{"id":3416,"date":"2016-10-09T17:17:24","date_gmt":"2016-10-09T16:17:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3416"},"modified":"2016-10-09T17:17:24","modified_gmt":"2016-10-09T16:17:24","slug":"mendoza-eduardo-lile-enchantee-1991","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3416","title":{"rendered":"Mendoza, Eduardo \u00abL&rsquo;Ile enchant\u00e9e\u00bb (1991)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: D\u00e9cidant un beau matin que seul le r\u00eave m\u00e9rite d\u2019\u00eatre v\u00e9cu, Fabregas, un industriel catalan, fait sa valise, claque la porte et abandonne les siens aux lois de la routine barcelonaise.<\/p>\n<p>Mais ce qui ne semblait \u00eatre qu\u2019une parenth\u00e8se se transforme peu \u00e0 peu en un \u00e9garement absurde dans le labyrinthe myst\u00e9rieux et cruel d\u2019une Venise livr\u00e9e \u00e0 la d\u00e9cadence et \u00e0 la d\u00e9composition : la vie de Fabregas devient soudain la proie d\u2019une logique imp\u00e9n\u00e9trable dont le sens lui \u00e9chappe. Inexorablement captiv\u00e9 par une jeune fille qui le fuit, il s\u2019enfonce dans un d\u00e9dale de rencontres fortuites, d\u2019\u00e9v\u00e9nements insolites, de situations cocasses o\u00f9 se bousculent, tant\u00f4t r\u00eaves, tant\u00f4t r\u00e9cits, les l\u00e9gendes citadines et les all\u00e9gories lacustres.<\/p>\n<p>Avec la verve, l\u2019humour et le brio d\u00e9sinvolte qui l\u2019ont rendu internationalement c\u00e9l\u00e8bre, Eduardo Mendoza nous entra\u00eene cette fois dans un surprenant voyage sentimental, \u00e0 la fois po\u00e9tique et pittoresque, o\u00f9 l\u2019histoire et fantaisie, r\u00eave et r\u00e9alit\u00e9, conspirent pour brosser le portrait d\u2019un personnage fantasque, envout\u00e9 par le charme t\u00e9n\u00e9breux des palais et des mythes v\u00e9nitiens.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Mendoza est un \u00e9crivain que j\u2019aime beaucoup et j\u2019adore Venise\u00a0! Ce livre et moi \u00e9tions donc faits pour nous rencontrer\u2026 mais la rencontre n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 ce que j&rsquo;esp\u00e9rais..<\/p>\n<p>Un homme largue les amarres pour \u00e9chapper \u00e0 ses probl\u00e8mes. Il fuit, quitte Barcelone et ses soucis pour se r\u00e9fugier \u00e0 Venise. Il fuit une vie bien r\u00e9gl\u00e9e pour plonger dans l\u2019impr\u00e9vu, l\u2019irrationnel, le monde des songes, des souvenirs, des l\u00e9gendes\u2026 De fait il se fuit lui-m\u00eame et va errer sans but dans la cit\u00e9 des Doges. Il y fera des rencontres, et tous les personnages seront myst\u00e9rieux et insaisissables\u00a0; une jeune fille et sa famille, une ancienne artiste, un docteur\u2026 Le tout dans une Venise obscure et brumeuse, \u00e0 l\u2019image de l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit des personnages. Tous fuient leur vie et leur r\u00e9alit\u00e9 et sont d\u00e9connect\u00e9s de la vie r\u00e9elle\u2026 Il y a la fa\u00e7ade, les apparences, mais l\u2019envers du d\u00e9cor et des visages est loin de faire illusion\u2026 On nage dans l\u2019autodestruction, dans le refus de vivre sa vie, dans la folie \u2026 mais on ne sait pas trop o\u00f9 l\u2019on va\u2026 Tous les intervenants sont totalement \u00e0 la masse, mais malheureusement ils sont loin d\u2019\u00eatre attachants. L\u2019auteur nous emm\u00e8ne dans une Venise en d\u00e9cr\u00e9pitude, \u00e0 l\u2019image de ses personnages\u2026 Tr\u00e8s belle \u00e9criture po\u00e9tique pour cette description de la solitude int\u00e9rieure dans un d\u00e9cor magnifiquement rendu. Une Venise intemporelle et irr\u00e9elle\u2026 il manque quelque chose pour que j&rsquo;adh\u00e8re totalement &#8230; un manque \u00e9vident d&rsquo;attachement aux personnages.. je suis rest\u00e9e en marge, en spectatrice&#8230; et je ne suis jamais entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire&#8230;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>R\u00eaver. Au fond, toute ma vie, je n\u2019ai su faire que \u00e7a\u00a0: r\u00eaver<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Franchement, je n\u2019ai pas \u00e0 me plaindre et je ne me plains pas, dit-il en guise de conclusion, mais parfois je peux difficilement emp\u00eacher une insurmontable m\u00e9lancolie de s\u2019emparer de moi. La r\u00e9alit\u00e9 m\u2019appara\u00eet alors bien plus irr\u00e9elle que les r\u00eaves.<\/p>\n<p>Pourquoi ce souvenir revenait-il\u00a0? Il lui aurait suffi d\u2019allumer sa lampe de chevet pour que s\u2019\u00e9vanouissent aussit\u00f4t personnages et paysage.<\/p>\n<p>La vie semblait ne plus \u00eatre pour elle qu\u2019une succession de maux qu\u2019elle s\u2019effor\u00e7ait toujours de surmonter\u00a0: \u00e0 la merci des fatigues et de la maladie, elle \u00e9tait celle qui dormait le moins ou qui perdait le plus facilement l\u2019app\u00e9tit. Si quelqu\u2019un se plaignait ou semblait souffrir en sa pr\u00e9sence, elle s\u2019emportait, comme si la souffrance \u00e9tait une pr\u00e9rogative que l\u2019on tentait de lui usurper.<\/p>\n<p>Rien ne l\u2019int\u00e9ressait vraiment\u00a0; les choses n\u2019\u00e9veillaient en elle qu\u2019une curiosit\u00e9 passag\u00e8re et superficielle.<\/p>\n<p>Toute une vie pouvait-elle se r\u00e9sumer \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019un cas identique \u00e0 beaucoup d\u2019autres, banal et d\u00e9nu\u00e9 de toute originalit\u00e9\u00a0? Oui, se dit-il, les \u00eatres humains sont sans doute pr\u00e9destin\u00e9s \u00e0 se fondre dans une seule masse, dans un magma d\u2019o\u00f9 n\u2019en \u00e9merge qu\u2019un parmi des dizaines de millions.<\/p>\n<p>Il se souvint des portraits de ces saints \u00e0 l\u2019existence incertaine dont les prouesses, fruits de l\u2019imagination populaire, \u00e9taient \u00e0 jamais immortalis\u00e9es dans les \u00e9glises et les mus\u00e9es. Tout est si arbitraire, se dit-il une fois de plus.<\/p>\n<p>les miracles sont une partie essentielle de la religion<\/p>\n<p>Divaguant parmi les souvenirs tant\u00f4t r\u00e9cents, tant\u00f4t lointains qui l\u2019assaillaient p\u00eale-m\u00eale, il avait le sentiment que sa vie n\u2019avait \u00e9t\u00e9 que vide et absurdit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait, tout simplement, que l\u2019\u00e9vocation de son enfance n\u2019apportait \u00e0 sa m\u00e9moire que des images d\u2019emprunt, illustrations de livres, photographies, sc\u00e8nes de films qui jadis l\u2019avaient particuli\u00e8rement impressionn\u00e9. Ces r\u00e9miniscences le contrariaient parce qu\u2019elles se rapportaient non pas \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements qu\u2019il avait lui-m\u00eame v\u00e9cus, mais \u00e0 des images repr\u00e9sentant des \u00e9pisodes\u00a0v\u00e9cus par d\u2019autres, qui les avaient d\u00e9form\u00e9s en les lui racontant. Alors, convaincu qu\u2019il n\u2019avait pas v\u00e9cu sa vie, il enviait ceux qui avaient eu un contact direct avec ces visions et ces aventures.<\/p>\n<p>Comme les touristes qui appuyaient sur le bouton de leur appareil photo devant les monuments et les canaux de la ville, ces gens avaient v\u00e9cu par l\u2019interm\u00e9diaire de la photographie dans un monde limit\u00e9, encadr\u00e9 par la technique de leurs professions respectives.<\/p>\n<p>la vive impression de se trouver devant un portrait qui, soudain d\u00e9tach\u00e9 de la toile, aurait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 d\u2019un pas irr\u00e9el dans l\u2019espace\u00a0des vivants.<\/p>\n<p>Savez-vous que certaines \u00e9toiles, l\u00e0-haut, sont en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9teintes depuis des milliers d\u2019ann\u00e9es mais qu\u2019en raison de leur \u00e9loignement nous continuons \u00e0 voir leur lumi\u00e8re et donc \u00e0 admirer ce qui n\u2019existe plus\u00a0? Cela montre \u00e0 quel point les sens sont trompeurs et combien il est facile de leurrer les autres et de se leurrer soi-m\u00eame. Et pourtant, quelle importance nous accordons \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9\u00a0! N\u2019est-ce pas\u00a0?<\/p>\n<p>Personne ne sait\u00a0ce que les autres pensent. Tout au plus pouvons-nous entrevoir les mobiles imm\u00e9diats de certains actes, et encore, sans en \u00eatre s\u00fbrs. Croyez moi\u00a0: \u00e7a ne vaut pas la peine de se faire du mauvais sang ni de souffrir inutilement. Personne ne vous donnera l\u2019occasion de vivre une autre vie.<\/p>\n<p>personne ne conna\u00eet les limites de la ruine, sauf ceux qui s\u2019arr\u00eatent, par fatigue ou par lassitude. Vivre ruin\u00e9, c\u2019est comme voyager dans le cosmos\u00a0: c\u2019est sans fin.<\/p>\n<p>Croyez-vous que la beaut\u00e9 est une friandise qui dispara\u00eet \u00e0 mesure qu\u2019on la consomme\u00a0? Allons, allons, vous confondez le beau et le nouveau. Montrez-vous intelligent\u00a0: on peut toujours aller plus loin dans la contemplation de la beaut\u00e9. Il suffit de le vouloir. Essayez et vous verrez que vous m\u2019en saurez gr\u00e9. Ne perdez pas de temps\u00a0: vivez votre vie, r\u00e9fl\u00e9chissez, et, si apr\u00e8s vous avez encore du temps libre, lisez.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de ses efforts, il ne parvenait pas \u00e0 se concevoir comme une somme d\u2019attributs mis bout \u00e0 bout pour composer son identit\u00e9. Il avait de lui-m\u00eame l\u2019image d\u2019un \u00eatre que des contradictions, tomb\u00e9es du ciel comme des extraterrestres, avaient choisi au hasard pour champ de bataille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9\u00a0: D\u00e9cidant un beau matin que seul le r\u00eave m\u00e9rite d\u2019\u00eatre v\u00e9cu, Fabregas, un industriel catalan, fait sa valise, claque la porte et abandonne les siens aux lois de la routine barcelonaise. 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