{"id":3929,"date":"2017-02-04T12:13:26","date_gmt":"2017-02-04T11:13:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3929"},"modified":"2017-02-04T12:14:54","modified_gmt":"2017-02-04T11:14:54","slug":"de-giovanni-maurizio-lautomne-du-commissaire-ricciardi2015","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3929","title":{"rendered":"De Giovanni,  Maurizio \u00abL&rsquo;automne du commissaire Ricciardi\u00bb(2015)"},"content":{"rendered":"<p><strong>S\u00e9rie\u00a0: \u00a0Commissaire Ricciardi\u00a0 (Naples 1931)<\/strong><\/p>\n<p><strong>4\u00e8me <sup>\u00a0<\/sup>enqu\u00eate<\/strong><\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Les nuages sont bas sur la ville de Naples.\u00a0 Durant la semaine qui pr\u00e9c\u00e8de le jour des Morts, on retrouve le cadavre d&rsquo;un enfant. C&rsquo;est un scugnizzo, un gamin des rues surnomm\u00e9 Tette. On pense d&rsquo;abord qu&rsquo;il est mort de malnutrition, mais il se r\u00e9v\u00e8le qu&rsquo;il a ing\u00e9r\u00e9 de la mort aux rats.\u00a0 L&rsquo;enfant avait \u00e9t\u00e9 recueilli dans un foyer catholique o\u00f9 les mauvais traitements sont monnaie courante.\u00a0 Le commissaire Ricciardi (qui semble avoir perdu son don de communication avec les morts) et son adjoint Maione vont avoir le plus grand mal \u00e0 enqu\u00eater sur ce d\u00e9c\u00e8s suspect car la ville s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 recevoir le Duce et la Questure pr\u00e9f\u00e9rerait classer l&rsquo;affaire.\u00a0 Avec ce dernier volume du cycle des \u00ab\u00a0Saisons\u00a0\u00bb du commissaire Ricciardi, Maurizio de Giovanni continue de d\u00e9peindre l&rsquo;Italie fasciste et s&rsquo;int\u00e9resse ici \u00e0 sa police secr\u00e8te.\u00a0 Quant \u00e0 la vie amoureuse du commissaire, elle se complique car il commence \u00e0 entretenir une correspondance galante avec sa myst\u00e9rieuse voisine d&rsquo;en face tandis que Livia (rencontr\u00e9e dans L&rsquo;Hiver) se fait de plus en plus pressante&#8230;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis\u00a0<\/strong>:\u00a0\u00ab\u00a0La mort \u00e9tait un passager du tram\u00a0: c\u2019\u00e9tait son jour.\u00a0\u00bb\u00a0Naples en automne, pendant la semaine de la Toussaint, se d\u00e9cline en d\u00e9grad\u00e9 de gris, sous la pluie. Gris du ciel, gris des rues, gris de l\u2019\u00e2me. Le voile de la m\u00e9lancolie recouvre tout. Dans une semaine, Naples s\u2019appr\u00eate \u00e0 recevoir le \u00ab\u00a0Duce\u00a0\u00bb \u2026 Et il faut que Naples soit une ville exemplaire. Surtout pas de vagues, pas d\u2019enqu\u00eates en cours.<\/p>\n<p>Mais le commissaire Ricciardi ne l\u2019entend pas de cette oreille. Un enfant des rues est retrouv\u00e9 mort et le Commissaire ne l\u2019entend pas. Un enfant c\u2019est sacr\u00e9. On ne peut pas le laisser comme \u00e7a, ne pas enqu\u00eater, ne pas lui rendre justice. Un enfant c\u2019est pr\u00e9cieux, m\u00eame si c\u2019est un enfant abandonn\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Est-ce une enqu\u00eate sur un crime\u00a0? C\u2019est plus que tout une enqu\u00eate sur Naples, sur la solitude, sur la soci\u00e9t\u00e9. Encore un merveilleux moment d\u2019humanit\u00e9\u2026 Et une description po\u00e9tique d\u2019une ville bien sombre\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>[\u2026] cette rue en disait long sur la ville. Elle en disait tout.<\/p>\n<p>Et elle changeait continuellement, saison apr\u00e8s saison, offrant l\u2019\u00e9t\u00e9 une image torride o\u00f9 la salet\u00e9 fermentait sous l\u2019effet de la chaleur, ou, au printemps, un tableau color\u00e9 rempli des parfums r\u00e9pandus par les vendeurs de fleurs et de fruits qui proposaient leurs marchandises au passage des citoyens ais\u00e9s\u00a0; ou bien une fausse impression de calme l\u2019hiver, malgr\u00e9 les affaires louches qui se tramaient dans les \u00ab\u00a0bassi\u00a0\u00bb proches de la rue principale, \u00e0 l\u2019abri du vent glacial qui soufflait sans rel\u00e2che.<\/p>\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent, \u00e0 cause de cet automne pluvieux, la longue avenue \u00e9tait parcourue d\u2019innombrables ruisseaux provenant des ruelles adjacentes, emportant vers une mer hors d\u2019atteinte les d\u00e9chets et la salet\u00e9 de la colline lointaine.<\/p>\n<p>[\u2026] l\u2019amour avait peut-\u00eatre fait davantage de victimes que la guerre. C\u2019est bien ce qu\u2019il avait fait, il en \u00e9tait certain.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comme d\u2019habitude. Plus forte que la curiosit\u00e9,\u00a0c\u2019est bien la peur des ennuis, d\u00e8s qu\u2019on voit arriver la police\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il n\u2019avait ni vices, ni amis, ni femmes. Un homme sans vice, pensait-il, ne pouvait pas avoir de grandes vertus.<\/p>\n<p>Il comprit que la solitude \u00e9tait une maladie qui n\u2019\u00e9pargnait pas les riches, et qui, apr\u00e8s l\u2019enfance, accompagnait l\u2019\u00e2ge m\u00fbr puis la vieillesse.<\/p>\n<p>Cette pluie, cette pluie qui n\u2019en finit pas et qui p\u00e9n\u00e8tre dans les os et augmente la tristesse\u2026<\/p>\n<p>La pluie jouait bien son r\u00f4le\u00a0: les poumons, les bronches, les os absorbaient l\u2019humidit\u00e9 comme des \u00e9ponges et s\u2019alt\u00e9raient gravement.<\/p>\n<p>Des gens qui traversaient la vie en prenant tout sur leurs \u00e9paules, sans avoir assez de force pour le faire.<\/p>\n<p>Personne n\u2019avait de secret pour personne\u00a0: on ne rencontrait jamais d\u2019inconnu, et quand cela arrivait, on le regardait comme un monstre \u00e0 deux t\u00eates, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il se sente g\u00ean\u00e9 et finisse par s\u2019en aller\u00a0; et tout le monde \u00e9tait content. On n\u2019avait pas besoin d\u2019\u00e9tranger, au pays.<\/p>\n<p>Elle m\u2019a dit que la vie passe et que ce qui est pass\u00e9 ne revient jamais.<\/p>\n<p>Le premier matin de froid a une saveur et une couleur qui n\u2019appartiennent qu\u2019\u00e0 lui. Parce que le froid arrive toujours la nuit, quand les gens dorment, pour les prendre par surprise\u00a0; et il arrive juch\u00e9 sur les ailes du vent.<\/p>\n<p>Pour ne pas changer, il pleuvait\u00a0; mais la pluie ce matin-l\u00e0 jouait le r\u00f4le d\u2019un d\u00e9cor. Fine, constante, elle rendait l\u2019air gris et les \u00e2mes grises.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous concluons toujours nos rencontres par des recommandations r\u00e9ciproques de prudence. C\u2019est bien signe que quelque chose ne tourne pas rond.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il aurait \u00e9cout\u00e9 ses derniers mots, comme toujours incoh\u00e9rents \u00e0 ce moment-l\u00e0, confirmant une fois de plus comment, lorsque l\u2019on meurt, on s\u2019achemine vers le n\u00e9ant en regardant derri\u00e8re soi.<\/p>\n<p>C\u2019est le soir, d\u00e9sormais. C\u2019est l\u2019heure o\u00f9 les couleurs disparaissent avant la lumi\u00e8re. On y voit encore mais tout est gris.<\/p>\n<p>Un voleur de la pire esp\u00e8ce, parce que tu as l\u2019air honn\u00eate. Moi, j\u2019ai presque de l\u2019estime pour ceux qui sortent la nuit, v\u00eatus de sombre, avec leurs armes. On les attrape et on les fiche au trou, on fait les gendarmes et eux les voleurs. Ils ne nient pas les faits, et une fois qu\u2019on les tient, ils se font une raison. Ce sont des voleurs, ils font leur m\u00e9tier de voleur. Mais les types comme toi, au contraire, sont la ruine de ce pays. Ils font semblant d\u2019\u00eatre honn\u00eates, alors qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9, ils sont compl\u00e8tement pourris.<\/p>\n<p>Les enfants de la rue sont les enfants de quelqu\u2019un, sont les enfants de tout le monde.<\/p>\n<p>Le dimanche sous la pluie ferme les portes. Il p\u00e9n\u00e8tre par les interstices des volets, inonde les murs et le sol, il remonte jusqu\u2019\u00e0 ton \u00e2me, et serre\u00a0ton c\u0153ur dans son poing. Le dimanche sous la pluie est habile \u00e0 jouer avec l\u2019esp\u00e9rance et la solitude.<\/p>\n<p>bien qu\u2019\u00e9tant pass\u00e9e de l\u2019\u00e9tat de temp\u00eate \u00e0 celui d\u2019un sourd bruit de\u00a0fond, la douleur ne semblait pas l\u2019avoir abandonn\u00e9e<\/p>\n<p>La fi\u00e8vre\u00a0montait et il avait l\u2019impression de marcher dans un r\u00eave.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019aube, la pluie fit une tr\u00eave, se transformant en une myriade de gouttelettes suspendues dans l\u2019air froid. Comme si elle avait eu conscience qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une journ\u00e9e triste, elle avait par\u00e9 la ville d\u2019un gris m\u00e9lancolique.<\/p>\n<p>Toutes les deux rattach\u00e9es \u00e0 la vie par des t\u00e2ches qui, au cours du temps, leur semblaient toujours plus inutiles. C\u2019est l\u2019amour, pensa-t-il, qui vous retient \u00e0 la vie ou vous en \u00e9carte. Sans amour, vivre ou mourir, c\u2019est exactement la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Ma derni\u00e8re pens\u00e9e, \u00e0 laisser pour qu\u2019on s\u2019en souvienne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Sur le blog\u00a0<\/strong>: <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3848\"><span style=\"color: #8a6119;\">article sur la s\u00e9rie des enqu\u00eates du Commissaire Ricciardi<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>S\u00e9rie\u00a0: \u00a0Commissaire Ricciardi\u00a0 (Naples 1931) 4\u00e8me \u00a0enqu\u00eate R\u00e9sum\u00e9\u00a0: Les nuages sont bas sur la ville de Naples.\u00a0 Durant la semaine qui pr\u00e9c\u00e8de le jour des Morts, on retrouve le cadavre d&rsquo;un enfant. C&rsquo;est un scugnizzo, un gamin des rues surnomm\u00e9 Tette. 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