{"id":5668,"date":"2018-03-05T15:17:29","date_gmt":"2018-03-05T14:17:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5668"},"modified":"2018-03-06T14:44:34","modified_gmt":"2018-03-06T13:44:34","slug":"wobmann-fanny-nues-dans-un-verre-deau-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5668","title":{"rendered":"Wobmann, Fanny \u00abNues dans un verre d&rsquo;eau\u00bb (2017)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Auteur<\/strong>\u00a0: Fanny Wobmann est n\u00e9e en 1984 \u00e0 La Chaux-de-Fonds. Titulaire d&rsquo;un master en sociologie et mus\u00e9ologie de l&rsquo;Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel, elle consacre son temps aux milieux artistiques (th\u00e9\u00e2tre, galeries, \u00e9criture). Membre de l\u2019AJAR. Il s\u2019agit de son deuxi\u00e8me roman, le premier, \u00ab\u00a0La Poussi\u00e8re qu&rsquo;ils soul\u00e8vent\u00a0\u00bb est sorti en 2013<\/p>\n<p>Parution : j<span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: transparent; color: #333333; cursor: text; font-family: 'Roboto',Arial,Helvetica,sans-serif; font-size: 16px; font-style: normal; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">anvier 2017 &#8211; 160 pages<\/span> \u00ab\u00a0Nues dans un verre d&rsquo;eau\u00a0\u00bb de Fanny Wobmann (Flammarion) a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 parmi plus de 60 livres par le jury du Prix du public 2018.<\/p>\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong>\u00a0: Elles sont deux, \u00e0 deux moments tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9s de l\u2019existence. L\u2019une, Grand-maman, s\u2019\u00e9teint doucement dans une chambre d\u2019h\u00f4pital. L\u2019autre, Laura, est enceinte, pour l\u2019heure dans le plus grand secret. \u00c9trangement, elles vont faire la route ensemble et bient\u00f4t n\u2019avoir qu\u2019une seule attente : la compagnie de l\u2019autre. Entre les visites, les silences encombr\u00e9s, les gestes retenus, elles s\u2019apprivoisent et se mettent \u00e0 nu. Il s\u2019agit moins de transmission que d\u2019offrande, chacune for\u00e7ant un peu sa pudeur pour offrir \u00e0 l\u2019autre un morceau de sa vie. Et le cadeau \u2013 une pens\u00e9e, un souvenir, une histoire \u2013 se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois infiniment pr\u00e9cieux et infiniment modeste.<\/p>\n<p>Fanny Wobmann met en sc\u00e8ne deux personnages suspendus entre la vie et la mort et livre un roman singulier, d\u2019une exquise po\u00e9sie.<\/p>\n<p><strong>Mon avis<\/strong>\u00a0:\u00a0 Une \u00e9criture imag\u00e9e, sans fioriture, s\u00e8che, pr\u00e9cise, lucide, crue, sinc\u00e8re mais qui r\u00e9ussit \u00e0 \u00eatre po\u00e9tique\u2026 Un livre tr\u00e8s int\u00e9ressant.<\/p>\n<p>Un livre sur le passage du temps, des jours et des \u00e9tats, sur le silence et non-dits, sur le manque de communication. La grand-m\u00e8re est pudique, c\u2019est une femme de la campagne, \u00e9lev\u00e9e dans l\u2019optique de ne pas d\u00e9ranger. Elle parle un peu avec sa petite fille mais ne se livre pas\u00a0: elle garde son jardin secret, ses zones d\u2019ombre. Pour Laura, on a l\u2019impression que c\u2019est sa voix int\u00e9rieure qui s\u2019exprime. Il semble qu\u2019au moment o\u00f9 elle est enceinte, elle a besoin d\u2019une figure maternelle et comme sa m\u00e8re semble tr\u00e8s tr\u00e8s absente dans sa vie, le lien se dessine avec sa grand-m\u00e8re.<\/p>\n<p>Les deux femmes apprennent \u00e0 s\u2019\u00e9couter, \u00e0 \u00e9couter leurs silences, elles s\u2019observent, s\u2019appr\u00e9hendent enfin. La vie de l\u2019une se remplit et la vie de l\u2019autre s\u2019\u00e9chappe.\u00a0 \u00ab\u00a0\u00c0 mesure que mon corps se remplit, le tien s\u2019\u00e9gratigne. J\u2019ai parfois l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y a pas assez de vie pour nous deux, et que c\u2019est moi qui, petit \u00e0 petit, la r\u00e9colte et la stocke, te laissant en jach\u00e8re. Comme si ton troupeau migrait dans mon p\u00e2turage \u00e0 moi, sans que je n\u2019aie lanc\u00e9 aucun appel. Une petite d\u00e9salpe silencieuse\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Th\u00e8me primordial : le corps dans tous ses \u00e9tats\u2026 mais un corps qui ne fait jamais envie\u2026 que ce soit celui de Laura, de son amant anglais de passage, de la prof d\u2019anglais, de la grand-m\u00e8re. Une tr\u00e8s forte dimension corporelle\u00a0: elle d\u00e9crit les corps et les odeurs. Elle d\u00e9crit la d\u00e9cr\u00e9pitude du corps de sa grand-m\u00e8re avec des mots extr\u00eamement crus et choquants mais qui au final traduisent une grande tendresse. Le moment o\u00f9 le corps s\u2019effrite, redevient fluides et nature.\u00a0\u00a0 Et la d\u00e9possession du corps de la personne en fin de vie par le personnel m\u00e9dical\u2026 Tr\u00e8s important pour moi le moment ou la jeune fille prend la d\u00e9fense de sa grand-m\u00e8re en appuyant sa d\u00e9cision de partir dignement alors que sa m\u00e8re voudrait ne pas la laisser partir et la traiter contre sa volont\u00e9 sous pr\u00e9texte qu\u2019elle souffre de d\u00e9mence s\u00e9nile comme le souligne la phrase \u00ab\u00a0je dis qu\u2019il y a de nombreux moments o\u00f9 tu es lucide, que tu as une m\u00e9moire incroyable et que tu sais ce que tu veux\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Pas compris le titre&#8230;.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Extraits<\/strong>\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019hiver a brouill\u00e9 les pistes, tout est blanc, gris et bleu, comme tes mains dont les\u00a0doigts tordus pianotent vaguement sur le drap tendu.<\/p>\n<p>Je ne sais pas quoi te r\u00e9pondre, je ris. Parce que ce que je sais de toi, ce sont tes silences, tes secrets, cette retenue dont tu as garni ton existence. Il ne faut pas d\u00e9ranger. Pas remuer. Pas trop creuser. S\u2019en tirer en faisant le moins de bruit possible.<\/p>\n<p>Nous titubons dans les couloirs d\u00e9serts, comme deux amies un soir de f\u00eate. Tu es bien plus l\u00e9g\u00e8re que moi mais tu nous encombres tant.<\/p>\n<p>C\u2019est bient\u00f4t la retraite, il me reste seulement une ann\u00e9e. Mais \u00e7a sera bizarre, c\u2019est certain, j\u2019ai travaill\u00e9 toute ma vie, je ne suis pas s\u00fbr de savoir faire autrement.<br \/>\nMoi je me r\u00e9jouis d\u00e9j\u00e0 de la retraite, c\u2019est travailler toute la vie qui me semble bizarre.<\/p>\n<p>Il a dit quelque chose, je n\u2019ai pas bien compris. Il avait cette mani\u00e8re de cueillir les mots avant qu\u2019ils soient m\u00fbrs puis de les jeter sans y prendre garde dans un panier d\u00e9j\u00e0 rempli.<\/p>\n<p>Je lui ai dit que chez moi il n\u2019y avait pas de mer, que ma ville s\u2019appelait La\u00a0Chaux-de-Fonds, qu\u2019elle \u00e9tait perdue au milieu des sapins, qu\u2019elle \u00e9tait haute et insaisissable.<\/p>\n<p>Lui, il venait du nord de l\u2019Angleterre, l\u00e0 o\u00f9 les falaises expulsent et avalent l\u2019oc\u00e9an. L\u00e0 o\u00f9 les bourrasques sont des voisines t\u00eatues qu\u2019on ne peut faire autrement qu\u2019aimer.<\/p>\n<p>Tu as mis ta main devant ta bouche, tes doigts fins dans le silence des choses.<\/p>\n<p>Je pense beaucoup, mais pas au futur, il me para\u00eet simplement trop semblable \u00e0 tout le reste pour que \u00e7a vaille la peine de s\u2019y int\u00e9resser.<\/p>\n<p>\u00c0 mesure que mon corps se remplit, le tien s\u2019\u00e9gratigne. J\u2019ai parfois l\u2019impression qu\u2019il n\u2019y a pas assez de vie pour nous deux, et que c\u2019est moi qui, petit \u00e0 petit, la r\u00e9colte et la stocke, te laissant en jach\u00e8re. Comme si ton troupeau migrait dans mon p\u00e2turage \u00e0 moi, sans que je n\u2019aie lanc\u00e9 aucun appel. Une petite d\u00e9salpe silencieuse.<\/p>\n<p>Encore une question de temps qui ne lui convient pas. C\u2019est trop long, ou trop court. Comme les jours d\u2019une personne en fin de vie.<\/p>\n<p>Comme d\u2019habitude, nous laissons s\u2019installer les paroles retenues, elles nous connaissent bien. Elles sont polies, bien repass\u00e9es. Elles attendent sans broncher qu\u2019une \u00e9ni\u00e8me coupure de connexion nous autorise \u00e0 mettre fin \u00e0 la non-conversation.<\/p>\n<p>Ils sont artistes, ils me disent, et s\u2019arr\u00eatent l\u00e0, ils ne d\u00e9veloppent pas. Artiste, \u00e7a a l\u2019air de suffire. \u00c7a d\u00e9finit, \u00e7a remplit, \u00e7a dit que si tu es microm\u00e9canicienne, \u00e7a n\u2019est quand m\u00eame pas tout \u00e0 fait la m\u00eame chose, pas le m\u00eame monde, pas le m\u00eame horizon.<\/p>\n<p>je suis comme le cygne. Je mets mon bec dans tous\u00a0ces univers qui ne sont pas les miens, jet\u00e9s dans la mare avec des bruits de temps qui passe et d\u2019\u00eatres humains qui se fr\u00f4lent.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>(<em>livre choisi pour le<\/em> <a href=\"http:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5405\">\u00ab\u00a0challenge j\u2019ai lu 2018\u00a0\u00bb<\/a> ) : <span style=\"display: inline !important; float: none; background-color: transparent; color: #404040; font-family: 'Roboto',Arial; font-size: 16px; font-style: italic; font-variant: normal; font-weight: 400; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-align: left; text-decoration: none; text-indent: 0px; text-transform: none; -webkit-text-stroke-width: 0px; white-space: normal; word-spacing: 0px;\">Un livre \u00e9crit par un auteur de votre r\u00e9gion<\/span>\u00a0 ( elle n&rsquo;est pas genevoise mais de Suisse Romande)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auteur\u00a0: Fanny Wobmann est n\u00e9e en 1984 \u00e0 La Chaux-de-Fonds. Titulaire d&rsquo;un master en sociologie et mus\u00e9ologie de l&rsquo;Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel, elle consacre son temps aux milieux artistiques (th\u00e9\u00e2tre, galeries, \u00e9criture). Membre de l\u2019AJAR. Il s\u2019agit de son deuxi\u00e8me roman, le premier, \u00ab\u00a0La Poussi\u00e8re qu&rsquo;ils soul\u00e8vent\u00a0\u00bb est sorti en 2013 Parution : janvier 2017 &#8211; &hellip; <\/p>\n<p class=\"read-more\"><a class=\"readmore-btn\" href=\"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/?p=5668\">+<span class=\"screen-reader-text\">  Read More<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":5669,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[28,1,105],"tags":[551,318,552,111,322],"class_list":["post-5668","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-suisse","category-non-classe","category-roman","tag-corps","tag-mort","tag-naissance","tag-solitude","tag-vieillesse"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5668","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5668"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5668\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5683,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5668\/revisions\/5683"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/5669"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5668"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5668"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cathjack.ch\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5668"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}