{"id":4247,"date":"2017-04-25T17:24:15","date_gmt":"2017-04-25T16:24:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4247"},"modified":"2023-09-26T18:50:53","modified_gmt":"2023-09-26T16:50:53","slug":"dusapin-elisa-shua-hiver-a-sokcho-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4247","title":{"rendered":"Dusapin, Elisa Shua \u00abHiver \u00e0 Sokcho\u00bb (2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>L\u2019autrice<\/strong>\u00a0: N\u00e9e en 1992 d\u2019un p\u00e8re fran\u00e7ais et d\u2019une m\u00e8re sud-cor\u00e9enne, Elisa Shua Dusapin grandit entre Paris, S\u00e9oul et Porrentruy. Dipl\u00f4m\u00e9e en 2014 de l\u2019Institut litt\u00e9raire suisse de Bienne (Haute Ecole des Arts de Berne), elle se consacre \u00e0 l\u2019\u00e9criture et aux arts de la sc\u00e8ne, entre deux voyages en Asie de l\u2019Est. \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4247\">Hiver \u00e0 Sokcho<\/a><\/span>\u00a0\u00bb (2016) est son premier roman. Son deuxi\u00e8me roman, <span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7154\">Les Billes du Pachinko<\/a>\u00ab\u00a0<\/span>, est sorti en 2018, suivi de \u00ab\u00a0Vladivostok Circus\u00a0\u00bb (2020) et de \u00ab\u00a0Le vieil incendie\u00a0\u00bb\u00a0 (2023)<\/p>\n<p>Editeur\u00a0: Zo\u00e9 (Gen\u00e8ve) &#8211; Prix Robert Walser 2016 &#8211; prix R\u00e9gine Deforges 2017 &#8211; Prix Alpha \u2013 S\u00e9lectionn\u00e9e pour le Ren\u00e9 Fallet 2017, pour le prix Fran\u00e7oise Sagan 2017, pour le Prix du public de la RTS 2017 &#8211;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: A , petite ville portuaire proche de la Cor\u00e9e du Nord, une jeune Franco-cor\u00e9enne qui n&rsquo;est jamais all\u00e9e en Europe rencontre un auteur de bande dessin\u00e9e venu chercher l&rsquo;inspiration depuis sa Normandie natale. C&rsquo;est l&rsquo;hiver, le froid ralentit tout, les poissons peuvent \u00eatre venimeux, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et l&rsquo;encre coule sur le papier, implacable : un lien fragile se noue entre ces deux \u00eatres aux cultures si diff\u00e9rentes. Ce roman d\u00e9licat comme la neige sur l&rsquo;\u00e9cume transporte le lecteur dans un univers d&rsquo;une richesse et d&rsquo;une originalit\u00e9 rares, \u00e0 l&rsquo;atmosph\u00e8re puissante.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Et bien le moins que je puisse dire c\u2019est que cela ne me donne pas envie de s\u2019approcher de la Cor\u00e9e. Bien que le livre ne soit pas en cause. Beaucoup aim\u00e9 la mani\u00e8re dont elle nous d\u00e9peint les ambiances. Alors la Cor\u00e9e du Sud (\u00e0 60 km de la Cor\u00e9e du Nord) en hiver\u2026 ce n\u2019est pas tr\u00e8s engageant\u2026 Mi- cor\u00e9enne \u2013 mi- Normande l\u2019auteur nous emm\u00e8ne sur des plages (du d\u00e9barquement?)\u00a0d\u00e9sert\u00e9es par les touristes en hiver. Un parall\u00e8le ambiance atmosph\u00e9rique entre ces deux lieux de vill\u00e9giature en saison estivale (solitude, d\u00e9sertification l\u2019hiver, le vent, les non-couleurs des paysages) Mais contrairement \u00e0 la Normandie, l\u2019hiver c\u2019est froid froid (du style -30\u00b0).<\/p>\n<p>Une jeune fille qui travaille dans une auberge, sa m\u00e8re (poissonni\u00e8re), son petit-ami (qui va partir pour S\u00e9oul)\u00a0: la jeune fille est cor\u00e9enne par sa m\u00e8re et fran\u00e7aise par son p\u00e8re (qui s\u2019est \u00e9vapor\u00e9 il y a bien longtemps), une jeune femme sortant d\u2019une op\u00e9ration de chirurgie esth\u00e9tique, qui traine par-l\u00e0, glauque et momifi\u00e9e par ses bandages\u2026<\/p>\n<p>Ce livre traite du probl\u00e8me d\u2019identit\u00e9 d\u2019une personne m\u00e9tiss\u00e9e qui se sent partout \u00e9trang\u00e8re, pas tant par le physique que par son int\u00e9riorit\u00e9. La jeune fille est rong\u00e9e par la solitude, par le mal-\u00eatre, par son probl\u00e8me d\u2019acceptation de son corps, par l\u2019importance du regard de l\u2019autre, de l\u2019errance \u2026<\/p>\n<p>C\u2019est un livre sur l\u2019importance de l\u2019image, du dessin, du trait\u00a0; en effet un dessinateur est tout puissant et il peut faire ce qu\u2019il d\u00e9sire des corps en les dessinant et les modifiant, et en se d\u00e9barrassant de ce qui ne va pas\u2026 Moi facile dans la vraie vie.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs l\u2019\u00e9tranger qui va d\u00e9barquer \u00e0 la pension existe plus dans l\u2019univers de la jeune fille par sa capacit\u00e9 cr\u00e9atrice que par lui-m\u00eame. Il est le dessinateur des corps, le miroir des formes. Ce roman est un hommage \u00e0 la cr\u00e9ation, \u00e0 la BD, au trait fait \u00e0 l\u2019encre qui ne peut s\u2019effacer. Tout est image, y compris l\u2019\u00e9criture \u2026 on voit les dessins, les traces, les couleurs. Et m\u00eame l\u2019\u00e9criture est trai\u2026 d\u00e9pouill\u00e9 et pr\u00e9cis, comme la litt\u00e9rature asiatique qui \u00e9voque en quelques mots et ne s\u2019\u00e9ternise pas en discours fleuves.<\/p>\n<p>Par petites touches l\u2019auteur va \u00e9voquer plusieurs aspects de la mentalit\u00e9 et de la vie cor\u00e9enne\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019importance de la nourriture et de la cuisine. En Cor\u00e9e offrir \u00e0 manger est consid\u00e9r\u00e9 comme une sorte d\u2019offrande, le lien entre les individus, et refuser est une grave offense. D\u2019ailleurs on verra dans le livre le foss\u00e9 et le malentendu culturel qui se cr\u00e9e entre le jeune homme et la jeune fille du fait du refus de manger la cuisine qu\u2019elle lui propose. La nourriture est aussi le lien entre la m\u00e8re (dont la vie enti\u00e8re tourne autour de l\u2019alimentaire\u00a0: son m\u00e9tier, le fait de cuisiner, de toujours vouloir gaver sa fille, de lui reprocher sa maigreur)<\/p>\n<p>&#8211; l\u2019opposition entre la vie \u00e0 la ville (S\u00e9oul) et dans les provinces recul\u00e9es (Sokcho)<\/p>\n<p>&#8211; la chirurgie esth\u00e9tique (plus de la moiti\u00e9 des jeunes filles subissent la chirurgie esth\u00e9tique pour s\u2019occidentaliser dans les grandes villes).<\/p>\n<p>Au final un joli moment de lecture mais qui une fois encore ne me correspond pas totalement, du fait justement de ce d\u00e9nuement\u2026 J\u2019aime les romans fleuve, qui foisonnent, explosent\u00a0: c\u2019est un peu trop elliptique pour moi\u2026 Mais je suis toujours attir\u00e9e par les racines qui conditionnent la vie, et par les ad\u00e9quations entre les couleurs, les paysages et les caract\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Nous sommes pass\u00e9s par une plaine de b\u00e9ton. S\u2019\u00e9levait au centre une tour panoramique d\u2019o\u00f9 giclaient les g\u00e9missements d\u2019un chanteur de K-Pop. En ville, les tenanciers des restaurants, bottes jaunes, casquettes vertes, gesticulaient devant leurs aquariums pour nous attirer.<\/p>\n<p>\u2014 Vous lisez beaucoup? a-t-il demand\u00e9.<br \/>\n\u2014 Oui avant mes \u00e9tudes. Avant je lisais avec le c\u0153ur. Maintenant, avec le cerveau.<\/p>\n<p>Il avait ferm\u00e9 les yeux. Le nez se d\u00e9tachait comme une \u00e9querre. Des l\u00e8vres \u00e9troites naissait un delta de lignes qui deviendraient des rides. Il s\u2019\u00e9tait ras\u00e9.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re un comptoir, un mannequin de femme regardait devant lui dans un uniforme gris. Je m\u2019en suis approch\u00e9e. Battement de paupi\u00e8res. C\u2019\u00e9tait vivant. Une vendeuse. J\u2019ai tent\u00e9 de saisir son regard. Ni mouvement de l\u00e8vre, ni haussement de sourcil.<\/p>\n<p>Vos plages, la guerre leur est pass\u00e9e dessus, elles en portent les traces mais la vie continue. Les plages ici attendent la fin d\u2019une guerre qui dure depuis tellement longtemps qu\u2019on finit par croire qu\u2019elle n\u2019est plus l\u00e0, alors on construit des h\u00f4tels, on met des guirlandes mais tout est faux, c\u2019est comme une corde qui s\u2019effile entre deux falaises, on y marche en funambules sans jamais savoir quand elle se brisera, on vit dans un entre-deux, et cet hiver qui n\u2019en finit pas !<\/p>\n<p>Sous le mart\u00e8lement de la pluie, la mer se redressait en \u00e9pines d\u2019oursin.<\/p>\n<p>Il soufflait un vent plus doux sur la plage. Les vagues n\u2019\u00e9taient pas r\u00e9guli\u00e8res, elles avaient le hoquet.<\/p>\n<p>Dehors c\u2019\u00e9tait la nuit. \u00c0 travers la fen\u00eatre, on apercevait le march\u00e9. Les \u00e9tals sous les b\u00e2ches, comme des sarcophages.<\/p>\n<p>Il avait remarqu\u00e9 ma pr\u00e9sence comme un serpent se glisse en vous pendant vos r\u00eaves, comme un animal de guet. Son regard, physique, dur, m\u2019avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e. Il m\u2019avait fait d\u00e9couvrir quelque chose que j\u2019ignorais, cette part de moi l\u00e0-bas, \u00e0 l\u2019autre bout du monde, c\u2019\u00e9tait tout ce que je voulais.<\/p>\n<p>Exister sous sa plume, dans son encre, y baigner, qu\u2019il oublie toutes les autres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019autrice\u00a0: N\u00e9e en 1992 d\u2019un p\u00e8re fran\u00e7ais et d\u2019une m\u00e8re sud-cor\u00e9enne, Elisa Shua Dusapin grandit entre Paris, S\u00e9oul et Porrentruy. 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