{"id":404,"date":"2014-04-03T10:53:26","date_gmt":"2014-04-03T09:53:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=404"},"modified":"2014-04-03T11:12:50","modified_gmt":"2014-04-03T10:12:50","slug":"couto-mia-la-veranda-au-frangipanier-032000","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=404","title":{"rendered":"Couto Mia \u00ab\u00a0la v\u00e9randa au frangipanier\u00a0\u00bb (03\/2000)"},"content":{"rendered":"<p>Paru chez Albin Michel.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : Apr\u00e8s Terre somnambule et Les baleines de Quissico, l&rsquo;\u00e9crivain mozambicain Mia Couto poursuit avec ce nouveau roman une \u0153uvre singuli\u00e8re, qu\u00eate incessante des racines et d&rsquo;une identit\u00e9 nationale perdues.<\/p>\n<p>Fortement marqu\u00e9 par la tradition orale africaine, anim\u00e9 de l\u00e9gendes, d&rsquo;\u00e9pisodes fabuleux et de sagesse populaire, cet \u00e9trange r\u00e9cit aux allures de faux roman policier est hant\u00e9 par un crime v\u00e9ritable : celui qui consiste \u00e0 tuer le pass\u00e9 d&rsquo;un peuple. Et \u00e0 travers l&rsquo;aventure d&rsquo;Ermelindo Mucanga, mort rendu \u00e0 la vie pour quelques jours, c&rsquo;est l&rsquo;histoire violente du Mozambique qui est \u00e9voqu\u00e9e et dont un frangipanier, au c\u0153ur d&rsquo;une ancienne forteresse transform\u00e9e en asile, est le t\u00e9moin muet&#8230;<\/p>\n<p>Nourri de toute une m\u00e9moire collective, ce r\u00e9cit fantastique, po\u00e9tique et souvent dr\u00f4le, illustre toute la puissance d&rsquo;\u00e9vocation d&rsquo;une litt\u00e9rature m\u00e9tiss\u00e9e, dans son inspiration comme dans sa langue, dont Mia Couto demeure l&rsquo;un des plus brillants repr\u00e9sentants.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong><\/p>\n<p>Un pangolin ? Les pangolins (du malais pang goling : \u00ab celui qui s\u2019enroule \u00bb) ou Manid\u00e9s encore appel\u00e9s fourmiliers \u00e9cailleux, sont des mammif\u00e8res insectivores \u00e9dent\u00e9s dont le corps allong\u00e9 est en grande partie recouvert d&rsquo;\u00e9cailles, qui vivent dans les r\u00e9gions tropicales et \u00e9quatoriales d&rsquo;Afrique et d&rsquo;Asie du Sud-Est. Avec ses \u00e9cailles soud\u00e9es on peut le confondre avec les membres de la classe des reptiles. Et le pangolin, meilleur ami du mort, a le pouvoir d\u2019offrir \u00e0 la personne qui repose sous le frangipanier de la v\u00e9randa de retourner faire un tour dans le monde des vivants en habitant un humain, policier de son \u00e9tat. Avec lui nous allons mener une enqu\u00eate sur un crime dans l\u2019asile de vieux&#8230; entre les vivants, les vieillards presque morts et les esprits, les absences de m\u00e9moire, les mensonges et les souvenirs, vrais et faux\u2026 Entre l\u00e9gendes, croyances, traditions et contes populaires, sorci\u00e8res et esprits, dans le monde fantastique\u2026 avec son style si particulier, si flamboyant, si original et innovant&#8230; si po\u00e9tique&#8230; ses mots invent\u00e9s et imag\u00e9s. Pass\u00e9 et pr\u00e9sent se m\u00e9langent, dans un lieu et un univers hors du temps et hors du monde\u2026 En toile de fond, le non-respect des morts, les rites des enterrements non respect\u00e9s, la tradition bafou\u00e9e par le modernisme, qui affecte le repos de l\u2019\u00e2me et la force \u00e0 errer apr\u00e8s la mort..<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les heures entre ses murs, dans ce lieu empes\u00e9 tout entier de silences et d\u2019absences, se sont d\u00e9color\u00e9es. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui je sais: l&rsquo;Afrique nous vole notre \u00eatre. Et elle nous vide a contrario: en nous remplissant d&rsquo;\u00e2me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ma vie s\u2019est enivr\u00e9e du parfum de ses fleurs blanches au c\u0153ur jaune. En ce moment il ne sent rien, en ce moment ce n\u2019est pas le temps des fleurs. Vous \u00eates noir, inspecteur. Vous ne pouvez pas comprendre combien j\u2019ai toujours aim\u00e9 ces arbres. C\u2019est qu\u2019ici, dans votre pays, il est le seul qui perde ses feuilles. De tous les arbres le frangipanier est le seul qui se d\u00e9nude ainsi, il fait comme si allait survenir un Hiver. Lorsque je suis arriv\u00e9 en Afrique, apr\u00e8s je n\u2019ai plus jamais senti l\u2019Automne. C\u2019\u00e9tait comme si le temps arr\u00eatait son cours, comme si c\u2019\u00e9tait toujours la m\u00eame \u00e9ternelle saison. Seul le frangipanier me restituait ce sentiment du passage du temps. Non que j\u2019aie encore besoin aujourd\u2019hui de sentir passer les jours. Mais le parfum de cette v\u00e9randa me gu\u00e9rit des nostalgies des ann\u00e9es que j\u2019ai v\u00e9cues en Mozambique. Et quelles ann\u00e9es ce furent !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je fais provision d\u2019infini, m\u2019enivre petit \u00e0 petit. Oui, je sais le danger que c\u2019est : qui confond eau et ciel finit par ne plus distinguer vie et mort. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0la vieillesse, qu\u2019est-ce que c\u2019est sinon la mort en stage dans notre corps ? \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu sais semblant d\u2019\u00eatre de pierre, Et bien, alors : c\u2019est pas fait, la pierre, pour qu\u2019on marche dessus ? \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ceux qui meurent disparaissent tellement loin, c\u2019est comme s\u2019ils \u00e9taient des \u00e9toiles qui tombent. Ils s\u2019\u00e9teignent sans faire de bruit, sans qu\u2019on sache o\u00f9 ni quand<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Cela m\u2019est p\u00e9nible de rameuter mes souvenirs. Parce que la m\u00e9moire m\u2019arrive d\u00e9chir\u00e9e, en morceaux qui ne s\u2019assemblent pas. Je veux le repos de n\u2019appartenir qu\u2019\u00e0 un seul lieu, je veux la tranquillit\u00e9 de ne pas avoir la m\u00e9moire partag\u00e9e. Etre tout entier d\u2019une m\u2019m\u00eame vie. Et avoir de la sorte certitude de mourir en une seule fois. Cela m\u2019est p\u00e9nible d\u2019\u00e9grener tant de petites morts, celles que nous sommes les seuls \u00e0 noter, \u00e0 l\u2019obscur de notre intimit\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Toi Blanc, tu me feras toujours rire. Tu es une bonne personne. &#8211; C&rsquo;est l\u00e0 que tu te trompes, Nhonhoso: je ne suis pas bon. Ce que je suis, c&rsquo;est ralenti dans les m\u00e9chancet\u00e9s. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le fatiguaient, oui, les choses sans \u00e2me. L\u2019arbre au moins, disait-il, a une \u00e2me \u00e9ternelle : la terre elle-m\u00eame. On touche le tronc et on sent le sang de la terre qui circule dans l\u2019intime de nos veines.<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb Pour tout vous dire, la v\u00e9rit\u00e9 est que je ne me sens heureuse que lorsque je me fais eau. Dans cet \u00e9tat, pendant que je dors, je suis dispens\u00e9e de r\u00eaver : l\u2019eau n\u2019a pas de pass\u00e9. Pour le fleuve, onde qui va sans jamais cesser d\u2019aller, tout est toujours aujourd\u2019hui. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vous voulez dire que, pour vous, je ne suis pas un homme bon ?<\/p>\n<p>&#8211; Tu n\u2019es ni bon ni mauvais. Simplement, tu inexistes.<\/p>\n<p>&#8211; Comment \u00e7a, j\u2019inexiste ? \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tais une malade sans maladie. Je souffrais de ces acc\u00e8s de fi\u00e8vre que seul Dieu endure. Il s\u2019est produit ceci : d\u2019abord j\u2019ai perdu le rire ; ensuite, les r\u00eaves ; pour finir, les mots. Tel est l\u2019ordre de la tristesse, la fa\u00e7on dont le d\u00e9sespoir nous plonge dans un puits humide. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb L\u2019\u00e9crit \u00e9tait sa seule parole. Elle s\u2019enfermait dans sa chambre, envelopp\u00e9e dans la p\u00e9nombre. Le papier \u00e9tait sa seule fen\u00eatre. \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paru chez Albin Michel. 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