{"id":409,"date":"2014-04-03T11:12:12","date_gmt":"2014-04-03T10:12:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=409"},"modified":"2014-08-15T12:38:42","modified_gmt":"2014-08-15T11:38:42","slug":"couto-mia-laccordeur-de-silences-082011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=409","title":{"rendered":"Couto Mia \u00abL\u2019accordeur de silences\u00bb (08\/2011)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : \u00ab La premi\u00e8re fois que j\u2019ai vu une femme j\u2019avais onze ans et je me suis trouv\u00e9 soudainement si d\u00e9sarm\u00e9 que j\u2019ai fondu en larmes. Je vivais dans un d\u00e9sert habit\u00e9 uniquement par cinq hommes. Mon p\u00e8re avait donn\u00e9 un nom \u00e0 ce coin perdu : J\u00e9susalem. C\u2019\u00e9tait cette terre-l\u00e0 o\u00f9 J\u00e9sus devait se d\u00e9crucifier. Et point, final.<\/p>\n<p>Mon vieux, Silvestre Vitalicio, nous avait expliqu\u00e9 que c\u2019en \u00e9tait fini du monde et que nous \u00e9tions les derniers survivants. Apr\u00e8s l\u2019horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu\u2019il appelait vaguement l\u2019Autre-C\u00f4t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Dans la r\u00e9serve de chasse isol\u00e9e, au c\u0153ur d\u2019un Mozambique d\u00e9vast\u00e9 par les guerres, le monde de Mwanito, l\u2019accordeur de silences, n\u00e9 pour se taire, va voler en \u00e9clat avec l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une femme inconnue qui mettra Silvestre, le ma\u00eetre de ce monde d\u00e9sol\u00e9, en face de sa culpabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Mia Couto, admirateur du Br\u00e9silien Guimar\u00e3es Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, dr\u00f4le, \u00e9nigmatique, tout son pouvoir de cr\u00e9ation d\u2019un univers litt\u00e9raire plein d\u2019invention, de po\u00e9sie et d\u2019ironie.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : Alors ceux qui ont trouv\u00e9 que je m\u2019enflammais pour le livre \u00ab Poisons de Dieu, rem\u00e8des du Diable \u00bbdu m\u00eame auteur n\u2019ont encore rien vu. L\u00e0, je suis dithyrambique. Ce livre est une splendeur, un bijou. Et extr\u00eamement bien traduit. Silvestre a perdu sa femme ; il part s\u2019enterrer au milieu de nulle part avec ses deux fils \u00e0 qui il interdit tout contact avec le monde. Voyage int\u00e9rieur des deux fils qui r\u00eavent de voyager \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la prison paternelle. Parall\u00e8lement, l\u2019histoire d\u2019une jeune femme portugaise qui vient au Mozambique pour retrouver son mari disparu, envout\u00e9 par l\u2019Afrique et dont l\u2019histoire croisera ce p\u00e8re et ses fils. On est au pays de la \u00ab saudade \u00bb, du silence, du non-dit, de la tyrannie, du d\u00e9ni d\u2019espoir. Livre de contrastes, de descriptions somptueuses.. Mia Couto enchante \u00e0 tous les niveaux, \u00e0 la fois peintre, po\u00e8te et \u00e9crivain de l\u2019\u00e2me et de l\u2019Afrique\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je suis n\u00e9 pour me taire. C&rsquo;est mon unique vocation. C&rsquo;est mon p\u00e8re qui m&rsquo;a expliqu\u00e9 : j&rsquo;ai un don pour ne pas parler, un talent pour \u00e9purer les silences. J&rsquo;\u00e9cris bien, silences, au pluriel. Oui, car il n&rsquo;est pas de silence unique. Et chaque silence est une musique \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de gestation.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;on me voyait, immobile et reclus, dans mon invisible recoin, j n&rsquo;\u00e9tais pas prostr\u00e9. J&rsquo;\u00e9tais combl\u00e9, l&rsquo;\u00e2me et le corps habit\u00e9s : je nouais les fils d\u00e9licats dont on tisse la qui\u00e9tude. J&rsquo;\u00e9tais un accordeur de silences.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tellement silencieuse, elle avait cess\u00e9 exister sans m\u00eame qu\u2019on ne remarque qu\u2019elle ne vivait d\u00e9j\u00e0 plus parmi nous, les vivants en vigueur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le r\u00eave est un dialogue avec les morts, un voyage au pays des \u00e2mes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ses pas \u00e9taient ceux d&rsquo;un baobab arrachant ses propres racines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Vivre? Pourtant vivre c&rsquo;est accomplir des r\u00eaves, attendre des nouvelles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Au lieu de s&rsquo;estomper dans l&rsquo;autrefois, elle s&rsquo;immis\u00e7ait dans les f\u00ealures du silence, dans les replis de la nuit. Il n&rsquo;y avait pas moyen d&rsquo;ensevelir ce fant\u00f4me. sa mort myst\u00e9rieuse, sans cause ni apparence, ne l&rsquo;avait pas ravie du monde des vivants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00abL&rsquo;\u00e9crit \u00e9tait un pont entre des \u00e9poques pass\u00e9es et \u00e0 venir, \u00e9poques qui n&rsquo;avaient jamais exist\u00e9 en moi.\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Celui qui se laisse envahir par la passion est vou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aveuglement. On ne voit plus celui qu&rsquo;on aime. A la place, l&rsquo;amoureux fixe son propre ab\u00eeme. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les femmes sont comme des \u00eeles : toujours lointaines mais \u00e9clipsant toute la mer alentour. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Les morts ne meurent pas lorsqu&rsquo;ils cessent de vivre, mais quand nous les vouons \u00e0 l&rsquo;oubli \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Son index parcourait encore et encore le papier imprim\u00e9, tel le canot ivre voguant sur des fleuves imaginaires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb ils sont li\u00e9s par le sang, oui, mais celui des autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Veuf n&rsquo;est qu&rsquo;un autre nom qu&rsquo;on donne \u00e0 un mort. Je vais choisir un cimeti\u00e8re personnel, le mien, o\u00f9 j&rsquo;irai m&rsquo;enterrer.<\/p>\n<p>\u00ab Celui qui perd espoir fuit. Celui qui perd confiance se cache. Et il d\u00e9sirait \u00e0 la fois fuir et se cacher. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Moi, je restai seul face \u00e0 l&rsquo;ab\u00eeme. Lentement, j&rsquo;ouvris la porte et examinai l&rsquo;entr\u00e9e. C&rsquo;\u00e9tait une vaste pi\u00e8ce vide, \u00e0 l&rsquo;odeur du temps conserv\u00e9. Tandis que je m&rsquo;habituais \u00e0 la p\u00e9nombre, je pensai : comment, au long de tant d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;enfance, n&rsquo;avais-je jamais eu la curiosit\u00e9 d&rsquo;explorer cet endroit interdit ? La raison, c&rsquo;est que je n&rsquo;avais jamais exerc\u00e9 ma propre enfance, mon p\u00e8re m&rsquo;avait vieilli d\u00e8s la naissance. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ma voix a migr\u00e9 dans un corps qui ne m\u2019appartient plus. Et lorsque je m\u2019\u00e9coute, je ne me reconnais pas moi-m\u00eame. En mati\u00e8re amoureuse, je ne peux qu\u2019\u00e9crire. \u00c7a ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 comme \u00e7a, m\u00eame lorsque tu \u00e9tais l\u00e0.<\/p>\n<p>Et j\u2019\u00e9cris comme les oiseaux r\u00e9digent leur vol : sans papier, sans calligraphie, uniquement avec de la lumi\u00e8re et de la saudade. Des mots qui, tout en \u00e9tant miens, ne m\u2019ont jamais habit\u00e9e. J\u2019\u00e9cris sans avoir rien \u00e0 dire. Car je ne sais que te dire sur ce que nous avons \u00e9t\u00e9. Et n\u2019ai rien \u00e0 te dire que ce que nous serons. Parce que je suis comme les habitants de J\u00e9susalem. Je n\u2019ai ni regrets ni m\u00e9moire : mon ventre n\u2019a jamais engendr\u00e9 la vie, mon sang ne s\u2019est pas ouvert \u00e0 un autre corps. C\u2019est ainsi que je vieillis: \u00e9vapor\u00e9e en moi, oubli\u00e9e sur un banc d\u2019\u00e9glise.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est mon dilemme : lorsque tu es l\u00e0, je n\u2019existe pas, ignor\u00e9e. Lorsque tu n\u2019es pas l\u00e0, je ne me reconnais pas, ignorante. Je n\u2019existe qu\u2019en ta pr\u00e9sence. Et ne m\u2019appartiens qu\u2019en ton absence. Maintenant, je sais. Je ne suis qu\u2019un nom. Un nom qui ne s\u2019allume que dans ta bouche. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Eblouir, comme le mot l\u2019implique, devrait aveugler, \u00f4ter la lumi\u00e8re. Et finalement j\u2019aspirais maintenant \u00e0 un obscurcissement. Je le savais, cette hallucination que j\u2019avais \u00e9prouv\u00e9e une fois rendait d\u00e9pendante comme la morphine. L\u2019amour est une morphine. On pourrait le commercialiser sous vide sous le nom Amorphine. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab La terre, la vie, l\u2019eau sont de sexe f\u00e9minin. Pas le ciel, le ciel est masculin. Je sens que le ciel me touche de tous ses doigts. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Je veux habiter dans une ville o\u00f9 on r\u00eave de pluie. Dans un monde o\u00f9 la pluie est le plus grand bonheur. Et o\u00f9 on pleut tous. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Qui veut l\u2019\u00e9ternit\u00e9 regarde le ciel, qui veut l\u2019instant regarde le nuage. La visiteuse voulait tout, ciel et nuage, oiseaux et infinis. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Cette conversation traine en longueur. Et je suis vieux, madame. Chaque instant g\u00e2ch\u00e9, c\u2019est la Vie enti\u00e8re que je perds. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab ce n\u2019est pas de la fatigue. C\u2019est de la tristesse. Quelqu\u2019un te manque. Ta maladie s\u2019appelle la saudade \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019inondation se produisit pourtant une fois la pluie termin\u00e9e : un d\u00e9luge de lumi\u00e8re. Intense, totale, aveuglante. L\u2019eau et la lumi\u00e8re surgirent presque indistinctes. Toutes deux excessives, toutes deux confirmant mon infinie petitesse. Comme s\u2019il existait des milliers de soleils, d\u2019innombrables sources de lumi\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de moi. Voici mon cot\u00e9 solaire, jamais r\u00e9v\u00e9l\u00e9 auparavant. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab N\u00e9 sans le vouloir, il avait v\u00e9cu sans d\u00e9sir, il mourrait sans pr\u00e9venir et sans crier gare. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Avant m\u00eame de mourir, il avait d\u00e9j\u00e0 mis un terme \u00e0 sa vie. Il avait balay\u00e9 les lieux, \u00e9cart\u00e9 les vivants, effac\u00e9 le temps. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab En d\u00e9finitive, les vivants ne sont pas de simples fossoyeurs d\u2019ossements : ils sont avant tout les bergers des d\u00e9funts. Il n\u2019est pas d\u2019anc\u00eatre qui ne soit assur\u00e9 que, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la lumi\u00e8re, il y a toujours quelqu\u2019un pour le r\u00e9veiller. \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Aujourd\u2019hui je sais : aucune rue n\u2019est petite. Elles cachent toutes des histoires infinies, elles dissimulent toutes d\u2019in\u00e9narrables secrets. \u00bb<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb La vie est trop pr\u00e9cieuse pour \u00eatre dilapid\u00e9e dans un monde d\u00e9senchant\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 : \u00ab La premi\u00e8re fois que j\u2019ai vu une femme j\u2019avais onze ans et je me suis trouv\u00e9 soudainement si d\u00e9sarm\u00e9 que j\u2019ai fondu en larmes. Je vivais dans un d\u00e9sert habit\u00e9 uniquement par cinq hommes. Mon p\u00e8re avait donn\u00e9 un nom \u00e0 ce coin perdu : J\u00e9susalem. 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