{"id":3470,"date":"2016-10-17T14:14:09","date_gmt":"2016-10-17T13:14:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3470"},"modified":"2016-10-17T14:14:09","modified_gmt":"2016-10-17T13:14:09","slug":"gros-frederic-possedees-rl2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3470","title":{"rendered":"Gros, Fr\u00e9d\u00e9ric \u00abPoss\u00e9d\u00e9es\u00bb (RL2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: Fr\u00e9d\u00e9ric Gros est professeur de pens\u00e9e politique \u00e0 Sciences-Po Paris. Essayiste, philosophe, grand connaisseur de l\u2019\u0153uvre de Michel Foucault qu\u2019il a \u00e9dit\u00e9e pour la Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, il est d\u00e9j\u00e0 l\u2019auteur de nombreux livres. On lui doit notamment : Etats de violence (Gallimard, 2005), Le principe S\u00e9curit\u00e9 (Gallimard, 2012), et surtout Marcher, une philosophie (Carnets Nord, 2009), succ\u00e8s de librairie, qui a \u00e9t\u00e9 traduit dans de tr\u00e8s nombreuses langues.<\/p>\n<p>Poss\u00e9d\u00e9es est son premier roman.\u00a0Il figure dans la premi\u00e8re et la deuxi\u00e8me s\u00e9lection du Prix Goncourt.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>En 1632, dans la petite ville de Loudun, m\u00e8re Jeanne des Anges, sup\u00e9rieure du couvent des Ursulines, est brusquement saisie de convulsions et d\u2019hallucinations. Elle est bient\u00f4t suivie par d\u2019autres s\u0153urs et les autorit\u00e9s de l\u2019Eglise les d\u00e9clarent \u00ab\u00a0poss\u00e9d\u00e9es\u00a0\u00bb. Contraints par l\u2019exorcisme, les d\u00e9mons logeant dans leurs corps d\u00e9signent bient\u00f4t leur ma\u00eetre\u00a0: Urbain Grandier, le cur\u00e9 de la ville.<\/p>\n<p>L\u2019affaire des poss\u00e9d\u00e9es de Loudun, brassant les \u00e9nergies du d\u00e9sir et les calculs politiques, les intrigues religieuses et les complots judiciaires, a inspir\u00e9 cin\u00e9astes et essayistes. Fr\u00e9d\u00e9ric Gros en fait le roman d\u2019un homme\u00a0: Urbain Grandier, brillant serviteur de l\u2019Eglise, humaniste rebelle, amoureux des femmes, figure expiatoire toute trouv\u00e9e de la Contre-R\u00e9forme. R\u00e9cit d\u2019une possession collective, le texte \u00e9tonne par sa modernit\u00e9, tant les fanatismes d\u2019hier ressemblent \u00e0 ceux d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>:<\/p>\n<p>La mise en lumi\u00e8re d\u2019un fait d\u2019histoire avec comme personnages des gens qui ont r\u00e9ellement exist\u00e9 et \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de l\u2019affaire des poss\u00e9d\u00e9es de Loudun. L\u2019Histoire avec un grand \u00ab\u00a0H\u00a0\u00bb sous forme romanc\u00e9e. A cette \u00e9poque, la ville de Loudun fut frapp\u00e9e par une \u00e9pid\u00e9mie de peste qui tue un quart de sa population. C\u2019est \u00e0 la fois un roman sur le pr\u00eatre de l\u2019endroit et sur les nonnes du couvent des Ursulines. C\u2019est aussi le roman de la manipulation, de la cr\u00e9ation du d\u00e9lire collectif qui d\u00e9passera largement le cadre local\u00a0au moment o\u00f9 la politique s\u2019en emparera. La possession des nonnes va se d\u00e9rouler en deux phases\u00a0; la premi\u00e8re va se tasser rapidement et le politique va r\u00e9veiller le processus pour s\u2019en servir pour arriver \u00e0 ses fins.\u00a0 Cette possession sera de fait un levier politique d\u00e9moniaque (c\u2019est le cas de le dire). L\u2019instrumentalisation politique prend son essor. Ce qui aurait pu passer pour de la folie ou de l\u2019hyst\u00e9rie sera instrumentalis\u00e9 et recadr\u00e9 en histoire religieuse. Nous sommes en 1632\u00a0sous le r\u00e8gne de Louis XIII.\u00a0Ce fait divers religieux va mettre le feu aux poudres ; les\u00a0jeunes Ursulines vont accuser un pr\u00eatre de les poss\u00e9der, en faisant entrer des diables dans leur corps. Bienvenue dans le d\u00e9lire \u00e9rotico-religieux, dans les r\u00e8glements de comptes des habitants de la ville. Maintenant il convient aussi de se demander si les jeunes Ursulines enferm\u00e9es, qui sont en manque charnel et s\u2019ennuient, sont bien poss\u00e9d\u00e9es ou jouent une sorte de pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre grandeur nature qui va les entrainer plus loin que ce qu\u2019elles avaient imagin\u00e9 et les rendre hyst\u00e9riques .. C\u2019est la naissance de la \u00ab\u00a0raison d\u2019Etat\u00a0\u00bb en France qui permet de faire tout et n\u2019importe quoi. Richelieu est tout puissant\u00a0; \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s son \u00e9minence grise, un fanatique religieux, le \u00ab\u00a0P\u00e8re Joseph\u00a0\u00bb. Un ennemi\u00a0: les protestants. En face, un pr\u00eatre tol\u00e9rant, mais qui est beau, charismatique, qui aime les femmes et qui va s\u2019opposer \u00e0 Richelieu qui souhaite d\u00e9truire les murailles de la ville. De plus, il est excellent orateur et est favorable \u00e0 la fin du c\u00e9libat des pr\u00eatres. Il \u00e9crira un pamphlet et un trait\u00e9 qui se retourneront contre lui.\u00a0A un moment de l\u2019histoire\u00a0o\u00f9 la religion catholique\u00a0se radicalise contre une autre religion &#8211;\u00a0le Protestantisme &#8211; \u00a0(ce qui n\u2019est pas sans faire \u00e9cho \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 laquelle nous vivons et o\u00f9 des d\u00e9lires religieux conduisent \u00e0 la parano\u00efa et \u00e0 la violence collective) cela fait scandale\u00a0! Le roman d\u00e9nonce aussi les m\u00e9faits de la frustration sexuelle. L\u2019importance du sexe, m\u00eame chez les gens d\u2019\u00e9glise. Je ne vous raconte pas l\u2019histoire mais l\u2019amour de Dieu et des hommes rayonne malgr\u00e9 les man\u0153uvres sauvages des fanatiques religieux catholiques et la corruption qui r\u00e8gne \u00e0 cette \u00e9poque. Attention \u00e0 la manipulation\u2026 C\u2019est facile de pousser \u00e0 ha\u00efr\u2026 Mais ce n\u2019est pas la solution\u2026<\/p>\n<p>Ce qui m\u2019a int\u00e9ress\u00e9 c\u2019est de voir ce sujet trait\u00e9 d\u2019un point de vue politique, ce qui est assez normal au vu de la profession de l\u2019auteur. J\u2019ai \u00e9galement \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s r\u00e9ceptive\u00a0\u00e0 la description des personnages, des lieux, de la r\u00e9alit\u00e9 historique. Deux cat\u00e9gories\u00a0: les beaux qui sont nobles d\u2019\u00e2me et purs de c\u0153ur et agissent \u00e0 la lumi\u00e8re. Et les moches, envieux, qui sont noirs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u0153uvrent dans l\u2019ombre. Les sc\u00e8nes de torture, d&rsquo;exorcisme, de folie des religieuses sont fortes, percutantes. Et la description de la petite bourgeoisie, des luttes de pouvoir fait froid dans le dos.<\/p>\n<p>J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ce roman historique, le premier de cet auteur et j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il en fera d\u2019autres.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Loudun la superbe, Loudun l\u2019arrogante se croyait r\u00e9form\u00e9e, elle affichait avec morgue sa dissidence, Loudun devenue la proie des huguenots. Les royalistes voulaient mater sa suffisance.<\/p>\n<p>Et quand, le jour, on avait trouv\u00e9 un int\u00e9r\u00eat de culture ou d\u2019histoire, on se promettait\u00a0: Je le dirai ce soir au cercle de Sainte-Marthe. On le gardait comme une provision d\u2019\u00e9cureuil.<\/p>\n<p>Elle doit l\u00e0 peser, r\u00e9fl\u00e9chir, mesurer, m\u00e9diter, appr\u00e9cier, d\u00e9cider. L\u2019engagement \u00e0 prendre est d\u00e9finitif, irr\u00e9versible, il est irr\u00e9vocable. Elle aime ce mot l\u00e0 surtout\u00a0: \u00ab\u00a0irr\u00e9vocable\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il flottait un air qui faisait tout entrer en suspension, portait les c\u0153urs facilement aux l\u00e8vres<\/p>\n<p>Elle avait lu d\u2019une voix appliqu\u00e9e et tr\u00e8s douce. Il a de son c\u00f4t\u00e9 pris une voix plus lente et p\u00e9n\u00e9trante. Il est debout et sa main, en\u00a0expliquant, semble dessiner dans l\u2019air une caresse.<\/p>\n<p>On l\u2019aimait secr\u00e8tement, sachant que ce qu\u2019on aimait le plus chez\u00a0elle allait pr\u00e9cis\u00e9ment dresser un rempart contre toute autre tentative. On ne pouvait que l\u2019aimer impossiblement.<\/p>\n<p>Le diable les Turcs, le diable les protestants, le diable les complices des huguenots et des Turcs.<\/p>\n<p>Richelieu, avec ses complices dans Loudun, joue la carte catholique, loyaliste, nationale\u00a0: ces murs, c\u2019est la morgue protestante, une provocation permanente, une mani\u00e8re de narguer contin\u00fbment le roi. Mais le cardinal recherche autre chose.<\/p>\n<p>Eh bien, quand elle erre, le bleu des yeux devient intense, fixe, et cette fl\u00e8che transperce.\u00a0Chez elle le bleu est accueillant, avec ce vague et comme une transparence mouill\u00e9e d\u00e8s qu\u2019elle est absolument d\u00e9cid\u00e9e, sans concession. Et elle peut laisser ses yeux flotter comme des mouchoirs perdus. Mais l\u00e0, elle reste debout les mains jointes, et le bleu cat\u00e9gorique hurle son trouble, les yeux \u00e9carquill\u00e9s.<\/p>\n<p>Si le corps des vierges abrite des d\u00e9mons, c\u2019est qu\u2019elles deviennent sorci\u00e8res\u00a0?<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Nous interrogeons le diable en anglais. Vous savez\u00a0comme moi que la connaissance des langues \u00e9trang\u00e8res est sa marque.<\/p>\n<p>Mais enfin, qui irait jamais prendre au s\u00e9rieux des accusations d\u00e9mentes, est-ce qu\u2019on fait cr\u00e9dit aux fous\u00a0? Mais il fallait se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence\u00a0: cela avait un peu pris quand m\u00eame<\/p>\n<p>On tient mieux dans la haine que dans l\u2019amour. La haine se nourrit du temps qui passe, l\u2019amour s\u2019y use.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0La v\u00e9rit\u00e9, monsieur, celle des tribunaux, est une domestique. Elle se donne au plus offrant. Si vous n\u2019avez pour vous que la v\u00e9rit\u00e9 vraie, celle que reconna\u00eet Dieu, monsieur, vous n\u2019avez pas grand-chose.<\/p>\n<p>Le temps use l\u2019amiti\u00e9, il d\u00e9cuple les haines. Le temps est contre vous,<\/p>\n<p>Les v\u00e9rit\u00e9s avec lesquelles nous gouvernons, monsieur, ne se\u00a0tiennent pas dans l\u2019intimit\u00e9 muette des consciences. Ce sont des spectacles.<\/p>\n<p>Elle se r\u00e9p\u00e9tait ces id\u00e9es, une chose l\u2019avait impressionn\u00e9e\u00a0: qu\u2019une abstinence forc\u00e9e ne pouvait que conduire aux pires exc\u00e8s, comme un fleuve retenu trop\u00a0longtemps. Et la parole surtout, la parole de saint Paul\u00a0: \u00ab\u00a0Il vaut mieux se marier que de br\u00fbler.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je vous rappelle la parole de saint Thomas\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne faut jamais croire le diable, m\u00eame quand il dit la v\u00e9rit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Elle ne le verrait plus sur terre, plus jamais. Qu\u2019\u00e9tait-elle sans lui, \u00e0 qui parler, comment savoir, comment penser demain sans lui\u00a0?<\/p>\n<p><strong>Image\u00a0<\/strong>: Le pr\u00e9tendu pacte de Grandier avec le Diable<\/p>\n<p><strong>En savoir plus<\/strong>\u00a0: <a href=\"https:\/\/savoirsdhistoire.wordpress.com\/2015\/09\/02\/panique-au-couvent-les-vierges-folles-de-loudun\/\">https:\/\/savoirsdhistoire.wordpress.com\/2015\/09\/02\/panique-au-couvent-les-vierges-folles-de-loudun\/<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Fr\u00e9d\u00e9ric Gros est professeur de pens\u00e9e politique \u00e0 Sciences-Po Paris. Essayiste, philosophe, grand connaisseur de l\u2019\u0153uvre de Michel Foucault qu\u2019il a \u00e9dit\u00e9e pour la Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, il est d\u00e9j\u00e0 l\u2019auteur de nombreux livres. 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