{"id":560,"date":"2014-05-10T16:43:52","date_gmt":"2014-05-10T15:43:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=560"},"modified":"2014-05-10T17:00:36","modified_gmt":"2014-05-10T16:00:36","slug":"pierre-peju-letat-du-ciel-08-2013","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=560","title":{"rendered":"Pierre P\u00e9ju \u00ab L\u2019\u00e9tat du ciel \u00bb (08 \/2013)"},"content":{"rendered":"<p><strong>R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019\u00e9diteur<\/strong>\u00a0: \u00ab\u00a0Au ciel tout va mal, Dieu se d\u00e9tourne de sa cr\u00e9ation. Les Anges sont livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Seul Rapha\u00ebl, sans mission ni message, m\u00e9dite encore un modeste miracle. Depuis son balcon il se penche au-dessus du monde. Le ciel s&rsquo;ouvre. Le hasard fait \u2013 mais est-ce le hasard? \u2013 que l\u00e0-bas, tout en bas, dans une maison construite \u00e0 flanc de montagne, surplombant un lac dont les reflets font para\u00eetre le ciel plus beau, il aper\u00e7oit une femme endormie. Nora est allong\u00e9e en travers du lit d\u00e9fait, paupi\u00e8res closes, encore absente au monde, la chemise de nuit remont\u00e9e au-dessus de la taille, les seins \u00e9vad\u00e9s du coton blanc. Un premier rayon de soleil vient glisser sur sa chair, gainer lentement ses jambes, caresser ses cuisses, chauffer son ventre. Le matin le plus ordinaire est aussi l&rsquo;origine du monde. Quand la lumi\u00e8re atteint son visage, plaquant sur ses yeux une lame chauff\u00e9e au rouge, Nora fait un bond hors du lit. Debout au milieu de la chambre, elle vacille. Ses pieds nus collent au carrelage tandis que la chemise retombe autour de son corps luisant de sueur. Son c\u0153ur cogne, comme d&rsquo;habitude, \u00e0 la seule id\u00e9e de devoir affronter le jour.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0: J\u2019avais lu de lui il y a longtemps un livre tr\u00e8s sensible \u00ab\u00a0la petite Chartreuse\u00a0\u00bb, histoire d\u2019un libraire qui renverse une fillette et lui racontera des histoires pendant qu\u2019elle est dans le coma. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sensible aux descriptions. Une fois encore le sujet est difficile mais je suis sous le charme de l\u2019\u00e9criture. Un livre \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb qui donne de l\u2019espoir \u2026 Un couple bris\u00e9, qui ne se parle plus. Nora, une peintre grecque qui a toujours \u00e9t\u00e9 sur le fil entre g\u00e9nie et folie arr\u00eate de peindre suite \u00e0 un drame et bascule du c\u00f4t\u00e9 sombre. Son mari, m\u00e9decin, ne sait pas comment \u00e9tablir le contact avec la seule femme qu\u2019il n\u2019ait jamais aim\u00e9. Au ciel, un ange d\u00e9sabus\u00e9 r\u00eave de faire un dernier miracle et va se donner pour mission de donner une deuxi\u00e8me chance \u00e0 ce couple. J\u2019ai beaucoup aim\u00e9 ce livre sur la perte de l\u2019envie de cr\u00e9er, sur la d\u00e9tresse, sur le cheminement de deux \u00eatres pour tenter de se rejoindre. L\u2019ange parviendra-t-il \u00e0 redonner le gout de la vie \u00e0 la jeune femme\u00a0? Comment y parviendra-t-il\u00a0? \u2026 Nora est habit\u00e9e par le pays de son enfance, les dieux, les mythes et les monstres. Au d\u00e9tour de ses cauchemars et de ce roman, la mythologie grecque. La palette des sentiments d\u00e9crits par l\u2019auteur est sensible. C\u2019est un livre sur les limites, \u00a0la fronti\u00e8re ou la vie bascule, entre g\u00e9nie et folie, entre communication et isolement, entre amour et solitude, entre couleur et noirceur. Les paysages ont aussi une grande interaction avec les sentiments et les angoisses\u00a0: la for\u00eat oppressante, les iles grecques, les orages, le lac\u2026<\/p>\n<p><strong>Extraits\u00a0<\/strong>:<\/p>\n<p>Une goutte de mieux dans la mer du pire<\/p>\n<p>Solitude de femme et solitude de chat, dans le silence du matin, quelque part sur la terre. Solitude muette de chaque vieille fleur, de chaque pierre, de chaque ombre tremblante, de chaque rayon de soleil provisoire.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, o\u00f9 qu&rsquo;il aille et quoi qu&rsquo;il fasse la vieille inqui\u00e9tude le suivrait comme une chienne. L&rsquo;inqui\u00e9tude \u00e9tait sa chienne fid\u00e8le, et alors ?<\/p>\n<p>elle imaginait par avance l&rsquo;Arche, l&rsquo;Aiguille, mais surtout les vagues de Monet, la roche, le ciel comme autant de traits, petites touches et fr\u00eales insectes de p\u00e2te pos\u00e9s sur la toile. Du vert \u00e9meraude, du rose, des gris, des dizaines de bleus, des intervalles dor\u00e9s, bruns, blancs \u00e9cumeux, qu&rsquo;on pouvait consid\u00e9rer ind\u00e9pendamment du paysage. Vibration continue. Chocs color\u00e9s. L&rsquo;Arche et l&rsquo;Aiguille d&rsquo;\u00c9tretat, si c\u00e9l\u00e8bres, reproduites en milliers de clich\u00e9s, n&rsquo;avaient plus rien d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9ologique : sous les yeux de Nora, ils sortaient directement des mains de Monet, et la mer n&rsquo;\u00e9tait rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une multitude de coups de pinceau sur le rectangle du visible<\/p>\n<p>Ciel noir, d&rsquo;un seul coup. Des nuages s&rsquo;\u00e9taient accumul\u00e9s au-dessus du lac, gigantesque goutte de mercure sous les \u00e9clairs silencieux<\/p>\n<p>Les \u00e9clairs blancs d\u00e9coupaient entre les branches une dentelle noire<\/p>\n<p>Il avait senti, la veille, sa propre mort l&rsquo;effleurer. Pour l&rsquo;instant, la mort planait toujours, l\u00e0-haut, dans la montagne, en compagnie des choucas. Elle l&rsquo;attendait sans doute ailleurs. Loin d&rsquo;ici. Car elle volait vite, la mort. Partout, elle le pr\u00e9c\u00e9dait. Elle faisait du surplace en battant des ailes, pour fondre \u00e0 la fin sur sa proie. C&rsquo;\u00e9tait avec elle, d\u00e9sormais, qu&rsquo;il avait une liaison<\/p>\n<p>Elle avait compris. Elle savait tout. Elle \u00e9tait plant\u00e9e devant lui, immense en d\u00e9pit de sa petite taille<\/p>\n<p>Mortels, malheureux mortels aux trajectoires confuses, qui s&rsquo;\u00e9puisent \u00e0 distinguer le tien du mien en se noyant dans le verre d&rsquo;eau du \u00ab vivre \u00e0 deux<\/p>\n<p>Les mortels veulent \u00e0 tout prix aller deux par deux. Une vraie maladie! Par deux, comme les choucas, les castors et les cygnes aux ailes blanches. Seulement ils n&rsquo;ont pas le duo paisible! Chez eux, la dualit\u00e9 tourne vite au duel. Leur besoin de se conjuguer se renverse en d\u00e9ception<\/p>\n<p>un miracle n\u2019est rien d&rsquo;autre qu\u2019une possibilit\u00e9 dormante qui, sans la \u00ab\u00a0pichenette de l&rsquo;ange\u00a0\u00bb, ne se serait jamais r\u00e9alis\u00e9e<\/p>\n<p>Et dans le grand cimeti\u00e8re du possible, il y a des milliers, des millions de possibilit\u00e9s qui dorment du sommeil de l&rsquo;inaccompli.<\/p>\n<p>L&rsquo;important c&rsquo;est de savoir effacer, gommer. Reprendre la toile de z\u00e9ro. Une couche de blanc bien \u00e9paisse, et hop, fini, on peut passer \u00e0 autre chose. \u2014 Mais ce n&rsquo;est pas un tableau, c&rsquo;est ta vie<\/p>\n<p>Personne n&rsquo;osait briser le charme, faire cesser ce tr\u00e8s modeste enchantement matinal. Une histoire se racontait toute seule. Tout le monde \u00e9coutait, regardait, dans quelque \u00ab trou du Temps \u00bb dont nul ne savait s&rsquo;il durait depuis une heure, dix minutes ou une ann\u00e9e. Quelle importance ! L&rsquo;instant est extensible. Illimit\u00e9 et condens\u00e9. Vaste et fulgurant.<\/p>\n<p>L&rsquo;enfance est ainsi faite. Elle glisse, elle passe d&rsquo;une \u00e9motion \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion contraire. Sa tristesse n&rsquo;a pas encore de trop profondes racines<\/p>\n<p>Quelle chance ! Prendre le temps de ne rien faire. S&rsquo;asseoir un moment sur un banc. Fermer les yeux, la t\u00eate \u00e0 la renverse, le visage offert au soleil. Regarder pousser du persil sur son balcon ou des ros\u00e9s dans son jardin. Se souvenir de ses r\u00eaves. Pr\u00eater \u00e0 d&rsquo;autres des livres qu&rsquo;on a aim\u00e9s<\/p>\n<p>l&rsquo;enfant savait tout depuis longtemps, avait gard\u00e9 au fond de lui ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas m\u00eame un secret mais un bloc de silence.<\/p>\n<p>Les enfants ont ce pouvoir de s&rsquo;envoler. De s&rsquo;extraire du d\u00e9dale de la situation en un rapide battement d&rsquo;ailes. Ils savent glisser, passer \u00e0 autre chose. Leur affect n&rsquo;a encore que de petites racines. D&rsquo;une question l&rsquo;autre<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9tait plus un adulte et un enfant qui marchaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, mais deux \u00eatres hybrides, ni grands ni petits, ni vieux ni jeunes, d\u00e9sormais reli\u00e9s par des tuyaux transfusant une bizarre liqueur de connivence et de silence<\/p>\n<p>Les jours pass\u00e8rent. Tr\u00e8s lentement et tr\u00e8s vite, non sans s&rsquo;\u00e9taler parfois en de larges flaques de ce qu&rsquo;il faut bien appeler du bonheur<\/p>\n<p>les saisons sont particuli\u00e8rement marqu\u00e9es. Elles sont mouvantes et ondulent comme des vagues. L&rsquo;automne descend des montagnes, d\u00e9versant les rouges, les ors, le brun et l&rsquo;ocre jaune vers les rives, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils se refl\u00e8tent dans les eaux. Au contraire, le printemps escalade les pentes. Les verts crus naissent un beau matin dans un ti\u00e8de recoin du rivage. Le lendemain, de fr\u00eales feuilles se d\u00e9plient au bout des rameaux. Le vert commence alors courageusement l&rsquo;ascension de la montagne, arbre par arbre, ramure par ramure, habillant la roche nue comme un grand bas vert. Tr\u00e8s haut, les derniers arbres sont encore d\u00e9pouill\u00e9s et noirs, mendiant sourdement, dans l&rsquo;ombre et le froid, un pan de ce doux velours vert.<\/p>\n<p>Le printemps \u00e9tait l\u00e0, partout, presque invisible. Des bourgeons cir\u00e9s, soudain fendus, crachant du vert. Une douceur de l&rsquo;air, parfois, vers midi \u00e0 l&rsquo;abri des fa\u00e7ades ensoleill\u00e9es. Une promesse timide vaporis\u00e9e dans les rues, sur les places, sans qu&rsquo;on sache bien ce qui est promis. De beaux nuages blancs dans les flaques d&rsquo;eau<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire d&rsquo;H\u00e9cate, justement, la d\u00e9esse des carrefours. Post\u00e9e au croisement de la route du ciel et de celle de l&rsquo;enfer. On dit que c&rsquo;est elle qui envoie aux mortels leurs terreurs nocturnes<\/p>\n<p>o\u00f9 on entre comme dans une m\u00e9moire froiss\u00e9e, un placard de l&rsquo;\u00e2me longtemps ferm\u00e9<\/p>\n<p>Instants de d\u00e9sarroi, au cours desquels non seulement votre corps, mais tout ce que vous pouvez percevoir ou penser se met \u00e0 flotter comme une baudruche sur une mare de temps stagnant, de temps mort. La fameuse question \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce que je fous l\u00e0\u00a0?\u00a0\u00bb vous semble alors m\u00e9taphysiquement plus fondamentale que \u00ab Pourquoi y a-t-il quelque chose plut\u00f4t que rien ? \u00bb. Un vertige morne<\/p>\n<p>La r\u00e9p\u00e9tition a toujours un go\u00fbt de cendre.<\/p>\n<p>Un grand arc de toutes les couleurs s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9solument pos\u00e9 sur les choses. Il jaillissait entre les gouttelettes comme un toboggan permettant de descendre du ciel<\/p>\n<p>Personne n\u2019avait besoin de rien. L&rsquo;instant se suffisait \u00e0 lui-m\u00eame<\/p>\n<p>Le temps qui passe, le temps suspendu, l&rsquo;instant ouvert comme un fruit me semblent tout \u00e0 coup pr\u00e9f\u00e9rables \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9<\/p>\n<p>Tu vois, \u00e7a, c&rsquo;est ma trajectoire&#8230; Et l\u00e0, si on veut, ta trajectoire&#8230; Elles peuvent se couper quelque part. Ou pas ! Elles peuvent s&rsquo;\u00e9loigner l&rsquo;une de l&rsquo;autre. Puis se rejoindre \u00e0 nouveau. Deux malheureuses petites lignes. Pour toujours&#8230; \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019\u00e9diteur\u00a0: \u00ab\u00a0Au ciel tout va mal, Dieu se d\u00e9tourne de sa cr\u00e9ation. Les Anges sont livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames. Seul Rapha\u00ebl, sans mission ni message, m\u00e9dite encore un modeste miracle. Depuis son balcon il se penche au-dessus du monde. Le ciel s&rsquo;ouvre. 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