{"id":3737,"date":"2016-12-17T19:21:47","date_gmt":"2016-12-17T18:21:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3737"},"modified":"2018-09-01T10:59:33","modified_gmt":"2018-09-01T09:59:33","slug":"appanah-nathacha-blue-bay-palace-2004","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3737","title":{"rendered":"Appanah, Nathacha  \u00abBlue Bay Palace\u00bb (2004)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> : Ayant le cr\u00e9ole mauricien comme langue maternelle, Nathacha Devi Pathareddy Appanah, dont la famille descend d\u2019\u00ab\u00a0engag\u00e9s\u00a0\u00bb indiens immigr\u00e9s \u00e0 Maurice, \u00e9crit en fran\u00e7ais. Elle travaille d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00eele Maurice comme journaliste pour Le Mauricien et Week-End Scope. Elle s\u2019installe en 1998 en France, o\u00f9 elle poursuit sa carri\u00e8re de journaliste dans la presse \u00e9crite et en radio. Ses articles sont publi\u00e9s dans G\u00e9o Magazine, Air France Magazine, Viva Magazine et elle fait des reportages pour la Radio suisse romande, RFI, France Culture. Son premier roman, <a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4505\"><em>Les Rochers de Poudre d\u2019Or<\/em>,<\/a> publi\u00e9 en 2003 aux \u00c9ditions Gallimard raconte l\u2019\u00e9pop\u00e9e des travailleurs indiens venus remplacer les esclaves dans les champs de canne \u00e0 sucre \u00e0 l\u2019\u00eele Maurice. Son deuxi\u00e8me roman <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3737\"><em>Blue Bay Palace<\/em><\/a> (Gallimard, 2004) donne \u00e0 voir la schizophr\u00e9nie d\u2019une \u00eele Maurice entre l\u2019image de la carte postale et une soci\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s marqu\u00e9e par les classes, les castes et les pr\u00e9jug\u00e9s. Dans <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3314\"><em>La Noce d\u2019Anna<\/em><\/a>, publi\u00e9 en 2005 aux \u00e9ditions Gallimard, la narratrice, tout en vivant la journ\u00e9e du mariage de sa fille, Anna, s\u2019interroge sur la transmission entre m\u00e8re et fille. <em>Le Dernier Fr\u00e8re<\/em>, publi\u00e9 en 2007, aux \u00e9ditions de l\u2019Olivier, raconte l\u2019histoire de Raj, un gar\u00e7on mauricien et de David, un jeune juif qui se retrouve enferm\u00e9 \u00e0 la prison de Beau-Bassin pendant la Seconde Guerre mondiale. Le Dernier Fr\u00e8re a re\u00e7u plusieurs prix litt\u00e9raires dont le prix du roman Fnac 2007, le prix des lecteurs de L\u2019Express 2008, le prix de la Fondation France-Isra\u00ebl. Il a \u00e9t\u00e9 traduit dans plus de quinze langues. En 2015, parution de <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3365\"><em>En attendant demain<\/em> <\/a>(Gallimard 2105) Paru en 2016, son roman <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3293\"><em>Tropique de la violence<\/em> <\/a>est issu de l\u2019exp\u00e9rience de son s\u00e9jour \u00e0 Mayotte o\u00f9 elle d\u00e9couvre une jeunesse \u00e0 la d\u00e9rive (source Wikipedia). Et toujours en 2016, <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3373\">\u00abPetit \u00e9loge des fant\u00f4mes\u00bb<\/a> , 7 petites nouvelles.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: \u00ab Je me suis redress\u00e9e brusquement et une goutte de sueur s&rsquo;est \u00e9chapp\u00e9e derri\u00e8re mon oreille. Elle a suivi un moment la ligne de ma m\u00e2choire, a gliss\u00e9 le long de mon cou pour trouver son chemin entre mes seins. Aujourd&rsquo;hui encore, je la sens, cette trace premi\u00e8re qui m&rsquo;a marqu\u00e9e jusqu&rsquo;au creux de mon ventre. Je regardais en silence ce gar\u00e7on qui se tenait devant moi et tout ce que je sentais, c&rsquo;\u00e9tait cette goutte de sel qui me caressait l&rsquo;oreille, la m\u00e2choire, le cou, la peau tendue entre les seins pour mourir dans mon nombril. J&rsquo;ai eu l&rsquo;impression stupide et pourtant si agr\u00e9able que c&rsquo;\u00e9tait son doigt qui descendait lentement, lentement&#8230;\u00bb<\/p>\n<p>Maya a dix-neuf ans. Elle vit \u00e0 Blue Bay, un village bord\u00e9 d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 par l&rsquo;oc\u00e9an, de l&rsquo;autre par un h\u00f4tel de luxe. Entre mer et soleil, images immacul\u00e9es pour touristes et venelles crasseuses pour indig\u00e8nes, elle poursuit l&rsquo;amour.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re parution en 2004 &#8211; Collection Folio (n\u00b0\u00a05865), Gallimard (2015) &#8211;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Appanah, ce fut ma d\u00e9couverte 2016. Je viens de reposer le 5<sup>\u00e8me<\/sup> (le 2<sup>\u00e8me<\/sup> qu\u2019elle ait \u00e9crit) et je suis sous le charme de cette \u00e9criture. Blue Bay\u00a0: C\u00f4t\u00e9 pile et cot\u00e9 face\u2026 Car Appanah, une fois encore, nous montre l\u2019envers du d\u00e9cor\u2026 Quand le \u00ab\u00a0Dieu Fric\u00a0\u00bb du tourisme passe par l\u00e0, les in\u00e9galit\u00e9s se creusent, les envies naissent\u2026 et les illusions et d\u00e9sillusions i vont avec\u2026 Car ce livre n\u2019est pas seulement une histoire d\u2019amour qui se finit mal. Le Paradis, c\u2019est cet h\u00f4tel magnifique. mais pas que\u2026 Pour Maya, c\u2019est le r\u00eave de l\u2019amour, le soleil, le bonheur, la joie de vivre, l\u2019\u00e9merveillement, la naissance des sens pour une jeune fille\u2026 \u00a0Mais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rue, c\u2019est la mis\u00e8re\u2026 \u00a0Et malheureusement, la vie, ce n\u2019est pas un conte de f\u00e9e\u2026 les deux mondes ne peuvent pas se rejoindre\u2026 les riches et les pauvres, les diff\u00e9rentes castes sociales ne se rencontrent pas comme dans un r\u00eave \u2026 Tr\u00e8s beau roman sur les amours impossibles\u2026 Tout est illusion, comme le r\u00e9v\u00e8le la signification hindoue du pr\u00e9nom de la jeune fille,\u00a0 Maya\/Mayura : \u00ab\u00a0l&rsquo;Illusion universelle\u00a0\u00bb. Le pr\u00e9nom Dave qui signifie \u00ab aim\u00e9, ch\u00e9ri \u00bb est aussi bien choisi\u00a0\ud83d\ude09<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>C\u2019est un pays n\u00e9 du crachat br\u00fblant d\u2019un volcan et dont le profil a \u00e9t\u00e9 dessin\u00e9 par les temp\u00eates et le soleil cardinal.<\/p>\n<p>C\u2019est une histoire de ce pays. Les uns vous\u00a0diront que c\u2019est une histoire d\u2019amour, d\u2019autres que c\u2019est une histoire de d\u00e9samour, d\u2019autres encore vous parleront d\u2019une pauvre histoire de col\u00e8re. Peu importe, elle est un peu de tout cela\u00a0: amour, d\u00e9samour, pauvret\u00e9, col\u00e8re\u2026 Peu importe ce que les gens disent, c\u2019est mon histoire.<\/p>\n<p>Quand l\u2019\u00e9cume cr\u00e9pite \u00e0 mes pieds, c\u2019est comme si j\u2019entendais le rire de la mer. Parfois, \u00e0 ce moment-l\u00e0, je soupire. L\u2019entendrez-vous, aussi, ce rire mousseux et cristallin \u00e0 la fois\u00a0?<\/p>\n<p>Comme ce pays, je suis une enfant in extremis. C\u2019est pour cela que mes parents m\u2019ont nomm\u00e9e Maya. L\u2019illusion. Celle qu\u2019on croit \u00eatre mais qui n\u2019est pas.<\/p>\n<p>Elle ne tient pas en place, elle ne s\u2019arr\u00eate jamais, elle ne contemple pas, elle ne r\u00eave pas, elle ne r\u00e9fl\u00e9chit pas.<\/p>\n<p>Mais ces dix ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 esp\u00e9rer un enfant l\u2019ont comme happ\u00e9e tout enti\u00e8re, ont cr\u00e9\u00e9 des manques, des absences et\u00a0des failles que ma naissance n\u2019a su combler.<\/p>\n<p>Dans toutes les familles, il y a toujours quelqu\u2019un qui est parti et d\u2019autres qui ne r\u00eavent que de \u00e7a.<\/p>\n<p>Je n\u2019en pensais pas grand-chose except\u00e9 que le destin est une chose myst\u00e9rieuse.<\/p>\n<p>Son visage m\u2019a fait penser \u00e0 mon pays\u00a0: les vall\u00e9es de rides, les montagnes de chair, les rivi\u00e8res de peau, les recoins br\u00fbl\u00e9s, les bords d\u00e9vast\u00e9s et les yeux de soleil<\/p>\n<p>Comme eux, je guettais les cars des touristes, ne voyant en eux que dollars, euros, peau blanche et, ainsi, un bonheur inaccessible.<\/p>\n<p>M\u2019enfoncer, sombrer dans l\u2019oubli, me laisser peupler de songes et de rires,\u00a0ne revenir \u00e0 la conscience que quand la douleur aura\u00a0disparu, quand mes parents seront enterr\u00e9s depuis longtemps, quand personne ne saura me rappeler ma vie d\u2019avant, [\u2026]<\/p>\n<p>Quelque chose s\u2019\u00e9tait cass\u00e9 en moi, je ne ressentais pas grand-chose, juste une extr\u00eame fatigue. Je sentais que la fin de notre relation approchait mais je\u00a0n\u2019avais ni tristesse ni attente de ce qui pouvait venir ensuite. Comme si \u00ab\u00a0ensuite\u00a0\u00bb n\u2019existait plus. Comme si ma douleur avait effac\u00e9 toute promesse d\u2019avenir.<\/p>\n<p>La douleur, c\u2019est \u00e7a. C\u2019est se r\u00e9veiller et vouloir se recoucher au plus vite parce qu\u2019on a compris que le jour est revenu et avec lui la promesse du soleil meurtrier et des longues heures conscientes.<\/p>\n<p>La douleur, c\u2019est ne plus courir vers la mer parce qu\u2019il n\u2019y a plus de raison, plus d\u2019envie. La douleur, c\u2019est ne plus nager sans penser \u00e0 se laisser\u00a0submerger\u2026 Ce serait si facile. Lutter contre l\u2019envie de respirer, entendre son c\u0153ur s\u2019emballer, puis subitement, l\u00e2cher\u2026 La douleur, c\u2019est ne plus savoir appr\u00e9cier le go\u00fbt plein de la mangue sous la langue, le jus acidul\u00e9 du litchi. La douleur, c\u2019est ne plus penser \u00e0 autre chose.<\/p>\n<p>Je sais que\u00a0plus loin, vers la jet\u00e9e, il y a un courant venu des brisants qui aspire pour ne jamais rendre. Je saurai o\u00f9 le trouver. \u00c0 cet endroit, la surface de l\u2019eau est toujours brouill\u00e9e, comme si elle souffrait de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : Ayant le cr\u00e9ole mauricien comme langue maternelle, Nathacha Devi Pathareddy Appanah, dont la famille descend d\u2019\u00ab\u00a0engag\u00e9s\u00a0\u00bb indiens immigr\u00e9s \u00e0 Maurice, \u00e9crit en fran\u00e7ais. Elle travaille d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00eele Maurice comme journaliste pour Le Mauricien et Week-End Scope. 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