{"id":3680,"date":"2016-12-03T16:41:57","date_gmt":"2016-12-03T15:41:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3680"},"modified":"2017-03-14T13:33:16","modified_gmt":"2017-03-14T12:33:16","slug":"bernard-michel-deux-remords-de-claude-monet-rl2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3680","title":{"rendered":"Bernard,  Michel \u00abDeux remords de Claude Monet\u00bb (RL2016)"},"content":{"rendered":"<p>Gallimard &#8211; Collection Vermillon, La Table Ronde, 224 pages &#8211; Parution : 18-08-2016<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00abLorsque Claude Monet, quelques mois avant sa disparition, confirma \u00e0 l\u2019\u00c9tat le don des Nymph\u00e9as, pour qu\u2019ils soient install\u00e9s \u00e0 l\u2019Orangerie selon ses indications, il y mit une ultime condition : l\u2019achat un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, pour qu&rsquo;il soit expos\u00e9 au Louvre. \u00c0 cette exigence et au choix de ce tableau, il ne donna aucun motif. Deux remords de Claude Monet raconte l\u2019histoire d\u2019amour et de mort qui, du flanc m\u00e9diterran\u00e9en des C\u00e9vennes au bord de la Manche, de Londres aux Pays-Bas, de l\u2019\u00cele-de-France \u00e0 la Normandie, entre le si\u00e8ge de Paris en 1870 et la trag\u00e9die de la Grande Guerre, hanta le peintre jusqu\u2019au bout.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Quel beau moment de lecture. J\u2019aime Monet. Ceux(celles) qui me connaissent le savent. J\u2019ai lu des bio, vu des expos, bien aim\u00e9 aussi le polar de Michel Bussi, \u00ab\u00a0Nymph\u00e9as noirs\u00a0\u00bb\u00a0; je suis la cible r\u00eav\u00e9e \u2026 Et j\u2019ai ador\u00e9 ce livre \u2026 L\u2019auteur, par touches et nuances, en traits et couleurs, trace le portrait de cet homme hors normes et de ses amis illustres, en des temps difficiles, entre les deux guerres. On y parle amour, amiti\u00e9, pauvret\u00e9 et richesse, douleur, mort et renaissance. Il nous peint sa vie, ses doutes, ses \u2013 ou plut\u00f4t \u2013 son amour. C\u2019est l\u2019histoire de Monet, mais plus encore l\u2019histoire de sa muse, Camille, des toiles o\u00f9 elle est repr\u00e9sent\u00e9e, des lieux qu\u2019elle a habit\u00e9s, de son aura une fois qu\u2019elle l\u2019aura quitt\u00e9 pour d\u2019autres cieux\u2026 Monet, c\u2019est la cr\u00e9ation, la nature, les couleurs. C\u2019est peut-\u00eatre une biographie mais cela se lit comme un roman\u2026 Je vous laisse vous immerger dans les tons et la nature\u2026 plonger dans les teintes ch\u00e8res \u00e0 Monet. Et d\u00e9couvrez un Monet bourru certes, mais humain et attachant\u2026<\/p>\n<p>Et comme j\u2019aime Ravel et la mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9crire de cet auteur,\u00a0j&rsquo;ai\u00a0lu \u00e9galement\u00a0son pr\u00e9c\u00e9dent livre , \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4113\">Les For\u00eats de Ravel\u00a0<\/a>\u00bb<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Les cypr\u00e8s, lanternes des morts au soleil de la M\u00e9diterran\u00e9e, fusaient au-dessus des murs du cimeti\u00e8re.<\/p>\n<p>Comme les arbres du paysage familier, l\u2019amour des siens avait grandi avec lui et s\u2019\u00e9panouissait dans l\u2019harmonie simple et naturelle de la composition.<\/p>\n<p>Quand Courbet lui avait pr\u00e9sent\u00e9 Alexandre Dumas lors d\u2019un s\u00e9jour au Havre, deux ans avant la guerre, il y avait repens\u00e9. Il s\u2019\u00e9tait alors demand\u00e9 comment une si d\u00e9licate figure avait pu sortir de l\u2019\u00e9norme, rigolard et tonitruant bonhomme avec lequel il d\u00e9jeunait. Son admiration pour le p\u00e8re de D\u2019Artagnan, en s\u2019\u00e9paississant d\u2019un nouveau myst\u00e8re, s\u2019en \u00e9tait accrue.<\/p>\n<p>L\u2019air de la Manche lui clarifiait les id\u00e9es et d\u00e9crassait sa peinture que l\u2019atmosph\u00e8re de Paris, contre son gr\u00e9, embourbait.<\/p>\n<p>M\u00eame les conseils des peintres qu\u2019il respectait lui \u00e9taient p\u00e9nibles. Il avait le sentiment qu\u2019on essayait de verser en lui quelque chose que non seulement il n\u2019assimilerait pas, mais qui pouvait corrompre sa vision.<\/p>\n<p>Il avait fini par concevoir contre la soci\u00e9t\u00e9, les bourgeois, les acad\u00e9mies, les artistes patent\u00e9s, Paris, ses fa\u00e7ades pr\u00e9tentieuses, ses rues charbonneuses, son brouillard de fum\u00e9e, ses cochers, ses voyous, ses filles faciles, leur parler gras, tout ce qui faisait son \u00e9poque, un ressentiment infini, \u00e0 la mesure de sa passion.<\/p>\n<p>Dans le souffle l\u00e9ger de sa femme, il lui semblait que s\u2019\u00e9vaporaient, par quelque myst\u00e8re inconnu des lois de la physiologie, sa peur de l\u2019\u00e9chec, sa col\u00e8re et sa tristesse.<\/p>\n<p>Le pass\u00e9 \u00e9tait fait de ces promesses perdues.<\/p>\n<p>Les jambes \u00e9tendues sur le canap\u00e9, le livre \u00e0 la main, ses doigts marquant la page dont elle venait d\u2019interrompre la lecture, elle regardait vers la fen\u00eatre. Que regardait-elle\u00a0? Rien, sans doute, que les paysages int\u00e9rieurs ranim\u00e9s par les phrases imprim\u00e9es [\u2026]<\/p>\n<p>Ils saisissaient la silhouette des ponts flottant entre deux grisailles que mordorait par endroits une faible lumi\u00e8re, les sombres bateaux dont le gr\u00e9ement griffait on ne savait quoi.<\/p>\n<p>Ils r\u00eavaient leur vie au moment de la vivre.<\/p>\n<p>Descendu avec la nuit, le froid avait arr\u00eat\u00e9 le temps. La plaine bleuie \u00e9clairait le ciel, cuivrait le ventre des nuages<\/p>\n<p>Au jardin, comme devant la toile \u00e0 peindre, il perdait la sensation de l\u2019\u00e9coulement du temps et la notion de la dur\u00e9e. Le service de la vie v\u00e9g\u00e9tale, la s\u00e9lection et l\u2019entretien de ses infinies propositions, et la jouissance de son regard sur le r\u00e9sultat de son travail, ou de ce qu\u2019il en imaginait, l\u2019absorbaient tout entier.<\/p>\n<p>Il continuait pourtant de d\u00e9penser sans compter, ou plut\u00f4t en comptant mal<\/p>\n<p>Il aimait la mani\u00e8re dont les arbres y semblaient ralentir les nuages, leurs frondaisons retenir la lumi\u00e8re, et branches et feuilles diviser le jour.<\/p>\n<p>Comme un vieux cognac, le nom des choses aim\u00e9es lui coulait dans les veines.<\/p>\n<p>Sur le visage et le corps de la femme qu\u2019il aimait, ce qui \u00e9tait rond \u00e9tait devenu anguleux, ce qui \u00e9tait doux \u00e9tait devenu dur, ce qui \u00e9tait lisse \u00e9tait devenu r\u00eache, ce qui \u00e9tait souple \u00e9tait devenu tendineux, ce qui \u00e9tait p\u00e2le \u00e9tait devenu livide. Il voyait la mort entrer dans la peau de la vivante, et s\u2019en travestir.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, les n\u00e9nuphars, qu\u2019il\u00a0 pr\u00e9f\u00e9rait appeler nymph\u00e9as, peut-\u00eatre parce que le nom plus \u00e9l\u00e9gant et myst\u00e9rieux lui rappelait le Japon d\u2019o\u00f9 il les avait fait venir, avaient fleuri en grand nombre.<\/p>\n<p>La vie semblait monter d\u2019une profondeur invisible, de dessous la toile. Les choses pr\u00e9sentes devant lui, par une myst\u00e9rieuse vibration de la vie, de leur souffle humide avaient fait lever une bu\u00e9e de couleurs.<\/p>\n<p>Elle absorbait son angoisse, le rassurait. Il sentait le silence de sa femme \u00e9ponger l\u2019inqui\u00e9tude de son \u00e2me.<\/p>\n<p>Il attachait peu d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 ces traces mortes de l\u2019existence. Elles n\u2019\u00e9taient que papier fl\u00e9tri, vains reflets du pass\u00e9, caricatures inexactes de la splendide et vivante m\u00e9lancolie des souvenirs.<\/p>\n<p>L\u2019absence du pass\u00e9, le vide du pr\u00e9sent et l\u2019avenir \u00e0 peupler \u00e9taient le programme de\u00a0travail form\u00e9 dans le c\u0153ur d\u2019un homme seul, un vieil homme<\/p>\n<p>Les photographies ne l\u2019aidaient pas \u00e0 peindre, mais \u00e0 remuer la vision qui infusait en lui, \u00e0 nourrir le d\u00e9sir de voir ou revoir. Elles \u00e9taient des souvenirs de voyage gliss\u00e9s dans les livres.<\/p>\n<p>Il disait alors que la peinture, ce n\u2019est ni le temps pass\u00e9, ni l\u2019\u00e9ternit\u00e9, c\u2019est l\u2019espace et l\u2019instant, le paysage et le temps, ce que durent des traces de p\u00e2tes vertes, bleues, jaunes et rouges r\u00e9pandues sur de la toile tiss\u00e9e serr\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019hiver \u00e9tait une saison pour l\u2019esprit, l\u2019\u00e9cho du monde \u00e0 la m\u00e9lancolie des hommes. C\u2019\u00e9tait le temps suspendu, la f\u00eate de la m\u00e9moire, avant que la lumi\u00e8re du soleil revenu allonge le jour et fasse remonter la vie dans les plantes, dans les b\u00eates et dans les c\u0153urs humains.<\/p>\n<p>Dans une d\u00e9bauche de peinture fra\u00eeche, il oubliait la tristesse de vieillir parmi les souvenirs de ses morts.<\/p>\n<p><strong>Actu\u00a0<\/strong>! Fr\u00e9d\u00e9ric Bazille (1841-1870) &#8211; La jeunesse de l\u2019Impressionnisme \u2013 Expo du 15 novembre 2016 au 5 mars 2017 &#8211; Mus\u00e9e d&rsquo;Orsay &#8211; Paris (75007)<\/p>\n<p>Cette exposition invite ainsi \u00e0 la red\u00e9couverte d&rsquo;un acteur majeur, malgr\u00e9 sa disparition pr\u00e9coce, de la gen\u00e8se de l&rsquo;impressionnisme, permise notamment par les recherches les plus r\u00e9centes qui \u00e9clairent les m\u00e9thodes de travail de Bazille, ses liens avec Monet ou Renoir et ont permis de retrouver la trace de cr\u00e9ations consid\u00e9r\u00e9es comme disparues, cha\u00eenons manquant d&rsquo;une \u0153uvre rare.<\/p>\n<p><strong>Image<\/strong>\u00a0: la capeline rouge<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gallimard &#8211; Collection Vermillon, La Table Ronde, 224 pages &#8211; Parution : 18-08-2016 R\u00e9sum\u00e9\u00a0: \u00abLorsque Claude Monet, quelques mois avant sa disparition, confirma \u00e0 l\u2019\u00c9tat le don des Nymph\u00e9as, pour qu\u2019ils soient install\u00e9s \u00e0 l\u2019Orangerie selon ses indications, il y mit une ultime condition : l\u2019achat un tableau peint soixante ans auparavant, Femmes au jardin, &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3680\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3681,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,7,12,105,78],"tags":[61,293,131],"class_list":["post-3680","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-romans-histoire","category-litterature-france","category-roman","category-xxeme","tag-arts","tag-monet","tag-peinture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3680","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3680"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3680\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4120,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3680\/revisions\/4120"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3681"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3680"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3680"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3680"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}