{"id":3844,"date":"2017-01-11T11:20:04","date_gmt":"2017-01-11T10:20:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3844"},"modified":"2018-06-02T15:27:39","modified_gmt":"2018-06-02T14:27:39","slug":"de-giovanni-maurizio-lhiver-du-commissaire-ricciardi2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3844","title":{"rendered":"De Giovanni,  Maurizio \u00abL&rsquo;hiver du commissaire Ricciardi\u00bb(2011)"},"content":{"rendered":"<p><strong>S\u00e9rie\u00a0: \u00a0Commissaire Ricciardi\u00a0 (Naples 1931) &#8211; 1<sup>\u00e8re <\/sup>enqu\u00eate<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: En cette fin de mois de mars 1931, un vent glacial souffle sur Naples. Le th\u00e9\u00e2tre royal San Carlo s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 donner Cavalleria Rusticana et Paillasse avec le c\u00e9l\u00e8bre t\u00e9nor Arnaldo Vezzi, artiste de renomm\u00e9e mondiale et ami du Duce. Mais le chanteur est retrouv\u00e9 sans vie dans sa loge, la gorge tranch\u00e9e par un fragment ac\u00e9r\u00e9 de son miroir bris\u00e9. Chose \u00e9trange, alors que les murs sont \u00e9clabouss\u00e9s de sang, le manteau et l&rsquo;\u00e9charpe de l&rsquo;artiste sont parfaitement propres.<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire est confi\u00e9e au commissaire Ricciardi, peu appr\u00e9ci\u00e9 par ses sup\u00e9rieurs en raison de son caract\u00e8re et de ses m\u00e9thodes atypiques, mais reconnu comme un enqu\u00eateur de valeur. Ce que peu de gens savent, c&rsquo;est que le commissaire est un homme tourment\u00e9, traumatis\u00e9 par la vision d&rsquo;un cadavre dans l&rsquo;enfance. Il est hant\u00e9 par des visions d\u00e8s qu&rsquo;il est confront\u00e9 \u00e0 la mort violente ; il \u00ab\u00a0voit\u00a0\u00bb, comme inscrit sur une pellicule, les derniers instants des \u00eatres qui passent de vie \u00e0 tr\u00e9pas et va jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9prouver leur souffrance&#8230;<\/p>\n<p>Maurizio De Giovanni fait de Naples une peinture d\u00e9senchant\u00e9e dans ce roman d&rsquo;atmosph\u00e8re o\u00f9 la vie et le spectacle se m\u00ealent dangereusement.<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>: J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 craqu\u00e9 pour les enqu\u00eates contemporaines du Commissaire Lojacono du m\u00eame auteur (<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?page_id=4754\">voir liste alphab\u00e9tique par auteurs<\/a>) . Je suis ravie de retrouver l\u2019ambiance particuli\u00e8re du Naples de De Giovanni. J\u2019ai d\u00e9couvert les \u00ab\u00a0Quartiers espagnols\u00a0\u00bb, qui datent de l\u2019\u00e9poque (XVI\u00e8me si\u00e8cle) ou les garnisons espagnoles y \u00e9taient install\u00e9es pour r\u00e9primer les r\u00e9voltes. Ces quartiers mal fam\u00e9s sont les hauts lieux de la prostitution et de la criminalit\u00e9 napolitaine, bien loin de la carte postale\u00a0\ud83d\ude09 Un commissaire solitaire et taciturne, qui pense que la faim et l\u2019amour sont \u00e0 l\u2019origine de tous les crimes (voir portrait un peu plus d\u00e9taill\u00e9 dans l\u2019article sur cette s\u00e9rie de romans). Aid\u00e9 cette fois par un pr\u00eatre amoureux d\u2019Op\u00e9ra, nous allons investir les coulisses du th\u00e9\u00e2tre San Carlo et la vie des personnes qui travaillent dans ce milieu. J\u2019aime infiniment cette empathie qui est peut-\u00eatre la caract\u00e9ristique principale du Commissaire. Et une fois encore ( en plus c\u2019est l\u2019hiver) ambiance entre noir et gris, des personnages taiseux \u2026 ou m\u00eame les \u0153uvres au programme de l\u2019Op\u00e9ra (Cavalleria rusticana \u2013 Paillasse ) sont brutales et dramatiques et non sans rapport avec l\u2019enqu\u00eate\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>En poussant la porte, il reconnut comme chaque matin l\u2019odeur famili\u00e8re de son bureau\u00a0: vieux livres, journaux, un peu de poussi\u00e8re d\u2019autrefois, et des souvenirs. Le cuir du vieux fauteuil, des deux chaises face au bureau, du sous-main us\u00e9, vert olive. L\u2019encre de l\u2019encrier en cristal encastr\u00e9 dans le porte-lettres.<\/p>\n<p>le crime est la face obscure du sentiment\u00a0: la m\u00eame \u00e9nergie qui meut l\u2019humanit\u00e9 peut aussi la pervertir. Elle l\u2019infecte et suppure en explosant ensuite dans la sauvagerie et dans la violence.<\/p>\n<p>Il n\u2019aimait pas les endroits bond\u00e9s, cette promiscuit\u00e9 d\u2019\u00e2mes, de sensations et d\u2019\u00e9motions. Les influences r\u00e9ciproques qui faisaient de la foule quelque chose de totalement diff\u00e9rent des personnes qui la composaient. Il avait l\u2019exp\u00e9rience de la b\u00eate qu\u2019une foule\u00a0pouvait engendrer.<\/p>\n<p>Certains uniformes, qu\u2019on les porte ou non, cela ne fait pas de diff\u00e9rence. Vous et moi, on a toujours l\u2019uniforme sur le dos.<\/p>\n<p>Le lendemain matin, le vent froid n\u2019avait pas perdu de son intensit\u00e9\u00a0: de lourds nuages noirs caracolaient dans le ciel, laissant les rayons du soleil illuminer par intermittence des fragments de ville\u00a0; comme des projecteurs dirig\u00e9s au hasard pour souligner des d\u00e9tails d\u00e9pourvus d\u2019importance.<\/p>\n<p>tenir deux conversations simultan\u00e9ment, l\u2019une avec la bouche et l\u2019autre avec les yeux.<\/p>\n<p>Il vous arrachait le c\u0153ur de la poitrine, l\u2019emportait au ciel pour le laver aux rayons du clair de lune et \u00e0 la lumi\u00e8re des \u00e9toiles, et vous le rendait brillant, remis \u00e0 neuf. Quand il avait fini de chanter, j\u2019\u00e9tais en larmes\u00a0; et je ne m\u2019\u00e9tais pas rendu compte que j\u2019avais pleur\u00e9.<\/p>\n<p>Mais la science peut s\u2019appuyer sur les impressions. Elle les confirme, ou les d\u00e9ment.<\/p>\n<p>M\u00eame s\u2019il chante cent fois la m\u00eame chose, cent fois le public ira l\u2019\u00e9couter. Et pourquoi\u00a0? Parce que, \u00e0 chaque fois, le\u00a0public entend quelque chose de diff\u00e9rent. C\u2019est \u00e0 chaque fois un nouvel enchantement.<\/p>\n<p>L\u2019amour s\u2019\u00e9teint. Les bras qui vous serraient deviennent des barri\u00e8res qui vous repoussent. Le visage que vous caressiez du regard pendant son sommeil devient le signe de votre fin.<\/p>\n<p>Est-ce qu\u2019il vaut mieux \u00eatre aveugle de naissance ou le devenir\u00a0? Ne pas conna\u00eetre les couleurs ou se contenter de leur souvenir\u00a0?<\/p>\n<p>Je crois dans les hommes et dans leurs \u00e9motions. \u00c0 l\u2019amour, \u00e0 la haine. \u00c0 la faim. \u00c0 la souffrance par-dessus tout.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Et alors\u00a0? Selon vous, une personne a combien de possibilit\u00e9s de construire un peu de bonheur\u00a0?<br \/>\n\u2014\u00a0Autant qu\u2019elle veut, madame. Peut-\u00eatre aucune. Mais des illusions, si. Chaque jour, \u00e0 chaque instant. Mais ce ne seront que des illusions.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Entre nous deux il y a toujours deux dialogues\u00a0: l\u2019un en paroles, l\u2019autre en regards.<\/p>\n<p>Notre m\u00e9tier s\u2019\u00e9tend doucement, doucement, et, comme une nappe d\u2019eau qui inonde une cave, il finit par remplir toute la vie. C\u2019est pas bien.<\/p>\n<p>Le fait est que je suis t\u00e9moin, jour apr\u00e8s jour, de la souffrance que des humains infligent volontairement \u00e0 d\u2019autres humains. Il m\u2019est difficile de penser \u00e0 l\u2019amour autrement que comme le principal mobile des crimes<\/p>\n<p>il aurait fait un merveilleux acteur de cin\u00e9ma, pas le nouveau, mais de cin\u00e9ma muet\u00a0: ses expressions \u00e9taient si parlantes qu\u2019on aurait pu se passer d\u2019intertitres, la musique aurait suffi.<\/p>\n<p>les enfants, ils sont pas habitu\u00e9s \u00e0 avoir trop d\u2019argent. \u00c7a devient vite mal \u00e9lev\u00e9, les gosses, avec trop d\u2019argent.<\/p>\n<p>Mais je me suis accroch\u00e9e \u00e0 la vie\u00a0: avec les ongles, avec les dents. Elle \u00e9merveillait tout le monde, cette petite araign\u00e9e de fille, tellement attach\u00e9e \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>C\u2019est comme \u00e7a que font les chiens errants avec qui je me suis battue dans la rue. Il \u00e9tait pareil. Pire qu\u2019un chien. Les chiens, ils rient pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sur le blog\u00a0<\/strong>: <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3848\">article sur la s\u00e9rie des enqu\u00eates du Commissaire Ricciardi<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9rie\u00a0: \u00a0Commissaire Ricciardi\u00a0 (Naples 1931) &#8211; 1\u00e8re enqu\u00eate R\u00e9sum\u00e9\u00a0: En cette fin de mois de mars 1931, un vent glacial souffle sur Naples. Le th\u00e9\u00e2tre royal San Carlo s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 donner Cavalleria Rusticana et Paillasse avec le c\u00e9l\u00e8bre t\u00e9nor Arnaldo Vezzi, artiste de renomm\u00e9e mondiale et ami du Duce. 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