{"id":5144,"date":"2017-10-23T16:15:18","date_gmt":"2017-10-23T15:15:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5144"},"modified":"2024-06-05T14:38:28","modified_gmt":"2024-06-05T12:38:28","slug":"rushdie-salman-deux-ans-huit-mois-et-vingt-huit-nuits-09-2016","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5144","title":{"rendered":"Rushdie, Salman \u00abDeux ans, huit mois et vingt-huit nuits\u00bb (09.2016)"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Issue d&rsquo;une famille ais\u00e9e, Salman Fredich Rushdie quitte son pays \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de treize ans pour vivre au Royaume-Uni. Il y \u00e9tudie \u00e0 la Rugby School puis \u00e0 King&rsquo;s College, Cambridge. Il travaille un temps comme publicitaire chez Ogilvy &amp; Mather. Sa langue maternelle est l&rsquo;ourdou, mais la majeure partie de son \u0153uvre est \u00e9crite en anglais. En 1988, la publication des Versets sataniques soul\u00e8ve une vague d&rsquo;indignation dans le monde musulman. En novembre 1993, \u00e0 la suite d&rsquo;une vague d&rsquo;assassinats d&rsquo;\u00e9crivains en Alg\u00e9rie, il fait partie des fondateurs du Parlement international des \u00e9crivains (International Parliament of Writers), une organisation consacr\u00e9e \u00e0 la protection de la libert\u00e9 d&rsquo;expression des \u00e9crivains dans le monde. L&rsquo;organisation est dissoute en 2003 et remplac\u00e9e par l&rsquo;International Cities of Refuge (ICORN).<\/p>\n<p><strong>Ses \u00e9crits<\/strong>\u00a0: Grimus, 1975, science-fiction\u00a0; Les Enfants de minuit (1981 Booker Prize) \u2013\u00a0 La Honte (1983) \u2013 <em>Les Versets<\/em> sataniques (1988) \u2013 <em>Le Dernier Soupir du Maure<\/em> (1995) \u2013 <em>Haroun et la mer des Histoires<\/em> (1991<em>)<\/em>\u00a0\u2013 La Terre sous ses pieds (1999) \u2013 Furie (2001) \u2013 Shalimar le Clown (2005) \u2013 <em>L\u2019Enchanteresse de Florence<\/em>, (2008) \u2013 Autobiographie\u00a0: Joseph Anton (2012),\u00a0<span style=\"color: #0000ff;\"><a style=\"color: #0000ff;\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5144\">Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits<\/a>\u00a0<\/span>(2016)\u00a0 \u2013 La maison Golden House (2018) ( liste non exhaustive) \u2013 Quichotte (2020)<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9\u00a0<\/strong>: Quand il advient \u2013 tous les quelques si\u00e8cles \u2013 que se brisent les sceaux cosmiques, le monde des jinns et celui des hommes entrent momentan\u00e9ment en contact. Sous apparence humaine, les jinns excursionnent alors sur notre plan\u00e8te, fascin\u00e9s par nos d\u00e9sirables extravagances et lass\u00e9s de leurs sempiternels accouplements sans plaisir.<\/p>\n<p>Venue une premi\u00e8re fois sur terre au xiie si\u00e8cle, Dunia, princesse jinnia de la Foudre, s\u2019est \u00e9prise d\u2019Ibn Rushd (alias Averro\u00e8s), auquel elle a donn\u00e9 une innombrable descendance dot\u00e9e de l\u2019ADN des jinns. Lors de son second voyage, neuf si\u00e8cles plus tard, non seulement son bien-aim\u00e9 n\u2019est plus que poussi\u00e8re mais les jinns obscurs, pros\u00e9lytes du lointain radicalisme religieux de Ghazali, ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019asservir la terre une fois pour toutes. Pour assurer la victoire de la lumi\u00e8re sur l\u2019ombre dans la guerre \u00e9pique qu\u2019elle va mener contre les vis\u00e9es coercitives de ses cruels semblables, Dunia s\u2019adjoint le concours de quatre de ses rejetons et r\u00e9active leurs inconscients pouvoirs magiques, afin que, pendant mille et une nuits (soit : deux ans, huit mois et vingt-huit nuits), ils l\u2019aident \u00e0 faire pi\u00e8ce aux men\u00e9es d\u2019un ennemi r\u00e9pandant les fl\u00e9aux du fanatisme, de la corruption, du terrorisme et du d\u00e9r\u00e8glement climatique\u2026<\/p>\n<p>Inspir\u00e9 par une tradition narrative deux fois mill\u00e9naire qu\u2019il conjugue avec la modernit\u00e9 esth\u00e9tique la plus inventive, Salman Rushdie donne ici une fiction aussi \u00e9poustouflante d\u2019imagination que saisissante de pertinence et d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>Actes Sud \u2013 septembre 2016 \u2013 320 pages<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: Salman Rushdie est un auteur que j\u2019aime beaucoup. J\u2019aime les contes, j\u2019aime les fables et sa fa\u00e7on de nous amener \u00e0 comprendre le monde via les fables m\u2019enchante. Je dois reconnaitre que j\u2019ai cal\u00e9 dans la lecture de \u00ab\u00a0<em>Les Versets sataniques<\/em>\u00a0\u00bb (j\u2019ai abandonn\u00e9 apr\u00e8s cent pages\u2026)\u00a0.. Un \u00e9norme coup de c\u0153ur pour la fresque brillante \u00ab<em>Le Dernier Soupir du Maure<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0; j\u2019ai ador\u00e9 le livre qu\u2019il a \u00e9crit pour son fils \u00ab\u00a0<em>Haroun et la mer des Histoires\u00a0<\/em>\u00bb\u00a0; tomb\u00e9e aussi sous le charme de \u00ab\u00a0<em>L&rsquo;Enchanteresse de Florence<\/em>\u00a0\u00bb. Restent encore \u00e0 lire <span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: transparent; color: #333333; cursor: text; font-family: Georgia,'Times New Roman','Bitstream Charter',Times,serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">\u00ab\u00a0<em>Les enfants de minuit<\/em>\u00bb, \u00ab <em>Furie<\/em> \u00bb, <\/span>\u00ab\u00a0<em>La Terre sous ses pieds<\/em>\u00a0\u00bb, son \u00ab\u00a0<em>Autobiographie\u00a0: Joseph Anton<\/em>\u00a0\u00bb , <span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: transparent; color: #333333; cursor: text; font-family: Georgia,'Times New Roman','Bitstream Charter',Times,serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">\u00ab <em>Shalimar le clown<\/em>\u00bb<\/span> <span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: transparent; color: #333333; cursor: text; font-family: Georgia,'Times New Roman','Bitstream Charter',Times,serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">\u00ab\u00a0<em>La Maison Golden<\/em>\u00bb (2018)\u00a0<\/span> Mais place \u00e0 \u00ab<a href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5144\"><em>Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits<\/em><\/a>\u00bb et au monde des djinns\u2026<\/p>\n<p>Commentaire fond\u00e9 sur l\u2019\u00e9coute d\u2019une interview de l\u2019auteur\u2026<\/p>\n<p><u>A savoir<\/u>\u00a0: Rushdie doit son nom \u00e0 Averro\u00e8s (Ibn Rushd)<\/p>\n<p>Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits\u00a0\u2026 soit 1001 nuits \u2026 Ce Roman et le t\u00e9moin de notre \u00e9poque, le retour de la religion \u00e0 outrance racont\u00e9e avec beaucoup d\u2019humour par le biais du conte. Un conte pour adultes (contrairement \u00e0 \u00ab\u00a0Haroun et la mer des Histoires\u00a0\u00bb). Les mauvais djinns vont envahir la plan\u00e8te, la princesse Djinn affronte les cr\u00e9atures du mal qui d\u00e9truisent sans raison, juste pour d\u00e9truire. C\u2019est la c\u00e9l\u00e9bration de la diversit\u00e9, de la fantaisie, de la libert\u00e9, du m\u00e9lange multicultures. C\u2019est un roman violent engendr\u00e9 par une guerre id\u00e9ologique\u00a0entre deux philosophes du XII\u00e8me qui vont s\u2019affronter. Averro\u00e8s versus al-Ghazali. Mots et id\u00e9es gouvernent la marche du monde\u00a0; le terrorisme est \u00e9troitement li\u00e9 au manque de libert\u00e9 sociale. Parabole du bien et du mal. Et ce qui va sauver la plan\u00e8te c\u2019et en grande partie que le mal est limit\u00e9 intellectuellement.<\/p>\n<p>Un des personnages du livre\u00a0: le destin \u2026 le bon moment avec la bonne personne. Et avec une petite intervention des bons Djinns\u2026la magie peut op\u00e9rer. Entrons ans la danse avec les humains, la Princesse, les d\u00e9esses, les djinns\u2026 Laissons nous prendre par la main et l\u00e9vitons\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>Il employait des mots que bon nombre de ses contemporains trouvaient choquants parmi lesquels \u201craison\u201d, \u201clogique\u201d et \u201cscience\u201d qui \u00e9taient les trois piliers de ses id\u00e9es occultes les plus cach\u00e9es, pr\u00e9cis\u00e9ment celles qui avaient fait br\u00fbler ses livres.<\/p>\n<p>Elle laissa l\u2019histoire l\u2019abandonner sans tenter de s\u2019y raccrocher, comme les enfants laissent passer un grand d\u00e9fil\u00e9 en le gardant dans leur m\u00e9moire, le transformant en souvenir inoubliable, se l\u2019appropriant<\/p>\n<p>son adversaire et lui poursuivirent leur dispute au-del\u00e0 de la tombe, car les pol\u00e9miques des grands penseurs ne connaissent point de terme, l\u2019id\u00e9e m\u00eame de la discussion \u00e9tant un instrument destin\u00e9 \u00e0 ouvrir l\u2019esprit, le plus efficace des instruments, n\u00e9 de l\u2019amour de la connaissance, autrement dit\u00a0: de la philosophie.<\/p>\n<p>La corde qui amarrait nos anc\u00eatres \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 l\u00e2cha et en entendant les \u00e9l\u00e9ments hurler \u00e0 leurs oreilles il leur fut ais\u00e9\u00a0d\u2019imaginer que les failles du monde s\u2019\u00e9taient rouvertes, que les sceaux avaient \u00e9t\u00e9 bris\u00e9s et que le ciel regorgeait de sorci\u00e8res ricanantes et de cavaliers sataniques chevauchant les nuages en furie.<\/p>\n<p>Ryonosuke Shimura qui lui apprit que le jardin \u00e9tait l\u2019expression visible de la v\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure, l\u2019endroit v\u00e9ritable o\u00f9 les r\u00eaves de notre enfance se heurtent violemment aux arch\u00e9types de notre culture et cr\u00e9ent de la beaut\u00e9. La terre peut bien appartenir au propri\u00e9taire terrien mais le jardin appartient au jardinier. Tel \u00e9tait le pouvoir de l\u2019art des jardins.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es pass\u00e8rent. Ils n\u2019eurent pas d\u2019enfant. Ella \u00e9tait st\u00e9rile. Et c\u2019est peut-\u00eatre pour cela qu\u2019elle aimait l\u2019id\u00e9e qu\u2019il f\u00fbt jardinier. Il y avait au moins des graines qu\u2019il pouvait semer et voir se transformer en fleurs.<\/p>\n<p>Dans ses r\u00eaveries il se pla\u00e7ait souvent parmi les plantes sans racines, les \u00e9piphytes et les bryophytes, qui doivent s\u2019appuyer sur les autres, incapables qu\u2019elles sont de vivre par elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>\u201cSi le meilleur des mondes possible est celui dans lequel on peut d\u00e9rober les id\u00e9es d\u2019un autre penseur, \u00e9crivit-elle, alors peut-\u00eatre vaut-il mieux accepter le conseil de Candide et se retirer pour cultiver son jardin.\u201d<\/p>\n<p>son attitude rabat-joie \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 l\u2019absence d\u2019une petite amie, qu\u2019elle \u00e9tait tout \u00e0 la fois un effet de ladite absence et en partie la cause.<\/p>\n<p>Quand Alice tomba dans le terrier, ce fut par accident mais quand elle franchit le miroir, ce fut un acte qu\u2019elle avait librement d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accomplir et de loin bien plus courageux.<\/p>\n<p>Dans ce temps inexistant, il eut le temps de comprendre qu\u2019il venait de s\u2019embarquer dans le syst\u00e8me de transports de ce monde qui se cache derri\u00e8re le voile de la r\u00e9alit\u00e9, ce m\u00e9tro sous-cutan\u00e9 qui circule juste sous la peau du monde qu\u2019il connaissait et dans lequel on peut trouver des \u00eatres comme le jinn obscur et il n\u2019avait pas la moindre id\u00e9e de ce qu\u2019il allait rencontrer encore, \u00eatres ou objets se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 une vitesse supraluminique, c\u2019est-\u00e0-dire plus rapide que la lumi\u00e8re, dans cette esp\u00e8ce de pays hors lois pour lequel le terme de pays ne semblait pas tr\u00e8s appropri\u00e9. Il eut le temps de formuler l\u2019hypoth\u00e8se que pour on ne sait quelle raison irrationnelle ce r\u00e9seau de d\u00e9placement souterrain du Monde Magique avait \u00e9t\u00e9 longtemps coup\u00e9 de la terre ferme mais qu\u2019il venait de faire irruption dans la dimension de la r\u00e9alit\u00e9 pour provoquer autant de miracles que de d\u00e9sastres chez les humains.<\/p>\n<p>l\u2019existence est purement une affaire d\u2019\u00eatre, pas de devenir.<\/p>\n<p>La mani\u00e8re humaine \u00e9tait le<em>faire<\/em>, la r\u00e9alit\u00e9 humaine \u00e9tait\u00a0<em>l\u2019alt\u00e9ration<\/em>, les \u00eatres humains ne cessaient de grandir ou de se ratatiner, de faire des efforts et d\u2019\u00e9chouer, de d\u00e9sirer ardemment et de jalouser, d\u2019acqu\u00e9rir et de perdre, d\u2019aimer et de ha\u00efr \u2013 d\u2019\u00eatre, somme toute,\u00a0int\u00e9ressants, et lorsque les jinns eurent la possibilit\u00e9 d\u2019emprunter les failles entre les mondes et de se m\u00ealer aux activit\u00e9s humaines, quand ils purent embrouiller ou d\u00e9m\u00ealer la toile humaine, acc\u00e9l\u00e9rer ou freiner les m\u00e9tamorphoses sans fin de la vie humaine, des relations et des soci\u00e9t\u00e9s, ils se sentirent paradoxalement plus eux-m\u00eames qu\u2019ils ne l\u2019avaient jamais \u00e9t\u00e9 dans le Monde Magique.<\/p>\n<p>Comme si une histoire s\u2019accouplait avec son lecteur pour produire un nouveau lecteur.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait la r\u00e9silience qui chez les humains repr\u00e9sentait leur meilleure chance de survivre, leur capacit\u00e9 \u00e0 regarder en face l\u2019inimaginable, l\u2019invraisemblable, le jamais-vu.<\/p>\n<p>Le triomphe de l\u2019irrationalit\u00e9 destructrice se manifeste sous la forme d\u2019un dieu destructeur irrationnel.<\/p>\n<p>chaque famille\u00a0est prisonni\u00e8re de son histoire familiale, chaque communaut\u00e9 est enferm\u00e9e dans le r\u00e9cit qu\u2019elle se fait d\u2019elle-m\u00eame, chaque peuple est la victime des versions personnelles de l\u2019histoire et il est des r\u00e9gions du monde o\u00f9 les r\u00e9cits se heurtent et se font la guerre lorsque deux ou davantage de r\u00e9cits incompatibles luttent pour, si l\u2019on peut dire, conqu\u00e9rir l\u2019espace de la m\u00eame page.<\/p>\n<p>Un profond sentiment de pessimisme se r\u00e9pandit \u00e0 mesure que la jeune g\u00e9n\u00e9ration comprenait que bien-\u00eatre, aisance, gentillesse et bonheur n\u2019\u00e9taient que des mots qui n\u2019avaient aucun sens dans le monde tel qu\u2019il \u00e9tait.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em>Si l\u2019on veut comprendre comment il se fait que tant de ces esprits extr\u00eamement puissants se soient si souvent fait enfermer dans des bouteilles, des lampes et tout le reste, la r\u00e9ponse tient \u00e0 l\u2019immense indolence qui se saisit d\u2019un jinn apr\u00e8s pratiquement chacun de ses actes. Ils dorment beaucoup plus longtemps qu\u2019ils ne veillent et pendant leurs p\u00e9riodes de sommeil ils sont si profond\u00e9ment assoupis qu\u2019on peut facilement les attraper et les fourrer\u00a0dans quelque r\u00e9cipient enchant\u00e9 sans m\u00eame les r\u00e9veiller.<\/p>\n<p>La raison peut s\u2019accorder un petit somme mais l\u2019irrationnel est plus souvent comateux. \u00c0 la fin c\u2019est l\u2019irrationnel qui sera pour toujours enferm\u00e9 dans le monde des r\u00eaves tandis que la raison triomphera.<\/p>\n<p>\u201cvieux\u201d. Les hommes, \u00e0 l\u2019instar des bougies vite consum\u00e9es qu\u2019ils \u00e9taient, n\u2019avaient aucune id\u00e9e de ce que signifiait ce mot.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 le talent qu\u2019ont les djinns de <em>murmurer<\/em>, de ma\u00eetriser et de contr\u00f4ler la volont\u00e9 des hommes en chuchotant des formules magiques tout contre leur poitrine.<\/p>\n<p>L\u2019amour,\u00a0c\u2019est le printemps apr\u00e8s l\u2019hiver. Il vient soigner les blessures de la vie inflig\u00e9es par le froid hostile. Quand cette chaleur na\u00eet dans le c\u0153ur, les imperfections de l\u2019\u00eatre aim\u00e9 comptent pour rien, moins que rien, et le pacte secret avec soi-m\u00eame se signe facilement. La voix du doute est r\u00e9duite au silence. Plus tard, lorsque l\u2019amour se meurt, ce pacte secret appara\u00eet comme une folie, et pourtant, une folie bien n\u00e9cessaire, n\u00e9e de la croyance des amoureux dans la beaut\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire dans la possibilit\u00e9 de cette chose impossible, l\u2019amour v\u00e9ritable.<\/p>\n<p>il aurait voulu avoir des racines largement d\u00e9ploy\u00e9es dans chaque centim\u00e8tre de son sol perdu, de sa ch\u00e8re maison perdue, il aurait voulu faire partie de quelque chose, \u00eatre lui-m\u00eame, suivre la voie qu\u2019il n\u2019avait pas prise, vivre dans\u00a0<em>son contexte<\/em>\u00a0au lieu d\u2019effectuer ce voyage vide de l\u2019immigrant<\/p>\n<p>En parvenant jusqu\u2019\u00e0 nous, les histoires se d\u00e9pouillent de l\u2019\u00e9poque et du lieu, perdent la sp\u00e9cificit\u00e9 de leur origine mais gagnent la qualit\u00e9 de pures essences et deviennent simplement elles-m\u00eames<em>.\u00a0<\/em><\/p>\n<p>Ce sont les \u00eatres humains qui sont prisonniers des pendules, la dur\u00e9e de leur vie \u00e9tant si terriblement courte. Un humain n\u2019est gu\u00e8re que l\u2019ombre d\u2019un nuage qui file rapidement, emport\u00e9 par le vent [\u2026]<\/p>\n<p>Le Bien et le Mal, le go\u00fbt du rationnel sont les parasites des hommes, comme les puces pour les chiens,<\/p>\n<p>c\u2019\u00e9tait l\u00e0 ce que la vie lui avait toujours r\u00e9serv\u00e9,\u00a0l\u2019incertitude d\u2019exister, la perplexit\u00e9 face au changement\u00a0: il s\u2019\u00e9tait endormi dans une r\u00e9alit\u00e9 et se r\u00e9veillait dans une autre.<\/p>\n<p>Mais il est un point sur lequel tout le monde est d\u2019accord\u00a0: raconter le pass\u00e9, c\u2019est aussi raconter le pr\u00e9sent. Raconter quelque chose d\u2019imaginaire, c\u2019est aussi raconter la r\u00e9alit\u00e9. Si ce n\u2019\u00e9tait pas le cas, l\u2019entreprise serait vaine, or nous nous effor\u00e7ons dans notre vie quotidienne d\u2019\u00e9viter autant que possible les activit\u00e9s inutiles.<\/p>\n<p>Toutes nos histoires se racontent plus vite d\u00e9sormais, nous sommes drogu\u00e9s \u00e0 la vitesse, nous avons oubli\u00e9 le plaisir de prendre son temps, de musarder, de fl\u00e2ner, les romans en trois tomes, les films de quatre heures, la s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e en treize \u00e9pisodes, le plaisir de ce qui dure longtemps, de ce qui persiste. Fais ce que tu as \u00e0 faire, raconte ton histoire, vis ta vie, d\u00e9gage vite fait, hop l\u00e0.<\/p>\n<p>Nous vivons dans ce qu\u2019on pourrait appeler le Temps du Devenir. Nous naissons, devenons nous-m\u00eames et, lorsque le Destructeur des Jours vient nous chercher, nous cessons d\u2019exister et il ne reste que poussi\u00e8re. De la poussi\u00e8re qui parle, en ce qui me concerne, mais de la poussi\u00e8re tout de m\u00eame.<\/p>\n<p>Le temps de Dieu, lui, est \u00e9ternel\u00a0: c\u2019est juste le Temps de l\u2019\u00catre. Le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et le futur pour lui existent ensemble et ces mots m\u00eames,\u00a0<em>pass\u00e9<\/em>,<em>\u00a0<\/em><em>pr\u00e9sent<\/em>,<em>\u00a0<\/em><em>futur<\/em>, cessent d\u2019avoir un sens. Le temps \u00e9ternel n\u2019a ni\u00a0commencement ni fin. Il ne bouge pas. Rien ne commence. Rien ne finit. Dieu, dans son propre temps, ne conna\u00eet ni fin poussi\u00e9reuse, ni force de l\u2019\u00e2ge bien envelopp\u00e9e, ni d\u00e9buts vagissants. Il\u00a0<em>est<\/em>,<em>\u00a0<\/em>point final.<\/p>\n<p>La peur est le destin de l\u2019homme. L\u2019homme na\u00eet dans la peur, la peur du noir, de l\u2019inconnu, des \u00e9trangers, de l\u2019\u00e9chec, des femmes. C\u2019est la peur qui l\u2019am\u00e8ne vers la foi, non parce qu\u2019il y trouve un rem\u00e8de mais parce qu\u2019il accepte le fait que la crainte de Dieu est le sort naturel et l\u00e9gitime de l\u2019homme.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Infos<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p><strong>Ibn Rochd de Cordoue<\/strong> (<em>Ibn Rushd<\/em>)<u><sup>[]<\/sup><\/u>, plus connu en Occident sous son nom latinis\u00e9 d&rsquo;<strong>Averro\u00e8s\u00a0: <\/strong> <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Averro%C3%A8s\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Averro%C3%A8s<\/a><\/p>\n<p><strong>Ab\u00fb \u1e24amid Mo\u1e25ammed ibn Mo\u1e25ammed al-Ghaz\u0101l\u012b<\/strong> (1058-1111), connu en Occident sous le nom d&rsquo;Algazel, est un soufi d&rsquo;origine persane. Personnage embl\u00e9matique dans la culture musulmane, il repr\u00e9sente la mystique dogmatique.\u00a0: <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Al-Ghaz%C3%A2l%C3%AE\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Al-Ghaz%C3%A2l%C3%AE<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Auteur\u00a0: Issue d&rsquo;une famille ais\u00e9e, Salman Fredich Rushdie quitte son pays \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de treize ans pour vivre au Royaume-Uni. Il y \u00e9tudie \u00e0 la Rugby School puis \u00e0 King&rsquo;s College, Cambridge. Il travaille un temps comme publicitaire chez Ogilvy &amp; Mather. 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