{"id":3903,"date":"2017-01-28T18:32:06","date_gmt":"2017-01-28T17:32:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3903"},"modified":"2022-04-22T16:46:42","modified_gmt":"2022-04-22T14:46:42","slug":"jerusalmy-raphael-les-obus-jouaient-a-pigeon-vole-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3903","title":{"rendered":"J\u00e9rusalmy,  Rapha\u00ebl \u00abLes obus jouaient \u00e0 pigeon vole\u00bb (2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Rapha\u00ebl J\u00e9rusalmy est issu de l&rsquo;\u00c9cole normale sup\u00e9rieure. Apr\u00e8s ses \u00e9tudes, il s&rsquo;engage dans l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne, au sein de laquelle il \u00e9volue rapidement vers le service de renseignement. Apr\u00e8s une quinzaine d&rsquo;ann\u00e9es, il prend sa retraite de l&rsquo;arm\u00e9e et m\u00e8ne des actions \u00e9ducatives et humanitaires, puis devient n\u00e9gociant en livres anciens \u00e0 Tel Aviv. Il est \u00e9galement expert sur la cha\u00eene de t\u00e9l\u00e9vision I24news.<\/p>\n<p><strong>\u0152uvres\u00a0:\u00a0<\/strong>Shalom Tsahal : confessions d\u2019un lieutenant-colonel des renseignements isra\u00e9liens (2002)<strong>,\u00a0<\/strong>\u00a0\u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=37\">Sauver Mozart<\/a>\u00a0<\/span>\u00bb(2012) , \u00ab<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2031\">La Confr\u00e9rie des chasseurs de livres<\/a>\u00a0<\/span>\u00bb(2013) ,\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3903\">\u00ab\u00a0Les obus jouaient \u00e0 pigeon vole\u00a0\u00bb<\/a>\u00a0<\/span>(2016) . En 2017, il publie \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=15950\">\u00c9vacuation<\/a><\/span>\u00ab\u00a0, en 2018 \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5778\">La Rose de Saragosse<\/a><\/span>\u00ab\u00a0, \u00a0en 2022 \u00ab\u00a0In Absentia\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Editions Bruno Doucet &#8211; \u00a0Collection\u00a0 Sur le Fil dirig\u00e9e par Murielle Szac\u00a0 &#8211; Des romans o\u00f9 le destin d\u2019un po\u00e8te croise la grande Histoire <em>(<\/em>Blois 2016 &#8211; Prix du roman historique, coup de c\u0153ur des lecteurs de CIC ouest)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>:\u00a01916\u00a0: tranch\u00e9e de premi\u00e8re ligne, au lieu-dit le Bois des Buttes. Le 17 mars \u00e0 16 h, le sous-lieutenant Cointreau-whisky, alias Guillaume Apollinaire, engag\u00e9 volontaire, est atteint \u00e0 la tempe par un \u00e9clat d\u2019obus alors qu\u2019il lit une revue litt\u00e9raire. La revue qu\u2019il tenait au moment de l\u2019impact, annot\u00e9e de sa main, vient d\u2019\u00eatre retrouv\u00e9e en Bavi\u00e8re. C\u2019est du moins ce que pr\u00e9tend l\u2019auteur de ce r\u00e9cit. Les 24 h qui pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019impact y sont relat\u00e9es heure par heure, en un cruel compte \u00e0 rebours qui condense le drame humain en train de se jouer au fond de cette tranch\u00e9e et le bouleversement qu\u2019il entra\u00eene dans l\u2019\u00e2me d\u2019Apollinaire. Car cette journ\u00e9e va \u00eatre capitale pour la po\u00e9sie.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: J\u2019aime beaucoup cet auteur\u00a0; je n&rsquo;ai pas pu r\u00e9sister &#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur nous raconte ici \u00e0 sa mani\u00e8re les 24 heures qui pr\u00e9c\u00e8dent le 17 mars 1916, jour o\u00f9 Guillaume Apollinaire est atteint par un \u00e9clat d\u2019obus dans une tranch\u00e9e. Apollinaire s\u2019est engag\u00e9\u00a0; il est dans les tranch\u00e9es en attendant la bataille. Il veut vivre intens\u00e9ment et voil\u00e0 pourquoi il se retrouve au feu\u2026 Il parle du pass\u00e9, du pr\u00e9sent, de l\u2019avenir\u2026 Il \u00e9voque ses amis (Braque, Picasso\u2026 ) qui sont rest\u00e9s \u00e0 l\u2019abri et les soldats avec qui il cohabite. En quelques pages il nous parle des deux aspects de la guerre\u00a0: le sordide et le beau. Il parle d\u2019espoir, il parle de po\u00e9sie (Villon) , de mots\u2026 Si vous aimez la po\u00e9sie je pense que vous allez appr\u00e9cier et faire comme moi\u00a0: ressortir le recueil \u00ab\u00a0Calligramme\u00a0\u00bb qu\u2019Apollinaire a \u00e9crit sur le front pendant la 1\u00e8re Guerre Mondiale (sous-titr\u00e9 \u00a0\u00bb Po\u00e8mes de la paix et de la guerre \u00ab\u00a0)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>16 mars 1916<\/p>\n<p>P\u00e8re Ubu est persuad\u00e9 que \u00e7a s\u2019appelle un zeppelin parce que dedans, dit-il en prenant l\u2019accent allemand, z\u2019est plein de boches<\/p>\n<p>Dans la tranch\u00e9e, chacun a un sobriquet. Tel le caporal Dontacte. Qui est notaire<\/p>\n<p>La guerre n\u2019est pas finie pour autant. D\u2019apr\u00e8s les journaux. Et d\u2019apr\u00e8s les tripes. Tu la sens, l\u00e0, dans ton ventre. Ce n\u2019est pas pour rien que les tranch\u00e9es s\u2019appellent des boyaux<\/p>\n<p>\u2014\u00a0Apollinaire\u00a0? Mais il est \u00e0 la guerre\u2026 \u2014\u00a0Justement. Et ils pensent \u00e0 lui. Aux lettres qu\u2019il leur envoie du front. Souvent en vers. Des rimes dansantes. Gaies. Qui rendent la mort anodine<\/p>\n<p>Ce silence. Ce calme trompeur qui ne trompe personne. Pas une mauvaise id\u00e9e. Un po\u00e8me sur l\u2019absence de bruit. Et de mots. Quand tout se tait et vous parle<\/p>\n<p>Il y a des \u00e9crivains qui meurent riches, dit Kostro. Et d\u2019autres qui ne meurent jamais. \u2014\u00a0\u00catre immortel, hein\u00a0?<\/p>\n<p>Quoique, \u00e0 la guerre, faire semblant d\u2019\u00eatre brave, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un acte de courage<\/p>\n<p>La fr\u00e9quentation assidue de l\u2019absurde, la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve absolue de la vie et de la mort. P\u00e9guy est pass\u00e9 par l\u00e0. Et m\u00eame Aragon. C\u2019est au tour du grand Apollinaire d\u2019entrer dans l\u2019ar\u00e8ne<\/p>\n<p>Il griffonne quelques mots, en rature plusieurs, en laisse d\u2019autres intacts, qu\u2019il souligne, qu\u2019il relie par des fl\u00e8ches. Il inscrit une note dans la marge. Pour plus tard. Passent les jours et passent les semaines\u2026 Mais ici, ils passent autrement<\/p>\n<p>Les hommes n\u2019ont pas attendu Verdun pour avoir des gueules cass\u00e9es. Aux traits \u00e9parpill\u00e9s. Aux regards obliques. Profonds et tristes. Ils ont pos\u00e9 pour Soutine. Pour Modigliani. Et ils ont laiss\u00e9 Picasso leur coller le nez au milieu du front, un nez bris\u00e9, aux narines carr\u00e9es<\/p>\n<p>Elle est rurale mais pas champ\u00eatre. Agricole sans \u00eatre pastorale<\/p>\n<p>Il traque les mots comme d\u2019autres vont \u00e0 la chasse aux papillons ou \u00e0 la p\u00eache. Et il t\u2019en apprend de nouveaux<\/p>\n<p>Le masque, c\u2019est comme une prison. Il t\u2019oblige \u00e0 r\u00eaver de libert\u00e9.<\/p>\n<p>La phrase flotte. Elle ondule, elle fr\u00e9tille. Elle se dandine. Se regarde dans la glace en faisant la coquette. Ou la fofolle. Elle voudrait tant \u00eatre parfaite. Parfaitement belle. Elle se tr\u00e9mousse. C\u2019est quand elle bouge qu\u2019elle est la plus vraie, la plus vivante. Il faut absolument la saisir \u00e0 ce moment-l\u00e0. En plein \u00e9bat. Pour qu\u2019elle n\u2019ait pas l\u2019air d\u2019une danseuse fatigu\u00e9e. Quand on la couchera par \u00e9crit. Si l\u2019on tarde, les mots se bousculent, s\u2019\u00e9nervent. Deviennent indociles. Comme des b\u00eates qui sentent qu\u2019on va leur passer le licol autour de l\u2019\u00e9chine. \u00c0 trop vouloir fignoler, on risque soi-m\u00eame de se disperser. De ne pas se souvenir des bonnes formules, mises de c\u00f4t\u00e9. Dont la premi\u00e8re, instinctive, est souvent la meilleure. Si l\u2019on tergiverse trop, les lapsus, les barbarismes, les sol\u00e9cismes y mettent du leur. Et s\u2019en donnent \u00e0 c\u0153ur joie. Doit-on vraiment les \u00e9liminer\u00a0? Faire le m\u00e9nage\u00a0? Il y a des impropri\u00e9t\u00e9s de langage qui touchent au sublime. Des perversions exquises. Un vrai r\u00e9gal. Eh quoi, toute po\u00e9sie n\u2019est-elle pas, en fin de compte, un majestueux acte manqu\u00e9\u00a0? Ah, c\u2019est toute une affaire que d\u2019\u00e9crire un po\u00e8me\u00a0! Un immense agacement, un terrible plaisir[\u2026]<\/p>\n<p>Une envie folle te prend d\u2019aller faire des pirouettes en plein milieu du champ de bataille. De virevolter vers les marges. Les arbres calcin\u00e9s. D\u2019aller danser sur la page. De tomber l\u2019uniforme. Et tout ce qui est uniformit\u00e9. Alors tu envoies les mots faire des pirouettes \u00e0 ta place. Et tes rimes danser par-dessus le parapet. Et tu jettes ton cahier. Ses interlignes sont les seules tranch\u00e9es dont tu puisses sortir.<\/p>\n<p>Dans sa t\u00eate, un d\u00e9but de strophe danse la ronde. Les mots se tiennent la main puis la l\u00e2chent, sortant du cercle, y revenant, invitant d\u2019autres \u00e0 y entrer. Qui se tiennent timides, ind\u00e9cis, sur le c\u00f4t\u00e9. Les quadrilles se font, se d\u00e9font, se reforment. Ex\u00e9cutant \u00e0 chaque fois de nouvelles figures. Pas toujours en accord avec la musique. Ou est-ce la musique qui a du mal \u00e0 les suivre\u00a0?<\/p>\n<p>Et joue avec les mots comme on joue avec le feu<\/p>\n<p>O\u00f9 se trouve donc l\u2019\u00e9tat-major des po\u00e8tes\u00a0? O\u00f9 diable si\u00e8gent les haut grad\u00e9s qui fixent les r\u00e8gles de la versification\u00a0? Ordonnent aux mots de se tenir en rangs, \u00e0 intervalles r\u00e9glementaires. Dictent la formation des strophes \u00e0 la fa\u00e7on de centurions disposant leurs troupes en quinconce<\/p>\n<p>Je sais bien que vous n\u2019allez pas vous effondrer l\u00e0. D\u2019un seul bloc. Comme \u00e7a arrive \u00e0 beaucoup. Les gars comme vous, c\u2019est petit \u00e0 petit qu\u2019ils tombent en miettes. \u00c0 force de gamberger. De peser le pour et le contre. De se triturer l\u2019esprit<\/p>\n<p>Une m\u00e9lodie lui sourd du fond de l\u2019\u00e2me. Encore souterraine. Phr\u00e9atique. Qu\u2019il laisse doucement poindre. Sans la brusquer. Ce n\u2019est que lorsqu\u2019elle d\u00e9bouchera au dehors, telle une source, qu\u2019il s\u2019y abreuvera. Et fera de son chant un ruissellement de paroles<\/p>\n<p>INFO \u00e0 la fin du livre : \u00c0 noter que le contenu du Mercure de France du premier mars 1916 est consultable sur Internet \u00e0 l\u2019adresse suivante\u00a0: <a href=\"http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k201765s\/f2.image.langFR\">http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k201765s\/f2.image.langFR<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Rapha\u00ebl J\u00e9rusalmy est issu de l&rsquo;\u00c9cole normale sup\u00e9rieure. Apr\u00e8s ses \u00e9tudes, il s&rsquo;engage dans l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne, au sein de laquelle il \u00e9volue rapidement vers le service de renseignement. 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