{"id":4646,"date":"2017-07-21T16:51:34","date_gmt":"2017-07-21T15:51:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4646"},"modified":"2025-03-21T21:40:58","modified_gmt":"2025-03-21T19:40:58","slug":"mey-louise-les-ravagees-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4646","title":{"rendered":"Mey, Louise \u00abLes Ravag\u00e9(e)s\u00bb (2016)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Autrice<\/strong>\u00a0: Louise Mey, n\u00e9e en 1982, est une \u00e9crivaine f\u00e9ministe fran\u00e7aise, autrice de romans policiers. Louise Mey met en sc\u00e8ne dans ses romans policiers les violences faites aux femmes, viol, harc\u00e8lement sexuel, agression sexuelle.<br \/>\nEn 2020, Louise Mey publie aux \u00e9ditions du Masque \u00ab\u00a0La Deuxi\u00e8me Femme\u00a0\u00bb, un roman noir qui parle d&#8217;emprise et \u00e9voque les cas de f\u00e9minicides. Le livre est s\u00e9lectionn\u00e9 pour le Prix Landerneau. (Source Wikip\u00e9dia)<\/p>\n<p><strong>Romans<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4646\">Les\u00a0<i>Ravag\u00e9(e)s<\/i><\/a>\u00a0<\/span>(2016), \u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4639\"><i>Embruns<\/i><\/a><\/span>\u00a0(2017) , <i>Les Hordes invisibles<\/i>\u00a0 (2018), <span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=15779\"><i>La Deuxi\u00e8me femme<\/i><\/a><\/span><i> (2020 &#8211; Prix Robin Cook) , Petite sale (2023- Prix Landerneau), <\/i><span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=22015\"><i>34m2<\/i><\/a><\/span><i> (2025)<\/i><\/p>\n<p>Fleuve noir 432 pages (2016) Pocket (2017) 448 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 <\/strong>: Andr\u00e9a est une silhouette chancelante apr\u00e8s un \u00e9ni\u00e8me samedi soir alcoolis\u00e9. Ses amies ont prolong\u00e9 la f\u00eate, les taxis ont d\u00e9sert\u00e9 la place, le vide a empli l\u2019espace et on a qu\u2019une envie, ici et maintenant : faire passer le temps plus vite. Mais pas le choix. Il s\u2019agit d\u2019\u00eatre pragmatique : mettre un pied devant l\u2019autre, entendre le bruit de ses pas en triple exemplaire et trouver \u00e7a normal, fixer la lumi\u00e8re, un point de civilisation. Ne pas tomber.<br \/>\nPourtant, cette nuit-l\u00e0 ne ressemble pas aux autres. La t\u00eate coll\u00e9e au bitume, dans l\u2019urine et la poussi\u00e8re, Andr\u00e9a a mal.<br \/>\nAlex est flic et m\u00e8re c\u00e9libataire. Elle officie aux crimes et d\u00e9lits sexuels d\u2019un commissariat du nord de Paris. Chaque jour, elle voit d\u00e9filer les plaintes pour viol, harc\u00e8lement, atteinte \u00e0 la pudeur. L\u2019ambiance est \u00e0 l\u2019anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale et il faut parfois lutter pour continuer \u00e0 compatir. Ses parades pour \u00e9viter de sombrer : la bi\u00e8re, sa fille et les statistiques.<br \/>\nSauf quand deux affaires viennent perturber la donne.<\/p>\n<p><strong>Contexte social<\/strong> : le Conseil constitutionnel venait d\u2019annuler la loi sur le harc\u00e8lement sexuel. Ce qui invalidait de facto les proc\u00e9dures en cours et laissait des dizaines de victimes d\u00e9sempar\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong> : Premier opus d\u2019une future s\u00e9rie de cette \u00e9quipe de flics parisiens. Beaucoup aim\u00e9. J\u2019avais lu juste avant le deuxi\u00e8me livre de cette jeune auteure, qui est un huis clos \u00ab Embruns \u00bb (<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4639\">voir article<\/a>) et donc n\u2019est pas dans la lign\u00e9e de celui-ci. Bluff\u00e9e par les deux romans. Ici on entre dans le quotidien d\u2019une inspectrice de police Alex, confront\u00e9e au sordide et au machisme. Une enqu\u00eate qui vous colle \u00e0 la peau dans le monde du viol, de la violence urbaine. Au fil de l\u2019enqu\u00eate, on va \u00e9voquer plusieurs volets de la traque : les fausses pistes, le r\u00f4le des m\u00e9dias, le machisme, le refus de coop\u00e9rer, le manque de moyens, l\u2019envie \u2013 ou pas \u2013 de mener \u00e0 bien certaines enqu\u00eates, l\u2019alcoolisme, la collaboration entre polices. Suspense jusqu\u2019au bout. J\u2019ai eu \u00e0 plusieurs reprises des fausses intuitions\u2026 je me suis fait mener en bateau avec maestria. Dans une ambiance grise et noire comme l\u2019hiver pluvieux et venteux en r\u00e9gion parisienne. De plus, j\u2019ai aim\u00e9 les personnages, les dialogues, l\u2019humour et le sens de la r\u00e9partie. Vivement la suite de cette \u00e9quipe.<br \/>\nSeule petite remarque : pour qui ne vit pas en France, il est parfois difficile de conna\u00eetre la signification des sigles utilis\u00e9s..<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong> :<\/p>\n<p>C\u2019est quoi, un zeugma ? demanda Martin.<br \/>\n\u2014 Quand tu utilises le m\u00eame verbe ou le m\u00eame adjectif pour relier deux id\u00e9es qui n\u2019ont pas grand-chose \u00e0 voir l\u2019une avec l\u2019autre,<\/p>\n<p>Elle gardait son \u00e9nergie pour les choses qui lui semblaient en valoir la peine \u2013 et il y en avait peu.<\/p>\n<p>Des fois j\u2019ai l\u2019impression que tu t\u2019en fous.<br \/>\n\u2014 Ne dis pas de conneries. C\u2019est juste \u00e7a ; je mets de la distance<br \/>\n\u00c0 petits coups de pinceau, elle \u00e9talait le m\u00e9lange couleur cyan tout en diluant sa journ\u00e9e dans l\u2019oubli.<\/p>\n<p>L\u2019avantage des zones r\u00e9sidentielles, personne ne t\u2019entend hurler\u2026<\/p>\n<p>Alex se demanda si c\u2019\u00e9tait la personnalit\u00e9 qui appelait la profession ou la profession qui modelait la personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>Alex se demanda soudain comment, au fin fond du deuil, au fin fond de la d\u00e9tresse, au fin fond du malheur, les gens continuaient \u00e0 offrir aux visiteurs l\u2019apparence d\u2019une biens\u00e9ance cordiale. Distanciation ? Pr\u00e9servation ?<\/p>\n<p>Tu sais bien qu\u2019il va nous appeler en panique le 24 au matin en expliquant qu\u2019il ne savait pas que No\u00ebl tombait \u00e0 cette date-l\u00e0 cette ann\u00e9e et qu\u2019il lui faut absolument une id\u00e9e de cadeau<\/p>\n<p>Si je devais faire un foin \u00e0 chaque fois qu\u2019un Parisien me met une main aux fesses, il me resterait tr\u00e8s peu de temps pour le reste.<\/p>\n<p>Tu m\u2019\u00e9tonnes qu\u2019il organise les trucs. Si quand c\u2019est trop le bordel il tue des gens, moi aussi \u00e0 sa place je mettrais tout sous classeur, en ordre alphab\u00e9tique.<\/p>\n<p>\u2026 avait la quarantaine, des lunettes, les cheveux blonds, un pull en grosse laine roul\u00e9 aux manches qui devait co\u00fbter cher et un paquet de r\u00e9criminations.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9fet actuel \u00e9tait connu pour avoir deux centres d\u2019int\u00e9r\u00eat exclusifs. En premier : lui ; et imm\u00e9diatement derri\u00e8re : ce qui pouvait lui \u00eatre utile.<\/p>\n<p>Et puis ils \u00e9taient intervenus dans ce que l\u2019on continuait d\u2019appeler pudiquement des \u00ab diff\u00e9rends familiaux \u00bb, comme si la violence conjugale n\u2019\u00e9tait qu\u2019un l\u00e9ger malentendu.<\/p>\n<p>Mais il est 11 h 30, tu d\u00e9jeunes d\u00e9j\u00e0 ?<br \/>\n\u2014 Je reviens\u2026 tiens-toi \u00e0 quelque chose : je reviens du sport.<br \/>\n\u2014 L\u2019apocalypse est proche.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait \u00e0 la limite exacte entre la t\u00eate l\u00e9g\u00e8re et l\u2019ivresse profonde ; entre l\u2019envie d\u2019aimer la Terre enti\u00e8re, de faire confiance et de croire en tout, et celle de sombrer et de m\u00e2cher son d\u00e9go\u00fbt de l\u2019esp\u00e8ce humaine. Danseuse, \u00e9quilibriste, elle aimait ce moment o\u00f9 elle pouvait savourer l\u2019illusion du choix.<\/p>\n<p>Ce moment d\u2019attente, ce moment o\u00f9 ce que l\u2019on d\u00e9sire est si proche. La tarte fumante pos\u00e9e sur la table ; le gratin que sa m\u00e8re laissait dans le four en annon\u00e7ant \u00ab Encore cinq petites minutes \u00bb<\/p>\n<p>Elle referma doucement la porte d\u2019entr\u00e9e derri\u00e8re lui, et alla se coucher. Sans prendre de douche. Gardant sur elle son odeur, comme un drap suppl\u00e9mentaire, une couche en plus entre elle et le monde. Prot\u00e9g\u00e9e.<\/p>\n<p>Le jour \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9, mais elle doutait maintenant qu\u2019il se soit lev\u00e9 aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Selon un de ces principes de r\u00e9alit\u00e9 tordus qui pr\u00e9sident parfois aux soci\u00e9t\u00e9s humaines, les femmes, c\u2019\u00e9tait une chose. Les m\u00e8res, une autre. Il avait prot\u00e9g\u00e9 la sienne et gagn\u00e9 le droit de s\u2019appuyer sur un mur compact de t\u00e9moins muets.<\/p>\n<p>Je ne suis jamais s\u00fbre de ce que tu sous-entends quand tu dis qu\u2019une femme a du caract\u00e8re, mais j\u2019ai rarement l\u2019impression que c\u2019est un compliment\u2026<\/p>\n<p>\u2014 Je vais chercher \u00e0 manger ?<br \/>\n\u2014 Tu auras ma reconnaissance \u00e9ternelle.<br \/>\n\u2014 Tu veux quoi ?<br \/>\n\u2014 Un sandwich au parac\u00e9tamol.<\/p>\n<p>Apparemment, l\u2019amour aussi \u00e9tait pav\u00e9 de bonnes intentions.<\/p>\n<p>Ils se demand\u00e8rent pourquoi on leur fourrait dans les pattes un expert de gens morts depuis des si\u00e8cles pour d\u00e9m\u00ealer des agressions de gens ab\u00eem\u00e9s, mais bien vivants.<\/p>\n<p>\u00ab Ah oui ? Tu veux me montrer la Musulmanie sur une carte [\u2026] ? \u00bb<\/p>\n<p>J\u2019ai cinq solutions face au conflit, [\u2026] : la fuite, la soumission, l\u2019affrontement, le dialogue, et la m\u00e9tacommunication. Ou l\u2019art de faire passer son message de mani\u00e8re d\u00e9tourn\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle passait assez de temps \u00e0 d\u00e9cortiquer ce qui n\u2019allait pas ; elle n\u2019allait pas en plus se mettre \u00e0 d\u00e9cortiquer ce qui allait bien.<\/p>\n<p>[\u2026] un mois de janvier en \u00ab -el \u00bb : bilans annuels, analyses pr\u00e9visionnelles et perspectives trimestrielles.<\/p>\n<p>C\u2019est dr\u00f4le comme certaines phrases veulent dire le contraire de ce qu\u2019on dit. \u00ab T\u2019inqui\u00e8te. \u00bb \u00ab Pas de probl\u00e8me. \u00bb \u00ab Barre-toi, je m\u2019en fous. \u00bb<\/p>\n<p>Je me murge responsable, moi, madame, je vais finir avec une cirrhose certifi\u00e9e \u00c9colabel, je suis AB, Alcoolique et Bio.<\/p>\n<p>Comme chaque ann\u00e9e, le froid en hiver \u00e9tait une \u00e9norme surprise. RER, trains et bus d\u00e9claraient forfait. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Atlantique, les Qu\u00e9b\u00e9cois et leurs moins quarante-cinq degr\u00e9s se marraient.<\/p>\n<p>Je d\u00e9teste le mois de mars. \u00c7a n\u2019en finit pas, il fait toujours un temps pourri\u2026 On a l\u2019impression que l\u2019hiver va s\u2019\u00e9tirer pour toujours.<\/p>\n<p>N\u2019importe quel abruti connaissait la r\u00e8gle pour faire oublier une affaire bancale : profil bas et patience. La roue tournait, les catastrophes se succ\u00e9daient ; une une dramatique chassant l\u2019autre.<\/p>\n<p>Internet, c\u2019est comme dehors, mais avec la protection de l\u2019anonymat. Il y en a que \u00e7a excite un peu.<\/p>\n<p>Il a cette esp\u00e8ce de truc bizarre des vrais machos : quelque part, il est tellement persuad\u00e9 que les femmes, et par extension, les victimes, sont des \u00eatres diminu\u00e9s qui ont besoin de protection, qu\u2019il se r\u00e9v\u00e8le extr\u00eamement attentionn\u00e9.<\/p>\n<p>\u2014 \u2026 Entre.<br \/>\n\u2014 Non. Je ne veux pas entrer chez toi. J\u2019en ai marre. J\u2019en peux plus. J\u2019en peux plus de rester sur le bord. De rien avoir. D\u2019\u00eatre personne. J\u2019en peux plus de rentrer chez toi. Je veux entrer dedans, dans ta vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Autrice\u00a0: Louise Mey, n\u00e9e en 1982, est une \u00e9crivaine f\u00e9ministe fran\u00e7aise, autrice de romans policiers. Louise Mey met en sc\u00e8ne dans ses romans policiers les violences faites aux femmes, viol, harc\u00e8lement sexuel, agression sexuelle. 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