{"id":449,"date":"2014-04-18T17:12:27","date_gmt":"2014-04-18T16:12:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=449"},"modified":"2014-05-06T18:20:32","modified_gmt":"2014-05-06T17:20:32","slug":"kethevane-davrichewy-les-separees-012012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=449","title":{"rendered":"K\u00e9th\u00e9vane Davrichewy &#8211;  Les s\u00e9par\u00e9es (01\/2012)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;\u00e9diteur<\/strong>: Quand s&rsquo;ouvre le roman, le 10 mai 1981, Alice et C\u00e9cile ont seize ans. Trente ans plus tard, celles qui depuis l&rsquo;enfance ne se quittaient pas se sont perdues.<\/p>\n<p>Alice, install\u00e9e dans un caf\u00e9, laisse vagabonder son esprit, tentant inlassablement, au fil des r\u00e9flexions et des souvenirs, de comprendre la raison de cette rupture amicale, que r\u00e9activent d&rsquo;autres chagrins. Plong\u00e9e dans un semi-coma, C\u00e9cile, elle, \u00e9crit dans sa t\u00eate des lettres imaginaires \u00e0 Alice.<\/p>\n<p>Tissant en une double trame les d\u00e9cennies \u00e9coul\u00e9es, les voix des deux jeunes femmes d\u00e9roulent le fil de leur histoire. (&#8230;)<\/p>\n<p>Si, de cette amiti\u00e9 fusionnelle, K\u00e9th\u00e9vane Davrichewy excelle \u00e0 \u00e9voquer les \u00e9lans et la joie, si les portraits de ceux qu&rsquo;Alice et C\u00e9cile ont aim\u00e9s illuminent son livre, elle \u00e9crit aussi tr\u00e8s subtilement sur la complexit\u00e9 des sentiments. Croisant les points de vue de ses deux narratrices, et comme \u00e0 leur insu, elle laisse affleurer au fil des pages les failles, les malentendus et les secrets dont va se nourrir l&rsquo;in\u00e9vitable d\u00e9samour.<\/p>\n<p>Car c&rsquo;est tout simplement de la perte et de la fin de l&rsquo;enfance qu&rsquo;il s&rsquo;agit dans ce roman \u00e0 deux voix qui sonne si juste.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>: 1er roman que je lis d\u2019elle ; c\u2019est en fait son 3\u00e8me. Un livre sur l\u2019amiti\u00e9. Une amiti\u00e9 fusionnelle qui se disloque. Des phrases simples. L\u2019auteur parle de tous les sentiments : l\u2019amour, l\u2019amiti\u00e9, la haine, la confiance, la trahison. Comment une amiti\u00e9 si forte peut-elle s\u2019effondrer.. On parle souvent des ruptures amoureuses, l\u00e0 c\u2019est une rupture d\u2019amiti\u00e9. Deux jeunes filles de 16 ans, de deux milieux sociaux diff\u00e9rents et qui ont des vies totalement diff\u00e9rentes. Mais ce qui importe est leur relation. M\u00e9moires \u00e0 deux voix de deux femmes qui d\u00e9roulent leur vie depuis maintenant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019enfance. Pourquoi se sont-elles \u00e9loign\u00e9es ? Pourquoi la vie les a coup\u00e9 en deux, les a \u00ab s\u00e9par\u00e9es \u00bb, elles qui ne formaient qu\u2019une ? La difficult\u00e9 de grandir, d\u2019avoir une vie \u00ab \u00e0 soi \u00bb\u2026 Comme points de rep\u00e8res, les chansons qui ont marqu\u00e9 leur vie, de Julien Clerc aux Stones\u2026Les probl\u00e9matiques de la vie qu\u2019elles ont affront\u00e9 ensemble et s\u00e9par\u00e9ment. En des rebondissements, des chemins de traverse qu&rsquo;elles prennent en secret, et qu&rsquo;elles ne partagent pas ? J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 cette analyse de l\u2019amiti\u00e9 et me r\u00e9jouis de d\u00e9couvrir les autres livres de cette romanci\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>\u00a0Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p>Rien ne lui semblait r\u00e9el, ni irr\u00e9el non plus. Elle \u00e9tait quelque part entre les deux, flottant dans la pi\u00e8ce aux contours familiers, qui lui semblait soudain \u00e9trang\u00e8re et hostile. Il lui \u00e9tait impossible de savoir ce qu\u2019elle ressentait, ni m\u00eame si elle ressentait quelque chose<\/p>\n<p>Elle s\u2019absentait, sa propre vie lui \u00e9chappait. Elle en \u00e9tait spectatrice. Les heures, les minutes, les secondes venaient se fracasser sur une vitre invisible et incassable<\/p>\n<p>Comment dois-je te nommer d\u00e9sormais ? Il importe peu puisque cette lettre n\u2019en est pas une. Juste une \u00e9pigraphe \u00e9ph\u00e9m\u00e8re murmur\u00e9e dans la solitude, sans pouvoir prononcer un mot<\/p>\n<p>Ai-je encore un corps ou ne suis-je plus qu\u2019une d\u00e9pouille dont l\u2019\u00e2me veille un peu ? Autour de moi, on se demande si je suis encore l\u00e0<\/p>\n<p>Mes paupi\u00e8res sont closes et mes yeux ouverts sur ma m\u00e9moire<\/p>\n<p>\u00c0 la lisi\u00e8re de la vie de son amie, elle l\u2019assurait de son soutien et de sa compr\u00e9hension sans faille<\/p>\n<p>Nous avions d\u00e9sert\u00e9 notre relation, nous qui avions convers\u00e9 quotidiennement pendant plus de trente ans. L\u2019inconcevable s\u2019\u00e9tait produit, nous projetant dans l\u2019absurde.<\/p>\n<p>Je remontais le cours de l\u2019histoire, revenais aux sources, diss\u00e9quais les signes<\/p>\n<p>Les m\u00e9faits du temps courent, cimentent, perdurent.<\/p>\n<p>Ce qui est effrayant dans la mort de l\u2019\u00eatre cher, \u00e9crivait Montherlant, ce n\u2019est pas sa mort, c\u2019est comme on en est consol\u00e9. \u00bb Qu\u2019y a-t-il de plus terrible que d\u2019\u00eatre consol\u00e9 ? Je refuse de l\u2019\u00eatre<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons, disait Mauriac ; elle nous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable : la mort est le sel de notre amour ; c\u2019est la vie qui dissout l\u2019amour. \u00bb<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9crivais sans cesse des citations dans mon cahier, comme nous le faisions enfants. As-tu gard\u00e9 cette habitude ? Nous donnions tous pouvoirs aux mots et \u00e0 la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Rien ne nous arrivait jamais, nous cherchions une bataille \u00e0 mener<\/p>\n<p>Et nous avions la litt\u00e9rature, l\u2019art pour nous \u00e9lever. Je trouvais que nous accumulions plus de th\u00e9ories sur l\u2019esth\u00e9tique que d\u2019\u00e9motions. Nous pensions trop, nous parlions trop. Tu voulais aller au fond des choses, diss\u00e9quer la moindre de nos pens\u00e9es. Ce fut un tort.<\/p>\n<p>Je me lovais dans votre quotidien comme je me blottissais dans les coussins de votre canap\u00e9<\/p>\n<p>Les m\u00e9sententes r\u00e9centes lui apparaissaient plus nettement, jaillissant brutalement sur une toile d\u00e9sormais imparfaite<\/p>\n<p>Ce qui avait filtr\u00e9 de l\u2019\u00e9change qu\u2019elle avait entendu \u00e9tait plus grave qu\u2019une simple dissonance. L\u2019amiti\u00e9 pouvait-elle finir ? Pouvait-on cesser d\u2019aimer ? Qu&rsquo;est-ce qui prouvait qu\u2019on aimait?<\/p>\n<p>Fut-elle amoureuse ? Ou eut-elle envie de l\u2019\u00eatre ? Elle croyait de plus en plus aux amours qu\u2019on s\u2019invente<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature densifiait ce qu\u2019elle vivait, lui donnait de la valeur<\/p>\n<p>Les images se bousculent, m\u2019envahissent, ma t\u00eate n\u2019est plus qu\u2019un kal\u00e9idoscope qui me heurte, m\u2019apaise ou m\u2019exalte<\/p>\n<p>Tu n\u2019as pas cess\u00e9 de m\u2019aimer, j\u2019ai cess\u00e9 de t\u2019int\u00e9resser. Et je t\u2019ai ha\u00efe pour \u00e7a.<\/p>\n<p>Le silence nous envahissait<\/p>\n<p>Elles se turent, dans l\u2019inachev\u00e9, comme deux animaux en pleine course stoppant brutalement devant un obstacle infranchissable.<\/p>\n<p>Les disparus surgissent quand on ne les attend pas et ne r\u00e9pondent pas quand on les esp\u00e8re<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;\u00e9diteur: Quand s&rsquo;ouvre le roman, le 10 mai 1981, Alice et C\u00e9cile ont seize ans. 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