{"id":5257,"date":"2017-12-03T14:13:24","date_gmt":"2017-12-03T13:13:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5257"},"modified":"2017-12-03T14:13:33","modified_gmt":"2017-12-03T13:13:33","slug":"jaenada-philippe-la-serpe-rl2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5257","title":{"rendered":"Jaenada, Philippe, \u00ab\u00a0La Serpe\u00a0\u00bb (RL2017)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Philippe Jaenada est n\u00e9 en 1964. Il a publi\u00e9 chez Julliard<em> Le Chameau sauvage<\/em> (prix de Flore 1997 et prix Alexandre-Vialatte), adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Luc Pag\u00e8s sous le titre <em>\u00c0 + Pollux<\/em> ; <em>N\u00e9fertiti dans un champ de canne \u00e0 sucre <\/em>(1999) ; <em>La Grande \u00e0 bouche molle<\/em> (2001) ; <em>La Serpe<\/em> (2017) ; chez Grasset, <em>Le Cosmonaute<\/em> (2002), <em>Vie et mort de la jeune fille blonde<\/em> (2004), <em>Plage de Manaccora, 16 h 30 <\/em>(2009), et <em>La Femme et l&rsquo;Ours<\/em> (2011)\u00a0; <em>Sulak<\/em> (Julliard, 2013), a re\u00e7u, entre autres, le Prix d&rsquo;une vie 2013 (d\u00e9cern\u00e9 par <em>Le Parisien Magazine<\/em>) et le Grand Prix des lyc\u00e9ennes de<em> ELLE<\/em> en 2014. Il publie ensuite <em>La Petite femelle<\/em>, (Julliard, 2015) . <em>La serpe <\/em>(2017) obtient le prix Femina.<\/p>\n<p><em>\u00e9d. Julliard, 648 pages &#8211; <\/em>Prix Femina 2017<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Un matin d&rsquo;octobre 1941, dans un ch\u00e2teau sinistre au fin fond du P\u00e9rigord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son p\u00e8re, sa tante et la bonne ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s \u00e0 coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes \u00e9taient ferm\u00e9es, aucune effraction n&rsquo;est constat\u00e9e. D\u00e9pensier, arrogant, violent, le jeune homme est l&rsquo;unique h\u00e9ritier des victimes. Deux jours plus t\u00f4t, il a emprunt\u00e9 l&rsquo;arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d&rsquo;un proc\u00e8s retentissant (et trouble par certains aspects), il est acquitt\u00e9 et l&rsquo;enqu\u00eate abandonn\u00e9e. Alors que l&rsquo;opinion publique reste convaincue de sa culpabilit\u00e9, Henri s&rsquo;exile au Venezuela. Il rentre en France en 1950 avec le manuscrit du Salaire de la peur, \u00e9crit sous le pseudonyme de Georges Arnaud.<\/p>\n<p>Jamais le myst\u00e8re du triple assassinat du ch\u00e2teau d&rsquo;Escoire ne sera \u00e9lucid\u00e9, laissant planer autour d&rsquo;Henri Girard, jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie (qui fut complexe, bouillonnante, exemplaire \u00e0 bien des \u00e9gards), un halo noir et sulfureux. Jamais, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un \u00e9crivain t\u00eatu et minutieux s&rsquo;en m\u00eale&#8230;<\/p>\n<p>Un fait divers aussi diabolique, un personnage aussi ambigu qu&rsquo;Henri Girard ne pouvaient laisser Philippe Jaenada indiff\u00e9rent. Enfilant le costume de l&rsquo;inspecteur amateur (compl\u00e8tement loufoque, mais plus sagace qu&rsquo;il n&rsquo;y para\u00eet), il s&rsquo;est plong\u00e9 dans les archives, a reconstitu\u00e9 l&rsquo;enqu\u00eate et d\u00e9nich\u00e9 les indices les plus t\u00e9nus pour nous livrer ce r\u00e9cit haletant dont l&rsquo;issue pourrait bien r\u00e9soudre une \u00e9nigme vieille de soixante-quinze ans.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: J\u2019avais failli lire \u00ab\u00a0la petite femelle\u00a0\u00bb mais comme je venais de lire le livre de <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=1885\">Jean-Luc Seigle, \u00ab Je vous \u00e9cris dans le noir \u00bb<\/a> (janvier 2015) j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 lire sur un autre sujet. Je fais donc connaissance avec l\u2019auteur avec ce roman.<\/p>\n<p>Un beau pav\u00e9 de litt\u00e9rature non fictionnelle qui a pour point de d\u00e9part un fait divers du d\u00e9but des ann\u00e9es 40. Mais qui a tu\u00e9 le p\u00e8re, la tante et la bonne\u00a0? Est-ce un crime familial, crapuleux, int\u00e9ress\u00e9, politique\u00a0? Et qui est vraiment cet Henri Girard\/Georges Arnaud\u00a0? Un homme \u00e0 plusieurs facettes, plusieurs vies, qui sera acquitt\u00e9 alors que tout semble l\u2019accuser apr\u00e8s une d\u00e9lib\u00e9ration express\u2026 C\u2019est aussi un roman sur les relations familiales, les rapports p\u00e8re\/fils\u2026 Est-ce vraiment un rapport int\u00e9ress\u00e9 entre les deux\u00a0? pas si s\u00fbr. Et au fil des pages, l\u2019impression sur le bonhomme change\u2026 d\u2019une personne ex\u00e9crable, il devient un aventurier, un \u00eatre qui a pass\u00e9 sa vie \u00e0 combattre les injustices. Il est pass\u00e9 par tous les stades ce bonhomme\u00a0: enfant g\u00e2t\u00e9, gosse de riche, milliardaire, va-nu-pieds, \u00e9crivain \u00e0 succ\u00e8s, homme \u00e0 femmes, prisonnier, passager clandestin\u2026 Un vrai h\u00e9ros de roman\u2026et au final pas le cauchemar ambulant que je pressentais&#8230;Les apparences seraient-elles trompeuses dans cette histoire?<\/p>\n<p>On pourrait bien croire que c\u2019est un roman dans un contexte o\u00f9 l\u2019on croise des vrais personnages. Les personnages de ses anciens romans (Pauline Dubuisson et Sulak) mais aussi beaucoup de personnalit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque traversent le roman. C\u2019est une v\u00e9ritable enqu\u00eate: le style est fluide, et on a l\u2019impression de partir sur les routes avec Jaenada qui nous raconte des histoires en conduisant. Il engage la conversation avec le lecteur\u00a0: Il nous parle de la vie d\u2019Henri Girard, de son enfance, de son adolescence, de ses fr\u00e9quentations\u2026avant d&rsquo;arriver \u00e0 destination et de passer\u00a0\u00e0 la phase \u00ab\u00a0triple meurtre\u00a0\u00bb;\u00a0il nous invite aussi \u00e0 partager\u00a0sa vie \u00e0 lui, ses impressions de voyage, avec beaucoup d\u2019humour. Il repart de z\u00e9ro, effectue des v\u00e9rifications et cherche des explications. Et quand il arrive quelque part, il d\u00e9crit.( parfois un peu trop dans les d\u00e9tails.. limite style nouveau roman)\u00a0Quant \u00e0 la plaidoirie de l&rsquo;avocat, qui suit les r\u00e8gles d&rsquo;un sc\u00e9nario \u00e0 suspense qui met en sc\u00e8ne le doute et sugg\u00e8re des pistes.. juste du grand art&#8230; Comme quoi, avec de l&rsquo;argent et un bon avocat&#8230;<\/p>\n<p>On ressort aussi de cette lecture en ayant envie de lire \u00ab\u00a0le salaire de la peur\u00a0\u00bb qui semblerait \u00eatre nettement sup\u00e9rieur au film. (au passage le livre vient d&rsquo;\u00eatre r\u00e9\u00e9dit\u00e9 dans la foul\u00e9e) Le film et Clouzot en prennent pour leur grade\u2026<\/p>\n<p>Extraits\u00a0:<\/p>\n<p>Mais contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;il attendait, le sp\u00e9cialiste se penche moins sur son fils que sur lui. Il le r\u00e9primande amicalement, lui fait la morale, on n&rsquo;\u00e9l\u00e8ve pas un enfant comme une plante ou un canari\u00a0: il lui demande d&rsquo;\u00eatre plus pr\u00e9sent, plus attentif, et surtout moins sec, moins extr\u00eame, plus doux, on n&rsquo;est plus dans les tranch\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;immeuble, les plus tol\u00e9rants le surnomment \u00ab\u00a0le fou chantant\u00a0\u00bb, les autres \u00ab\u00a0le cingl\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il buvait beaucoup surtout de l\u2019alcool.\u00a0\u00bb Cette derni\u00e8re phrase berce mon c\u0153ur. D\u00e9j\u00e0 que les gens qui boivent beaucoup d&rsquo;eau ou de lait, on les rep\u00e8re vite, si on surveille bien, et mieux vaut ne pas trop s&rsquo;en approcher, alors lui, c&rsquo;\u00e9tait encore pire.)<\/p>\n<p>Ce qui rend sa promesse difficile \u00e0 tenir, c&rsquo;est qu&rsquo;on ne peut pas tout faire et dormir en plus.<\/p>\n<p>Il vous plantait son regard de ciel noy\u00e9 en plein dans les yeux, et ne l\u00e2chait prise qu&rsquo;apr\u00e8s avoir obtenu satisfaction.<\/p>\n<p>L&rsquo;argent, cependant, c&rsquo;est comme la mar\u00e9e, \u00e7a va et \u00e7a vient.<\/p>\n<p>Sale gosse, sale type, des claques, insupportable, il ne mue, instantan\u00e9ment, qu&rsquo;en an\u00e9antissant la fortune familiale, et se transforme en nomade combatif qui ne poss\u00e8de rien et vient en aide \u00e0 ceux qui en ont besoin. Un bon gars, finalement.<\/p>\n<p>je crois que je n&rsquo;excelle pas dans la description architecturale\u00a0; ni dans celle des paysages, soyons lucide, je ne suis pas tout \u00e0 fait Balzac \u2013\u00a0mais la nature, \u00e7a va, pas besoin d&rsquo;en faire des bassines\u00a0: un bois, une rivi\u00e8re, on voit, c&rsquo;est bon.<\/p>\n<p>Cette histoire du triple crime du ch\u00e2teau d&rsquo;Escoire pourrait se d\u00e9rouler sous Louis\u00a0XIV ou Fran\u00e7ois Hollande, la guerre n&rsquo;y joue pas un r\u00f4le primordial, mais si on \u00e9largit le cadre, le d\u00e9cor est tout de m\u00eame tr\u00e8s sombre, l&rsquo;atmosph\u00e8re oppressante, les \u00e2mes des figurants noires et tristes.<\/p>\n<p>\u00c7a ne peut \u00eatre d\u00fb qu&rsquo;au hasard, mais cet apr\u00e8s-midi du 24\u00a0octobre, le ch\u00e2teau d&rsquo;Escoire va recevoir plus de visites que n&rsquo;importe quel autre jour des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n<p>Les experts enfon\u00e7aient d&rsquo;abord l&rsquo;accus\u00e9, \u00e0 juste titre ou non mais \u00e0 deux mains et en appuyant bien fort, puis terminaient en d\u00e9conseillant qu&rsquo;on lui coupe la t\u00eate. Beaucoup devaient penser d&rsquo;abord \u00e0 eux. Et je les comprends. On veut bien aider la Justice, mais on a une femme, des enfants, un avenir\u00a0: une mort sur la conscience, c&rsquo;est encombrant.<\/p>\n<p>L&rsquo;accus\u00e9 a pu, miraculeusement, s&rsquo;adjoindre les services du plus grand \u2013\u00a0et de loin\u00a0\u2013 avocat de ces ann\u00e9es-l\u00e0 et des suivantes, sans doute m\u00eame du\u00a0XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et du n\u00f4tre jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant (seul \u00c9ric Dupond-Moretti, je pense, peut regarder son fant\u00f4me dans les yeux)\u00a0: Maurice Gar\u00e7on.<\/p>\n<p>Il ne d\u00e9montre rien, il d\u00e9stabilise. Il envoie des ondes floues dans l&rsquo;esprit du public, des ondes de doute, on verra ce que \u00e7a donnera, c&rsquo;est \u00e0 la fin du bal qu&rsquo;on paie les musiciens.<\/p>\n<p>L&rsquo;art d&rsquo;un avocat (et de n&rsquo;importe qui) est de savoir se mettre au\u00a0niveau de l&rsquo;opposition, m\u00eame si les p\u00e2querettes lui chatouillent les oreilles.<\/p>\n<p>( sous r\u00e9serve de mise \u00e0 jour du sujet)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Philippe Jaenada est n\u00e9 en 1964. Il a publi\u00e9 chez Julliard Le Chameau sauvage (prix de Flore 1997 et prix Alexandre-Vialatte), adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Luc Pag\u00e8s sous le titre \u00c0 + Pollux ; N\u00e9fertiti dans un champ de canne \u00e0 sucre (1999) ; La Grande \u00e0 bouche molle (2001) ; La Serpe (2017) &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5257\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5258,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[2,489,490,98,12,1,78],"tags":[186,507,334,508,370],"class_list":["post-5257","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-lectures","category-au-fil-du-rasoir-polars","category-thrillers","category-france","category-litterature-france","category-non-classe","category-xxeme","tag-enquete","tag-faits-divers","tag-meurtres","tag-prix-femina","tag-suspense"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5257","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5257"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5257\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5259,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5257\/revisions\/5259"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5258"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5257"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5257"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5257"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}