{"id":4567,"date":"2017-07-08T16:06:07","date_gmt":"2017-07-08T15:06:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4567"},"modified":"2025-12-31T11:32:47","modified_gmt":"2025-12-31T09:32:47","slug":"benameur-jeanne-laver-les-ombres-2008","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4567","title":{"rendered":"Benameur, Jeanne \u00abLaver les ombres\u00bb (2008)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur\u00a0<\/strong>: Jeanne Benameur est n\u00e9e en Alg\u00e9rie en 1952 d\u2019un p\u00e8re alg\u00e9rien et d\u2019une m\u00e8re italienne. Elle vit \u00e0 La Rochelle et consacre l\u2019essentiel de son temps \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Elle a \u00e9tudi\u00e9 la philosophie et l\u2019histoire de l\u2019art.<\/p>\n<p>Elle a \u00e9crit entre autres\u00a0:\u00a0\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4567\">Laver les ombres<\/a>\u00a0<\/span>(2008) \u2013\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4360\"><span style=\"color: #0000ff;\">Les Insurrections singuli\u00e8res<\/span>\u00a0<\/a>(2011)\u00a0\u2013<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=787\">\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\">Profanes<\/span><\/a><span style=\"color: #0000ff;\">,\u00a0<\/span>(2012) \u2013 Vivre c\u2019est risquer (2013) \u2013\u00a0 Je vis sous l\u2019\u0153il du chien \u2013 suivi de L\u2019Homme de longue peine, (2013), 48\u00a0p \u2013\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6512\">Pas assez pour faire une femme<\/a><\/span>\u00a0(Actes Sud, coll. Babel, 2015) \u2013 Otages intimes (2015) 176 p. Prix du roman Version F\u00e9mina \u2013<span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=6870\">L\u2019Enfant qui<\/a><\/span>\u00a0(2017) \u00a0\u2013 <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=14530\">Ceux qui partent<\/a><\/span> (2019) &#8211; <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=19821\">La patience des traces<\/a><\/span>\u00a0(2022) &#8211;<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" title=\"Benameur, Jeanne \u00ab\u00a0Vivre tout bas\u00a0\u00bb (2025) 208 pages\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=23499\"> Vivre tout bas<\/a>\u00a0<\/span> (2025) &#8211; Vers l\u2019\u00e9criture (essai &#8211; 2025)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: L\u00e9a danse, jet\u00e9e \u00e0 corps perdu dans la perfection du mouvement ; la ma\u00eetrise du moindre muscle est sa n\u00e9cessit\u00e9 absolue. Lea aime, mais elle est un champ de mines, incapable de s\u2019abandonner \u00e0 Bruno, peintre de l\u2019immobile. En pleine temp\u00eate, elle part vers l\u2019oc\u00e9an retrouver sa m\u00e8re dans la maison de l\u2019enfance.<br \/>\nIl faut bien en avoir le coeur net.<br \/>\nC\u2019est \u00e0 Naples, pendant la guerre, qu\u2019un \u201cbel ami\u201d fran\u00e7ais promet le mariage \u00e0 une jeune fille de seize ans et vend son corps dans une maison close. C\u2019est en France qu\u2019il faudra taire la douleur, aimer l\u2019enfant inesp\u00e9r\u00e9e, vivre un semblant d\u2019apaisement au bord du pr\u00e9cipice.<br \/>\nEn tableaux qui alternent pr\u00e9sent et pass\u00e9, peu \u00e0 peu se d\u00e9nouent les entraves dont le corps maternel porte les stigmates.<br \/>\nDans une langue retenue et vibrante, Jeanne Benameur chor\u00e9graphie les myst\u00e8res de la transmission et la fervente assomption des mots qui d\u00e9livrent.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumi\u00e8re un visage pour en faire le portrait.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Je continue l\u2019exploration de l\u2019\u0153uvre de cette romanci\u00e8re qui grimpe dans la liste de mes auteurs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Les livres, les mots, la peau, la danse, la peinture\u2026 Une fois encore la sensibilit\u00e9 de Jeanne Benameur est magique. Le mal-\u00eatre d\u2019une m\u00e8re semble s\u2019\u00eatre communiqu\u00e9e \u00e0 sa fille\u00a0; au moment o\u00f9 une clarification du pass\u00e9 s\u2019impose entre les deux femmes, dans une ambiance raz de mar\u00e9e et vent violent, tout va \u00eatre bouscul\u00e9, tant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des personnages. Le pass\u00e9 de la m\u00e8re suffira-t-il \u00e0 expliquer les r\u00e9actions \u00e9pidermiques de la fille\u00a0? Sous le charme de cette \u00e9criture.<\/p>\n<p>Incroyable comme ce livre fait \u00e9cho \u00e0 celui de <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4560\">Jean Hegland \u00ab\u00a0Dans la for\u00eat\u00a0\u00bb<\/a> (<strong>Conseil\u00a0<\/strong>: si ce livre vous a plu, enchainez sur le Jean Hegland \u00ab\u00a0Dans la for\u00eat\u00a0\u00bb (Gallmeister 2017)\u00a0; On y parle nature, danse, lecture, perception\u2026. Extr\u00eamement int\u00e9ressant de les lire l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. Dans les deux on fait des provisions pour le futur. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 des provisions tangibles, de l\u2019autre de perception\u2026)\u00a0; danse et libert\u00e9, individualisme\u00a0; livres et sorte d\u2019attachement aux \u00eatres, au pass\u00e9, aux histoires des autres\u2026 Plus \u00e9tonnant\u00a0: l\u2019atmosph\u00e8re de fin du monde qui accompagne les deux livres\u2026 \u00e0 cause de la temp\u00eate il n\u2019y a plus d\u2019\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Seule, dans le jour qui vient, par des exercices r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, elle tisse ses liens avec l\u2019air. Une grammaire sensible, improbable, \u00e0 r\u00e9exp\u00e9rimenter chaque matin.<\/p>\n<p>C\u2019est la fin de l\u2019automne. Le gris cendr\u00e9 des nuages lui fait regretter d\u2019avoir manqu\u00e9 la splendeur des feuillages dor\u00e9s, roux, qu\u2019elle aime tant. D\u2019ordinaire, elle se d\u00e9brouille pour trouver le temps d\u2019un week-end de balade au bord de la mer, dans la petite ville de son enfance. C\u2019est l\u2019\u00e9poque des couleurs chaudes dans la for\u00eat toute proche. Elle fait provision d\u2019odeurs, d\u2019images pour l\u2019hiver.<\/p>\n<p>Les bombes ne s\u2019attaquent qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Personne ne les voit. Elle est un\u00a0champ de mines. Et elle danse. Pour les \u00e9viter. Voil\u00e0 comment elle se sent.<\/p>\n<p>Elle attrape un livre, toujours le m\u00eame. Un vieux livre aux pages fatigu\u00e9es, aux bords corn\u00e9s. Un livre d\u2019amour. Et elle lit. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment.<br \/>\nQue les mots au moins l\u2019emportent. Loin. Loin.<\/p>\n<p>Plonger dans la langue de sa m\u00e8re parce qu\u2019elle a peur de la perdre.<\/p>\n<p>La lecture pour foncer. Et la danse pour ne pas tout casser dans la maison.<br \/>\nLa langue de sa m\u00e8re l\u2019apaise. En lisant elle entend \u00e0 nouveau sa musique.<\/p>\n<p>Danser, c\u2019est attirer le vide.<br \/>\nUn p\u00e9ril intime.<br \/>\nCe p\u00e9ril-l\u00e0, c\u2019est elle qui le choisit. On n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la seule forme de libert\u00e9 qu\u2019on s\u2019est donn\u00e9e soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Sa m\u00e8re disait Celui qui a vu\u00a0<em>il terremoto e il maremoto<\/em> ne craint plus rien du monde.<\/p>\n<p>Fatiguer le corps. Chercher l\u2019\u00e9puisement. Elle psalmodie en silence des mots comme jadis. Une marche d\u2019Indienne.<br \/>\nElle nomme ce qu\u2019elle voit en italien. \u00c7a lui occupe la t\u00eate. Elle a appris dans les livres. Rien que dans les livres.<br \/>\nIl lui a fallu le silence des mots \u00e9crits pour oser entrer dans la langue de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>Depuis quelques ann\u00e9es, depuis que sa m\u00e8re est devenue encore plus fr\u00eale, elle pense \u00e0 elle comme \u00e0 l\u2019enfant qu\u2019elle n\u2019a pas. Quelque chose s\u2019inverse.<\/p>\n<p>C\u2019est toujours vers le fleuve que ses pas la m\u00e8nent. Il lui faut l\u2019eau qui refl\u00e8te les arbres, les fa\u00e7ades, glisse, pour poser ses pens\u00e9es.<\/p>\n<p>Tenir la pose, c\u2019est\u00a0s\u2019abandonner. Ce paradoxe, elle\u00a0ne peut pas.<\/p>\n<p>Prendre son mouvement. Le mouvement, c\u2019est l\u2019\u00eatre. Pour s\u2019oublier. Oublier le vertige, les questions.<\/p>\n<p>C\u2019est toujours par son esp\u00e9rance qu\u2019on conna\u00eet quelqu\u2019un. Un \u00eatre ou un personnage, c\u2019est pareil.<br \/>\nQuelle est son esp\u00e9rance\u00a0?<br \/>\nSi seulement elle pouvait atteindre ce point aveugle qu\u2019elle regarde tout au fond d\u2019elle.<\/p>\n<p>Pour \u00eatre libre, il faut apprendre. Elle n\u2019a pas appris.<\/p>\n<p>La voix est basse. Accord\u00e9e au vent qui arrache les branches, soul\u00e8ve la terre du jardin autour de la maison, pourrait tout emporter. Un tourbillon par en dessous. On ne se rend pas compte.<\/p>\n<p>Entre peintre et mod\u00e8le, ce territoire sans paroles, ce temps suspendu, sans toucher, o\u00f9 quelque chose d\u2019autre a lieu. Quelque chose de myst\u00e9rieux, de sacr\u00e9.<\/p>\n<p>Elle donne tous ses soins avec acharnement au jardin. La maison, elle s\u2019en soucie peu. C\u2019est ce qui pousse ce qui vit qui l\u2019int\u00e9resse, pas les murs.<\/p>\n<p>On ne questionne pas le vide.<br \/>\nOn avance. Avec la peur \u00e0 chaque pas.<\/p>\n<p>Elle imagine. De toute sa force, elle imagine. Dans le corps de sa m\u00e8re, elle p\u00e9n\u00e8tre, elle se l\u00e8ve.<br \/>\nElle insuffle la danse.<br \/>\nParce que la danse, c\u2019est \u00e7a. C\u2019est toujours \u00e7a. Des corps qui se rel\u00e8vent.<\/p>\n<p>Aimer c\u2019est juste accorder la lumi\u00e8re \u00e0 la solitude.<\/p>\n<p>Pieds nus devant la mer, on est toujours une petite fille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Jeanne Benameur est n\u00e9e en Alg\u00e9rie en 1952 d\u2019un p\u00e8re alg\u00e9rien et d\u2019une m\u00e8re italienne. Elle vit \u00e0 La Rochelle et consacre l\u2019essentiel de son temps \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Elle a \u00e9tudi\u00e9 la philosophie et l\u2019histoire de l\u2019art. 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