{"id":3483,"date":"2016-10-25T09:58:03","date_gmt":"2016-10-25T08:58:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3483"},"modified":"2016-10-25T12:27:20","modified_gmt":"2016-10-25T11:27:20","slug":"bouraoui-nina-beaux-rivages-rl2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3483","title":{"rendered":"Bouraoui, Nina \u00ab\u00a0Beaux rivages\u00a0\u00bb (RL2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Nina Bouraoui est une \u00e9crivaine fran\u00e7aise n\u00e9e le 31 juillet 1967 \u00e0 Rennes, d&rsquo;un p\u00e8re alg\u00e9rien (originaire de Jijel, dans le pays des Kotama) et d&rsquo;une m\u00e8re bretonne.<br \/>\nLe d\u00e9racinement, la nostalgie de l&rsquo;enfance, le d\u00e9sir, l&rsquo;homosexualit\u00e9, l&rsquo;\u00e9criture et l&rsquo;identit\u00e9 sont les th\u00e8mes majeurs de son travail. Elle est officier de l&rsquo;ordre des Arts et des Lettres et ses romans sont traduits dans une quinzaine de langues.<br \/>\n<strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: C&rsquo;est une histoire simple, universelle. Apr\u00e8s huit ans d&rsquo;amour, Adrian quitte A. pour une autre femme : Beaux rivages est la radiographie de cette s\u00e9paration. Quels que soient notre \u00e2ge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous \u00e9gaux devant un grand chagrin d&rsquo;amour. Les larmes rassemblent davantage que les baisers.<br \/>\nBeaux rivages a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour tous les quitt\u00e9s du monde. Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur. Pour ceux qui pensent qu&rsquo;ils ne sauront plus vivre sans l&rsquo;autre et qu&rsquo;ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si d\u00e9sarm\u00e9s. Et pour rappeler que l&rsquo;amour triomphera toujours. En cela, c&rsquo;est un roman de r\u00e9sistance. (252 pages, paru chez JC Latt\u00e8s)<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Premier livre que je lis de cette romanci\u00e8re. Une quadra abandonn\u00e9e apr\u00e8s une relation de 8 ans\u2026 Elle qui accordait sa confiance et croyait en la libert\u00e9 est totalement sonn\u00e9e par la rupture SMS\u2026 C\u2019est un livre qui pointe la difficult\u00e9 de l\u2019amour \u00e0 distance et le mal que peuvent faire les nouveaux modes de communication. Dans ce roman \u2013 \u00e9crit \u00e0 l\u2019imparfait &#8211; o\u00f9 les hommes ont des pr\u00e9noms et les femmes apparaissent comme A. et l\u2019Autre la narratrice, A\u2026 s\u2019enfonce dans le chagrin d\u2019amour. \u00a0A. laisse sous-entendre que la facilit\u00e9 de rompre une relation non contraignante a favoris\u00e9 cette possibilit\u00e9 de jouer sur les deux tableaux (le lien aurait \u00e9t\u00e9 plus difficile \u00e0 rompre en cas de lien du mariage). Elle s\u2019accompagne ( et se noie) de chansons tristes et romantiques, et c\u2019est totalement du v\u00e9cu. Quand on a mal, on se repasse en boucle de type de chansons, on lit des po\u00e8mes sombres et on regarde des films de rupture. Je pense que toutes les filles ont eu cette tentation\u00a0; en tous cas moi oui\u2026 Ce livre est la descente aux enfers par \u00e9tapes\u2026 comment faire son deuil\u00a0: on passe par plusieurs phases, l\u2019incompr\u00e9hension, la tristesse, la rage, la haine, le d\u00e9sespoir, l\u2019envie de tout planter l\u00e0, les probl\u00e8mes de sant\u00e9, l\u2019errance\u2026 Le fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9e devient un probl\u00e8me obsessionnel et tout ce que les autres pourront nous dire\u00a0lui glissera dessus comme de l\u2019eau sur un parapluie. A. va se faire mal\u2026 elle va tout vouloir conna\u00eetre de sa rivale et en prendre plein la t\u00eate. En effet l\u2019Autre tient un blog et A. va s\u2019y rendre pour essayer d\u2019en savoir plus sur la relation entre l\u2019Autre et son ex. Et comme l\u2019Autre est mauvaise, la situation va \u00eatre encore pire car elle prend son pied en ridiculisant et martyrisant la pauvre abandonn\u00e9e. Notre \u00e9poque, celle des r\u00e9seaux sociaux et d\u2019internet permet de savoir ce qui se passe en temps r\u00e9el et au lieu de se cacher et d\u2019apaiser la douleur dans le silence et l\u2019oubli, voir son histoire \u00e9tal\u00e9e aux yeux de tous dans un blog \u2013 dont elle devient accro \u2013\u00a0va faire\u00a0l\u2019effet du sel sur une plaie ouverte. En allant plus loin, elle fait remonter toutes les blessures depuis l\u2019enfance\u2026<\/p>\n<p>Ecrit dans une langue qui m&rsquo;a beaucoup plu, l\u2019\u00e9criture de Nina Bouraoui \u00e9pouse le rythme de la rupture et de la lente remont\u00e9e. Car c\u2019est un livre sur le deuil d\u2019un amour mais aussi sur la reconstruction\u2026 Un livre universel dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 on finit par vivre dans l\u2019urgence et le pr\u00e9sent (l\u2019espace temps de ce roman se situe entre les attentats de janvier et ceux de novembre 2015) .<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Je ne crois pas que l\u2019on puisse mourir d\u2019amour, mais sa perte nous \u00e9teint et nous devenons sans lui des pierres s\u00e8ches, grises<\/p>\n<p>Il faisait froid et nuit comme si un trou dans le ciel avait aspir\u00e9 la lumi\u00e8re pour ne plus jamais la rendre<\/p>\n<p>Les choses que l\u2019on n\u2019\u00e9nonce pas n\u2019existent pas<\/p>\n<p>Dans mon cas, les chemins trac\u00e9s menaient \u00e0 une impasse.<\/p>\n<p>L\u2019amour \u00e0 chaque fois qu\u2019il se perd rejoint le cimeti\u00e8re des amours mortes, et son deuil est impossible \u00e0 envisager<\/p>\n<p>\u00c0 chaque fois que je pleurais, c\u2019\u00e9tait rare, je retrouvais un chagrin plus ancien que celui que j\u2019\u00e9tais en train de vivre, enfoui dans les plis de la petite enfance et dont l\u2019empreinte demeurait\u00a0; ma m\u00e9moire fossile ne m\u2019aidait pas<\/p>\n<p>en flottement entre la r\u00e9alit\u00e9 et ce qui semble ne pas exister, que l\u2019on a invent\u00e9 et qui dispara\u00eetra d\u00e8s que l\u2019on aura recouvr\u00e9 ses esprits<\/p>\n<p>On en veut toujours \u00e0 celui qui s\u2019empare plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 celui qui s\u2019en va<\/p>\n<p>Constatant mon inqui\u00e9tude et mon \u00e9puisement, je ne dormais plus, il me prescrivit une s\u00e9rie de tests sanguins \u00e0 effectuer au plus vite, non \u00e0 cause de la gravit\u00e9 du mal secret qui me frappait, mais pour me soulager d\u2019une souffrance que j\u2019\u00e9tais en train de fabriquer<\/p>\n<p>Ma vie explosait. Son nouveau d\u00e9sordre me rappelait la multitude d\u2019\u00e9tincelles que font les b\u00e2tonnets de No\u00ebl que j\u2019allumais enfant et qui finissaient par me br\u00fbler les doigts<\/p>\n<p>Je maigrissais un peu plus chaque jour, de cent grammes en cent grammes, comme une bougie fondant \u00e0 la chaleur de son feu<\/p>\n<p>si les \u00eatres \u00e9chouent \u00e0 se relier par la douceur, ils partagent un territoire commun\u00a0: celui de la d\u00e9faite amoureuse<\/p>\n<p>Seule la beaut\u00e9 de la nature parvenait \u00e0 me divertir de mes pens\u00e9es, me reconnectant \u00e0 mes souvenirs d\u2019enfant<\/p>\n<p>l\u2019amour passe avant tout par la connaissance des autres, la haine et la violence, elles, \u00e9tant le produit de\u00a0l\u2019ignorance<\/p>\n<p>Je n\u2019\u00e9tais jamais ivre, ne perdais jamais le fil de mes id\u00e9es, la nuit avan\u00e7ant je me sentais envelopp\u00e9e par le champagne comme si je m\u2019\u00e9tais enroul\u00e9e dans un doux sari qui, je le savais par exp\u00e9rience, toutes mes nuits se ressemblaient, dispara\u00eetrait une fois seule dans mon lit<\/p>\n<p>Une femme se d\u00e9solait de ne pas \u00eatre reconnue en tant qu\u2019\u00e9crivain, elle avait du talent pourtant, elle en \u00e9tait convaincue, la preuve, elle ne cessait d\u2019\u00e9crire, ne se d\u00e9courageait pas, m\u00eame si aucun \u00e9diteur ne lui avait accord\u00e9 sa confiance, cinq manuscrits d\u00e9j\u00e0, envoy\u00e9s par la poste<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai fait mon choix\u00a0\u00bb, quand je d\u00e9passais les limites \u2013\u00a0mais de quelles limites s\u2019agissait-il\u00a0? La tristesse est sans cadre<\/p>\n<p>il voulait encore partager des choses avec moi, mais je n\u2019avais plus rien \u00e0 lui donner<\/p>\n<p>Je retrouvais en lui une part de moi, peut-\u00eatre la plus obscure, mais aussi la plus attachante\u00a0: nous n\u2019avions jamais vraiment aim\u00e9<\/p>\n<p>j\u2019ai des plis et des surplis de protection, plus rien ne peut m\u2019atteindre, plus rien<\/p>\n<p>c\u2019\u00e9tait comme un trait tir\u00e9 sur mon hiver, m\u00eame si on ne tire jamais de traits d\u00e9finitifs, on le sait, le pass\u00e9 est un serpent qui mord, un l\u00e9ger trait alors<\/p>\n<p>il m\u2019avait choisie et j\u2019\u00e9tais en train de le choisir<\/p>\n<p>il est apparu dans ma vie ainsi, il est survenu, alors que je ne le voulais pas, que je ne m\u2019y attendais pas, d\u2019ailleurs c\u2019est comme \u00e7a que \u00e7a arrive, d\u00e8s l\u2019instant o\u00f9 l\u2019on ne veut plus que cela arrive, quand on a mis la cl\u00e9 sous la porte, que l\u2019on part, s\u2019efface, bye bye tout le monde, au revoir et merci, ne m\u2019appelez pas, je ne r\u00e9pondrai pas, les abonn\u00e9s absents \u00e7a veut dire \u00e7a<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On va dans le mur, mais je ne sais pas \u00e0 quelle vitesse\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>j\u2019occupe mon temps, dans le sens o\u00f9 je suis vraiment \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, comme si c\u2019\u00e9tait un territoire, c\u2019est \u00e7a, le temps est devenu un lieu pour moi, c\u2019est une sensation \u00e9trange, et pourtant c\u2019est ainsi que j\u2019envisage mon avenir\u00a0: un endroit vierge que je foulerai plus tard, mais qui pour l\u2019instant n\u2019existe pas<\/p>\n<p>on manque d\u2019illusion, c\u2019est \u00e7a la vraie vieillesse, ce ne sont ni la peau chang\u00e9e ni les rides, c\u2019est de ne plus croire<\/p>\n<p>on n\u2019apprend rien de ses erreurs, on les cumule<\/p>\n<p>En aimant, j\u2019ai appris \u00e0 aimer. En perdant, j\u2019ai appris \u00e0 reconqu\u00e9rir, non l\u2019autre, un autre, mais toutes les parts de mon c\u0153ur pulv\u00e9ris\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Nina Bouraoui est une \u00e9crivaine fran\u00e7aise n\u00e9e le 31 juillet 1967 \u00e0 Rennes, d&rsquo;un p\u00e8re alg\u00e9rien (originaire de Jijel, dans le pays des Kotama) et d&rsquo;une m\u00e8re bretonne. Le d\u00e9racinement, la nostalgie de l&rsquo;enfance, le d\u00e9sir, l&rsquo;homosexualit\u00e9, l&rsquo;\u00e9criture et l&rsquo;identit\u00e9 sont les th\u00e8mes majeurs de son travail. 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