le noir, \u00e0 ce qui peut arriver dans le temps (le temps et le noir, c\u2019est pareil), et la peur lui coupait le souffle<\/p>\n<p>Le temps ne passe pas, \u00e0 un certain \u00e9tage de la conscience<\/p>\n<p>Il ne neigeait plus, la nuit avait \u00e9puis\u00e9 le ciel<\/p>\n<p>Quand on regarde la neige tomber, on a l\u2019impression que le temps se mat\u00e9rialise tel qu\u2019il est, plut\u00f4t lent dans le fond, irr\u00e9versible et r\u00e9gulier. La distance entre les flocons doit correspondre \u00e0 celle qui s\u00e9pare les secondes, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s<\/p>\n<p>La ville se pr\u00e9parait \u00e0 faire le saut dans l\u2019an 2000. Elle avait m\u00eame gagn\u00e9 une sorte de beaut\u00e9 inattendue qui la rapprochait d\u2019un village de montagne<\/p>\n<p>Dans la nuit du 30 au 31, le gel et le verglas avaient couvert les routes. On d\u00e9conseillait de circuler<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas sa faute, le froid de la vie lui est entr\u00e9 beaucoup trop t\u00f4t dans le c\u0153ur.<\/p>\n<p>\u2026 les \u00e9toiles semblaient plus nombreuses et plus nettes. Elles brillaient comme des grains de mica sur une roche. Il les voyait entre les sapins blancs<\/p>\n<p>M\u00eame la nouvelle ann\u00e9e, on dirait qu\u2019elle n\u2019arrive pas jusqu\u2019ici. On la f\u00eate parce qu\u2019\u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, on nous dit de le faire.<\/p>\n<p>Je revois les choses s\u2019enclencher dans un ordre sur lequel nous n\u2019avions aucune prise, s\u2019amonceler sur nous comme la neige. Je me dis : si nous avions su\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019\u00e9diteur : \u00abIl n\u2019avait plus un sou ; il n\u2019avait plus acc\u00e8s \u00e0 un distributeur automatique (les transactions laissaient des traces). Une fois \u00e9teint, le petit t\u00e9l\u00e9viseur bomb\u00e9 fix\u00e9 au bout d\u2019un bras articul\u00e9 \u00e0 la corniche du plafond ressemblait \u00e0 une cam\u00e9ra de surveillance. Le froid faisait craquer les canalisations. 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