{"id":3365,"date":"2016-09-23T07:26:50","date_gmt":"2016-09-23T06:26:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3365"},"modified":"2018-09-01T11:01:26","modified_gmt":"2018-09-01T10:01:26","slug":"appanah-nathacha-en-attendant-demain-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3365","title":{"rendered":"Appanah, Nathacha \u00abEn attendant demain\u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Appanah, Nathacha \u00ab\u00a0En attendant demain\u00a0\u00bb (2015) <\/strong><\/p>\n<p><strong>Auteur<\/strong> : Ayant le cr\u00e9ole mauricien comme langue maternelle, Nathacha Devi Pathareddy Appanah, dont la famille descend d\u2019\u00ab\u00a0engag\u00e9s\u00a0\u00bb indiens immigr\u00e9s \u00e0 Maurice, \u00e9crit en fran\u00e7ais. Elle travaille d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00eele Maurice comme journaliste pour Le Mauricien et Week-End Scope. Elle s\u2019installe en 1998 en France, o\u00f9 elle poursuit sa carri\u00e8re de journaliste dans la presse \u00e9crite et en radio. Ses articles sont publi\u00e9s dans G\u00e9o Magazine, Air France Magazine, Viva Magazine et elle fait des reportages pour la Radio suisse romande, RFI, France Culture.<br \/>\nSon premier roman, <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4505\"><em>Les Rochers de Poudre d\u2019Or<\/em><\/a>, publi\u00e9 en 2003 aux \u00c9ditions Gallimard raconte l\u2019\u00e9pop\u00e9e des travailleurs indiens venus remplacer les esclaves dans les champs de canne \u00e0 sucre \u00e0 l\u2019\u00eele Maurice. Son deuxi\u00e8me roman <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3737\"><em>Blue Bay Palace<\/em><\/a> (Gallimard, 2004) donne \u00e0 voir la schizophr\u00e9nie d\u2019une \u00eele Maurice entre l\u2019image de la carte postale et une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marqu\u00e9e par les classes, les castes et les pr\u00e9jug\u00e9s.<br \/>\nDans <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3314\"><em>La Noce d\u2019Anna<\/em><\/a>, publi\u00e9 en 2005 aux \u00e9ditions Gallimard, la narratrice, tout en vivant la journ\u00e9e du mariage de sa fille, Anna, s\u2019interroge sur la transmission entre m\u00e8re et fille.<br \/>\n<em>Le Dernier Fr\u00e8re<\/em>, publi\u00e9 en 2007, aux \u00e9ditions de l\u2019Olivier, raconte l\u2019histoire de Raj, un gar\u00e7on mauricien et de David, un jeune juif qui se retrouve enferm\u00e9 \u00e0 la prison de Beau-Bassin pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Dernier Fr\u00e8re a re\u00e7u plusieurs prix litt\u00e9raires dont le prix du roman Fnac 2007, le prix des lecteurs de L\u2019Express 2008, le prix de la Fondation France-Isra\u00ebl. Il a \u00e9t\u00e9 traduit dans plus de quinze langues. En 2015, parution de <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3365\"><em>En attendant demain<\/em><\/a> (Gallimard 2105)<br \/>\nParu en 2016, son roman <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3293\"><em>Tropique de la violence<\/em> <\/a>est issu de l\u2019exp\u00e9rience de son s\u00e9jour \u00e0 Mayotte o\u00f9 elle d\u00e9couvre une jeunesse \u00e0 la d\u00e9rive (source Wikipedia). Et toujours en 2016, <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3373\">\u00abPetit \u00e9loge des fant\u00f4mes\u00bb<\/a> , 7 petites nouvelles.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00ab Adam s&rsquo;est souvenu que les fen\u00eatres en hauteur s&rsquo;appellent des jours de souffrance. Il attend sa sortie depuis quatre ans, cinq mois et treize jours. Il a pens\u00e9 \u00e0 toutes ces promesses non tenues, \u00e0 ces dizaines de petites l\u00e2chet\u00e9s qu&rsquo;on s\u00e8me derri\u00e8re soi. \u00bb<br \/>\nAnita et Adam se sont tout de suite aim\u00e9s, mari\u00e9s et ont quitt\u00e9 Paris pour le Sud-Ouest o\u00f9 Laura, leur fille, est n\u00e9e. Adam a abandonn\u00e9 la peinture pour l&rsquo;architecture, Anita a d\u00e9laiss\u00e9 l&rsquo;\u00e9criture pour le journalisme. La torpeur dans laquelle le couple d\u00e9rive semble in\u00e9luctable. Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;Ad\u00e8le qui rallume un feu aussi cr\u00e9ateur que destructeur.<br \/>\nUne r\u00e9flexion sur les liens qui unissent intimit\u00e9 et cr\u00e9ation, pour le meilleur et pour le pire.\u00a0 (Gallimard collection blanche et Folio n\u00b0\u00a06166)<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Appanah quelle d\u00e9couverte\u00a0! J\u2019encha\u00eene<\/p>\n<p>C\u2019est la rencontre d\u2019\u00eatres ( deux cr\u00e9ateurs artistes, l&rsquo;un avec des couleurs et l&rsquo;autre avec des mots) qui se sentent mal \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 ils se trouvent\u00a0; le provincial \u00e0 Paris et les Mauriciennes en Europe. Lui car il aime la terre, la mer, le rythme de la vie paisible et \u00ab\u00a0racinaire\u00a0\u00bb et les deux Mauriciennes pour des raisons diff\u00e9rentes\u00a0; Anita car elle est regard\u00e9e comme une femme de couleur et Ad\u00e8le car elle est sans papiers. Le mal \u00eatre de la vie parisienne va rapprocher Adam et Anita mais au moment o\u00f9 ils vont quitter paris, l\u2019un se retrouvera dans son \u00e9l\u00e9ment et paradoxalement, la diff\u00e9rence s\u2019accentuera pour Anita qui ressentira davantage sa diff\u00e9rence en province. En effet, int\u00e9gration ne signifie pas assimilation\u2026 Un jour elle fera la connaissance d\u2019une Mauricienne, comme elle. Et cette rencontre va bouleverser l\u2019existence du couple\u2026 Je vous laisse plonger dans les affres de la diff\u00e9rence\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Dans son cerveau (cet animal aux mille lumi\u00e8res, portes, cachettes et couloirs) une pens\u00e9e se forme\u2026<\/p>\n<p>Avant elle \u00e9crivait des choses bien tourn\u00e9es, bien rim\u00e9es, de jolis vers (comme on tricote un joli pull, comme on arrange un joli bouquet).<\/p>\n<p>Elle ne le sait pas encore mais c\u2019est cela sa force, elle sait regarder\u00a0: couleur, teinte, forme, aspect, mati\u00e8re, ombre, lumi\u00e8re, termes pr\u00e9cis (mitigeur, lavabo colonne), objets divers (grosse pomme verte en plastique pour ranger des ronds de coton) viennent se loger dans un coin de son cerveau (cet animal aux mille lumi\u00e8res, portes, cachettes et couloirs), se mettent en sommeil pour se r\u00e9incarner plus tard dans une nouvelle, un po\u00e8me, une \u00e9bauche de roman, un article.<\/p>\n<p>Il y a un flou particulier autour d\u2019elle, quelque chose qui ressemblerait \u00e0 une photo boug\u00e9e. C\u2019est ce moment particulier, fragile et fugace, entre la nuit et le petit jour.<\/p>\n<p>Il est un arbre centenaire, les racines enfonc\u00e9es profond\u00e9ment dans la terre, les branches lanc\u00e9es haut dans le ciel, l\u2019ombrage large et rassurant.<\/p>\n<p>Tu crois que je perds mon temps, c\u2019est \u00e7a\u00a0? Tu voudrais que je reste bien sagement ici, que je fasse le repas, le m\u00e9nage, que je passe mon temps \u00e0 t\u2019attendre, \u00e0 m\u2019occuper de cette maison, oh il y a tant de choses \u00e0 faire, oh la belle maison, oh la belle prison\u00a0!<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res fois, elle est tendue tout enti\u00e8re vers ce moment o\u00f9 elle devra ramasser son \u00e9nergie comme on ramasse la somme des exp\u00e9riences d\u2019une vie pour en faire un bouclier, ce moment o\u00f9 les regards s\u2019accrocheront \u00e0 elle.<\/p>\n<p>Une fois dehors, elle se met \u00e0 courir vers la plage, en riant. Elle a l\u2019impression que sa joie laisse derri\u00e8re elle une grande tra\u00eene \u00e9tincelante et que celle-ci pourrait porter la ville enti\u00e8re<\/p>\n<p>Une journ\u00e9e est compos\u00e9e d\u2019une s\u00e9rie de t\u00e2ches \u00e0 accomplir, chacune dans un laps de temps allou\u00e9 \u00e0 l\u2019avance, chacune \u00e0 une heure plus ou moins pr\u00e9cise, la fin d\u2019une activit\u00e9 annon\u00e7ant le d\u00e9but d\u2019une autre et ainsi de suite.<\/p>\n<p>Parfois, elle voudrait plonger la main en elle, fouiller comme les p\u00eacheurs fouillent les entrailles des poissons, attraper et extirper cette petite lumi\u00e8re, cette toute petite lumi\u00e8re t\u00eatue et vivace qui la fait survivre, malgr\u00e9 elle.<\/p>\n<p>Le sommeil finit par fondre sur elle, rempli de r\u00eaves d\u2019un autre temps (couleuvre, fourmis, mari, enfant, soleil et machine \u00e0 \u00e9crire). \u00c0 l\u2019aube, quand rien n\u2019existe encore, derri\u00e8re ses paupi\u00e8res closes, il lui semble voir cette petite lumi\u00e8re qui danse. Alors, elle se l\u00e8ve, aussi silencieuse que les particules de poussi\u00e8re dans les rayons du matin, et ainsi, elle marche dans un autre jour.<\/p>\n<p>Elle a trouv\u00e9 un monde parall\u00e8le aux vivants, aux riants, aux bruyants, aux normaux, aux identifi\u00e9s. Un monde sans bruit o\u00f9 les habitants chuchotent, passent en silence, o\u00f9 les m\u00e9decins ne demandent ni le nom ni l\u2019adresse, o\u00f9 des dizaines\u00a0d\u2019interm\u00e9diaires arrangent les choses (un logement, un travail, un mari, une femme). Un monde sans contrat ni signature, sans compte en banque, sans voyage, sans courrier, un monde o\u00f9 on vous paie discr\u00e8tement, un monde sans projets, sans r\u00eaves, sans piti\u00e9, sans recours, sans amis, o\u00f9 tout est en cash, o\u00f9 tout se monnaie et o\u00f9 tout peut dispara\u00eetre du jour au lendemain. Un monde fait pour elle.<\/p>\n<p>C\u2019est une assimil\u00e9e. Oh, il en a rencontr\u00e9 d\u2019autres comme elle, ces \u00e9trangers qui sont all\u00e9s au-del\u00e0 de ce qu\u2019on leur demande, qui habitent le centre-ville ou un village en for\u00eat, qui ont des maisons de campagne, qui vont \u00e0 Paris\u00a0pour les f\u00eates, qui n\u2019ont pas une trace d\u2019accent.<\/p>\n<p>Ah, la sensation d\u2019\u00eatre une femme qui cr\u00e9e, qui est insubmersible, utile, qui fait bien son travail et qui habite chacune de ses pens\u00e9es, de ses \u00e9motions, de ses envies\u00a0!<\/p>\n<p>Ici aussi il y a les ann\u00e9es, les heures et la m\u00eame foule sentimentale qui s\u2019accroche \u00e0 ses r\u00eaves.<\/p>\n<p>Elles parlent comme s\u2019\u00e9crasent les vagues plus bas\u00a0: sans timidit\u00e9 mais sans empressement non plus. Elles observent de longs silences qui ne les g\u00eanent pas.<\/p>\n<p>Mais je n\u2019arrive pas \u00e0 savoir ce qui me manque exactement, c\u2019est \u00e9trange. C\u2019est comme penser \u00e0 des gens qu\u2019on a connus il y a longtemps. On ne se rappelle plus leur visage mais on se souvient des choses qu\u2019ils faisaient, des choses qu\u2019ils disaient, une phrase par-ci, un geste par-l\u00e0.<\/p>\n<p>J\u2019ai l\u2019impression que le monde nous regarde et nous ne formons qu\u2019un seul et m\u00eame c\u0153ur vivant et parfait.<\/p>\n<p>S\u2019ouvre alors pour moi un chemin noir o\u00f9 j\u2019attends, je guette, je surveille, je sursaute, je t\u00e2tonne, je devine, je me mets en col\u00e8re, j\u2019hypoth\u00e8se, je me convaincs, je me mens, je refuse, je tombe, je me rel\u00e8ve, je suppose, je fais, je d\u00e9fais, je maudis, j\u2019implore, je prie, je supplie, je crie, je pleure\u2026<\/p>\n<p>Il se prend d\u2019affection pour lui-m\u00eame, comme pour un animal vieillissant, un peu perdu.<\/p>\n<p>Dans ce moment o\u00f9 tout est si silencieux, il y a, pour chacune d\u2019entre elles, un autre chemin, une autre porte qu\u2019elles peuvent ouvrir.<\/p>\n<p>un m\u00eame esprit, anim\u00e9 par la m\u00eame envie, le m\u00eame d\u00e9sir d\u2019\u00eatre courageux, de donner le meilleur d\u2019eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Il s\u2019\u00e9tonne de ces pens\u00e9es d\u2019avant, de ces pens\u00e9es d\u2019homme libre\u00a0; la prison lui a appris \u00e0 ne rien attendre, \u00e0 ne rien esp\u00e9rer d\u2019autre que ce qu\u2019on lui avait donn\u00e9 la veille.<\/p>\n<p>Ils ne vont jamais au-del\u00e0 de ces choses tangibles, ils s\u2019accrochent \u00e0 ces choses r\u00e9elles pour ne pas perdre pied.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Appanah, Nathacha \u00ab\u00a0En attendant demain\u00a0\u00bb (2015) Auteur : Ayant le cr\u00e9ole mauricien comme langue maternelle, Nathacha Devi Pathareddy Appanah, dont la famille descend d\u2019\u00ab\u00a0engag\u00e9s\u00a0\u00bb indiens immigr\u00e9s \u00e0 Maurice, \u00e9crit en fran\u00e7ais. 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