{"id":3387,"date":"2016-09-28T13:39:29","date_gmt":"2016-09-28T12:39:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3387"},"modified":"2016-09-28T13:39:29","modified_gmt":"2016-09-28T12:39:29","slug":"guilcher-armelle-pour-lamour-dune-ile-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3387","title":{"rendered":"Guilcher, Armelle \u00abPour l\u2019amour d\u2019une \u00eele\u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Elle s\u2019appelle Marine. Un pr\u00e9nom qui \u00e9voque sa passion, la mer. Cette mer qui entoure la petite \u00eele bretonne o\u00f9 elle est n\u00e9e et a grandi, jusqu\u2019\u00e0 la mort brutale de ses parents. Devenue m\u00e9decin, Marine d\u00e9cide de retourner sur l\u2019\u00eele perdue dans les brumes, au milieu des \u00e9cueils qu\u2019elle aime tant. Mais les mois passent et elle ne parvient pas \u00e0 amadouer les habitants pour le moins distants. Les patients restent rares et l\u2019hostilit\u00e9 est palpable. Une hostilit\u00e9 qui semble trouver sa source dans l\u2019histoire familiale, ne laissant au \u00ab nouveau docteur \u00bb, au bord du d\u00e9couragement, d\u2019autres choix que de raviver le pass\u00e9 pour comprendre. Au risque de rouvrir des blessures enfouies. (Paru chez Pocket en 01.2016)<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: On prend le ferry et on quitte le continent pour s\u2019installer sur la petite \u00eele de Marine. Retour aux sources, aux origines. Et on se retrouve immerg\u00e9 dans les haines intestines, dans la m\u00e9fiance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ceux qui ne sont pas totalement iliens (m\u00eame si au d\u00e9part l\u2019ile \u00e9tait leur lieu de naissance).. Et j\u2019ai plong\u00e9\u2026 Et en plus une femme m\u00e9decin, non mari\u00e9e\u2026 vous pensez bien \u2026 c\u2019est mal vu\u00a0! Marine va \u00eatre confront\u00e9e \u00e0 la m\u00e9fiance, au rejet\u2026 pour aller au bout de son r\u00eave.. Les relations entre les jeunes les rapports hommes\/femmes\u2026 Et au passage, un petit cours d\u2019histoire de la Bretagne, de la collaboration des nationalistes bretons pendant la guerre\u2026 Marine va lutter au propre et au figur\u00e9 contre vents et mar\u00e9es pour s\u2019ancrer dans le paysage et la vie de l\u2019\u00eele. Des jalousies, des amours contrari\u00e9es, des amiti\u00e9s entre jeunes et moins jeunes, des luttes d\u2019influence, des g\u00e9n\u00e9rations qui se d\u00e9testent ou se prot\u00e8gent\u00a0; la suspicion r\u00e8gne et le poids du pass\u00e9 est lourd \u00e0 porter. Que c\u2019est dur la vie en vase clos\u00a0! Allez-y, vous n\u2019allez pas le regretter. Un roman \u00e0 l\u2019image de la m\u00e9t\u00e9o\u00a0: puissant, temp\u00e9tueux, tumultueux, avec des vagues et des p\u00e9riodes calmes\u2026 mais la lame de fond n\u2019est jamais bien loin.\u00a0 Et aussi\u00a0de tr\u00e8s belles pages\u00a0de tendresse et d&rsquo;attachement aux ain\u00e9s&#8230; Ce livre m\u2019a fait penser \u00e0 l\u2019excellent \u00ab\u00a0Les d\u00e9ferlantes\u00a0\u00bb de Claudie Gallay&#8230; Si vous aviez aim\u00e9 cette concordance caract\u00e8re \/ histoire \/ nature, alors vous allez aimer.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>En rejoignant son cabinet, elle s\u2019adressa \u00e0 la personne qui l\u2019espionnait derri\u00e8re le volet.<br \/>\n\u2014\u00a0Bonne soir\u00e9e\u00a0!<\/p>\n<p>Non, je ne m\u2019ennuie jamais gr\u00e2ce \u00e0 cette merveilleuse capacit\u00e9 que j\u2019ai de r\u00eaver \u00e0 volont\u00e9. Dans mes r\u00eaves, je b\u00e2tis un univers en harmonie avec mes d\u00e9sirs les plus enfouis et dans lequel tout est parfait.<\/p>\n<p>On aurait cru l\u2019\u00e9trange appel d\u2019un \u00eatre irr\u00e9el, le souffle de quelque esprit impalpable ou plus simplement la respiration de la nuit. La nuit vivait et par la magie d\u2019une secr\u00e8te alchimie, j\u2019\u00e9tais entra\u00een\u00e9e au c\u0153ur de cet univers fantastique.<\/p>\n<p>Je me moquais pas mal de conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9. Ce qui m\u2019importait r\u00e9ellement, c\u2019\u00e9tait de continuer \u00e0 croire en lui parce que je n\u2019aurais pas accept\u00e9 que s\u2019effondrent mes valeurs.<\/p>\n<p>Ce tableau, sublime, magnifi\u00e9 par l\u2019adoration que je voue \u00e0 ma terre natale, m\u2019am\u00e8ne toujours \u00e0 croire que je suis n\u00e9e en un lieu dont la singularit\u00e9, la mystique sauvagerie collent \u00e0 ma personnalit\u00e9, un lieu qui de toute \u00e9ternit\u00e9 m\u2019a \u00e9t\u00e9 destin\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi je prenais soudainement conscience que notre abb\u00e9 \u00e9tait un \u00eatre de chair. Je me l\u2019\u00e9tais toujours repr\u00e9sent\u00e9 en mandataire d\u2019une religion, autant dire sans existence physique, et voil\u00e0 qu\u2019il m\u2019apparaissait avec les d\u00e9fauts, les tentations, la fragilit\u00e9 d\u2019un homme. C\u2019\u00e9tait une situation nouvelle qui \u00e9veillait en moi un d\u00e9sordre inconnu et troublant.<\/p>\n<p>Le vent, la pluie, le froid, rien ne m\u2019en dissuadait. J\u2019allais ainsi chaque jour \u00e0 la nuit tomb\u00e9e au-devant de ma ration de r\u00eave. Dans une nature d\u00e9pouill\u00e9e, propice aux retours en soi, je ressassais ma journ\u00e9e, m\u2019attardant surtout sur les moments de bonheur, moments si rares qu\u2019il est parfois utile de les rem\u00e2cher jusqu\u2019\u00e0 n\u2019en plus pouvoir.<\/p>\n<p>\u00cele, mon sang, mes origines, mes blessures enfouies.<\/p>\n<p>Si vu du port l\u2019oc\u00e9an arborait un aspect pacifique, une fois au large\u00a0l\u2019illusion ne persistait gu\u00e8re. On aurait dit un gigantesque reptile ondulant violemment, d\u00e9crivant des creux et des bosses et le bateau \u00e9pousait fid\u00e8lement les m\u00e9andres de la b\u00eate mugissante.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2pret\u00e9 du sol se lisait sur le visage ferm\u00e9 des femmes, enti\u00e8rement v\u00eatues de noir, et sur la face burin\u00e9e, sculpt\u00e9e par vents et mar\u00e9es, des hommes.<\/p>\n<p>Les vagues s\u2019\u00e9crasaient s\u00e8chement \u00e0 un rythme constant. Elles s\u2019\u00e9talaient, se retiraient, revenaient encore et le mouvement, monotone comme le tic-tac d\u2019une horloge, finissait par endormir l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Tous les ports se ressemblent, l\u2019oc\u00e9an est le m\u00eame partout, tant\u00f4t rieur, tant\u00f4t chagrin. Pourtant je reconna\u00eetrais mon \u00eele entre toutes.<\/p>\n<p>C\u2019est comme un film triste au cin\u00e9ma, tu pleures, tu t\u2019apitoies mais ce n\u2019est pas pour autant que ta vie en est boulevers\u00e9e. \u00c0 la fin de la s\u00e9ance, tu essuies tes larmes et tu oublies. L\u00e0 c\u2019est pareil.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 l\u2019obscurit\u00e9, je distinguais les larmes qui brillaient au bord de\u00a0ses yeux. On aurait dit deux perles iris\u00e9es, enserr\u00e9es dans leur prison de cils.<\/p>\n<p>J\u2019avais peur de ce monde d\u2019adultes que j\u2019entrevoyais et qui m\u2019aspirait inexorablement.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019avenir, me promis-je, avant toute r\u00e9action intempestive (genre \u201cje me drape dans ma dignit\u00e9\u201d) face \u00e0 un litige quel qu\u2019il soit, interroge-toi d\u2019abord sur ta propre responsabilit\u00e9.\u00a0\u00bb Avais-je assez de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 pour souscrire \u00e0 ce principe\u00a0?<\/p>\n<p>Autant je contr\u00f4lais parfaitement ma vie jusqu\u2019alors, et peu importe qu\u2019elle ronronn\u00e2t ou que ce f\u00fbt une enveloppe presque vide, autant je me demandais ce qu\u2019il allait advenir de moi \u00e0 l\u2019issue de tous ces \u00e9v\u00e9nements traumatisants.<\/p>\n<p>Mes pens\u00e9es \u00e9taient aussi embrouill\u00e9es que la perspective que je d\u00e9couvrais de ma fen\u00eatre.<\/p>\n<p>Moi qui, en tout temps, en tous lieux, trouvais toujours \u00e0 m\u2019occuper, ne serait-ce qu\u2019\u00e0 r\u00eaver, voil\u00e0 que l\u2019absence d\u2019activit\u00e9s me rendait morose.<\/p>\n<p>Pour rapprocher deux \u00eatres, il faut plus que le d\u00e9cider\u00a0: des points communs, une m\u00eame sensibilit\u00e9, se divertir, s\u2019\u00e9mouvoir ou s\u2019offenser des m\u00eames choses\u2026<\/p>\n<p>Au lieu d\u2019attaquer d\u2019embl\u00e9e une langue relativement complexe, le professeur essayait de susciter en nous le d\u00e9sir de l\u2019apprendre.<\/p>\n<p>De peine, je n\u2019en avais plus. Mon c\u0153ur \u00e9tait mort et c\u2019\u00e9tait bien ainsi. Ma conversion en adulte, et en adulte indiff\u00e9rente \u00e0 tout, s\u2019\u00e9tait op\u00e9r\u00e9e \u00e0 mon corps d\u00e9fendant. Mais cela \u00e9tait et me vaudrait peut-\u00eatre une suite de parcours sans autres \u00e9gratignures.<\/p>\n<p>Dor\u00e9navant j\u2019\u00e9tais capable de me souvenir des \u00eatres et non plus uniquement de leurs souffrances, celles qui jusqu\u2019alors avaient aliment\u00e9 les miennes.<\/p>\n<p>Elle redoutait qu\u2019\u00e0 la faveur de la nuit, les fant\u00f4mes du pass\u00e9 ne surgissent et ne l\u2019entra\u00eenent avec eux dans un ab\u00eeme sans fond qui l\u2019engloutirait \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>Elle aimait aussi la pluie. Lors des grosses averses, les quais \u00e9taient d\u00e9serts et elle s\u2019accoudait au parapet pour contempler les gouttes rebondir sur la surface de la mer. Cela faisait comme un voile de perles qui s\u2019\u00e9levait au-dessus de l\u2019\u00e9cume des vagues.<\/p>\n<p>Les excuses qu\u2019elle se donnait pour justifier son \u00e9moi, elle en avait conscience, ressemblaient davantage \u00e0 de la psychologie de bazar qu\u2019\u00e0 une v\u00e9ritable explication rationnelle.<\/p>\n<p>Elle n\u2019\u00e9tait pas malade. Elle s\u2019\u00e9teignait comme une chandelle.<\/p>\n<p>Des d\u00e9ceptions, tu en auras partout. Les gens sont par essence d\u00e9cevants. Alors si en plus tu rajoutes un lieu qui ne te satisfait pas, une fa\u00e7on de pratiquer ton m\u00e9tier qui ne te sied pas, c\u2019est trop de d\u00e9sappointements \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>Oublier c\u2019\u00e9tait renier les raisons qui lui avaient permis de grandir, de s\u2019aguerrir, de se fa\u00e7onner dans les deuils, les chagrins, pour finalement rena\u00eetre, reconstruite, fortifi\u00e9e, apais\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Image\u00a0<\/strong>: echogeo.revues.org (modifi\u00e9e en noir\/blanc)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Elle s\u2019appelle Marine. Un pr\u00e9nom qui \u00e9voque sa passion, la mer. Cette mer qui entoure la petite \u00eele bretonne o\u00f9 elle est n\u00e9e et a grandi, jusqu\u2019\u00e0 la mort brutale de ses parents. Devenue m\u00e9decin, Marine d\u00e9cide de retourner sur l\u2019\u00eele perdue dans les brumes, au milieu des \u00e9cueils qu\u2019elle aime tant. 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