{"id":3728,"date":"2016-12-15T15:18:14","date_gmt":"2016-12-15T14:18:14","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3728"},"modified":"2016-12-15T15:30:51","modified_gmt":"2016-12-15T14:30:51","slug":"seyvos-florence-la-sainte-famille-rl2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3728","title":{"rendered":"Seyvos, Florence \u00abLa sainte famille\u00bb (RL2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Florence Seyvos est la fille d&rsquo;un m\u00e9decin de campagne exer\u00e7ant dans les Ardennes (France). Elle habite dans diff\u00e9rentes villes de France (Charleville-M\u00e9zi\u00e8res, Le Havre, Paris) et en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire apr\u00e8s la s\u00e9paration de ses parents lorsqu&rsquo;elle est enfant. Enfant solitaire, elle participe \u00e0 des \u00e9missions de radio pour trouver les mots, \u00eatre un personnage et vaincre la peur de l&rsquo;inconnu. \u00c0 20 ans, elle est remarqu\u00e9e et r\u00e9v\u00e9l\u00e9e au public par le prix du jeune \u00e9crivain de langue fran\u00e7aise2, puis elle \u00e9crit son premier roman pour la jeunesse.<\/p>\n<p>Prix\u00a0: 1995\u00a0: Les Apparitions, &#8211; Prix Goncourt du premier roman et prix France T\u00e9l\u00e9visions &#8211; 2013\u00a0: Le Gar\u00e7on incassable Prix Renaudot du livre de poche<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Suzanne et Thomas passent chaque \u00e9t\u00e9 dans une maison qui est comme une pr\u00e9sence, une maison aux portes closes.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re l&rsquo;une de ces portes, leur arri\u00e8re-grand-m\u00e8re agonise. Parmi les adultes qui les entourent, une m\u00e8re follement autoritaire, un oncle veule et un ma\u00eetre d&rsquo;\u00e9cole sadique dessinent les figures d&rsquo;une inqui\u00e9tante toute-puissance. Seule Odette, qui est presque une simple d&rsquo;esprit, se pr\u00e9occupe des enfants. Et puis il y a Mathilde, la cousine tyrannique, qui ment tout le temps et, pourtant, dit la v\u00e9rit\u00e9. Obs\u00e9d\u00e9e par le blasph\u00e8me, Suzanne imagine que le Mal s&rsquo;insinue, se d\u00e9veloppe, se transmet comme par contagion. Bien des ann\u00e9es, plus tard, elle revisite ce pass\u00e9, comme s&rsquo;il recelait un secret encore \u00e0 d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>Florence Seyvos nous entra\u00eene avec une implacable douceur dans le labyrinthe du Temps, comme dans une chambre d&rsquo;\u00e9chos o\u00f9 se r\u00e9pondraient les voix qu&rsquo;on croyait perdues. Pour cette petite-fille d&rsquo;Henry James et de Flannery O&rsquo;Connor, le sacr\u00e9 et le profane demeurent inextricablement m\u00eal\u00e9s.<\/p>\n<p>Ed. de l&rsquo;Olivier, 176 p<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Un roman sur l\u2019enfance et la construction de la personnalit\u00e9\u2026 Une maison au bord d\u2019un lac, hant\u00e9e par les souvenirs du pass\u00e9. Dans la t\u00eate de la narratrice principale, Suzanne, les souvenirs se succ\u00e8dent, enfin non\u2026 vont et viennent car ils ne surgissent pas en ordre chronologique. Suzanne n\u2019est pas la seule \u00e0 les \u00e9voquer, il y a aussi son fr\u00e8re, Thomas, qui prendra la parole, en utilisant le \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb contrairement \u00e0 sa s\u0153ur\u2026<\/p>\n<p>Pour ce qui est de la galerie des personnages\u00a0: mis-\u00e0-part la grand-tante Odette, un peu simplette et souffre-douleur de sa s\u0153ur qui a v\u00e9cu comme un cadeau la naissance des deux petits, ils sont plus \u00e9pouvantables les unes que les autres\u2026 Odette est une femme simple, \u00e0 la limite de la simple d\u2019esprit, mais qui a la qualit\u00e9 d\u2019\u00eatre la seule personne \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb et honn\u00eate dans cette famille. Elle est gaie, elle a le sens du partage, elle offre, elle fait ce qu\u2019elle promet, elle a des joies simples et est une contemplative. Elle va vivre comme un drame le d\u00e9m\u00e9nagement des enfants vers l\u2019est et elle va en \u00eatre totalement d\u00e9truite.<\/p>\n<p>La violence est partout pr\u00e9sente dans le r\u00e9cit. Tous les adultes sont noirs et anxiog\u00e8nes\u00a0: la m\u00e8re, le p\u00e8re, l\u2019oncle, l\u2019horrible prof). Le religieux est aussi partie int\u00e9grante du r\u00e9cit en appuyant principalement sur la contrainte et la foi. Suzanne, \u00e0 l\u2019image d\u2019Odette (\u00e0 qui elle ressemble \u00e0 mon avis) est une m\u00e9lancolique, qui balance entre le sacr\u00e9 et le blasph\u00e8me.<\/p>\n<p>Les lieux sont aussi des \u00ab\u00a0personnages\u00a0\u00bb \u00e0 part enti\u00e8re et m\u00eame plus importants que les personnes je pense. Ils sont tous en corr\u00e9lation avec des souvenirs et des \u00e9v\u00e9nements de l\u2019enfance, la maison et le ponton sont des points d\u2019ancrage perdus qui symbolisent le v\u00e9cu, les peurs, les joies, les angoisses, les peines. La maison va \u00eatre partie de la construction de la personnalit\u00e9 de l\u2019adulte\u00a0; les portes closes qui dissimulent des secrets, des choses et des circonstances qu\u2019il convient de dissimuler. Ce roman est un m\u00e9lange de sensations et de retours en arri\u00e8re rempli d\u2019angoisse, de violences, d\u2019humiliations. Et il n\u2019y a pas que les adultes qui sont cruels\u00a0; la cousine est pas mal non plus dans le style \u2026<\/p>\n<p>Quelques sc\u00e8nes se d\u00e9roulent aussi dans le pr\u00e9sent. Au final, je pense que c\u2019est un livre qui m\u2019a bien plu mais qui me laisse un peu perplexe car la fin n\u2019est pas une fin en soi\u2026 a moins que les personnages ne reviennent pour continuer le chemin avec nous\u00a0? Bref, un livre qui me d\u00e9\u00e7oit un petit chouia sur la fin mais qui m&rsquo;a enchant\u00e9 tout le reste du livre&#8230;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Parfois, juste apr\u00e8s avoir visit\u00e9 en pens\u00e9e la maison, il m\u2019arrivait d\u2019avoir une sorte de vision<\/p>\n<p>Il me parle d\u2019un ton compatissant, gentiment persuasif. Son expression se veut douce, \u00e0 peine rieuse, bienveillante, mais son visage n\u2019a jamais su exprimer la gentillesse. C\u2019est un\u00a0v\u00eatement qui ne tient pas sur lui, il glisse. La v\u00e9rit\u00e9 de son visage, c\u2019est la duret\u00e9.<\/p>\n<p>Elle est aussi molle et paresseuse que la peau de son coude.<\/p>\n<p>Elle voulait retrouver ses habitudes et la maison telle qu\u2019elle la connaissait. Elle voulait \u00eatre s\u00fbre de pouvoir lui dire adieu, comme elle le faisait toujours, en visitant chaque pi\u00e8ce, essayant d\u2019en capturer la lumi\u00e8re, le silence particulier, essayant aussi d\u2019y laisser une empreinte d\u2019elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Il lui semble surtout que quelque chose, dans sa familiarit\u00e9 fragile avec la maison, s\u2019est rompu depuis. Comme si la maison refusait toute conversation, et au lieu d\u2019\u00eatre simplement myst\u00e9rieuse, devenait hostile.<\/p>\n<p>Nous n\u2019en parlerons jamais entre nous. Notre peur est impossible \u00e0 partager, notre honte ne regarde que nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Suzanne appuie de toute la force de son regard sur la grande aiguille pour la faire descendre plus vite. Elle s\u2019imagine assise dessus, sautant de tout son poids pour l\u2019abaisser. Ses yeux s\u2019attachent \u00e0 la trotteuse, courent avec elle autour du cadran. La trotteuse est une amie, press\u00e9e, obstin\u00e9e. La suivre est toujours le meilleur moyen de faire passer le temps.<\/p>\n<p>Elle essaie de mettre dans ses yeux toute la bont\u00e9 du monde, puis toute la m\u00e9chancet\u00e9 possible, sans faire bouger le reste de son visage. Elle remarque que lorsqu\u2019elle veut exprimer la cruaut\u00e9, sa langue vient se coller contre son palais. Elle la d\u00e9colle et se concentre \u00e0 nouveau sur ses yeux. Elle parvient soudain si bien \u00e0 les durcir qu\u2019elle en est effray\u00e9e. Comme si une inconnue fantomatique venait de lui voler son reflet pour lui d\u00e9clarer une haine absolue. Tu m\u2019as fait appara\u00eetre, et maintenant, je ne te laisserai jamais en paix, semble dire l\u2019inconnue. Maintenant, tu sais que j\u2019existe<\/p>\n<p>Elle se met \u00e0 sourire avec tout son visage pour chasser la vision, mais elle a beau inonder ses yeux de bienveillance et de douceur, elle a beau se d\u00e9clarer un amour inconditionnel, convoquer la bont\u00e9 de saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise lui-m\u00eame, il lui semble que l\u2019inconnue occupe toujours son regard.<\/p>\n<p>C\u2019est comme si nous prenions racine dans le couloir de cette maison que nous n\u2019habiterons plus.<\/p>\n<p>Je m\u2019aper\u00e7ois que je ne supporte pas l\u2019id\u00e9e que d\u2019autres personnes viennent vivre dans cette maison<\/p>\n<p>Ce qu\u2019elle aime par-dessus tout, c\u2019est la fa\u00e7on dont elle s\u2019est appropri\u00e9e en quelques instants cette chambre inconnue. Comme si elle devinait que d\u00e9sormais, toute sa vie, o\u00f9 qu\u2019elle se trouve, il lui suffirait d\u2019installer quelques affaires, un livre, une lampe de poche, des v\u00eatements, pour se sentir chez elle.<\/p>\n<p>Une m\u00e9lancolie m\u2019\u00e9treint, je pense \u00e0 ce qui, en elle, en moi, n\u2019est plus accessible et ne peut plus se rencontrer.<\/p>\n<p>Elle gardait la t\u00eate pench\u00e9e, appuy\u00e9e dans sa main. Elle \u00e9tait comme une image arr\u00eat\u00e9e. Par moments, son coude glissait sur la table, et elle paraissait s\u2019\u00e9veiller un peu, le temps de se redresser.<\/p>\n<p>Et, chaque ann\u00e9e, d\u00e8s que l\u2019\u00e9t\u00e9 commence, la maison vient la visiter comme le ferait un fant\u00f4me.<\/p>\n<p>Elle sort ses mains de l\u2019eau pour les voir, et croit les voir surgir du n\u00e9ant. Elle songe que seule la mort doit \u00eatre d\u2019un noir aussi profond et boire ainsi le regard sans lui donner la moindre\u00a0parcelle o\u00f9 s\u2019accrocher.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Photo<\/strong> : ponton du lac L\u00e9man..<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Florence Seyvos est la fille d&rsquo;un m\u00e9decin de campagne exer\u00e7ant dans les Ardennes (France). Elle habite dans diff\u00e9rentes villes de France (Charleville-M\u00e9zi\u00e8res, Le Havre, Paris) et en C\u00f4te d&rsquo;Ivoire apr\u00e8s la s\u00e9paration de ses parents lorsqu&rsquo;elle est enfant. 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