{"id":5006,"date":"2017-09-25T16:30:23","date_gmt":"2017-09-25T15:30:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5006"},"modified":"2025-03-30T12:40:53","modified_gmt":"2025-03-30T10:40:53","slug":"sabolo-monica-summer-rl2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5006","title":{"rendered":"Sabolo, Monica \u00abSummer\u00bb (RL2017)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong> : N\u00e9e \u00e0 Milan, Monica Sabolo a grandi \u00e0 Gen\u00e8ve en Suisse o\u00f9 elle fait ses \u00e9tudes. Apr\u00e8s un investissement dans l&rsquo;action pour la d\u00e9fense pour les animaux, au sein du WWF en Guyane puis au Canada, elle a l&rsquo;opportunit\u00e9 de travailler \u00e0 Paris en 1995 comme journaliste pour un nouveau magazine fran\u00e7ais Terre et Oc\u00e9ans. Monica Sabolo passe dans les r\u00e9dactions des magazines Voici et Elle. Au lancement de Grazia (Mondadori France), Monica Sabolo est recrut\u00e9e comme r\u00e9dactrice en chef \u00ab\u00a0Culture et People\u00a0\u00bb. Apr\u00e8s \u00ab\u00a0<em>Le roman de Lili<\/em>\u00ab\u00a0, elle signe avec \u00ab\u00a0<em>Jungle<\/em>\u00a0\u00bb son second roman. D\u00e9but 2013, elle prend un cong\u00e9 sabbatique de quelques mois pour \u00e9crire un troisi\u00e8me roman, \u00ab\u00a0<em>Tout cela n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec moi<\/em>\u00a0\u00bb, pour lequel elle re\u00e7oit le prix de Flore. En janvier 2014, Monica Sabolo quitte Grazia et le journalisme pour se lancer dans une nouvelle activit\u00e9\u00a0: l&rsquo;\u00e9criture de sc\u00e9nario. En 2015 elle publie \u00a0\u00bb\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=2271\"><span style=\"color: #0000ff;\">Crans-Montana<\/span>\u00a0<\/a>\u00ab\u00a0,\u00a0 en 2017 \u00ab\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5006\">Summer<\/a><\/span> \u00ab\u00a0, en 2019 \u00ab\u00a0Eden\u00a0\u00bb, puis \u00ab\u00a0La vie clandestine\u00a0\u00bb en 2022<\/p>\n<p>Paru chez Latt\u00e8s &#8211; 23\/08\/2017 &#8211; 320 pages<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Lors d\u2019un pique-nique au bord du lac L\u00e9man, Summer, dix-neuf ans, dispara\u00eet. Elle laisse une derni\u00e8re image\u00a0: celle d\u2019une jeune fille blonde courant dans les foug\u00e8res, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l\u2019eau. Ou ailleurs\u00a0? Vingt-cinq ans ont pass\u00e9. Son fr\u00e8re cadet Benjamin est submerg\u00e9 par le souvenir. Summer surgit dans ses r\u00eaves, spectrale et gracieuse, et r\u00e9veille les secrets d\u2019une famille fig\u00e9e dans le silence et les apparences. Comment vit-on avec les fant\u00f4mes\u00a0? Monica Sabolo a \u00e9crit un roman puissant, po\u00e9tique, bouleversant.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Il faudra attendre 24 an pour que le petit fr\u00e8re relance l\u2019enqu\u00eate sur la volatilisation de sa s\u0153ur. Les eaux du L\u00e9man vont-elles devenir plus claires\u00a0? Les eaux troubles sont-elles responsables de cette disparition\u00a0? Le lac L\u00e9man est r\u00e9put\u00e9 pour \u00eatre traitre. Son calme est extr\u00eamement trompeur. En est-il de m\u00eame pour la population bien lisse qui\u00a0peuple la Cit\u00e9 de Calvin\u00a0?\u00a0 Gen\u00e8ve ne serait-elle qu&rsquo;apparences? Il n&rsquo;est pire eau que l&rsquo;eau qui dort &#8230; Vous rappelez vous de la morale de la fable de La Fontaine du Torrent et de la Rivi\u00e8re? Non ? vous devriez la relire&#8230;<\/p>\n<p>Les brumes et les t\u00e9n\u00e8bres \u2026 \u00ab\u00a0Post tenebras lux\u00a0\u00bb telle est la devise de la ville de Gen\u00e8ve\u2026 Mais la lumi\u00e8re qui aur\u00e9olait \u00ab\u00a0Summer\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9t\u00e9 de sa disparition est- elle \u00e9teinte \u00e0 tout jamais\u00a0?\u00a0\u00a0Une fois de plus Monica Sabolo l\u00e8ve le voile sur les riches habitants de la Suisse du bord du lac, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui montaient faire la f\u00eate \u00e0 \u00ab\u00a0Crans-Montana\u00a0\u00bb en 2015 \u2026<\/p>\n<p>Une enqu\u00eate toute en finesse, en ombres et transparences pour permettre au jeune fr\u00e8re de comprendre, recherche, apprivoiser le fant\u00f4me de sa s\u0153ur \u00e9vapor\u00e9e un soir d\u2019\u00e9t\u00e9\u2026 Que cachent les remous des eaux du lac\u00a0? ou qui se cache\u00a0? J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ce livre ou les remous de l\u2019eau sont les remous de l\u2019\u00e2me\u2026 Je vous invite \u00e0 plonger et \u00e0 faire le vide\u2026 \u00e0 toucher le fond et \u00e0 permettre au pass\u00e9 de remonter \u00e0 la surface.<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Je suis la preuve vivante que l\u2019on peut vivre sans les \u00eatres que nous aimons le plus, ceux-l\u00e0 m\u00eame qui rassemblaient les milliers de fragments minuscules qui nous constituent. Ces \u00eatres que l\u2019on est terrifi\u00e9 de perdre, parce qu\u2019ils nous donnent la sensation d\u2019\u00eatre r\u00e9els, ou du moins un peu moins \u00e9trangers au monde, et puis, quand nous les avons perdus, nous n\u2019y pensons plus.<\/p>\n<p>je connais ce sourire, il est pareil \u00e0 l\u2019air\u00a0humide, il s\u2019insinue en vous, il est aussi insaisissable qu\u2019un courant d\u2019air, juste sous la peau.<\/p>\n<p>Les souvenirs associ\u00e9s \u00e0 des odeurs peuvent resurgir avec une extr\u00eame intensit\u00e9. Il existe un lien myst\u00e9rieux entre m\u00e9moire et parfums.<\/p>\n<p>Je me r\u00e9veille, comme presque toutes les nuits d\u00e9sormais, enroul\u00e9 dans des draps qui semblent vouloir m\u2019\u00e9treindre, ou m\u2019\u00e9touffer.<\/p>\n<p>\u2026 je pense \u00e0 tous ces objets qui attendent, comme des couches g\u00e9ologiques de nos vies, des fossiles qui racontent quelque chose, mais quoi\u00a0?<\/p>\n<p>j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 l\u00e0, absent \u00e0 la sc\u00e8ne, et \u00e0 la vie, tandis que montait en moi la certitude que c\u2019\u00e9tait arriv\u00e9, ce moment que j\u2019attendais depuis toujours, l\u2019effondrement de cet \u00e9difice de papier que constituaient nos existences.<\/p>\n<p>Nous \u00e9tions ailleurs, et les mots de r\u00e9confort que l\u2019on nous adressait nous parvenaient d\u00e9form\u00e9s, comme recouverts par le vent.<\/p>\n<p>L\u2019obscurit\u00e9 dessinait des ombres myst\u00e9rieuses sur les murs, et la moquette. Ma\u00a0chambre \u00e9tait emplie d\u2019un air humide, l\u2019esprit du lac flottait l\u00e0, il entrait dans mes poumons, y d\u00e9posait un tapis v\u00e9g\u00e9tal enivrant.<\/p>\n<p>Je voyais les images du pass\u00e9, comme des diapositives projet\u00e9es sur un drap, avec ces couleurs des choses disparues.<\/p>\n<p>La fatigue, c\u2019est ainsi que l\u2019on qualifie \u00e0 peu pr\u00e8s tout, dans notre famille, tout ce qui implique le chagrin ou la honte.<\/p>\n<p>Elle avait ri, \u00e0 nouveau, ce rire mondain, automatique \u2013\u00a0le seul vestige, avec son addiction au tabac et \u00e0 la caf\u00e9ine, du temps o\u00f9 elle \u00e9tait cette beaut\u00e9 nerveuse, d\u00e9gageant des ondes \u00e9lectriques de tension et de d\u00e9sir.<\/p>\n<p>le pacte qui nous tient tous debout \u2013\u00a0toutes les choses dont on ne parle pas n\u2019existent pas.<\/p>\n<p>Nous demeurons un instant silencieux, laissant nos parts secr\u00e8tes se r\u00e9pondre, ou peut-\u00eatre tenons-nous juste chacun notre trajectoire, et nous repoussons-nous l\u2019un l\u2019autre, dans une sorte de lutte aquatique.<\/p>\n<p>Nous avons essay\u00e9 de quitter le pass\u00e9 mais rien n\u2019a boug\u00e9, tout est exactement l\u00e0 o\u00f9 nous l\u2019avons laiss\u00e9, il y a vingt-quatre ans, aussi net et brillant que des morceaux de verre.<\/p>\n<p>Je m\u2019\u00e9loignais avec la sensation que tout s\u2019\u00e9tait ass\u00e9ch\u00e9 d\u2019un coup, mes yeux me br\u00fblaient comme si on y avait jet\u00e9 de la poussi\u00e8re. Mon\u00a0c\u0153ur battait au ralenti, p\u00e9niblement, il charriait du gravier, ou des d\u00e9bris m\u00e9talliques.<\/p>\n<p>La terre effa\u00e7ait ce qu\u2019elle avait port\u00e9, les feuilles s\u2019amoncelaient dans les flaques, la pelouse devant la maison \u00e9tait jonch\u00e9e de morceaux de branchages, le lac, plus sombre chaque jour, ressemblait \u00e0 une grande assiette d\u2019eau sale.<\/p>\n<p>\u2026 c\u2019est l\u2019alcool, associ\u00e9 aux m\u00e9dicaments, qui d\u00e9sint\u00e8gre le\u00a0r\u00e9el, m\u00eale les souvenirs et les songes, et m\u2019\u00e9loigne de moi-m\u00eame, mais moi, je sais qu\u2019il ne comprend rien, qu\u2019il n\u2019a aucune id\u00e9e de qui nous \u00e9tions.<\/p>\n<p>Depuis le rivage auquel j\u2019\u00e9tais condamn\u00e9, je regardais son embarcation traverser des nappes de clart\u00e9, des rideaux tombant du ciel, comme ces rayons qui transpercent les nuages sur les images pieuses.<\/p>\n<p>Je pensais la voir dans la bise, les reflets mouvants du lac, ou le regard d\u2019un cygne, mais en r\u00e9alit\u00e9, elle n\u2019\u00e9tait nulle part ailleurs qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de moi.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre est-ce la seule chose qui reste \u00e0 faire quand on n\u2019a plus ni souvenirs, ni \u00e9motions\u00a0: retrouver des vestiges, creuser avec ses doigts dans la terre, reconstituer des squelettes, \u00e9pousseter les fossiles, mais m\u00eame l\u00e0, il est probable qu\u2019on ne parvienne jamais \u00e0 saisir la vie qui les animait, pas m\u00eame \u00e0 l\u2019effleurer.<\/p>\n<p>Les souvenirs s\u2019estompent, c\u2019est le secret. Le temps les dilue, des morceaux de sucre dans un r\u00e9cipient d\u2019eau froide. Nous faisons, et refaisons, les gestes qui nous ont bless\u00e9s, nous jetons et\u00a0rejetons \u00e0 la mer une nasse lest\u00e9e de poissons transparents.<\/p>\n<p>O\u00f9 sont les \u00eatres que l\u2019on a perdus\u00a0? Peut-\u00eatre vivent-ils dans les limbes, ou \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nous. Ils continuent de se mouvoir \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nos corps, ils inspirent l\u2019air que nous inspirons. Toutes les couches de leur pass\u00e9 sont l\u00e0, des tuiles pos\u00e9es les unes sur les autres, et leur avenir est l\u00e0 aussi, enroul\u00e9 sur lui-m\u00eame, rose et doux comme l\u2019oreille d\u2019un nouveau-n\u00e9.<\/p>\n<p>il semble voyager dans ses souvenirs, et que ses yeux regardent \u00e0 travers moi, comme si j\u2019\u00e9tais une vitre au travers de laquelle on pouvait\u00a0voir d\u00e9rouler son pass\u00e9, un cort\u00e8ge sur un tapis roulant,<\/p>\n<p>Mes mots sont de petites boules de feu qui volettent au-dessus de nos t\u00eates, pleines de col\u00e8re,\u00a0de chagrin et d\u2019impuissance, elles br\u00fblent et retombent en cendres, parce qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 faire que les regarder se consumer.<\/p>\n<p>Le secret c\u2019est de raconter une histoire \u00e0 laquelle les gens ont envie de croire, n\u2019importe laquelle. Les hommes ne veulent pas savoir, ils veulent croire, une fois que vous avez compris \u00e7a\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur : N\u00e9e \u00e0 Milan, Monica Sabolo a grandi \u00e0 Gen\u00e8ve en Suisse o\u00f9 elle fait ses \u00e9tudes. 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