{"id":3898,"date":"2017-01-25T17:46:30","date_gmt":"2017-01-25T16:46:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3898"},"modified":"2024-11-23T16:16:11","modified_gmt":"2024-11-23T14:16:11","slug":"lynch-paul-la-neige-noire-2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3898","title":{"rendered":"Lynch, Paul \u00abLa neige noire\u00bb (2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Paul Lynch est un auteur irlandais est n\u00e9 en 1977 \u00e0 Limerick dans le Donegal et vit aujourd&rsquo;hui \u00e0 Dublin. Il a \u00e9t\u00e9 journaliste et critique de cin\u00e9ma \u00e0 Sunday Tribune de 2007 \u00e0 2011 et a \u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement dans le Sunday Times. Il est actuellement \u00e9crivain \u00e0 temps plein.<br \/>\nSon premier roman, \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<\/span><a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1047\"><span style=\"color: #0000ff;\">Un ciel rouge, le matin<\/span><\/a>\u00a0\u00bb (Albin Michel, 2014), a \u00e9t\u00e9 unanimement salu\u00e9 par la presse comme une r\u00e9v\u00e9lation et finaliste du Prix du Meilleur Livre \u00e9tranger. A suivi \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3898\">La Neige noire<\/a><\/span>\u00a0\u00bb (Albin Michel, 2015), r\u00e9compens\u00e9 par le Prix Libr&rsquo;\u00e0 Nous et largement pl\u00e9biscit\u00e9 par les lecteurs. Il publie \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=13087\">Grace<\/a> \u00bb<\/span>\u00a0en 2019, \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14213\">\u00a0Au-del\u00e0 de la mer\u00a0<\/a><\/span>\u00bb (RL2021), \u00abLe Chant du proph\u00e8te\u00bb (RLH2025)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: \u00ab\u00a0En 1945, Barnabas Kane, sa femme, Eskra, et leur petit Billy, retrouvent les terres irlandaises apr\u00e8s quelques ann\u00e9es pass\u00e9es aux \u00c9tats-Unis. Dans le Donegal dont est originaire Barnabas, la famille trime chaque jour dans la ferme dont ils sont devenus propri\u00e9taires. Mais, voil\u00e0, un terrible incendie r\u00e9duit en fum\u00e9e tout ce travail, br\u00fblant le b\u00e9tail dans d&rsquo;atroces conditions. Matthew Peoples, leur employ\u00e9, bravant ces flammes en s&rsquo;enfon\u00e7ant dans cette chaleur \u00e9touffante, y paiera de sa vie. Barnabas, qui a tent\u00e9 de le suivre, sera sauv\u00e9 par les voisins venus en renfort pour \u00e9teindre l&rsquo;incendie. D\u00e8s lors, celui que l&rsquo;on traitera de faux-pays, tenu responsable de la mort de l&rsquo;un des leurs, se heurtera \u00e0 l&rsquo;hostilit\u00e9 du voisinage, aussi bien celle de la veuve Peoples que les autres fermiers.<\/p>\n<p>Paul Lynch nous offre un roman d&rsquo;une grande force, habit\u00e9 par une nature et des \u00e2mes empreints d&rsquo;une m\u00eame rudesse inhospitali\u00e8re. Originaire du Donegal, l&rsquo;auteur a su d\u00e9crire comme personne ses paysages sublimes, sa nature \u00e2pre, ses habitants rugueux et ses croyances. Malgr\u00e9 ses origines irlandaises, Barnabas sera confront\u00e9 \u00e0 la ranc\u0153ur de ses voisins. Avec Eskra, le duo qu&rsquo;ils formaient s&rsquo;effrite peu \u00e0 peu, lui camp\u00e9 sur ses ambitions terriennes, elle plus objective. M\u00eame Bill, leur enfant, leur cache certaines choses. La tension est de plus en plus palpable entre eux et avec les gens du village. L&rsquo;auteur a su cr\u00e9er une ambiance \u00e0 la fois oppressante et \u00e9touffante, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Un roman dense\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Dans son pr\u00e9c\u00e8dent roman, \u00ab\u00a0Un ciel rouge le matin\u00a0\u00bb (<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1047\">voir article<\/a>) il \u00e9tait question des conditions d\u2019existence de ceux qui d\u00e9barquent aux Etats Unis sans un sous en poche. Ici il est question du retour d\u2019un Irlandais vers sa terre natale\u2026 Et cela va s\u2019av\u00e9rer pire encore !!!\u00a0 Apr\u00e8s quelques ann\u00e9es \u00e0 New York, Barnabas Kane revient avec sa femme, une am\u00e9ricaine\u2026 Il n\u2019est plus consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab\u00a0local\u00a0\u00bb et il suscite la jalousie et la haine de ses voisins. Ce qui \u00e9tait un retour aux sources va se transformer un cauchemar\u2026 Il ne fait pas bon \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tranger dans son propre pays.<\/p>\n<p>Le roman commence par l\u2019incendie de son \u00e9table et la mort de l\u2019un de ses voisins venus l\u2019aider pour \u00e9teindre le feu\u00a0: c\u2019est le d\u00e9but de la fin\u2026 Alors qu\u2019il tente de reconstruire son \u00e9table et de s\u2019en sortir, les habitants du village vont lui tourner le dos. Le livre est de fait l\u2019illustration d\u2019un conflit qui va opposer un homme \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il tente de retrouver sa place. C\u2019est un livre marqu\u00e9 par la violence\u00a0; la violence du feu, de la nature, des \u00e9l\u00e9ments, mais aussi la violence des personnages. La rage de s\u2019en sortir, mais aussi le vide, la solitude, la perte de rep\u00e8res, la suspicion\u2026 la descente aux enfers\u2026 C\u2019est un livre sur la culpabilit\u00e9, sur l\u2019orgueil, sur la force de caract\u00e8re et sur l\u2019effondrement \u2026 Nous passons par de moments de d\u00e9pression, de motivation, des \u00e9tats de d\u00e9couragement suivis de p\u00e9riodes d\u2019optimisme : le chaud et le froid soufflent tout au long du roman, \u00e0 tous les niveaux\u00a0: la vie et la mort, le feu et la glace, l\u2019amour et la haine, l\u2019espoir et l\u2019abattement.<\/p>\n<p>J\u2019avais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le premier, moins violent mais le talent de cet auteur pour les descriptions et sa fa\u00e7on de d\u00e9crire la vie \u00e0 la campagne, les sons, les lumi\u00e8res, les paysages est superbe<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Dans la pi\u00e8ce, le cr\u00e9puscule cis\u00e8le des ombres qui s\u2019\u00e9tirent comme les fauves noirs d\u2019une m\u00e9nagerie au r\u00e9veil.<\/p>\n<p>Le champ livr\u00e9 \u00e0 l\u2019abandon n\u2019est qu\u2019un terrain in\u00e9gal et bossu\u00e9, qui s\u2019allonge comme une jambe atrophi\u00e9e le long d\u2019un p\u00e2turage plus vaste dont le s\u00e9pare une rang\u00e9e d\u2019arbres<\/p>\n<p>Le feu grondait si fort dans son avidit\u00e9 qu\u2019il ressemblait \u00e0 une puissance colossale l\u00e2ch\u00e9e sur la terre, une force \u00e9pique dont la brutalit\u00e9 poss\u00e9dait l\u2019\u00e9nergie f\u00e9roce d\u2019une mer qui d\u00e9ferle. Des formes humaines dress\u00e9es face \u00e0 elle, qui n\u2019avan\u00e7aient que pour \u00eatre repouss\u00e9es.<\/p>\n<p>Un peuplier frissonne sur leur passage, comme si son feuillage \u00e9tait dot\u00e9 de m\u00e9moire.<\/p>\n<p>Le festin des oiseaux. En les guettant depuis la fen\u00eatre, elle se persuade que la nature est ainsi faite, voil\u00e0 tout, mais elle ne peut emp\u00eacher le poing de l\u2019\u00e9pouvante d\u2019\u00e9treindre ses entrailles.<\/p>\n<p>La charrue est toujours \u00e0 sa place sur la parcelle en pointe, immobile comme un animal se pr\u00e9parant \u00e0 l\u2019attaque, tendu, les crocs pr\u00eats \u00e0 lac\u00e9rer la gorge de la terre, et pourtant elle ne bouge pas, endure avec une patience de chien le froid mordant et les averses<\/p>\n<p>Si on regarde les nuages d\u2019une certaine mani\u00e8re, ils ressemblent \u00e0 des \u00eeles lointaines sur la mer, au milieu de la brume, et j\u2019imaginais que j\u2019\u00e9tais un capitaine de bateau parti \u00e0 l\u2019aventure, qui naviguait pour les rejoindre.<\/p>\n<p>Le hurlement qu\u2019il y a dans ses yeux.<\/p>\n<p>Elle devine un mouvement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui, comme une turbulence atmosph\u00e9rique qui brasserait ses tourbillons vers de lointaines collines, sa lourde mass\u00e9 charg\u00e9e de vents.<\/p>\n<p>Il ne peut pas ind\u00e9finiment tenir la bride \u00e0 ce qui enfle \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de lui\u00a0\u2013 un homme peut-il endiguer la mar\u00e9e par sa seule force, repousser l\u2019implacable oc\u00e9an sans \u00e9toiles qui monte pour tout d\u00e9truire\u202f? Lorsque la lame s\u2019abat sur lui, elle l\u2019engloutit enti\u00e8rement.<\/p>\n<p>Il secoue la t\u00eate avec v\u00e9h\u00e9mence, comme pour cong\u00e9dier les mots qu\u2019elle vient de prononcer.<\/p>\n<p>Les gens d\u2019ici sont habit\u00e9s par la crainte de Dieu, mais ils n\u2019ont de chr\u00e9tien que le nom. Ils ne consid\u00e8rent que leurs int\u00e9r\u00eats personnels.<\/p>\n<p>Une photographie, un bout de papier jaunissant et corn\u00e9 qu\u2019elle approche de son nez. Le temps a des odeurs de poussi\u00e8re et de pot-pourri, \u00e0 quoi se m\u00ealent des parfums ind\u00e9finissables qui \u00e9manent peut-\u00eatre du jour o\u00f9 le clich\u00e9 a \u00e9t\u00e9 pris.<\/p>\n<p>Il y a pourtant dans leurs yeux une pr\u00e9sence qu\u2019ils ne peuvent camoufler, l\u2019exp\u00e9rience des v\u00e9ritables difficult\u00e9s de la vie, d\u2019une existence aux trop rares promesses.<\/p>\n<p>Mon c\u0153ur cognait aussi fort qu\u2019un coup de fusil.<\/p>\n<p>Partout s\u2019exprime la f\u00e9rocit\u00e9 du printemps, ce soul\u00e8vement contre les forces de la mort qui renferme un d\u00e9ploiement de puissance continu, capable de d\u00e9rouler les feuilles des bourgeons et de tirer la fleur de son bulbe.<\/p>\n<p>Un antique faci\u00e8s model\u00e9 par la langue du vent et de la pluie. Sous le parchemin de sa peau, ce ne sont pas des os qui se devinent, mais du bois de tourbe, comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 par la mousse, un \u00eatre sans \u00e2ge menuis\u00e9 et sculpt\u00e9 par les soubresauts paresseux de la terre.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u2019heure bleue, et on a l\u2019impression que, sous cet \u00e9clairage, les choses deviennent plus intenses, comme si la venue du soir pr\u00eatait aux arbres davantage de substance, et que la trame de la nature s\u2019enrichissait de myst\u00e8re.<\/p>\n<p>la bont\u00e9 finit par s\u2019aigrir au contact de l\u2019amertume<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il est \u00e9veill\u00e9, le poids des ann\u00e9es l\u2019accable si lourdement qu\u2019il craint de ne plus pouvoir quitter son lit ni retourner au c\u0153ur du monde, il a l\u2019impression d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 hors de sa propre vie. Des images fugaces lui passent par la t\u00eate, des souvenirs impromptus viennent r\u00f4der dans son esprit, dangereuses b\u00eates sauvages en libert\u00e9, dont chacune exhale un fumet particulier.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Paul Lynch est un auteur irlandais est n\u00e9 en 1977 \u00e0 Limerick dans le Donegal et vit aujourd&rsquo;hui \u00e0 Dublin. Il a \u00e9t\u00e9 journaliste et critique de cin\u00e9ma \u00e0 Sunday Tribune de 2007 \u00e0 2011 et a \u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement dans le Sunday Times. Il est actuellement \u00e9crivain \u00e0 temps plein. Son premier roman, \u00ab\u00a0Un &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3898\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":3899,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,27,31,105,78],"tags":[117],"class_list":["post-3898","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-irlande","category-litterature-irlandaise","category-roman","category-xxeme","tag-rural"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3898","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3898"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3898\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":21209,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3898\/revisions\/21209"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/3899"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3898"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3898"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3898"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}