{"id":4865,"date":"2017-08-31T10:14:35","date_gmt":"2017-08-31T09:14:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4865"},"modified":"2018-10-15T13:59:47","modified_gmt":"2018-10-15T12:59:47","slug":"kerninon-julia-une-activite-respectable-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4865","title":{"rendered":"Kerninon, Julia \u00ab Une activit\u00e9 respectable\u00bb (2017)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: N\u00e9e en 1987 dans la r\u00e9gion nantaise, Julia Kerninon est th\u00e9sarde en litt\u00e9rature am\u00e9ricaine. Son premier roman, <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4845\"><em>Buvard<\/em><\/a>, a re\u00e7u de nombreux prix, dont le prix Fran\u00e7oise Sagan. Elle a \u00e9t\u00e9 laur\u00e9ate de la bourse Lagard\u00e8re du jeune \u00e9crivain en 2015. Son deuxi\u00e8me roman, <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=3966\"><em>Le dernier amour d&rsquo;Attila Kiss<\/em><\/a>, a re\u00e7u le prix de la Closerie des Lilas en 2016. En 2017 elle publie un court r\u00e9cit \u00ab\u00a0<em><a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=4865\">Une activit\u00e9 respectable<\/a>\u00a0<\/em>\u00bb . Pour la RL2018, elle revient avec \u00ab\u00a0<em><a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=7226\">Ma d\u00e9votion<\/a><\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le Rouergue, \u00ab\u00a0la brune\u00a0\u00bb, janvier 2017, 60 pages,<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Dans ce court r\u00e9cit, Julia Kerninon, pas encore trente ans, fa\u00e7onne sa propre l\u00e9gende. N\u00e9e de parents fous de lecture et de l&rsquo;Am\u00e9rique, elle tapait \u00e0 la machine \u00e0 \u00e9crire \u00e0 cinq ans et a toujours voulu \u00eatre \u00e9crivain. Dans une langue vive et imag\u00e9e, un salut revigorant \u00e0 la litt\u00e9rature comme \u00ab activit\u00e9 respectable \u00bb. A d\u00e9vorer ! Prix Fran\u00e7oise Sagan et prix de la Closerie des Lilas pour ses deux premiers romans.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Ecrire lui semble aussi naturel que respirer. Elle a 30 ans, et elle \u00e9crit depuis qu\u2019elle est petite. Elle f\u00eate cela par ce livre, non pas pour se justifier mais un remerciement, un hommage \u00e0 ses parents qui l\u2019on baign\u00e9 dans la lecture depuis l\u2019enfance. Une autobiographie \u00e0 moins de 30 ans\u2026 Un tout petit livre\u00a0: ce n\u2019est pas un roman c\u2019est une r\u00e9flexion sur la lecture. On est tr\u00e8s d\u00e9termin\u00e9s par l\u2019enfance qu\u2019on a eue. Julia au pays des livres\u2026 comme Alice au pays des merveilles\u2026 Pour elle les livres sont plus que tout\u00a0: les livres lui apportent tout, la font d\u00e9couvrir, voyager, partir et c\u2019est plus vivant que la vie de tous les jours. Sa m\u00e8re l\u2019a nourrie de lecture, de mots&#8230; et c\u2019est elle qui l\u2019a convaincue de ne pas d\u00e9crire physiquement ses personnages (Lovecraft qui d\u00e9crit sans trop en faire pour laisser l\u2019imaginaire parler et ne pas faire d\u2019erreurs). Le lecteur doit avoir de la place et la possibilit\u00e9 d\u2019inventer et de voir avec leurs yeux\u2026 Un personnage\u00a0: la machine \u00e0 \u00e9crire\u2026 qui fut un objet important pour elle. Sa description de la librairie, la biblioth\u00e8que c\u2019est un peu comme une musique sur une port\u00e9e..<\/p>\n<p>Le sujet de sa th\u00e8se fut l\u2019art et l\u2019artisanat. Pour elle le texte a une texture, une chose qu\u2019il faut \u00ab\u00a0bien fabriquer\u00a0\u00bb comme un artisan.<\/p>\n<p>J\u2019aime infiniment ce qu\u2019elle \u00e9crit. C\u2019est le troisi\u00e8me livre que je lis d\u2019elle et c\u2019est un pur bonheur<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait \u00e9vident qu\u2019il faudrait pouvoir dormir entre les livres, qu\u2019il n\u2019y aurait pas de fronti\u00e8re entre la vie quotidienne et les pages, \u00e0 la maison ma housse de couette repr\u00e9sentait aussi des livres, de tout petits livres align\u00e9s sur des dizaines et des dizaines d\u2019\u00e9tag\u00e8res, leur tranche ne d\u00e9passant pas un centim\u00e8tre\u00a0\u2013\u00a0alors bien s\u00fbr, bien s\u00fbr qu\u2019on pouvait dormir l\u00e0, dans une librairie.<\/p>\n<p>D\u00e9pos\u00e9s l\u00e0 comme d\u00e9pareill\u00e9s dans les fleurs, nos quatre visages d\u00e9mentent tout lien de parent\u00e9 les uns avec les autres\u00a0\u2013\u00a0mais apr\u00e8s tout, la photographie et l\u2019amour sont deux arts distincts<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re aime\u00a0les arbres fruitiers qui lui rappellent le jardin de son p\u00e8re, avec les rameaux de poiriers sur lesquels il fixait des bouteilles pour que le fruit grandisse \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et qu\u2019il puisse ensuite les remplir d\u2019eau-de-vie et les offrir \u00e0 ses amis.<\/p>\n<p>J\u2019ai lu des livres sans cesse, dans une fr\u00e9n\u00e9sie panique, en cherchant\u00a0\u00e0 rattraper le temps, \u00e0 rattraper ma m\u00e8re qui semblait tout savoir.<\/p>\n<p>C\u2019est elle aussi qui m\u2019a convaincue de renoncer \u00e0 d\u00e9crire physiquement mes personnages\u00a0\u2013\u00a0arguant que dans les livres d\u2019horreur parfaits qu\u2019elle avait lus, les cr\u00e9atures monstrueuses ne sont d\u00e9crites qu\u2019\u00e0 travers les bruits qu\u2019ils font ou l\u2019odeur qu\u2019ils d\u00e9gagent, ou m\u00eame la texture de leur peau, leur temp\u00e9rature, et que c\u2019est dans ce silence que le lecteur est le plus en mesure d\u2019assembler le monstre intime qui lui fait vraiment peur \u00e0 lui, personnellement, parce qu\u2019on ne peut pas exactement deviner ce qui effraie quelqu\u2019un d\u2019autre que soi.<\/p>\n<p>il \u00e9tait important de laisser de l\u2019espace au lecteur d\u2019un livre<\/p>\n<p>nous avions beaucoup, beaucoup de chance, me disait-elle, parce que nous avions les livres et que dans les livres les phrases \u00e9taient \u00e9ternelles, noires sur blanc, solides, cr\u00e9dibles\u00a0\u2013\u00a0elles n\u2019\u00e9taient pas\u00a0<em>en l\u2019air<\/em>, elles ne venaient pas de n\u2019importe qui, elles avaient \u00e9t\u00e9 polies, ordonn\u00e9es, r\u00e9fl\u00e9chies, par des individus pr\u00e9cis, attentifs, et elles nous livraient le monde entier, le monde acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, perfectionn\u00e9, lav\u00e9 de ses scories, sans temps mort, un cours d\u2019eau pur et bondissant, un monde dans lequel nous pouvions nous \u00e9chapper chaque fois que le monde r\u00e9el cessait d\u2019\u00eatre int\u00e9ressant, ce qui arrivait beaucoup trop souvent quand quelqu\u2019un venait nous parler.<\/p>\n<p>Gertrude Stein avait d\u00e9clar\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Si vous ne travaillez pas tr\u00e8s dur quand vous avez vingt ans, personne ne vous aimera quand vous en aurez trente<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e-l\u00e0, j\u2019ai compris autre chose sur ma famille\u00a0\u2013\u00a0j\u2019ai pris conscience de notre atavisme dur, notre vision limit\u00e9e des choses, notre intol\u00e9rance, qui \u00e9tait violente mais pouvait seule d\u00e9gager l\u2019horizon pour de bon.<\/p>\n<p>Je pensais que pour \u00eatre \u00e9crivain, je devais m\u2019exercer comme un athl\u00e8te, comme une danseuse, jusqu\u2019\u00e0 ne plus avoir mal, jusqu\u2019\u00e0 ne plus me poser de questions, et je cherchais \u00e0 poss\u00e9der cette comp\u00e9tence.<\/p>\n<p>j\u2019ai \u00e9t\u00e9 professeur de calme\u00a0\u2013\u00a0moi la nerveuse, l\u2019excessive, la turbulente, j\u2019essayais de lui apprendre le seul calme que je connaissais qui \u00e9tait celui des mots imprim\u00e9s, je lui lisais John Fante \u00e0 voix haute, Hemingway, Fitzgerald, Steinbeck, Bernhard, Dickinson et de la po\u00e9sie exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<p>\u00e0 cette \u00e9poque, pensais-je, j\u2019\u00e9tais trop occup\u00e9e \u00e0 me ramasser moi-m\u00eame pour ramasser quoi que ce soit d\u2019autre<\/p>\n<p>C\u2019est vraiment toujours la m\u00eame journ\u00e9e, il n\u2019y a que les endroits qui changent<\/p>\n<p>je ne poss\u00e8de pas de marge de progression, j\u2019ai aim\u00e9 toujours les m\u00eames choses, je ne sais pas changer, je suis comme une pierre au fond de l\u2019eau, tout au plus puis-je\u00a0<em>m\u2019arrondir<\/em>\u00a0\u00e0 la mesure de mon usure, mais la seule et unique chose qui m\u2019int\u00e9resse en tout domaine c\u2019est d\u2019aller vite.<\/p>\n<p>Comme des rep\u00e8res, les livres nous m\u00e8nent \u00e0 d\u2019autres livres, ils nous font ricocher\u00a0\u2013\u00a0nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la for\u00eat sauvage du p\u00e9ch\u00e9. Dans les biblioth\u00e8ques, dans les librairies, les voir tous c\u00f4te-\u00e0-c\u00f4te, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours l\u00e0. C\u2019est tout.<\/p>\n<p>l\u2019argent \u00e9tait la porte ouvrant sur le temps libre qui \u00e9tait et resterait ma premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9<\/p>\n<p>Dans la famille, personne n\u2019avait jamais gagn\u00e9 assez d\u2019argent pour y croire, alors ils ne croyaient pas \u00e0 l\u2019argent, ils croyaient \u00e0 l\u2019expatriation, \u00e0 la po\u00e9sie, \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rielle, ils croyaient que la litt\u00e9rature \u00e9tait une activit\u00e9 respectable.<\/p>\n<p><em>C\u2019est un homme de bois, de terre, de feuilles. Pas\u00a0d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ni de m\u00e9tal. Il ne<\/em>\u00a0peut pas\u00a0<em>s\u2019en servir. Ce n\u2019est pas sa mati\u00e8re. C\u2019est tout.<\/em><\/p>\n<p>Je vois les mots un par un, comme des pierres avec lesquelles b\u00e2tir un cairn ou un inukshuk, et trouver le seul \u00e9quilibre possible, tracer la ligne de ricochets la plus souple entre deux rives.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Info\u00a0<\/strong>: Joseph Cornell\u00a0: Bien qu&rsquo;influenc\u00e9 par Max Ernst, dont il d\u00e9couvre les collages expos\u00e9s \u00e0 la galerie Julien Levy, en 1931, et le surr\u00e9alisme, Joseph Cornell est un farouche ind\u00e9pendant. En janvier 1938, il participe \u00e0 l&rsquo;Exposition internationale du surr\u00e9alisme organis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole des Beaux-Arts de Paris. Pour Andr\u00e9 Breton, Joseph Cornell a \u00ab\u00a0m\u00e9dit\u00e9 une exp\u00e9rience qui bouleverse les conventions d&rsquo;usage des objets\u00bb. Il a aussi \u00e9t\u00e9 un cin\u00e9aste exp\u00e9rimental. Joseph Cornell a v\u00e9cu la majeure partie de sa vie \u00e0 New York o\u00f9 il habitait dans le quartier de Flushing avec sa m\u00e8re et son fr\u00e8re Robert, handicap\u00e9 par une paralysie c\u00e9r\u00e9brale. Par ses collages surr\u00e9alistes d&rsquo;objets et d&rsquo;images, Joseph Cornell compte parmi les pionniers de l&rsquo;assemblage, qui prend ici forme de bo\u00eetes vitr\u00e9es rassemblant les objets urbains insatiablement collect\u00e9s lors de ses fl\u00e2neries.<\/p>\n<p>Lire\u00a0: <a href=\"https:\/\/1895.revues.org\/261\">https:\/\/1895.revues.org\/261<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: N\u00e9e en 1987 dans la r\u00e9gion nantaise, Julia Kerninon est th\u00e9sarde en litt\u00e9rature am\u00e9ricaine. Son premier roman, Buvard, a re\u00e7u de nombreux prix, dont le prix Fran\u00e7oise Sagan. Elle a \u00e9t\u00e9 laur\u00e9ate de la bourse Lagard\u00e8re du jeune \u00e9crivain en 2015. 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